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Si je mens, je baise ma mère de Marcel NGUIAYO EFFAM

Si je mens, je baise ma mère est un titre assez étonnant parce qu’il porte en lui sa propre contradiction . Néanmoins, pour des personnes ayant vécu dans des pays d’Afrique centrale comme le Congo-Brazzaville ou le Gabon, ce titre fait sourire parce qu’il rappelle les temps de l’enfance. Nous dirons simplement que Marcel NGUIAYO EFFAM à travers ce titre et le contenu de ce recueil, met tout son art d’écrivain en branle pour satisfaire un certain goût gabonais, voire un certain goût africain. D’une écriture fluide et sans artifice, l’auteur fait découvrir à son lecteur des univers connus certes, mais des univers intimes où il n’est pas toujours facile de pénétrer. Ce sont des univers, on pourrait dire, banals, mais uniques, révélateurs et précis. Il les sectionne avec force et détail avec une lucidité et un humour renversant. C’est le cas de la première nouvelle qui relève, avec beaucoup d’humour et de perspicacité la question de la prolifération des églises dites réveillées avec des noms particuliers, pour ne pqs dire cocasses, à l’instar de «Dieu ne dort pas». Ce lieu de prière qui s’est assigné comme mission de prier pour ses voisins alors que ceux-ci dorment pendant que Dieu veille. Nouvelle très éloquente qui ouvre le recueil, Venez-voir interpelle sur les manières de faire des pasteurs qui parfois, par insatisfaction financière, s’improvisent délivreurs d’esprits mauvais ou exorcistes au point de devenir parfois des gourous pour leurs fidèles. Cette nouvelle brosse le phénomène social des églises qui sont une conséquence à la fois du sous-développement mental et du sous–développement économique.

 

Mais le problème de la société ce n’est pas seulement les églises dites réveillées. C’est aussi une prostitution transversale, les infidélités et les violences conjugales normalisées comme on le voit dans les nouvelles Pimenterie et Panier percé. Des hommes ayant un goût prononcé pour les adolescentes et qui sont prêts à se gaver de toute sorte d’aphrodisiaque pour atteindre le septième sexuel. De ce fait, ils sont prêts à se soumettre à tout venant leur permettant l’érection inédite de leur phallus. Touchant le social et le psychologique à travers ces deux nouvelles, Marcel NGUIAYO EFFAM ne tombe ni dans le vulgaire ni dans l’excès. Ces nouvelles sont justes à leur place. Il traduit bien le mal-être qui ronge la société gabonaise et les sociétés africaines. Il y a, je pourrais dire, quelque chose de cathartique dans ces nouvelles, parce que derrière l’humour, elles nous interpellent. Il y a par exemple la nouvelle qui clôt le recueil Nom d’une pipe qui souligne comment l’amour mal encadré peut faire perdre la tête aux amoureux parce que «vivre d’amour d’eau fraîche» est une théorie qui n’a été vérifiée nulle part. Pour ma part, cette nouvelle, sublime est l’une des plus essentielles de ce recueil parce qu’il y a non seulement la caractéristique du style de l’auteur et la leçon de vie qui va avec le récit, mais aussi l’exploration des univers familiaux qui fondent nos sociétés et qui une fois disloqués, font péricliter la société et même des individus. Anouchka est-elle le démon qui devait faire sombrer Pagoma?

 

Anouchka ne s’employait pas à entretenir de bons rapports avec sa future belle-famille. On l’entendait répéter à loisir qu’elle n’était pas une auxiliaire des travaux ménagers. Chaque fois qu’un parent poussait sa porte, c’était un volcan d’injures qui le renvoyait.

 

Sous couvert de la contradiction qu’incarne Anouchka, Marcel NGUIAYO EFFAM affine son style, son humour et sa réflexion, car Pagoma se rendra compte qu’en réalité cette femme n’est venue que pour détruire. À travers sa désolation, on se rend compte que c’est de cette nouvelle qu’est tiré le titre du recueil.

 

Mais ne riez pas, oh, regardez-moi ces enfants. Si je mens, je baise ma mère.

 

Je vous invite à lire ce recueil pour découvrir les autres nouvelles.

 

Nathasha Pemba

 

Références

Marcel NGUIAYO EFFAM, Si je mens, je baise ma mère, Libreville, Symphonia Éditeur, 2020

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M
Belle analyse. À l'évidence, votre regard traduit votre talent. Vous n'êtes pas passée à côté de l'ouvrage, bien au contraire. Avec toute ma gratitude !
Marcel N.E
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N
Merci beaucoup!