Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mur Méditerranée- Louis-Philippe Dalembert

Le roman de Louis-Philippe Dalembert, Mur Méditerranée met en jeu la question de l’immigration en l’analysant à partir de trois visages féminins : Chochane, Semhar et Dima. Elles viennent de trois pays différents. La première est nigériane, la deuxième érythréenne et la troisième est une bourgeoise syrienne qui voyage avec son conjoint. Il s’agit là de trois cas en un, car les trois femmes se retrouvent là pour fuir la misère de leurs pays d’origine pour trouver une situation acceptable en Europe. Louis-Philippe Dalembert raconte la condition humaine du point de vue de l’immigration, car de nos jours l’immigration est le lieu où se pose souvent le problème de l’humain, de sa dignité et de ses droits. Les conditions de départ, de transit et d’accueil en Lybie remettent en cause la question de l’hospitalité et du traitement de l’autre en situation de précarité.

Louis-Philippe Dalembert attribue des portraits, des tempéraments, des foyers et des inclinations aux passagers d’une chaloupe qui fit naufrage en Méditerranée en 2014.

 

Solidarité entres femmes

Alors que Chochana et Semhar connaissent toutes les misères possibles durant de ce voyage (vols, viols, violences), Dima, même dans ces conditions extrêmes, vit comme une privilégiée et est traitée comme une privilégiée. Les deux premières attendent dans un entrepôt le départ pour l’Europe. La troisième attend dans un hôtel de luxe. Pourtant lorsqu’elles se retrouvent sur le Chalutier, leurs sentiments sont les mêmes parce que la peur et le doute n’appartiennent à aucune classe sociale. Ils sont simplement humains. C’est la touche originale que réussit à décrire Louis-Philippe Dalembert. Il réussit à rendre ces trois femmes solidaires à partir du point d’arrivée encore inconnu, mais aussi à partir de la proximité qui se noue autour de leurs histoires personnelles, des histoires qui les conduisent à aller vers un ailleurs improbable. Le terrorisme, la sécheresse, la guerre, la violence sous toutes ses formes font partie des causes de départ de ces femmes. Sur le pont ou dans la cale de ce chalutier, il n’y a ni riches ni pauvres, il y a juste des femmes soumises aux violences des passeurs et à la fureur de la Méditerranée.

 

De l’intérieur de la cale, on entendait les rugissements conjugués des vents et de la Méditerranée. Le chalutier exécutait sa chorégraphie de bateau ivre et fou, faite de plaquages impressionnants à bâbord et à tribord, de précipités abyssaux et de montées golgothéennes, selon le mot de Semhar. Les cris de frayeur des passagers reprirent également. La voix stridente des femmes et déchirante des enfants venait s’emmêler à celle, rauque, des hommes. Elles disaient toutes le même effroi, la peur de finir en chair à requins et autres animaux marins.

 

Les migrants

Louis-Philippe Dalembert sort de la culture des chiffres pour toucher l’humain au cœur de l’immigration. Il va à la rencontre des migrants à partir de leur histoire d’origine. Ce ne sont pas des personnes anonymes comme on le voit souvent, mais ce sont des noms, des personnes, pas que des migrants ou des numéros ou encore des gens anonymes. L’auteur décrit la vie de chacune avant la décision de partir. En personnalisant ainsi la vie des migrantes, il nous permet de comprendre que chaque migrant qui décide de partir a une histoire et que partir est un choix qui arrive à un moment de la vie. Ce que nous livre ce récit autour de ces trois femmes au cœur d’une multitude, c’est que les migrants ne sont pas seulement des statistiques et des chiffres, ce sont aussi des hommes avec leurs histoires, leurs tragédies et leurs sentiments. Mur Méditerranée est empreint d’humanité et valorise en premier lieu, malgré tout, la richesse des relations humaines, avec des personnages, fascinants et nobles d’esprit, et des espoirs, c’est un monde périlleux qu’il découvre, avec l’insensibilité et l’indifférence européenne, la misère de la traversée, la violence manifeste, la tristesse dont, au gré des vagues et des sables, ils n’arrivent pas à se débarrasser, la guerre, la violence et l’animosité des dominateurs qui les cont conduit à tout quitter.

 

Le sort de ceux que les Européens appelaient migrants ou réfugiés faisait du bruit depuis quelque temps. Au fond, qui s’en inquiétait vraiment, à part des ONG dont c’était le fonds de commerce?

 

Avec Mur Méditerranée, Dalembert décrit une histoire captivante, émouvante de la migration et de l’exil. Il nous entraîne dans le quotidien de celles et ceux qui partent vers l’Europe, mais en réalité vers l’inconnu.

 

Nathasha Pemba

 

Louis-Philippe Dalembert, Mur Méditerranée, Paris, Sabine Wespieser Éditeur, 2019.

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Nathasha Pemba

Rédactrice en Chef
Voir le profil de Nathasha Pemba sur le portail Overblog

Commenter cet article