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Lettre à Tahar Ben Jelloun de Janine Messadié

"Cher Tahar,

Au-delà de toute parole, de tout langage, avant que ne tarissent mes sources et que plus rien ne soit possible, je vous écris, car je ne sais ce qui viendra demain."

 

La narratrice de ce récit épistolaire adresse une lettre à l’écrivain Tahar Ben Jelloun pour lui parler de son livre Cette aveuglante absence de lumière. Dans cette lettre, elle lui raconte ce qu’elle a ressenti en lisant ce livre, ce qui en elle a été ébranlé, mais aussi ses désespérances et ses espérances. Ce qui l’émeut, ce n’est pas simplement la belle plume de Ben Jelloun, mais l’histoire, et plus particulièrement des morceaux de vie et des lieux comme Tazmamart,

 

 Le bagne-mouroir secret de Hassan II, où les détenus mouraient en réclusion dans leur cellule de béton souterraine, si étroite, sans lumière, sans protection contre la chaleur de l’été ou le froid de l’hiver, et subissant les pires tortures 

 

Messadié raconte comment d’un seul souffle, l’inhumanité peut conduire à la dégradation de la vie d'autrui.

 

Le récit reconstituant le fil des souvenirs de cette lecture retrace les sensibilités littéraires ressenties par Messadié à la lecture du livre de Ben Jelloun, de la solitude de son cœur à son lieu de vie. Le prélude met en avant la question de la solitude, car l’auteure se questionne sur le sens à donner à la solitude non pas seulement comme un concept abstrait, mais aussi comme réalité. «Comment exprimer la solitude? Comme la définir?», s’interroge-t-elle.

 

On saisit rapidement que l’essentiel du questionnement de Janine Messadié provient de sa lecture de solitaire, de sa passion pour les mots :

 

Les mots sont des passagers dans ce lieu de l’écriture et du silence. Ils vont et viennent, inventent des passages, décrivent la beauté d’un visage ou celle de la nuit. Ils disent l’amour, la mort, la détresse et l’enchantement, ils disent aussi très souvent la vie, confessent des vérités ou des mensonges, et racontent avec ou sans pudeur la corruption de l’innocence, les grandeurs et la misère de la modernité 

 

Cette aveuglante absence de lumière

Ce roman de Ben Jelloun interprète dans cette œuvre l’horreur et l’oubli dans lesquels ont été plongées dix-huit années durant, les prisonniers du bagne de Tazmamart, au sud-est du Maroc. Il mentionne ce pan de l’histoire en montrant la force d’une résistance politique par la spiritualité. Il souligne également comment les jeux des pouvoirs peuvent placer l’humain dans une posture inhumaine sans nom.

 

Au cœur de ce récit, la volonté de la narratrice à dire ce qui dans ce livre de Ben Jelloun l’a touché, les personnages qui l’ont hantée, mais aussi la force de la résistance par la spiritualité. Dans un moment de détresse existentielle personnelle, elle va à la rencontre du livre de Ben Jelloun. Au lieu d’y trouver la quiétude, elle retrouve l’inquiétude. Elle est révoltée par cette horreur, ces abus qui participent de l’avilissement de l’être humain. L’écriture paraît donc pour elle comme un moyen de sortie, un moyen de salut, une échappatoire à l’enfer du livre qui se traduit bien dans le monde actuel, un moyen pour briser le silence. Messadié qui est journaliste et qui est au courant de ce qui se passe dans le monde mentionne des noms qui ont apaisé ses moments d'écriture : Mozart, Chopin, Jorge Semprun, Anouar Brahem

 

Et si on s’aimait?

L’amour, pour Messadié, devait ressembler à cette lumière, mobile et souple, qui traverse les pages de Cette aveuglante absence de lumière. Une lumière qui éclaire le passage même quand il n’y en a pas.

 

Lettre à Tahar Ben Jelloun est avant tout une lettre, une longue lettre pour remercier un écrivain d’avoir posé des mots sur l’inqualifiable gestion de l’humain par l’humain. Il est une lettre normale aussi, parce que l’auteur ne voile aucune émotion. Elle traduit ce qu’elle ressent à travers ces mots, ses questionnements et ses projections. Elle rappelle, en quelque sorte, d’une part le rôle de l’écrivain et d’autre part la mission du lecteur. En ce sens, elle nous rappelle qui si l’écrivain est par nature une personne engagée, le lecteur devrait l’être aussi. Que se passe-t-il quand nous fermons un livre ? Telle est la question que chaque lecteur devrait se poser.

 

Si le récit épistolaire est ordinairement émotif , cela nous conduit à confirmer que l’être humain est avant tout un être émotif et il ne devrait pas en avoir honte. Nous ne réagissons en général que parce que nous ressentons. L'une des particularités de ce roman, c'est que Messadié réussit à attirer l’attention sur tous les sévices qui ont fait du tort ou continue à faire du tort à l’humanité.

 

Il y a des livres auxquels on voue un amour indéfectible et le vôtre contient une vérité lumineuse, un idéal transcendant que l’on ne peut atteindre que par la force lucide de l’esprit.

 

Nathasha Pemba,

Janine Messadié, Lettre à Tahar Ben Jelloun, Ottawa, L’interligne éditions, 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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