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La mort exquise de Claude Mathieu

Publié pour la première fois en 1965, Le recueil La mort exquise est devenu depuis un classique de la littérature québécoise. Il m’a été conseillé par mon libraire en août 2020, alors que je cherchais une lecture pour respecter la tradition de «j’achète un livre québécois le 12 août de chaque année».

 

Depuis 1989, c’est-à-dire au moment de sa réédition, La mort exquise, recueil de nouvelles de Claude Mathieu, figure au nombre de ces grands livres francophones qui étreignent et parcourent les temps et les espaces. Le livre est écrit dans une langue très purifiée; côtoyé par un esprit ouvert avec une détermination très exquise.

 

Le recueil est composé de sept nouvelles qui consignent l’immixtion dissimulée et lyrique du fantastique dans la vie de tous les jours.

 

Dans la première nouvelle qui donne au recueil son titre, le personnage central, Hermann Klock, est un botaniste qui part en expédition au cours de laquelle il rencontre un échantillon de la Carnivora Breitmannia. Il vit alors des péripéties intérieures qui se situent entre la peur, la monomanie et l’écœurement.

 

Cette nouvelle donne le ton de tout le recueil qui implicitement met le ton sur le doute inhérent à l’histoire. Ce doute comme la plupart des personnages du recueil s’engouffre dans l’histoire. Les histoires sont de l’ordre du fantastique, car la Carnivora Breitmannia en est l’exemple. Dans la description qu’en fait le botaniste, on pense facilement à l’appareil génital féminin.

 

[…] [sa] corolle au repos ressemble à un globe rosâtre, fendue en son milieu, mais non pas jusqu’aux sépales; au sommet, les lèvres de la fente ne s’appliquent pas étroitement l’une sur l’autre et ménagent ainsi un espace, comblé par des friselis légers et sensibles, d’un rouge ardent, semblables à de minces crêtes de coq plissées, et où se dressent huit antennes comparables aux barbes des félins

 

La thématique de la mort est également présente parce que le Botaniste est dévoré par la Carnivora Breitmannia.

 

Quant à la nouvelle intitulée «Le pèlerin de Bythinie», Claude Mathieu met en évidence un spécialiste des cultures anciennes qui découvre un livre qualifié de légendaire dans tous les ouvrages sur le monde latin. Il cherche à connaître l’histoire du livre le Rufus Itinerans, jusqu’en Bythinie, une ancienne province romaine actuellement turque. Ce voyage à la fois exploratoire et initiatique lui fait découvrir un rite ancien, et par là même dans une insolite et périssable alliance temporelle…

 

«L’auteur du Temps d’aimer», la cinquième nouvelle révèle un écrivain accusé du plagiat intégral d’un ténébreux écrivain du dix-neuvième siècle, alors qu’il est convaincu d’être innocent. Ses recherches à la bibliothèque lui font découvrir qu’il a réellement plagié. Il sombre dans le doute.

 

Comme on peut le constater à la lecture du recueil, les thématiques essentielles tournent autour de la mort et de la vie, mais aussi du monde de la recherche, de la lecture et de la connaissance. Le livre et la connaissance sont des thématiques récurrentes dans les sept parties qui composent «La mort exquise». Le livre est fréquemment utilisé comme le centre de l’excentricité, de la traversée de la norme vers le fantastique. Le livre joue, dans la mort exquise, le rôle de gardien d’un savoir qui dépasse l’netnedemant de l’homme, et qui peut le conduire à la mort qui ne peut être qu’exquise quand elle est reliée au plaisir des sens :

 

La mort (ou la vie) n’est plus qu’un instant éternel des plus ultimes délices. Plus rien n’existe désormais sinon de voguer ici, à l’intérieur, sur des ondes sirupeuses, au gré des spasmes et des stalagmites flexibles qui gouvernent Hermann Klock, le malaxent, le lèchent, le liquéfient, le digèrent, l’épuisent de caresses qui atteignent jusqu’à l’âme. Dans sa dérive il macère et se décompose. La glu qui l’environne le pénètre jusqu’à le faire à sa ressemblance […].

 

Grand lecteur et intellectuel assumé, Claude Mathieu fait la part belle à l’intertextualité. Chaque nouvelle porte un poids philosophique considérable qui n’a rien à voir avec une écriture métaphysique et intellectualiste. L’écriture de Claude Mathieu est affable et aboutie, continuellement allusive et concise. Comme l’affirme Michel Lord, l’auteur de ce recueil, même dans un élan fantasmagorique interroge la problématique des identités. Il écrit d’ailleurs :

 

Tous ces cas de figures fantastiques ou fantasmatiques me semblent révélateurs d’une époque de redéfinition identitaire vécue sous diverses pressions venues tant de l’intérieur que de l’extérieur de la psyché québécoise. Loin donc d’être anachronique, mais moins qu’un simple reflet de réalité de la Révolution tranquille, La Mort exquise en serait une diffraction hautement esthétisée. La problématisation des questions liées à la réalité, la nature, la culture, la surnature, la croyance, le rationalisme et la conscience mythique, ainsi que de l’identité, est sans doute le plus sûr signe que l’œuvre de Mathieu, par des chemins tortueux, parle bien de son temps[1].

 

Nathasha Pemba

Claude Mathieu, La mort exquise, Montréal, L'Instant même, 1997.

 

 

[1] file:///Users/penelopemavoungou/Downloads/883-Texte%20de%20l'article-1493-1-10-20130408.pdf

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