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La garçonnière de Mylène Bouchard

Ceux qui ont lu L’imparfaite amitié de Mylène Bouchard éprouveront une grande intimité avec cette nouvelle édition de La garçonnière, tant ce roman questionne l’amour et ses complexités, la liberté comme possible lieu de fondation d’une relation vraie. Relation vraie dans le sens de choisir de rompre ou de ne pas rompre une relation et de continuer à s’aimer, malgré tout.

 

Les points communs avec L’imparfaite amitié, c’est un peu tout ou presque… L’amour imparfait, l'amitié incomplète, le train, Prague, Hubert, la peinture, l’intertextualité…

 

Dans La garçonnière, Mylène Bouchard étoffe ses sujets de prédilection et évolue autour des écrivains qui ont posé directement des questions de l’existence, de l’amour. Amour qui est au cœur de ce roman, mais amour qui est consubstantiel à la nature humaine, amour qui est existentiel parce que vital et vitalisant.

 

Hubert et Mara, les deux principaux personnages du roman, ce sont d’abord deux individus qui s’aiment d’amour. Une vieille relation qui a résisté à plusieurs vents, une relation fondée sur plusieurs choses en commun, dont la littérature. Ils se sont rencontrés une première fois. Il y a eu le coup de foudre mutuel, pas un coup de foudre ordinaire. C’est un coup de foudre au-delà de l’amour et de l’amitié, mais un coup de foudre dans l’existence. C’est une certitude, une gratitude, un besoin. C’est un coup de foudre non restrictif. Complices, amis, aimants, amants, ils passent d’une relation platonique à une relation charnelle sans jamais se mettre ensemble. Ils vivent et ne s’imposent rien entre des présences et des absences assumées. Ils se séparent et se retrouvent, et l’au-delà de leur amour demeure intacte. Amours et ruptures sont indissociables dans le texte de Mylène Bouchard. Amours paradoxes et complexités exposent la vision d’une certaine littérature considérant, de ce fait, l’écriture comme vecteur d’une expiation de certains attachements.

 

Oui, je dis à ma femme que je l’aime. C’est vrai que je l’aime. Je l’ai choisie. Je dis que j’aime mes enfants, plus que la prunelle des yeux de tous les êtres humains de la planète (…).

Pourquoi n’es-tu pas la mère de mes enfants?

Mara, ma reine Mara, il n’y a pas une journée qui se termine sans que mes pensées s’évadent jusqu’à toi, pour saisir ta vie, tes élans, être informé de tout.

 

L’écriture de Mylène Bouchard, comme écrivaine et éditrice, s’inscrit dans son roman comme « existentialité ». Sa vision de l’amour comme révélateur de l’existence se dégage dans chaque ligne. L’aspect essentiel de ce sentiment traverse tout le récit par le biais de Mara et Hubert. Le recours à l’intertextualité est non seulement visible, mais aussi utile. Les voix des personnages sont nourries de références littéraires et philosophiques. Le procédé de mise en abyme métatextuelle se dévoile à travers l’insertion des réflexions, des fragments ou des références, ainsi que la figuration de l’écrivaine par elle-même comme figure écrivant ou enseignant la littérature dans son propre roman, afin de rendre visible et pertinent le thème central du texte. On retrouve ainsi les tonalités de Kundera, de Duras, de Barthes, de Shakespeare.

 

Les amours impossibles existent pour enseigner l’amour. Pour bien aimer, il faut parfois apprendre comment ne pas aimer.

 

L’homme est un animal amoureux.

La structure du roman est originale. Prologue, épilogue, deux parties divisées en chapitres. Le premier en a neuf et le second en a trois. Au cœur du récit est la thématique de l’amour. D’emblée le décor est posé : la rencontre. Deux adolescents qui se rencontrent. Cette rencontre qui prend diverses formes traverse tout le roman. Mylène Bouchard ne se restreint pas à la prose encore moins à l’imaginaire parce que son texte frôle aussi l’essai au vu de ses recherches et de certains positionnements. Elle tente de saisir et de consigner un absolu de la pensée et des sentiments qui s’étend à l’existence entière. À ce stade, le roman La garçonnière implique de s’interroger : Qu’est-ce qu’écrire? Écrire peut-il changer le réel? Ou bien est-ce le réel qui neutralise l’écriture ? 

 

Les lieux géographiques occupent une place essentielle dans La garçonnière. Cela fait partie des particularités de l’écriture de Mylène Bouchard. Montréal, Beyrouth, Noranda, Péribonka, Prague. Chaque ville ou chaque particulière expriment une réalité, un sentiment, un exil personnel, une histoire… un temps. Chaque lieu où le personnage est inséré lui confère une aptitude à habiter le temps, condition pour s’habiter soi-même.

 

Mylène Bouchard rappelle implicitement le rôle de la littérature et ses contours, mais aussi son urgence. Cette perception de l’urgence, si elle concourt grandement de la vigueur du récit et de son caractère fragmenté, mais orienté, donne de l’énergie au texte qui révèle une complexité constitutive de l’écriture de l’auteure. C’est que Bouchard est une écrivaine avec une créativité impressionnante. Ces textes sont concis, mais donnent sa place à la narration, qu’elle soit en prose ou en vers. L’écriture peut aussi se faire, par moments, frénétique ou métaphorique – son développement, très juste, dans le dernier chapitre (Aller simple), en témoigne. Cette frénésie n’est d’ailleurs pas étrangère à l’impression d’ingénuité que laisse le texte, et qui en fait en partie le charme. C’est en tant que lecteur, écrivaine et éditrice qu’on peut interroger ses appétences pour l’écriture et pour la littérature certes, mais cela peut être aussi à l’adolescence quand on découvre une œuvre pour la première fois ou l’amour comme Hubert et Mara.

 

En somme, La garçonnière de Mylène Bouchard souligne l’utilité de l’amour comme moteur de l’existence. L’amour est un espoir légitime de tous, une nécessité pour vivre et survivre dans la vie… mais un amour jamais parfait parce que complexe et paradoxal. 

 

Nathasha Pemba

 

Mylène Bouchard, La garçonnière, Saguenay, 2021.

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