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J’étais celle qui dérangeait-Jean Alexis MFOUTOU

Quatrième de couverture

Pensée, la nièce de Tonton Quelqu’un, est née en Afrique où elle grandit et fait ses études. Elle rêve de parler le français comme le président de la France, son idole. Après son bac, Pensée obtient une bourse d’études pour la France où elle termine ses études d’avocate. Très vite, elle milite dans le parti politique de son idole et est élue députée. Le monde s’ouvre à elle, jusqu’au jour où elle se rend compte qu’elle devra payer son élection d’un rejet de ceux-là mêmes qui l’avaient élue, parce qu’elle venait d’ailleurs. Pensée va lutter et souffrir… jusqu’à ce que les mots prennent la parole.

 

Au cœur de ce roman, il y a un personnage principal, Pensée, mais il y a une thématique centrale, la langue française. Ce roman est donc la traduction par l’auteur de l’amour que l’on peut ressentir pour une langue au point se sacrifier pour elle et de ne jurer que par elle.

 

Jean-Alexis MFOUTOU met en relation le roman et l’essai. Le langage est soutenu, réflexif, linguistique à plusieurs endroits. On ne peut donc manquer de s’interroger sur le flirt entre la fiction narrative et les développements réflexifs assez manifestes qui relèvent de l’essai.

 

Notre manière de parler, aussi particulière soit-elle, est un regard, une quête du monde, et notre refuse-parce qu’elle nous donne souffle et nous place devant notre propre mystère : ce que nous sommes, ce que nous avons à être. Avec le plagiat, c’est l’épanouissement même de la langue comme de toute l’expérience d’une société, d’une culture, d’une époque qui se trouve dégradé.

 

Neuf parties, dont un épilogue…

Lire le titre de ce roman m’a fait croire au début qu’il s’agissait d’une histoire d’immigration ordinaire comme j’ai l’habitude d’en croiser dans mes lectures. C’est en ouvrant les premières pages que j’ai été surprise parce que même si l’auteur situe l’histoire de Pensée au sein d’une famille avec un Oncle mystique qui use de son «pouvoir» surnaturel pour montrer sa suprématie et celle de la tradition à sa nièce, j’ai été beaucoup plus marquée par la thématique de la langue, notamment la langue française, dont Pensée est follement amoureuse. Je me suis demandé pourquoi l’auteur pouvait utiliser un langage flottant entre l’essai et le roman et pourquoi cibler la langue comme lieu, processus et lien de socialisation. À voir la facilité avec laquelle, il déploie sa plume entre les lignes, j’ai compris qu’en tant que linguiste, il s’était en quelque sorte imposé ce travail sans entrer dans les considérations méthodologiques.

 

Cogite et tu comprendras que si chaque langue se veut une forme d’apparition du réel, et par là d’essence dialogique, c’est ce même dialogue entre les langues et les cultures qui se poursuit toute leur vie durant, comme un tissu rationnel cognitif-pour dire le réel tout simplement

 

Se retrouver dans la francophonie, la réinventer : Francophonie et diversité culturelle

Un des thèmes développés dans ce roman particulièrement intéressant concerne la diversité francophone. C’est celui que j’ai le plus aimé dans le texte. Jean-Alexis MFOUTOU invite les francophones à se réinventer et à louer la diversité de la langue française. Cela permet de conserver son authenticité sans pourtant se fermer à la nouveauté.

 

Le français de France, comme d’autres manières de parler, passe son chemin, pour laisser parler nos mots. Tout ce qu’il répand se nomme silence, fumée refoulée et feu qui s’étouffe. Il comprend que le langage reste à jamais ouvert. À tout moment, chacun peut lui donner son souffle. Toute manière de parler est une expérience distincte de toute autre, autonome, établie au plus intime de la conscience du monde et de l’existence.

 

Pensée prend conscience, après son engagement politique. Le rejet de ses électeurs lui donne la fougue de réorienter sa vie et de laisser libre cours à ses désirs profonds, de «devenir elle-même», de se réaliser, de s’affranchir. Elle veut gagner sa personnalité et être capable, non plus seulement de se penser, mais de se dire par les mots en utilisant la langue française.

Nathasha Pemba

Jean-Alexis MFOUTOU, J’étais celle qui dérangeait, Paris, l’Harmattan, 2018.

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