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Conversation avec Hem' Sey Mina : Le monde est mon destin

Depuis la publication de son premier livre, « J’ai rêvé d’une entreprise quatre étoiles », Hem’ Sey Mina explore les relations Nord-Sud à travers les rencontres entre les personnes et les cultures. À cet effet, il a été, à plusieurs reprises, invité à parler de son expérience et de ses écrits. Comme il le dit dans cette conversation, c’est dans des lieux inattendus, à travers des voyages et des rencontres ordinaires, que se joue la vie des hommes, qu’ils soient Africains, Américains, Asiatiques ou Européens. Passionné par ce qu’il réalise, Hem' Sey écrit et enchante, chaque jour, de nouveaux lecteurs. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre... Rencontre avec un jeune homme libre qui considère « le monde comme son destin ».

***

 

1-Bonjour Hem’Sey, après un récit et un roman, vous publiez un recueil de nouvelles, comment expliquez-vous cette mutation ?

 

Il était temps de changer de registre et de style d’écriture. J’avais en tête ces histoires sur le Danemark et le Canada depuis un petit bout de temps. Cependant, il était difficile d’en faire un roman, car les personnages, les lieux et les histoires ne s’alignaient pas. Alors, je me suis lancé ce défi d’essayer de raconter plusieurs petites histoires et de surprendre mon public.

 

2-Pouvez-vous nous raconter le parcours qui vous a amené à devenir écrivain ?

 

Plus jeune, j’avais l’habitude d’écrire des poèmes. Ensuite, j’ai écrit des chansons. Dans ma jeunesse, tout le monde voulait être artiste, tout le monde s’imaginait devenir célèbre. Avec des amis, nous écrivions des textes et les chantions pour nous-mêmes ou pour des artistes renommés. Parallèlement, je me suis remis à la littérature africaine et ai découvert « Le cœur des enfants léopards », de Wilfried N’Sondé, auteur franco-congolais, qui avait, auparavant, fréquenté mon lycée et mon établissement supérieur. Partant du principe qu’il ne faut pas se sentir honteux d’imiter le bon exemple, j’ai décidé d’écrire. Après cela, j’ai participé à mon premier concours littéraire « Les après-midi de Saint-Flo » sous le thème « voyages ». Je n’ai pas remporté ce prix, mais cette tentative m’a conforté dans mon idée.

 

Quelques années plus tard, une série d’évènements m’a poussé naturellement à écrire sur le rapport entre les jeunes de la banlieue française et le monde professionnel. C’est ainsi que fut publié mon 1er livre « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles », qui reste le plus connu à ce jour.

 

Cependant, écrire un livre ne faisait pas de moi un écrivain. Pour le devenir, je me suis lancé dans la rédaction de « Sur la photo, c’était presque parfait », roman évocateur du retour des jeunes français de la diaspora africaine au bercail, dans laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir.

 

Je dirais donc que j’ai écrit un livre par curiosité, pour devenir écrivain par passion. 

 

3-Le titre de votre recueil porte incontestablement un message… lequel ?

 

Les histoires de mon recueil se déroulent entre l’Occident et l’Afrique. Elles évoquent l’hiver et le soleil, et donc des personnages qui sont ou qui tendent à vivre « l’entre-deux », c’est-à-dire qui naviguent entre deux mondes, deux cultures, deux réalités, deux avions et deux vies. Le titre porte un message d’alliance, de complémentarité et d’union entre l’Afrique et le monde occidental, en réponse aux dilemmes identitaires qui plombent la jeunesse afropéenne que je considère d’abord noire et donc africaine, mais aussi occidentale par adoption ou intégration. Elle n’a alors pas besoin de choisir une identité, de renoncer à une autre ou de l’ignorer. Elle peut simplement voguer entre deux identités sans se trahir.

 

4-Les migrations font partie de la vie humaine. Et d’ailleurs à ce propos, le pape François a dit un jour « Nous sommes tous des migrants ». Cette trame traverse votre recueil, mais un ressenti demeure : le mal être de certains immigrants. Comment expliquez-vous cela ? Vivez-vous cette réalité aussi ?

 

La première nouvelle raconte la vie d’un nigérian qui s’est forgé une vie dans un pays froid. Cette nouvelle m’a été inspirée par un noir, extrêmement mélancolique, que j’avais rencontré au cours d’un voyage.

 

La vie m’a permis de voyager et de rencontrer toutes sortes de personnes, heureuses, malheureuses ou encore indifférentes. La misère, la peur du lendemain, la précarité sont des situations transversales qui ne sont pas exclusives aux pays pauvres. J’ai pensé à tous ces migrants à la recherche d’une vie meilleure, ces jeunes filles africaines prêtes à tout pour se faire une place dans ce monde et ces jeunes occidentaux en mal d’identité, malgré leurs situations matérielles confortables. Alors, j’ai voulu leur rendre hommage.

 

Ce ressenti demeure, car au contact de l’autre, on apprend à mieux considérer sa situation personnelle comparée à ce que vit notre prochain. C’est donc un ressenti que j’ai insufflé dans le recueil. 

 

Comme de nombreuses personnes de couleur, j’ai été parfois confronté au rejet en France, en Afrique ou ailleurs, notamment en raison de mon accent, mes origines ou encore la culture dégagée par mon état d’esprit.

 

5-Depuis votre premier livre, la question de l’immigration, de diverses manières, reste présente, pourquoi ?

 

Elle demeure, car le sujet est vaste.  Toutefois, ce livre apporte une fraction de conclusion sur cette question et en induit une trilogie. En effet, il s’agit de mon troisième livre et il est constitué de trois nouvelles. Il représente en lui-même un triptyque sur la question de l’immigration. 

 

6-La France est-elle votre destin ou bien est-ce le Congo ?

 

Je me sens aussi bien à Dolisie, au Congo, qu’à Belfort en France. Le Congo m’a conduit en France et cette dernière m’a ouvert au monde. Après l’avoir parcouru, j’en suis donc devenu un citoyen qui ne peut plus se cantonner à deux pays. Le monde est mon destin.

 

7-Quel est l’écrivain congolais qui vous inspire le plus et pourquoi ?

 

J’ai apprécié « Une enfant de Poto-Poto » d’Henri Lopès, le bouleversant « Photo de groupe au bord du fleuve » d’Emmanuel Dongala, et « Une vie et demi »  de Sony Labou Tansi. L’auteur qui m’inspire le plus est Alain Mabanckou en raison de sa notoriété, laquelle dépasse largement les frontières. La lecture de son roman « Verre cassé » était jouissive dans le métro parisien. « Mémoires de porc-épic » a été une traduction littéraire des contes racontés par les anciens. « Black Bazar » rappelle la vie de certains dandys en France. Quant à « Demain, j’aurai vingt ans », ce fut impressionnant de revivre son enfance à travers les turbulences du petit Michel.

 

 

8-On dit souvent que le premier roman est généralement autobiographique, si c’est aussi le cas pour le second, me permettez-vous dire que votre recueil de nouvelles c’est votre histoire ou plutôt, disons, l’histoire de vos rencontres?

 

Les pays évoqués dans ce recueil de nouvelles sont le Danemark, le Nigéria, l’Allemagne, l’Angleterre, la France, la Belgique, le Luxembourg, les pays d’Afrique Centrale et le Canada. Cette histoire est le fruit de nombreuses rencontres et des échanges qui en ont découlé. 

 

9-Pour écrire un bon livre, par où faut-il commencer ?

 

En général, le premier paragraphe du prologue détermine si le livre sera captivant, la première page écrite permettra de convaincre le lecteur s’il doit lire le livre.

 

10-S’il y a des souhaits pour les années à venir, ce seraient lesquels ?

 

L’adaptation à l’écran de mes livres « Sur la photo, c’était presque parfait » et « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles » par de brillants réalisateurs, pourquoi pas congolais ou français. 

 

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture

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Nathasha Pemba

Rédactrice en Chef
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