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Le Sanctuaire de la Culture

Articles avec #le sanctuaire de la femme

Samantha Madia Kande: Nous sommes tous des créateurs

18 Février 2017, 09:21am

Publié par Nathasha Pemba

 

Peinture de Samantha MK« Rien n’est impossible, il suffit de vouloir ».Tel est le credo de Samantha. Créer est son porte-étendard. La création est une expérience qu’elle vit depuis qu’elle est toute petite. Elle croit en Dieu et sait que grâce à Lui, elle réalisera de grandes choses. Créer pour elle ne signifie pas s’enrichir au détriment des autres. Elle veut nourrir le monde de son charisme, de ses dons et de ses talents. Samantha fait partie de ces personnes que je rencontre dans mes multiples tournées. C’était au cours d’un vol Montréal-Amsterdam que j’ai fait la connaissance de Samantha. J’étais assise et lorsqu’elle est venue s’asseoir à mes côtés, j’ai compris que notre rencontre n’avait pas vocation à s’arrêter dans cet Airbus.

Étincelante, assurée, convaincue, pieuse, Samantha est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut. Elle regarde devant elle et sait que si l’aujourd’hui est déterminant dans son engagement, c’est vers l’avenir qu’elle doit se tourner.

Samantha a étudié le Design d’intérieur au Collège d’Enseignement Général et Professionnel du Vieux Montréal. Elle est diplômée en Etudes d’administration des affaires à l’Université du Québec à Montréal. Elle est peintre, slameuse, photographe…

Qui êtes-vous, Samantha Madia Kande  ?

Une jeune femme en Christ appelée à impacter cette génération par le don de créativité dans le plus de domaines possibles.

Vous êtes peintre, slameuse, photographe… Quel est votre parcours ? À quel moment de votre vie avez-vous pris conscience de votre sens de la créativité ? Que signifie pour vous « être créatrice » ?

Etre créatrice pour moi signifie ressembler à Dieu et manifester la puissance qu'il a mise en moi ; cette même puissance se retrouve dans chaque être humain sur terre. C'est celle-là même qui a permis à l'homme de survivre, et aujourd'hui d'évoluer. Il n' y a pas de création sans imagination. Nous sommes tous des créateurs, la différence est que nous choisissons de l'exposer au monde ou non, d'exploiter cette créativité ou non. Chaque jour nous créons, nous créons des relations, nous créons des histoires, nous créons des moments, nous créons des possibilités, sans pour autant prendre la place de Dieu car il est celui qui a le dernier mot.

Y a-t-il un message derrière vos peintures ?

Je passe un message derrière mes peintures et mes créations. Principalement l'identité et la foi car si nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne saurons pas ce que nous devons faire et savoir qui nous sommes nous permet de vivre notre destinée, seule garantie de notre bonheur sur terre.  Et, si nous croyons en ce que nous sommes, rien ne pourra nous arrêter.

Entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique, où vous situez-vous exactement?

Cette question me fait sourire. Les 3 sont dans mon cœur et je suis dans le cœur des 3.

Parlez-nous de l’art de vivre à Montréal ? Les rapports sont-ils simples?

Montréal est une ville que j'ai découverte, une ville riche, agréable à vivre et remplie de surprises! En hiver comme en été, il fait bon vivre. La société montréalaise a ses hauts et ses bas, mais elle devance de loin certaines villes. Je ne la vante pas, bien entendu, mais il fait bon vivre à Montréal. Je reconnais aussi que les rapports n’y sont pas toujours simples, malgré la grande ouverture des Montréalais. Toutefois, j’estime qu’au niveau professionnel, ils sont capables de pousser plus loin. Il suffit d’un peu plus de volonté.

Comment réussir une entreprise lorsqu’on est jeune comme vous ? Avez-vous des mentors ?

Ouf! Ce n'est pas facile, c'est un travail quotidien d'auto encouragement et de vision. Il faut croire, persévérer et se battre. Oui, j'ai des mentors. Ils sont nécessaires lorsqu’on veut obtenir du succès dans un projet qu’on réalise. Ils ont une sagesse et une expérience dont je peux profiter. Ils ont payé un prix que je n'aurai pas à payer, à mon tour j'en paierai certainement, que d'autres n'auront pas à payer.

Parlez-nous de l’architecture d’intérieur. Comment définirez-vous le design du futur ?

Le design du futur pour moi c'est la possibilité que chacun a de créer. Qu'il s'agisse d'un environnement, d'un train ou d'une musique. Et ce, par l'ouverture du monde des affaires et par le travail participatif. Des richesses se cachent en chacun de nous et tout comme il y a 500 ans, un Samsung Galaxy S7 était une folie, le design du futur sera une folie.

Pensez-vous qu’il existe spécifiquement des métiers pour les hommes et pour les femmes ?

Oui et non. Nous sommes faits différents. Notre différence ne veut en aucun cas dire inférieur à l'autre mais simplement différents. Rien qu'à regarder la carrure moyenne d'un homme, elle est carrée alors qu'une femme aura des formes sinueuses. Nous excellons dans des fonctions différentes à cause de la nature mais une femme qui travaille fort peu tout aussi bien soulever des poids lourds!

Vos coups de cœur dans le domaine de la culture ?

La publication des plus belles constructions architecturales de 2016 selon ArchDaily. Il y a de quoi se rincer l'œil !

En tant que femme inspirante, quel est votre message pour celles qui aimeraient suivre vos pas ?

Sachez quelle est votre valeur et demeurez toujours humble.

Quel est votre grand défi ? Des projets pour la RDC, votre pays d’origine ? Pouvez-vous nous en parler ?

Mon grand défi est de me laisser toujours influencer par les causes qui en valent la peine et de ne pas baisser les bras devant les impossibilités qu'essaient de nous dicter les sociétés. Oui beaucoup de projets et non je ne peux pas en parler 

Un mot pour les lecteurs ?

Si vous abandonnez c'est que vous n'avez jamais commencé.

 

Nathasha et Samantha

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Pour moi, chaque note de musique a de la valeur et du sens. Pour elle-même et pour l’autre car aucune note ne se suffit à elle-même dans la mesure où elle donne constamment de la valeur à une autre note, Alvie Bitemo

9 Janvier 2017, 20:06pm

Publié par Nathasha Pemba

Originaire du Congo-Brazzaville, elle exerce aujourd’hui sur le plan international. Sa musique n'est pas que congolaise, car ce qu’elle chante reflète le métissage des sonorités du Congo, de l’Afrique et du monde. En effet, Alvie s’inspire de beaucoup de diverses couleurs musicales du monde.  Celles-ci n’ont aucun incident sur ses racines congolaises.

 

Dès son plus jeune âge, Alvie Bitemo rêve de musique et de chant. Elle chante, elle compose. Elle sait déjà ce qu’elle sera plus tard. À l’âge de onze ans, elle dit déjà, avec conviction, à son père : « Je serai chanteuse !»

 

Mes racines congolaises me définissent prioritairement 

Cet ancrage dans sa culture d’origine lui permet, dès lors, de se définir comme une citoyenne du monde avec une Âme congolaise. Tout cela en lien avec sa vocation de chanteuse, de comédienne et de costumière.

 

Durant son enfance, Alvie n’avait pas droit à la parole devant les adultes, non pas parce qu’elle était brimée, mais parce qu’elle est passée par un moule éducatif où un enfant devait se taire lorsque l’aîné parlait ou engueulait. Pour ne pas étouffer ses pensées, elle a choisi de se réfugier dans la chanson :

 

Je chantais tout ce que je ne pouvais pas dire devant les adultes 

 

Tout est parti de là. Après le soutien constant du père, il y a eu d’autres visages comme celui d’Alain Ndouta, du pianiste Eustache. Consciente d’avoir besoin de l’expérience de certains aînés et aînées pour solidifier sa vocation, Alvie est passée par l’apprentissage auprès d’autres grands artistes congolais comme Clotaire Kimbolo, le Général Makoumba Nzambi, Armel Malonga et bien autres.

 

 Je ne compte pas m’arrêter là, car dans la musique comme dans la vie en général, nous sommes toujours en apprentissage 

 

Alvie et les autres artistes ?

Je suis fan de Tracy Chapman, Myriam Makéba, Angélique Kidjo, Abetty Massikini et bien d'autres qui ont forgé et continuent de forger l’artiste que je suis ». Mon chanteur de cœur est Lokua Kanza. Avec les autres artistes de ma génération, les choses se passent bien.

 

Quelles difficultés rencontres-tu dans l’exercice de ta profession ?

Des difficultés ? Il en existe dans chaque profession. Ma première difficulté se trouve avant tout dans ma condition féminine. Etre femme dans un domaine où la prédominance est masculine n’est pas chose aisée. Et, en Europe la situation est encore plus difficile. À ma condition féminine s’ajoute ma condition Noire. Je suis donc une femme noire, et lorsqu’on est une femme noire dans ce milieu, on vous colle tout de suite quelque chose à la peau, une étiquette du genre : " vous faites du jazz ? Vous devriez" ou encore " Faites de la rumba congolaise".

 

Et quels sont tes moments de bonheur ?

Le bonheur dans mon métier, ce sont toutes ces belles rencontres que je fais à chaque concert, à chaque création théâtrale, à chaque création de costumes…

 

Quel est ton plus beau souvenir ?

Mon plus beau souvenir... Je ne saurais le nommer. J’ai plein de beaux souvenirs et je sais que d’autres sont à venir. Cependant, j’avoue que je suis restée très marquée par ma rencontre avec Lokua Kanza au Brésil. C’était lors du festival des Arts nègres. Je ne l'avais jamais rencontré auparavant. Mais les meilleurs souvenirs c’est aussi… Après un spectacle de théâtre. Parfois, c'est comme une transe, Parfois comme un rêve. L’après-concert est toujours émouvant. C’est ineffable. Ce sont des étincelles qui illuminent mes yeux et je me dis au fond de moi : « Il suffit que ça dure ».

 

Combien d’albums à ton actif ? Un album à venir ?

J'ai un album, Mini Ouenzé, qui s'appelle Lamuka. Il s’agit d’un duo avec Benoist Bouvot. Actuellement je suis en studio pour un projet d'album en solo.

 

Es-tu un auteur compositeur ? Si oui, comment les chansons te parviennent-elles ? Par rêve ou par l’observation des phénomènes sociaux ?

Oui, je suis auteur et compositeur. Je compose mes chansons, il m'arrive de rêver un morceau ou encore quand je fais la marche. Le fait social aussi joue un rôle essentiel dans mes compositions. En outre, j'adore faire une balade quand il pleut, j'adore sentir la pluie sur moi, car il y a toujours une mélodie qui vient à moi.

 

J’ai écouté Mawazo. Est-ce le souvenir de quelque chose que tu as vécu ? Ou bien cela est dû au fait que de plus en plus les nations se déchirent en se fondant sur la différence ethnique ?

Mawazo ne parle pas de déchirement ethnique. Cela étant, j'ai beaucoup de chansons qui puisent leurs inspirations sur tous ces problèmes qui continuent à mettre le Congo et certains pays d’Afrique en déséquilibre. Les problèmes ethniques, je les ai connus, oui, et je continue à les rencontrer, d’une manière ou d’une autre, car au Congo cette affaire n'est toujours pas résolue.

 

Certains musiciens avec qui je discute souvent me parlent de leur difficulté à trouver de producteurs fiables dans le milieu. Est-ce ton cas ?

Oui. Il y a un grand problème concernant la plateforme artistique congolaise. Que ce soit au pays ou bien ici en Europe, la culture d'un pays doit d'abord être soutenue par ledit pays qui doit reconnaitre ses artistes, moyennant un financement national. Cela, dans le but de faire fonctionner l'artistique, avant de se mettre à demander des partenariats aux autres pays. Or de nos jours, pour réaliser une création qui tienne vraiment la route avec des moyens comme il faut, c’est difficile si on n’est pas soutenu. Souvent les subventions viennent d’ailleurs et même quand le spectacle est monté par des artistes congolais résidant à l'étranger, le Congo est incapable d’accueillir le spectacle. Il y a fréquemment des spectacles comme le théâtre ou la musique qui sont composés de plusieurs nationalités d’Afrique ou d’Europe. Il y a toujours une tournée organisée selon les nationalités. De fait, le spectacle finit par aller dans le pays de chaque artiste et le Congo est toujours absent. Le Congo ne prend jamais en charge quoi que ce soit. Et c’est bien dommage pour ce pays de grade tradition culturelle.

 

Alvie actrice ? Tu es une artiste complète si je comprends bien… Quels sont les œuvres de cinéma où l’on peut te voir ?

Oui j’essaie d’être complète. C’est un travail de tous les jours. Je suis chanteuse comédienne, musicienne et costumière. J’ai joué dans le film « Max et Lenny » puis dans « Bienvenue à Marly-Gomont » et dans « Nevers ».

 

Quel est ton style ?

Je ne veux pas me mettre dans une boite alors je fais de la musique du monde, ou encore une musique métissée; faite de toutes les couleurs du monde.

 

Pour moi, chaque note de musique a de la valeur et du sens. Pour elle-même et pour l’autre car aucune note ne se suffit à elle-même dans la mesure où elle donne constamment de la valeur à une autre note. Il existe donc cette dimension complémentaire, à travers les notes de musique que je révère beaucoup… Les notes, c’est un peu comme les doigts de la main .

 

Quelle est la différence entre musicien et chanteur ? Et Alvie ?

Le musicien c'est un joueur d’instruments, un créateur musical. Le chanteur, quant à lui, chante et interprète. Moi je suis chanteuse, compositrice et musicienne. Mais je me définis plutôt comme une Artiste tout simplement.

 

Quels sont tes projets ? Ton programme 2017 pour ceux et celles qui veulent te suivre ?

Mes projets en 2017, c'est de finaliser mon album en solo et faire la sortie cette année. Du 10 au 20 janvier à 15h30, je joue dans une comédie musicale « Drôle de vampires », une mise en scène de Richard Demarcy. Ensuite, je suis invitée à Bruxelles pour « La carte de blanche» de Freddy Massamba au Bozar. Du 06 au 20 février, je participe à une tournée dans les Caraïbes « Guadeloupe et Martinique » pour le spectacle « Erzuli Dahoméle ». Le 24 mars, j’ai une représentation au panthéon avec « Soulevé la politique » la suite du programme viendra plus tard.

 

Quel message pour la musique congolaise et africaine? Penses-tu qu’au niveau de la culture et de l’art, l’Afrique a un mot à dire au monde ?

La musique congolaise est en perpétuelle création, donc sur le bon chemin. C’est le mode de production qui nous fait défaut. Les artistes africains et africaines sont des créateurs hors pair. Je pense que la culture africaine n’a pas besoin de chercher à s’affirmer par des moyens obscurs. Elle le manifeste simplement. Elle est présente partout, elle influence beaucoup la création dans le domaine de la peinture, de la mode, de la musique et de la danse... Bref ! elle s’impose au-delà des frontières. Les Africaines et les Africains doivent être fiers de leur culture.

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

 

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Caroline Dion, Artiste-Peintre québécoise : L’art est une nécessité. L’art a toujours sa place dans l’espace comme dans le temps. L’art provoque l’histoire. L’art nous indique même où on va.

14 Décembre 2016, 07:27am

Publié par Nathasha Pemba

 

« Le corps est le plus important, le plus artistique. Tous les gens sont beaux à leurs façons. Je ressors des choses à ma façon ; des choses que tout le monde ne voit pas.»

 

C’est au cours d’une exposition à la Place Laurier, à Québec que j’ai été attirée par les œuvres de Caroline Dion, Artiste Peintre Québécoise qui, a priori exposait des œuvres  faites essentiellement des « corps ». Je suis passionnée des corps, d’abord parce que je suis un corps, mais aussi parce que le corps c’est le premier élément que l’on voir lorsqu’on est en face d’un autre moi. En ce sens le corps est le lieu de la rencontre entre l’autre et moi.

 

C’est donc, en me rapprochant de Caroline Dion que j’ai pu solliciter cette interview, réalisés à l’intérieur d’un café, Place Laurier.

 

Qui est Caroline Dion ?

 

Caroline Dion est une artiste peintre Québécoise. Elle est née au Lac Saint Jean et a émergé à Victoriaville. Peintre (Artiste) dans l’âme, ce n’est que plus tard que cette technicienne en électrophysiologie, va se consacrer à cette passion et en faire un métier. Caroline Dion considère que l’art possède des vertus essentielles pour le bien-être de la personne humaine. Elle travaille de façon à capter l’essence émotionnelle de ses sujets. Ayant toujours été plongée dans les arts dès son jeune âge, elle explore plusieurs médiums et c'est la peinture qui a retenu son attention.

 

Caroline Dion est aussi récipiendaire de plus d’une vingtaine de bourses et de prix. Ce qui fait d’elle une artiste internationale, parce que même en dehors de Québec, elle expose ses oeuvres.

 

De ma rencontre avec Caroline Dion, j’ai pu retenir qu’en transformant la nature et en travaillant, l’homme s’accomplit, s’élabore et s’affirme. C’est dans cette création, dans ce travail que l’artiste, dans son domaine de compétence cherche à exprimer de manière durable ce qu’il porte en lui, pour son bien-être et pour celui de son entourage. L’art apparaît ainsi comme étant la marque la plus généreuse, car c’est dans l’art que la vitalité humaine atteint son summum. C’est dans l’exécution artistique que l’artiste réalise sa béatitude et se sent bien dans son être et dans toute son humanité. C’est en récréant l’univers et les corps que Caroline Dion réussit à être en harmonie avec le monde, et avec elle-même. Le corps humain reste son sujet principal. Elle peint le nu et les expressions du visage.

 

Comment on le remarque, à travers les œuvres de Caroline Dion,  les corps sont non seulement recréés, mais il y a aussi la rencontre interhumaine qui passe par la médiation sensible. Quand cette médiation engendre la sensation esthétique, elle créé la solitude comme la rencontre de la nature et des corps. La perception esthétique ici devient le lieu de recueillement et du bien-être de l’humain. C’est pourquoi l’art telle que présenté par Caroline Dion, en conduisant à la découverte des corps, conduit à la découverte de soi-même, de l’autre et de l’univers. La contemplation d’une œuvre d’art devient donc un acte de la vie, puisque c’est l’être vivant, corps et esprit, tout entier qui fait cette expérience. L’expérience du beau est profondément humaine, parce qu’elle met en lien la dimension spirituelle et corporelle de l’humain. Disons que, selon Caroline Dion, un esprit, dépouillée de son corps, donc de sa sensibilité aura du mal à entrer dans l’univers esthétique. En somme aucun rendez-vous de la vie concrète et réelle, telle qu’elle se donne à voir et à vivre, ne se fait sans corps.

 

La parole à Caroline...

-Comment êtes-vous devenue artiste-peintre ?

Je l’ai toujours été. Même toute jeune, depuis que je dessine. Je suis tellement hyper active, que quand je ne pouvais pas bavarder, je dessinais. J’ai travaillé pendant dix huit ans comme technicienne en électrophysiologie. Ensuite, Je faisais dans mes temps perdus de la Haute couture pour enfants. J’ai commencé la peinture sur les vêtements que je peignais. Pour les besoins, je me suis mise à peindre professionnellement sur les toiles. Le cheminement de ma vie avec tout ce qui est arrivé m’a conduite à devenir artiste-peintre personnel.

 

-Que véhiculez-vous dans vos œuvres ?

Des émotions. Ceux qui me suivent disent que mes personnages parlent. Mais il est question des émotions intérieures. La sensibilité. Des émotions à fleur de peau. Après la sérénité. On est bien intérieure, parce que la sérénité ne se lit pas sur le visage, mais c’est quelque chose qui se vit de l’intérieur. Quand je peignais, c’était des nus qui laissent voir les émotions à travers le corps humain.

 

-Vos œuvres représentent des visages, des corps ; est-ce que la personne humaine est votre sujet de préférence ou bien ?

Le corps est mon sujet principal. Mais je fais beaucoup d’autres choses : des fleurs. Il m’arrive d’ailleurs d’intégrer des visages dans mes paysages. Tout ce qui m’inspire, je peins.

 

Y-a-t-il un lien entre l’art et le corps ?

Oui. Bien évidemment qu’il y a un lien entre l’art et le corps. Le corps est ce qu’il y a de plus important et de plus artistique. Tout le monde a un corps. Tous les gens sont beaux à leurs façons. Je ressens des choses à ma façon, des choses que tout le monde ne voit pas.

 

Pensez-vous que même dans un monde pleinement « technologisé », la sensibilité de l’être humain peut encore se laisser émouvoir par l’art ?

Oui, je pense que l’art a beaucoup à dire à notre monde. L’art est une nécessité. L’art a toujours sa place dans l’espace comme dans le temps. L’art provoque l’histoire. L’art nous indique même où on va. Il suscite même des questionnements qui sont plus que technologique.

 

En dehors de l’art, avez-vous d’autres passions ?

Le Spa, le   sport… J’aime la construction. J’aime la nature, le bois. Je suis un petit peu garçon manqué… J’aime les gens et avant je travaillais dans le milieu hospitalier. Je pense que la chose qui va encore plus me chercher ce sont les sciences.

 

Quels types de science ?

Microbiologie, la nature, la chimie.

 

Êtes-vous satisfaite de votre travail ?

Oui, ils apprennent à me connaître. C’est coloré, c’est audacieux. On n’est jamais unique, mais chacun a sa personnalité et sa place.

 

En quoi l’art peut-il être considéré comme  une source de bien-être ?

L’art  est une véritable source de bien-être parce que créer du bonheur et donner du sens font partie de ses vocations. Transmettre aussi. L’art apporte toujours quelque chose de plus. Il est certes l’expression d’une sensibilité personnelle, mais il est aussi tourné vers d’autres personnes. Par exemple, les yeux transmettent la vraie personnalité de chacun et on peut voir au tout profond d'une personne en les regardant  dans les yeux. Ce que le corps dégage c'est une sérénité, une émotion. Il dégage L'expérience de la vie : passé,  présent et à venir...

 

Propos recueillis par  Nathasha Pemba

 

Site de Caroline Dion: https://carolinedion-car-di.blog4ever.com

 

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Ils croyaient leur gloire éternelle...

10 Décembre 2016, 16:11pm

Publié par Nathasha Pemba

Les enfants avaient crié. Les grands sont sortis de leurs maisons. Cela n’avait rien de surprenant. C’est le contraire qui aurait étonné car dans ce pays, chaque rétablissement ou retour de l’électricité est une occasion de fête. Chaque victoire sportive est une occasion de sauter de joie et de crier. Pour une fois, les chauffeurs de taxis laissaient les clients sortir leur tête ou simplement leur corps à travers les fenêtres. C’était la joie.

Je me trouvais chez mon Cousin. Le ministre des hydrocarbures. Depuis qu’il avait été nommé, il avait renié les membres de son parti d’origine. Il ne jurait plus que par le président, notamment lorsque celui-ci lui avait dit que son fils héritier du trône ne se séparerait jamais des ministres de son père. C’était un pacte. Lorsque j’ai entendu ce cri, par réflexe habituel, j’ai voulu savoir de quoi il était question. Il m’a retenu sur mon fauteuil.

-Oh ! dit-il en me rassurant. Tu vois les bas-fonds qui ne sont pas loin de chez moi, soit le courant est revenu, soit l’eau. Tu ne peux pas le savoir. Ici chez moi la société d’électricité ne coupe jamais le courant.

-Ah oui ! Vous avez peut-être raison, Excellence.

-Oh ! Tu sais. Tous les matins, à force de voir ces pauvres et ces maisons en planche autour de moi, j’ai commencé à avoir de la migraine. J’ai donc racheté toutes les maisons des environs pour étendre mon palais. Et puis, j’ai construit ce mur. Si haut. Pour ne pas voir la misère.

Je ne sais pas pourquoi, mais cet homme me faisait simplement pitié. Depuis qu’il était devenu ministre, j’avais décidé de ne jamais mettre mes pieds chez lui. Pourtant, ce matin-là, en sortant ma voiture du garage, mon gardien m’a dit qu’il y avait le véhicule de l’escadron de la mort qui m’attendait dehors. Ils m’ont embarqué et je me suis retrouvé chez mon cousin. Il voulait me voir. Il manquait des manières. Il m’a dit que s’il avait agi dans les règles, je ne serais pas venu. Il avait constaté que, moi, petit enseignant d’université, je le narguais. Ce quartier qu’il appelait les bas-fonds était celui-là qui nous avait nourris, où nous jouions, à l’époque, au foot, pieds nus, avec nos ballons de chiffons. C’était tellement honteux surtout quand il fallait se souvenir qu’il était, lui, le député de ce bas-fond. Il se faisait appeler honorable, alors qu’il était, en général et selon ses actes, un déshonorable. C’était bien triste, et dire qu’on devait encore supporter cette mouvance de destructeurs et de démagogues dans le pays.

Les cris ont duré plus que de coutume. Environ une heure. C’était inhabituel. Peut-être une insurrection. Le ministre a paniqué. Il a fait huit tours aux toilettes. Il est revenu s’asseoir.

-Tu sais Cousin. On est cousins. Et cela personne ne pourra le changer. Je ne veux plus que tu continues à me narguer. Je suis ton frère.

-Oh Couz ! Je ne te nargue pas. Tu sais. J’ai beaucoup de travail à l’université en ce moment. Les mémoires, les thèses. Ce n’est pas évident. Et puis ta belle-sœur qui m’aidait auparavant n’est pas là en ce moment.

-Ah ! Bon ! Et où se trouve-t-elle ?

-Elle est à Dakar pour une formation.

-Elle est déjà bétologue. Elle cherche quoi encore !

J’ai souri en écoutant le mot « bétologue ». Mon cousin savait que ma femme était diabétologue. Mais en privée, c’était une façon de se moquer de son chef, le Chef de l’État, qui n’avait jamais su prononcer diabétologue. Il disait toujours diabletologue. Et un jour, un des proches du Chef lui avait dit que c’était simple de faire bétologue. Que ça se disait aussi. Il avait donc adopté le néologisme qui sonnait tellement drôle aux oreilles.

Le chef de l’État n’a jamais apprécié mon épouse. « Trop arrogante », dit-il souvent. « Et même hautaine » disait-il aussi. En réalité, ils avaient grandi dans la même ruelle. Et à l’époque de l’indépendance, le papa de  ma Micheline était ministre. Et soi-disant… Soi-disant qu’elle était arrogante. Que son père ne voulait pas les voir avec les jeunes du quartier. Et puisque ma Micheline se prenait pour Marie-Curie, qu’elle ne les saluait pas et qu’elle les regardait de haut, le futur Chef d’État avait finalement décrété qu’elle était laide. J’ai tellement ri quand j’ai appris toute cette histoire. Avec le temps, j’ai fini par comprendre que son orgueil de mâle avait été touché, et qu’en devenant président, il s’était imaginé que toutes les femmes tomberaient à ses pieds. Il ne savait pas que les femmes, toutes les femmes, ne se définissaient pas sous les yeux d’un homme. C’était vraiment mal connaître ma Micheline. Il y a une race de femmes sur terre qui ne se courbe que par amour. Et même là ! Ces femmes de caractère. Ma Micheline l’incarne parfaitement. C’est une défaite de notre président.

Le téléphone de mon cousin s’est mis à sonner. Il s’est levé. Puis il a crié.

-Nooooooonnnn ! Ce n’est pas possible !!!

Il est revenu s’asseoir. Il a commencé à zapper les chaines de télévision. L’air déçu et distrait. Traumatisé pour sûr. Il s’est levé, est allé aux toilettes. Il est revenu s’asseoir et a bu un verre de whisky d’un trait. Il s’est déplacé vers la chaîne musicale. C’est curieux, malgré l’arrivée des cd, il avait toujours gardé son tourne-disque. Il a sorti un disque d’or de Tabu Ley. Il s’est mis à danser seul la rumba congolaise. Il a dansé environ dix minutes. Je ne parvenais pas à comprendre ce qui était arrivé. Assurément pas une bonne nouvelle. Il m’aurait sauté au cou. Mais que se passait-il donc ?

Mon cousin est revenu s’asseoir devant moi. Il a voulu prendre un autre verre. Je l’en ai empêché. Je ne pouvais pas le voir se détruire en ma présence comme cela. J’ai pris son verre.

-Dis-moi, Cousin, que se passe-t-il ?

Il a laissé couler une larme. Puis une deuxième. Puis un torrent. Je l’ai pris dans mes bras.

-Le chef de l’État vient de mourir.

- ????

-Oui. Il est mort lors d’une embuscade.

Il avait voulu se rapprocher des populations, donc il était descendu dans un maquis pour aller manger du poisson braisé. Un jeune est d’abord arrivé avec une lance-pierre. Ensuite un groupe. La police n’a pas su les neutraliser. Tout le monde a décampé, laissant là, le président à son triste sort. Les jeunes l’ont cueilli comme un oiseau. Il est mort sur place.

Ce n’était pas le moment de poser des questions. D’ailleurs après 50 ans de règne, et de règne clanisme, nous désirions tous son départ. Cette mort venait de nous délivrer. En mars dernier, il avait fêté ses 50 ans de règne avec faste, alors qu’une partie de pays était chaque jour exterminée. Il s’était cru indéboulonnable. Beaucoup souhaitaient une mort naturelle, mais là il était mort par l’épée parce qu’il tuait par l’épée. On disait que tout en lui était devenu artificiel, même le sexe et les cils. Il s’était tout fait remplacer pour durer toujours. Très arrogant à l’égard du peuple et de ses collaborateurs, il se laissait consoler dans l’idée qu’il était un fin politique. Le m’as-tu vu était le moteur de son règne. Il avait le statut de Dieu. Pourtant, au niveau moral, personne ne pouvait le prendre pour une référence. Il inventé le crime de lèse-majesté à sa famille, à ses biens et même à ses idées. Il faisait l’objet du culte de la personnalité dans un pays dit démocratique.

Avec sa famille, il s’est servi dans les caisses de l’État. Ses enfants et ses amis sont devenus les businessmen de la nation. Ils accaparent toutes les terres et privent la population du droit de propriété. Le fameux slogan « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple » était devenu « Tout pour le pouvoir, rien pour le peuple ». C’est à partir de ce moment que j’ai rompu avec la plupart de mes amis. Rompu, parce que j’avais décidé d’être honnête. Ce que m’a reproché mon cousin qui disait que tout le monde me traitait d’arrogant. On avait commencé à m’appeler « le petit professeur d’université ». Pour m’humilier probablement. Nos relations étaient devenues toxiques, faites d’hypocrisie profonde. J’ai décidé de couper avec tous. Mais il m’arrivait de rencontrer mon cousin lors des décès de famille où j’étais le plus souvent dans un coin, jouant au scrabble et lui, toujours dans un salon spécial aménagé à son intention, avec gardes et gendarmes. Il distribuait alors des billets de banque à ses courtisans du moment. Mon tout dernier souvenir remontait au décès de sa maman, donc de ma tante. Le président de la République était venu en personne soutenir la famille. Il avait fait montre d’une simplicité qui avait étonné les gens. Les élections n’étant pas loin, il était déjà en campagne. Il s’était assis sur la natte avec deux de mes cousines. L’image était belle, mais stratégique. J’avais ri en le voyant ainsi. Ce soir-là, la ruelle de la maison de ma tante était devenue une petite caserne. Des bandits ? Oui. Genre ALI BABA et les quarante voleurs.

Mon cousin s’est excusé pour aller prendre un bain. Il m’a dit que cela lui ferait un grand bien, parce que c’était le jour le plus triste de sa vie. Moi qui croyais que c’était le jour de la mort de sa mère. Je ne le reconnaissais plus. Mon cousin et moi avions grandi dans le même enclos. Proches, nous avons eu notre bac ensemble. Nous sommes allés à l’université ensemble. Il a choisi d’étudier le Droit, droit malheureusement qu’il a choisi de violer en entrant dans la politique. Moi, j’ai opté pour la philosophie. C’est donc de cette façon que, ayant vécu plusieurs années ensemble au campus, nos liens se sont soudés. Nous sommes comme deux frères. Lorsque le parti au pouvoir est passé pour le recrutement à l’université, j’ai vu comment ses yeux brillaient. Il a choisi de partir. Moi, j’ai choisi de rester. Ce n’est pas que je n’aimais pas la politique. Non, je ne voulais pas sacrifier mes valeurs.  Il y a des moments dans la vie où on n'est obligé de faire le tri. Le bon tri. L’appel s’est fait pressant. J’ai résisté. le cousin n’a pas eu le temps de faire sa maîtrise, mais avait déjà commencé à occuper des postes au sein du parti avec un salaire mirobolant à l’époque.  Après ma maîtrise, j’ai voyagé en France pour faire d’abord mon DEA puis ma thèse de doctorat. C’est à cette époque que j’ai rencontré mon épouse. Elle était interne à la Pitié Salpêtrière. Nos trois enfants y sont nés. Puis le temps de sa spécialité et de la fin de ma thèse, nous avons décidé de rentrer au pays. À notre arrivée, nous avons remarqué que la politique était devenue la planche de salut de tous ceux de notre génération. Nous avons résisté. Et Dieu seul sait comment nous avons dû trimer pour obtenir des postes.

-Tu penses que cette veste fera l’affaire ?

C’était le Cousin qui me montrait une veste noire.

-Oui. Elle est noire. Et c’est un intemporel.

Il l’a mise au-dessus de son marcel. J’ai compris qu’il était vraiment traumatisé.

-Dis Cousin, tu as oublié de mettre une chemise.

-Ça va aller, Cousin. J’ai chaud. Très chaud.

-Et dans ce cas, pourquoi ne pas mettre une chemise ?

-Tu poses trop de questions, Cousin. On y va ?

-Où ça ?

-À la résidence du fils de l’ancien chef de l’État.

-Faire quoi ?

-Tu verras. Je ne peux pas conduire… Je veux que tu m’accompagnes.

Là il m’a épaté. Il n’a jamais conduit sauf dans des occasions très rares. Et commencer à appeler le président ancien chef de l’État me parut tellement prématuré. On aurait dit qu’il attendait cette mort depuis toujours.

-Et ton chauffeur ? Ou bien ton épouse ?

-Acceptes-tu, oui ou non, de me conduire ?

-Oui, c’est si important que cela.

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, Monsieur le Ministre et moi dans ma vieille Renault espace verte. Pour la première fois, je devais découvrir à quoi ressemblait le palais du Fils. Nous bifurquâmes à travers plusieurs avenues jusqu’à l’arrivée, découvrant une rue envahie par une population en liesse.

C’était une immense maison. Du portail aux poignets des portes, tout était en or. Des lions en or avec un regard perçant. Une richesse si insolente qu’elle n’avait aucune de valeur à côté d’un peuple qui vivait en dessous d’un dollar par jour. À l’intérieur même de ce palais, il y avait plusieurs barrages. Au dernier, un policier nous a autorisé le passage. Un Trois étoiles. En sortant de la voiture, mon frère, disons mon cousin, ôta sa veste et ses chaussures. En marcel et pieds nus, il courut se jeter aux pieds du Fils de notre chef de l’État. Telle Marie-Madeleine aux pieds du Maître, il pleura de toutes ses forces et de toutes ces larmes. Je n’ai pas pu sortir de la voiture. J’étais très étonné. Je n’avais jamais vu ça. Je pense que la dictature de l’ambition avait eu raison de mon cousin. Je ne parvenais pas à bouger. Sa veste sur le siège du passager. Monsieur trois étoiles est passé devant moi et m’a invité à rejoindre les employés qui étaient assis, dans un coin, l’air penaud. Tandis qu’en face d’eux j’ai vu des Ministres et autres autorités politico-administratives le regard pensif. Je ne pouvais que les déplorer car ils avaient l’air abattu.

Me retournant vers Monsieur Trois étoiles, je l’ai regardé. Et je lui ai dit que je devais aller chercher la femme du Ministre parce que leur chauffeur était malade. Lui tendant la veste et les chaussures du Cousin, j’ai démarré mon auto. Je suis parti. À peine le portail passé, j’ai entendu des tirs d’armes chez le Fils. Je n’ai pas voulu me retourner. Ce que je sais c’est que dans la famille présidentielle, il n’y avait pas que le Fils. Il était Fils unique certes, mais il y avait aussi les autres membres de la famille. Et pour un président qui s’était comporté comme un roi ou chef de clan, le pouvoir devait revenir aux neveux. Sans oublier l’état major politique qui devait certainement aussi revendiquer son droit…

Nathasha Pemba

 

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Initiales M… Marina parle de Manigances

15 Septembre 2016, 08:49am

Publié par Nathasha Pemba

Je lui ai écrit un dimanche. Elle m’a répondu un Lundi. En lui écrivant un dimanche, je savais qu’elle ne me répondrait pas automatiquement. Je sais que le dimanche est un jour consacré à sa famille. Pour le savoir on n’a pas besoin de lui poser la question. Cela se ressent simplement par le respect qu’elle voue à sa famille : Ses enfants, son époux et les autres membres de sa famille. Elle est une maîtresse de maison exemplaire. Pour elle, la famille est sacrée. Dans la famille, tout a un sens. Il faut la respecter et la vénérer. Ce qu’elle a reçu de ses propres parents, elle n’hésite pas à le transmettre dans sa propre famille.

Dans la rédaction de mon questionnaire, j’ai voulu passer par « Manigances ». C’est par là que j’ai rencontré Marina. Comme personne virtuelle d’abord, ensuite comme personne réelle, parce que l’au-delà de la rencontre du virtuel, tout en restant dans le virtuel, devient toujours relation dans le réel.

Marina NekpadroBarbour est Ivoirienne, Libanaise et Française. Réalisatrice scénariste vivant en Côte d’Ivoire. Elle se définit comme une amoureuse et une passionnée de cinéma.

Dans un univers où il faut se battre pour exister comme Réalisatrice et comme femme, Marina, la maman de « Magnigances », fait figure d’exception, aux côtés d’autres grandes dames de l’univers du cinéma ivoirien.

Questions/Réponses 

Bonjour Marina… D’où t’est venue l’idée de réaliser la série « Manigances ?

Merci... Depuis la classe de 5ème, j'avais en tête l’histoire de « Manigances ». Quelques années plus tard, je me suis lancée dans l’écriture du scénario de ma série. « Manigances » est une histoire dramatique qui parle des affaires liées au cacao ivoirien. L’histoire qui s’ouvre sur une histoire d’amour, de passion, de vengeance et de pardon. Le scénario, je l’avais. Ce n’est que plus tard, après avoir suivi des cours de réalisation, que j'ai décidé de mettre en image ma série. Et cela a donné ce que vous savez.

Les acteurs ?

« La plupart des acteurs sont Ivoiriens ; certains sont métissés. On a fait deux castings pour recruter les acteurs. J’avais souhaité avoir de beaux acteurs, présentables et sans frustrations.Voilà pourquoi, après le casting, il m’arrivait, parfois d’aborder, dans la rue, des personnes qui répondaient au profil recherché. Certains acteurs sont des connaissances ou des proches. C’est le cas d’une des actrices principales qui est ma mère (Aïfa Assouad). « Manigances », c’est donc la maison, les bureaux… mais aussi la rue. Elle rompt avec le modèle classique du casting. Elle sait ainsi cristalliser les talents autour d’elle.

Quel est, selon toi, l’avenir du Cinéma en Afrique ?

Le cinéma africain a beaucoup d’avenir Parce que, aujourd'hui, on remarque que l’audience des films africains a augmenté à travers le monde. Mais en Côte d’Ivoire, comme dans la plupart des pays africains, le financement demeure le grand souci. Pour pouvoir faire un bon film qui répondra aux critères internationaux, il faut un bon financement. Mais c'est vraiment déplorable de voir qu’il n’existe aucune politique pour aider le cinéma ivoirien. Par exemple, pour faire « Manigances » j'ai dû réunir mes économies et ceux de mon époux. Cela pour vous dire à quel point nous étions passionnés et prêts à réaliser cette série avec ou sans financement.

Par ailleurs, aux rencontres internationales de cinéma auxquelles j'ai eu à participer, j'ai l’impression qu’on parle beaucoup mais que, malheureusement, l’action ne suit pas. On veut faire des grandes choses pour le cinéma certes mais si nous ne sommes pas véritablement accompagnés, nous n’y arriverons jamais.

Et ton époux, un homme discret apparemment. Il me fait penser aux hommes qui ont épousé des grandes dames de ce monde, un peu comme l’époux de Merkel ou bien Bill Clinton aujourd’hui ? J'ai regardé le film de la vie de Thatcher, j'en garde un énorme souvenir, mais surtout un amour indestructible avec son époux au-delà même de la mort. De plus en plus de femmes africaines émergent de cette manière et on a l’impression que leurs hommes s’éclipsent en leur laissant la vedette. Je pense, dans mon univers, à Émilie-Flore Faignond écrivaine, à Liss Kihindou, écrivaine, à Nadia Origo, Directrice des Éditions La Doxa, Nous savons qu’ils sont là, mais nous ne voyons que leurs épouses. Est-ce difficile d’être à l’ombre de son épouse ?

Par la grâce de Dieu j’arrive à concilier les deux vu que mon mari est lui même dans le showbiz. C'est lui le producteur de « Manigances ». C'est vrai qu'il est beaucoup effacé, mais on arrive à travailler ensemble sans problème. Il accepte le fait que je rentre très tard pendant les tournages vu que nous sommes ensemble sur le plateau de tournages. Sinon s'il n’était pas le producteur, cela aurait été très difficile et peut-être même impossible pour moi. Maintenant que ma fille a grandi, elle vient avec moi sur le plateau. Elle adore regarder comment cela se passe et me donne souvent des conseils. Je viens d’accoucher un petit garçon et quand je reprendrai les activités il sera là, lui aussi, avec moi.

Ton réalisateur de cœur ?

Quentin Tarrantino est le réalisateur qui m'inspire parce que c'est un grand innovateur. Il veut faire toujours un plus dans ses réalisations. Aller au delà de ce que les autres ont fait et ça j’apprécie beaucoup car moi aussi je veux faire au-delà de ce que les autres réalisateurs ivoiriens font.

Acteur ou actrice de cœur ?

Denzel Washington et Williams Smith. Ce sont, pour moi, des acteurs qui se surpassent dans leurs rôles. Ils se sentent à l’aise avec n’importe quel rôle. Ils ne se fixent aucune limite.

Film de cœur ?

« Gladiator » un film réalisé par Ridley Scott. C'est mon meilleur. J’adore l’histoire, les plans, les décors et la mise en scène.

Chansons de cœur ?

J’adore les chansons d’Adèle.

Quelques confidences.

Féminisme :

Marina ne se considère vraiment pas comme une féministe. Elle estime que si l’homme et la femme sont égaux, ils le sont dans la différence et non dans l’identité. L’égalité demeure au niveau ontologique certes, mais ce n’est pas possible de réclamer la même chose et de vouloir la même chose. Ainsi pour elle, chacun a un rôle à jouer dans la société et dans la famille. D’ailleurs au niveau de l’anatomie, les différences sont palpables. C’est pourquoi le militantisme féministe tel qu’il se présente aujourd’hui n’est pas à son goût. Ignorer les différences, c’est créer le chaos perpétuel dans la vie d’une personne. C’est le fait de nier les différences qui crée en fait des problèmes de fondamentalisme, même dans une relation de couple.

« Une femme doit être une Aide physique, morale et spirituelle pour son homme. L’homme en retour doit l’aimer, la protéger et la chérir. Chacun a sa place », dit elle.

Dieu ?

Elle croit en Lui. Elle lui confie son activité. C’est cette reconnaissance dans la grandeur de Dieu qui lui permet d’avancer et de se sentir, avec ses collaborateurs, comme dans une grande famille. Femme travailleuse, mais aussi mère et modèle. Fervente chrétienne, sans radicalisme religieux dans son approche, elle sait faire attention aux signes du temps et suivre son intuition.

Nathasha & Farah

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