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Le Sanctuaire de la Culture

Articles avec #le sanctuaire de la femme

Conversation avec Docteure Julie Pope

11 Mars 2019, 13:57pm

Publié par Nathasha Pemba

 

Bonjour Julie Comment allez-vous ?

Bonjour Nathasha. Je vous remercie pour votre intérêt sur mon livre et ma personne. Je vais bien merci. Et vous ?

 

Moi aussi je vais bien. Merci Julie. Dites-nous un peu Julie…Qui êtes-vous ?

Je suis Professeure de Français Langue Étrangère (FLE) au Centre social de Villiers sur Marne, en Ile de France. Mon histoire est celle d’une femme d’origine Camerounaise, venue poursuivre des études en France. Mon père était un homme de Lettres, et ma mère une brave femme instruite. Ma famille maternelle est constituée d’une généalogie féminine. Mon arrière-grand-mère était une griotte. Elle chantait et dansait des louanges des grandes personnalités. Quant à ma grand-mère, elle me disait de lui apprendre l’alphabet et les chiffres. Enfant, je le faisais avec joie et j’aimais entendre la sonorité de sa voix lorsqu’elle lisait l’étiquette sur sa bouteille de bière. Lire était évident pour moi, mais pas pour elle. Je lui disais SPECIAL et elle disait ESSIPECIAL, et nous recommencions à l’infini pour qu’elle articule comme je le voulais SPECIAL et nous finissions par en rire aux éclats. Cette leçon donnée à ma grand-mère était très importante pour moi. Car il y avait une transmission orale et une sorte d’échange entre deux générations différentes : celle de l’oralité et du rire d’une part, celle de la jouissance d’un savoir livresque et celle de la langue et de la norme écrite, d’autre part. C’est pour elle que j’ai écrit pour la première fois une histoire, celle de l’origine de ma tribu qu’elle me racontait. C’est pourquoi j’ai voulu parler de ce qui me relie à la vie et aux femmes de ma famille. Est-ce la parole, l’écriture, la transmission, la généalogie féminine ? En venant faire mes études en France, mon projet a été de contribuer à la recherche, notamment, dans le domaine des écritures féminines et celui de la langue française coloniale. Les auteurs qui ont bercé mon enfance sont entre autres, Maïmouna d’Abdoulaye Sadji, Ville cruelle de Mongo Beti qui parle de la femme africaine et du colonialisme. J’ai soutenu une thèse de littérature française et francophone, en France. L’ouvrage "Emancipation et création poétique. De la négritude à l’écriture féminine" est un essai tiré de mes travaux de recherche. Il est destiné, entre autres, aux femmes. J’aime l’écriture et la lecture. Très jeune, il m’est arrivé d’admirer mes enseignantes de Français. Les femmes qui lisent et qui écrivent exercent sur moi une fascination.

 

 

Une question pour vous : Qu’est-ce que le langage ? Peut-on parler d’un monde sans langage ?

 Le langage est la marque de communication relevant ou non de l’oralité. Il est le signifiant qui excède le signifié, il est le moyen d’expression. Le langage est aussi le logos dans toute son amplitude, la racine unique, issue de la civilisation grecque, la raison, le discours, la parole, l’écriture, la voix. Enfin, en tant qu’africaine je crois que le chant, la danse sont aussi un mode d’expression. Ce concept de langage est riche. Jacques Derrida, qui est un auteur difficile à comprendre, montre que le logos grec a capitalisé toutes les formes de communication et ceci a pour conséquence de relier ou même de conditionner la communication au langage oral. Ce grand théoricien du langage explique les nuances et définitions du langage dans L’Abécédaire de Jacques Derrida. Premièrement, il est fondamental de savoir qu’ : « Il n’existe pas de sujet antérieur au langage, je peux penser à quelque chose avant de l’écrire, mais même le fait d’y penser découle de toute une tradition de langage et de pensée ». Je tiens préciser que cette citation est tirée dans le livre S’initier à la philosophie, page 215. Deuxièmement, en plus de l’antériorité du langage, nous pouvons constater que le langage est une notion abordée par la littérature et la philosophie. Il est le lieu de la communication, de l’échange mais aussi de l’aporie, du manque, du « sans » du débordement. Dans la part de la philosophie qui privilégie le langage, la grammaire comporte une part très importante. Ainsi que la rhétorique qui concède une importance particulière au mot, à la syntaxe, aux niveaux de langues. En effet, la langue est la matière dans laquelle la philosophie se déploie avec précision, le bon usage des mots. Tout ceci supposant qu’il y ait des conventions, des contraintes, bref une forme érigée en modèle. On se rappelle le mot de Nicolas Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». À partir de la parole, et en occurrence de la parole élégante, distincte, on voit que l’on peut être identifié, classé par la façon dont on s’exprime. La langue est donc bien le lieu de la discrimination. Toutefois, le langage introduit l’incertitude, le débordement. En effet, le philosophe Derrida emploie la langue non pas comme un endroit de vérité, mais comme un lieu où les certitudes, les savoirs, peuvent être remises en question. Pour lui, le domaine de la langue, la parole ne doivent pas être régis par un héritage, un savoir grec, mais par un vide au sens de l’accueil. Le langage est toujours à prendre dans son « rapport à l’autre ». Pour moi, le langage est considéré comme le point de départ de l’existence. La distinction entre l’homme et l’animal, le langage est à l’origine de toutes organisations sociales. Il est aussi la matrice de l’exercice du pouvoir. Je postule que le langage nous fait sans cesse redéfinir les mots, la pensée, le langage, le signe, le phonème, le graphème. C’est le jeu de la différence. Il n’y a pas de valeurs stables du sujet comme le définit le logos, en proposant la raison, le langage, la pensée …etc. Le langage redéfinit le sujet, y compris le sujet grammatical, pour comprendre cette projection du sujet en train de se jeter dans la pensée et de se coucher dans l’écriture, et redéfinir un sujet, un langage dont l’identité et les valeurs sont celles du monde contemporain. La question de l’autonomie du langage est ainsi posée, le langage qui devient performatif et s’accomplit comme langage en lui-même. Je me propose de considérer le langage comme un discours qui répand une partie de son discours par-dessus bord.

 

La part du langage qui est pris en compte par la philosophie place le langage comme le point de différenciation entre l’homme et l’animal. Dans le contexte philosophique, la philosophie depuis Platon s’est penchée sur la question du logos et son implication dans le langage et la pensée. Or, à l’origine c’est la philosophie et la métaphysique, avec ce qu’elles comportent de vérités établies qui détermine que l’homme est supérieur à l’animal par sa capacité à s’exprimer et à penser. Cependant, la question de l’homme est celle du sujet. Le logos tient un discours conventionnel sur le sujet, en le définissant comme un être de raison, capable d’accéder à l’être symbolique, au langage, au logos plaçant l’homme en opposition à l’animal qui n’a pas de parole. Dans cette perspective, un monde sans langage serait un monde sans pensée, sans raison… Or, nous voyons aujourd’hui que dans cette perspective, celle du logos grec, d’un homme supérieur à l’animal, l’humain laisse revenir ses désirs et ses pulsions les plus profondes par des actes de violences notoires et de barbaries telles qu’on le voit agir dans la nature humaine. Le monde a produit des catastrophes telles l’esclavage, les invasions, les génocides, les nombreuses guerres, les impérialismes, l’immigration illégale, les coups d’états… La question du sujet du langage est complexe. Le langage devient le lieu où s’exprime cette violence ; il est le lieu de la catharsis, l’espace où l’on peut ressortir ce qui a été refoulé. Mais Derrida pose la question de la définition du sujet du langage et de l’écriture, telle qu’elle a été déterminée par le logocentrisme, et pour lui, le sujet est d’abord ce qui résiste à toute définition et à toute identité. Il s’agit de mettre la définition du sujet non pas dans cette catégorie du savoir grec, mais au contraire avoir la capacité de reconnaitre l’autre comme un être total assumant sa part d’animalité, sa singularité, sa part de complexité, de violence, de frustration, de pulsion, que la bienséance refoule et refuse de nommer. La question de l’autonomie du langage est posée.

 

Pensez-vous que les écrivains originaires d’Afrique ont de plus en plus besoin de positionnements clairs de la part des spécialistes sur certaines questions ?

Les écrivains originaires d’Afrique s’inscrivent dans un espace et un contexte où il y a possibilité d’action, leur littérature est produite selon les conditions historiques d’asservissement et d’aliénation coloniale. Ces auteurs bénéficient d’un héritage linguistique culturel colonial et d’une culture nationale. Ils rapportent dans la langue française les divers apports dont ils ont bénéficié par leur double culture. Ils interrogent ce balancement de la langue française de part et d’autre de son centre. Cette mise en valeur de la diversité, de la pluralité et ce mélange des langues sont une richesse et une source de créativité. On peut observer à partir de cette rencontre, la naissance des langues telles que les créoles, le français langue coloniale, le pidgin, le petit nègre … Diverses formes d’expressions et de thèmes caractérisent, par ailleurs, les ouvrages des auteurs africains : l’oralité, le rythme, la musique, le chant, le corps. Ils installent une hospitalité poétique dans un champ littéraire, politique social ou féminin .Par cette rencontre avec l’Occident logocentrique, le mélange prend vie. Il est important que les spécialistes s’attardent sur ces questions : langue, écriture, culture, politique, d’engagement… Car ces questions deviennent des questions fondamentales. Les auteurs Africains ont besoin que ces théoriciens, ces linguistes, ces spécialistes qui ont des positionnements clairs. Le spécialiste et poète sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR qui a un positionnement clair sur la Négritude (néologisme qui vient du mot nègre,) insulte faite à l’Homme noir qui a été asservi, humilié. La Négritude selon ce théoricien est essentiellement culturelle. Il promeut le rendez-vous du donner et du recevoir. Ainsi, les poèmes africains s’approprient de la langue française et son écriture en lui apportant les tournures orales, un rythme différent. Pour ces théoriciens, il est essentiel de se détacher de l’écriture telle qu’elle était pratiquée sans aucune marque culturelle. D’Édouard Glissant à Aimé Césaire, en passant par Lise Gauvain ou Patrick Chamoiseau, avec ces spécialistes, nous distinguons la question du lieu. Ces spécialistes posent la question du lieu de l’écriture. Où sommes-nous ? Le lieu historique de la langue française qui serait la racine unique celle dont Edouard Glissant dit qu’ « elle tue tout alentour ». Edouard Glissant dans son ouvrage La Poétique de la relation explique sa philosophique de la relation où il explique bien la théorie de la relation, les notions de traces dans l’écriture, et d’opacité. Il parle du lieu de l’écriture qui fréquente la diversité du monde. Il met en exergue une relation entre les possibles qui se touchent, s’harmonisent. Pouvons-nous faire la synthèse entre l’un et le multiple ? La permanence et le changement ? L’ordre et le chaos ? Le repos et le mouvement ? Lise Gauvin reprend le terme d’errance en précisant que la langue se construit par l’autre en soi. Jean Paul Sartre dont on connait l’engagement pose la question de savoir s’il est possible, pour un Africain, d’exprimer sa révolte dans la langue du colonisateur. Ces positionnements clairs des spécialistes sur certaines questions, dont celles de la langue française, du lieu de l’écriture, de l’asservissement colonial historique, de l’engagement littéraire …sont importants pour les auteurs africains.

 

 

Pourquoi avoir choisi Ahmadou Kourouma pour comprendre le discours féminin comme matière et le discours masculin comme forme?

À l’origine de l’écriture féminine africaine, nous pouvons citer les textes féministes de Marie Claire Matip, par exemple Ngonda, dans lequel l’auteur fait dire à son narrateur que la femme est faite pour le mariage, la cuisine et l’éducation des enfants. Pour ce même narrateur, l’école pervertit la femme. L’écrivaine en Afrique est doublement « motivée » : d’une part, son imaginaire – davantage que celui de l’homme – est ancré dans les contes, les berceuses, les chants de la tendre enfance, de par le rôle social qui lui est encore dévolu. D’autre part, il lui faut plus encore que l’homme se distinguer dans la compétition littéraire. La littérature féminine est née en Afrique subsaharienne après les indépendances. Mariama Bâ est l’une des pionnières de cet élan. Dans son roman épistolaire Une si longue lettre, l’auteure s’adresse à sa camarade, et lui raconte les péripéties de son mariage et de son veuvage en situation de polygamie. Cette auteure veut dénoncer les pratiques humiliantes et spoliatrices réservées aux femmes veuves, durant leur période de deuil. Son écriture s’inscrit dans le prolongement des récits oraux, des contes, des berceuses, des chants des cérémonies de mort ou de naissance que produisent les femmes dans un apport culturel à la société traditionnelle. Les auteurs féminins d’Afrique subsaharienne dites « de la nouvelle génération de la littérature » entrent en ligne de mire par une écriture, qui s’illustre dans un lexique particulier. Dans cette catégorie, on peut citer Were-Were Liking et Calixthe Beyala qui n’hésitent pas à passer de la retenue, de la résignation à l’audace, au sarcasme dans leur langue. Dans Les Soleils des indépendances, l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma dresse un tableau touchant de la femme africaine. Ce texte montre un personnage, Salimata, écartelée, qui incarne l’ouverture inconditionnelle de la différence et de la « différance » sans négativité. Salimata est le personnage qui vient bouleverser une tradition séculaire. L’excision, elle s’y plie, mais elle est charcutée et non excisée. Elle n’est donc, ni parmi les mêmes excisées (femmes, selon certaines traditions, dignes de respect et de considération), Elle n’est pas parmi les femmes révoltées contre l’excision (femmes ayant pris en main leur corps) elle ouvre une nouvelle voie, une nouvelle place, celle de celles qui sont hors de la place, hors de la case, hors du but à atteindre, hors des traditions et des mots, mais, également hors du temps. Salimata est aussi ce personnage qui est « à côté », c’est-à-dire qu’elle incarne ces femmes qui n’ont pas leur « chambre à soi », un lieu et une écriture où se déverser, à la façon de Virginia Woolf. Amadou Kourouma traduit son cri étouffé. Je ne souhaite pas séparer le fond et la forme de l’écriture féminine. Toutefois, je choisis Ahmadou Kourouma pour illustrer le discours masculin comme forme et le discours féminin comme matière, car dans sa thématique. Il montre l’humiliation, la violence, les sacrifices subies par des femmes. Il parle aussi des sacrifices, d’excision et des viols, la violence de son écriture frappe, mais aussi son contenu analytique. Dans son texte, avec le fait de l’excision qui est rapportée sa justification coutumière et presque religieuse : il parle de la recherche de pureté. Le refus de la confusion entre plaisir et procréation, sont aussi notés. Dans la forme, il y a la force et la conviction attribuée à l’écriture masculine, selon les clichés. D’autre part, la forme de ce discours est un récit oral, proche du chant, de l’ode, l’admiration la louange. Ahmadou Kourouma qui chante la femme africaine, utilise les techniques du conte, il sait manier l’oralité qui est un genre qui est utilisé dans les berceuses, les chants, les contes, qui sont généralement attribuées aux femmes. L’écriture d’Ahmadou Kourouma lorsqu’il décrit Salimata. Cette écriture orale est un chant, une louange, une admiration pour la femme africaine, un cri et un hurlement mais aussi une conviction et une forte opposition contre le silence des femmes qui vivent hors de leur corps. J’ai choisis la définition de l’écriture masculine et féminine de Jean François Lyotard. JeanFrançois Lyotard, énonce les clichés de l’écriture masculine et de l’écriture féminine dans Rudiments païens : « La féminité de votre écriture dépend, croit-on, de ce qui y passe. On dira qu’elle est féminine si par exemple elle opère par séduction, plutôt que par conviction ». Dans ce genre de vision de la féminité, l’écriture est « féminine » par métonymie, elle opère par un glissement vers la qualité distinctive de la femme, la « séduction », par opposition à la force de la « conviction » prêtée aux hommes. La conviction serait masculine parce qu’il s’agit de l’imposer et, pour ce faire, il faut toute la vigueur et l’énergie masculines, pour ne pas dire la violence. L’écriture féminine, selon les stéréotypes du féminin, serait donc une écriture de la séduction de l’émotivité, de la sensibilité, de l’impulsion, de l’hystérie… Mais nous pourrions dire aussi que la séduction est une force présente chez l’homme comme chez la femme, même si l’homme en use lorsqu’il s’adresse à la femme Ahmadou Kourouma, qui comme Mongo Beti, a écrit sur la femme africaine, a innové sur la forme. Ainsi pour montrer l’écriture féminine comme matière et l’écriture masculine comme forme, Ahmadou Kourouma dépasse les clichés de l’écriture masculine ou féminine. Son écriture fait place à l’accueil, l’ouverture, le mouvement. Nous retrouvons en marge de ce récit, le contraire de l’écriture d’Une chambre à soi de Virginia Woolf. Amadou Kourouma dresse le portrait d’une femme et substitue son propre cri, sa sensibilité, son émotivité, son oralité, sa répétition, car ce personnage n’est qu’une profusion des images du corps, le sang, les sensations, d’un personnage livré , un personnage qui est dans le don, et qui n’ a rien à dire C’est l’auteur qui prend en compte l’interpellation des lecteurs qu’il prend dans une relation conteur et récepteurs ; car il chante une certaine femme africaine, douce, affable, humiliée, blessée dans sa chair à vif ; et nous trouvons aussi la lucidité et la conviction analytique, attentive et descriptive. Car il analyse les excisions, les viols, les sacrifices avec détachement, lucidité et sans complaisance. D’emblée, notons que Kourouma utilise la métaphore de la femme « differante » qu’est Salimata pour illustrer le rapport irréductible au temps. L’écriture saisit tout ce qui est dans l’instant, le présent, l’immédiateté. Cette écriture « différante » ne peut pas être lue de la même manière par le Français et par le colonisé et ne peut pas non plus être lue de la même manière à des époques différentes. C’est donc bien du mouvement de l’écriture dont il est question.

 

Pouvez-vous nous dire en quelques mots le rapport à la création littéraire, la langue coloniale et les émancipations intellectuelles politiques et littéraires ?

Les poètes tels que Léon Gontran Damas montrent qu’il y’ a eu interaction entre la création littéraire et les indépendances. L’écriture de Léon Gontran Damas est une écriture volontairement revendicative de la mémoire, de l’oralité et aussi de l’appropriation de l’Afrique. Mais nous pouvons aussi postuler que cette écriture prépare les indépendances. Dans Limbé le poète évoque un ennemi, en quelque sorte désigné par le mot « ils » désignant ceux qui sont venus brouiller une construction, une sagesse, un mot, un palabre. En fait ce qui a été cambriolé c’est la culture, une culture indigène représentée par les mots « mains, terre, cadence etc…» Le langage donne du cri, de la colère, de la tristesse par son corps, son rythme, sa monotonie, sa langueur, sa noirceur. C’est la langue qui devient le lieu de création d’une certaine « production noire » c’est-à-dire que la langue du poète devient le lieu de la mélancolie, des idées noires, de la colère, de l’hostilité … Le travail de l’écriture et de la langue telle que les écrivains de la Négritude le pratique implique une forme de revendication d’identité, du langage, du nom, du propre. « Ils ont cambriolé l’espace qui était mien ». Le ton impérieux de ce poème Limbé montre la volonté de se dégager de l’impérialisme Occidental La mémoire est aussi présente dans cette poésie, C’est une écriture qui retrace les origines anciennes, le passé, les traditions d’un peuple, d’une communauté. Cette poésie est une écriture qui n’est pas là pour restituer une parole, mais qui est juste de la trace, et qui dessine un nouvel horizon, quelque chose qui fait effraction d’une écriture reflet du logos. L’écriture serait ce nom qu’on est le seul à pouvoir déchiffrer. La parole devient ce par quoi le poète se réapproprie sa langue, sa culture, son chant. « Rendez-moi mes poupées » est l’impératif du commandement du poète lui veut renouer avec une origine que lui a volé la culture occupante, et en même temps, cette altération l’interpelle, le somme d’interpréter sa propre culture, de la chercher et c’est en étant privée d’elle, qu’il en voit la nécessité, d’ où la parataxe « mains ….. noires ». Il serait question d’une création poétique fantasmatique, qui serait au premier degré, une réclamation. D’emblée, la complainte du poète est sans doute ce jeu de la langue qui peut se faire colérique, triste, langoureuse, mélancolique ou encore violente même suppliante, ou nostalgique. L’écriture va rendre présente cette affectation : la poésie de Léon Gontran Damas est déjà u chant de colère, de mélancolie, une litanie, une complainte, une affectation dans le sens d’affecter, c’est-à-dire transmettre dans un autre lieu, le lieu de la tristesse et de l’exaltation lyrique. « Ils ont cambriolé l’espace qui était mien ». Ici, l’oralité est relayée par l’usage des répétitions, et par des instances qui font penser, du fait de leur surabondance, à une « rançon de l’absence » laissant place paradoxalement au comble de la voix et de la nomination, à l’oralité. Le poète Léon Gontran Damas montre cet instant de la voix, une voix qui s’inscrit dans le présent, le maintenant, l’ici, le « je » performatif, le « je » de l’écriture. Il y’a un écart entre la colère et ses causes, qui révèle la créativité de l’écriture située dans cette écart entre la vocifération (de l’émotion de la voix qui crie pour crier) et la charge polémique d’un discours politique en filigrane (qui crie pour dénoncer une situation de domination). Toutefois : est-ce que le poète n’est pas dans un néant ? Est –ce qu’il n’est pas dans l’exaltation d’un imaginaire africain ? Dans ce poème, Limbè que nous prenons en exemple de l’interaction entre la création politique et les émancipations intellectuelles, politiques et littéraires, la langue se distingue par cette multiplication du « moi » qui peut évoquer l’écriture lyrique recentrée et repliée sur « soi » où le poète est sujet et objet du langage. Le rapport entre la création littéraire, la langue coloniale et les émancipations politiques intellectuelles et littéraires se voient dans les œuvres de Calixthe Beyala, Aimé Césaire, Amadou Kourouma, car ces auteurs ont comme Léon Gontran Damas, établi un rapport d’hospitalité poétique dans un champ politique, social ou féminin.

 

Existe-il une ou des littératures ? A-t-on le droit de dire « littérature féminine », « littérature africaine », littérature immigrante » ?

La Littérature, la langue, l’écriture, le langage, le style ont connu dès l’origine des modifications des canons. La Grèce Antique, montre que la langue est le lieu de différenciation du barbare et du civilisé, ceci entraîne la consécration du parler grec, car il faut parler ‘hellène’ (hellenistein) et non pas comme les barbares (barbaristein) Au onzième siècle, la langue latine est la langue du clergé, maintenant la distinction et le sacré du latin. Au quinzième siècle Rabelais dans Gargantua ou Pantagruel se propose de donner une image burlesque et pittoresque de l’écriture et de la langue française. Le 17ème siècle a connu ses lois sur l’esthétique de la littérature française. Jean-Paul Sartre s’interroge : Qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce qu’écrire ? Pourquoi écrire ? Pour qui écrit-on ? En réponse, la littérature féminine ou les littératures immigrantes témoignent de cet

cette coïncidence de soi à soi. Il s’agit de laisser une trace de soi dans l’écriture. Ces littératures ont mis dans le discours littéraire, l’histoire des Africains, la voix des femmes, les thématiques des migrants ; accordant une importance, non pas seulement à ces thèmes, mais à la valeur littéraire de ces écrits. ALMUT NORDMANN-SEILER dit ceci dans son Œuvre LA LITTERATURE NEOAFRICAINE « Dans ce livre, nous entendons donc par littérature néo africaine les œuvres littéraires écrites qui reflètent, soit par leur style, soit par leur thématique la civilisation et la culture actuelle de l’Afrique subsaharienne. » Et aussi c’est en ces termes qu’il (Léopold Sédar Senghor) définit la Négritude. « La Négritude c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elle s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des noirs ». Nous concédons qu’il y a engagement littéraire dans la littérature africaine, en choisissant de partir de la littérature à l’écriture, avec la citation de Roland Barthes : « … L’écriture est un acte de solidarité historique. Langue et style sont des objets. L’écriture est une fonction : elle est le rapport entre la création et la société, elle est le langage littéraire transformé par sa destination sociale, elle est la forme saisie dans son intention humaine et liée aux grandes crises de l’histoire. » La littérature féminine porte un discours de revendication féminine, un engagement qui peut être social, politique, culturel, idéologique, permettant d’évaluer ou de défendre la condition de la femme. C’est au nom d’une tradition contre l’oppression que les femmes ont pris acte de ce qui était dit sur la femme. Les femmes ont écrit sur la domination phallocentrique. Mais les femmes écrivains se gardent d’une quelconque récupération féministe. Il s’agit de créer une écriture libre de toutes injonctions. C’est dans la langue, le style, le langage que nous pouvons chercher une singularité de la Littérature, une distinction de la littérature. D’emblée, la langue est un corps, un corpus, qui nous est donné, indépendamment de notre volonté, le dictionnaire existe avec ses mots, dans une époque donnée. Derrida dans l’œuvre « Le monolinguisme de l’autre », dit ceci : « 1-On ne parle jamais qu’une seule langue 2- On ne parle jamais une seule langue ». La littérature est une et on le voit car nous sommes prisonniers des conventions, de l’époque, de l’histoire, du corps de la langue, car les signifiants sont arbitraires et existent indépendamment de l’écrivain. Néanmoins la littérature est diverse car l’idiome de l’écrivain est lié à la destinerrance des envois.

 

Qu’entendez-vous par nationalisation des littératures existe-t-il une ou des littératures ?

La littérature Négro-Africaine s’est longtemps contentée de relater la souffrance due aux exactions coloniales. Elle se propose de libérer le noir de l’aliénation coloniale » et c’est ce que nous avons vu plus haut avec la poésie de Négritude, celle de Léon Gontran Damas, qui se veut une arme de combat politique et poétique. La littérature produite est militante. Mais le mouvement de la Négritude a ses défenseurs et ses détracteurs. En Afrique, les détracteurs avancent les arguments sur la liberté e l’écriture. Cette peur de s’enfermer dans les injonctions qui constitue un frein, une main mise sur la créativité, car la création littéraire s’oppose aux idéologies, se donnent la liberté, de forger une langue française enrichie par un apport culturel différent. La revendication des nationalisations des Littératures peut s’entendre dans une évolution naturelle des littératures. L’écrivain en général est le témoin d’une société et d’une époque. Lorsqu’on est un auteur africain venu du Cameroun, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Congo. Lorsqu’on est auteur créole, arabe, malgache…, il ne s’agit pas de véhiculer une logique communautaire ou une approche ethnocentriste mais de se servir du privilège qu’ils ont de parler à la fois le français et une langue nationale, et donc de pouvoir puiser un geste, un rythme, un mode littéraire nouveau dans le génie de la langue française. Il s’agit de pratiquer une sorte « d’éruption verbale » au sens où la langue et le style d’un auteur peuvent dépasser la superficialité de la langue commune, pour atteindre l’essence profonde d’un style, d’une langue de l’intérieur. Cet arrachement à la langue maternelle produit des textes français, enrichis par la langue vernaculaire. Réné Maran l’avait prédit, en affirmant qu’il ne s’agirait plus de « parler le français petit –nègre, mais parler malinké ou ewondo en Français ». Cette littérature nationale permet de s’affranchir des injonctions de la Négritude, et de laisser la place à la création littéraire. Nous pouvons souligner que les auteurs africains revendiquent fondamentalement une « identité » d’écriture, celle qui n’est ni africaine, ni nationale, mais qui est artistique. Il est fondamental de noter que ces auteurs écrivent dans la langue du colonisateur, souvent parce que leur langue et leur culture leur ont été interdites Mais aussi parce que les langues nationales d’Afrique ne bénéficient pas du même rayonnement au niveau international au même titre que français ou l’anglais. Il y’ a certaines exceptions comme Mariama Ba qui a vu son œuvre Une si longue lettre, être traduite en langue nationale. Les lecteurs peuvent l’acheter, l’aimer dans le monde entier, car c’est le contenu qui importe le plus. Néanmoins, elle met en exergue la vérité de la littérature ; peu importe la race, la langue, le lieu, géographique d’ où l’on parle, la littérature revendique son autonomie.

 

Quel est le premier livre que vous avez lu et apprécié ?

Les ouvrages qui ont bercé mes premières années sont Ville cruelle de Mongo Beti dans ce livre, l’auteur relate l’itinéraire d’un jeune homme confronté aux injustices coloniales, Leurres et lueurs de Birago Diop, révèle dans son poème l’oralité, la phonologie, le rythme, le son, la sonorité, le frémissement de la langue. Il met ses éléments en parallèle aux corpus de l’Afrique traditionnelle Maimouna d’Abdoulaye Sadji, montre la destinée d’une certaine femme africaine, rurale, traditionnelle face aux réalités du monde contemporain et moderne.

 

 

Le langage donne du cri, de la colère, de la tristesse par son corps, son rythme, sa monotonie, sa langueur, sa noirceur. C’est la langue qui devient le lieu de création d’une certaine « production noire » c’est-à-dire que la langue du poète devient le lieu de la mélancolie, des idées noires, de la colère, de l’hostilité …

 

Votre amour pour la littérature africaine vous vient-il d’un milieu précis ou d’une rencontre précise ?

J’aime la culture orale et au Cameroun dont je suis originaire, la culture est caractérisée par l’oralité. Lors des veillées, des palabres et des fêtes, j’ai écouté les contes, les devinettes et les chants. Lors des mariages ou des baptêmes, retentissaient des pas de danses, des tambours, partagés par tous dans un élan communautaire. Au-delà du caractère folklorique, il faut dire que la culture africaine en général et celle du Cameroun en particulier véhicule des enseignements divers. Elle est aussi formatrice.

 

Qu’avez-vous découvert d’intéressant dans la littérature africaine ?

J’ai découvert dans la littérature africaine que le voyage emporte toujours l’origine avec lui. L’histoire des peuples africains est unique. L’écriture poétique avant les indépendances est marquée par l’originalité de style d’Aimé Césaire, Léopold Sedar Senghor et Léon Gontran Damas. Nous pouvons regarder de très près cette écriture ou cette poésie, faite d’oralité et influencée par les traditions africaines, les tam-tams, les griots, les danses et masques, les rythmes. La rencontre de l’Occident et de l’Afrique est mise en exergue par la littérature Africaine.

 

Comment s’est construite votre relation avec la France ?

Je suis arrivée en France comme étudiante. J’ai mis du temps à porter à terme le travail de thèse Ca n’a été possible que par ma détermination, ma persévérance, par les rencontres, telles que celle de ma Directrice de thèse, Mireille Calle- Gruber, les associations telles que le CISED. J’y suis également arrivée grâce à Dieu, à qui j’exprime ma gratitude. Comme étudiante, j’ai fait face aux conditions de vie difficile Ainsi, j’ai dû exercer de petits boulots d’étudiants parallèlement aux enseignements que je recevais à l’Université. Ceci dans la mesure où je ne disposais pas de bourse d’études. Ce parcours est fondamental. La France est un pays attractif pour divers secteurs. La France offre diverses opportunités.

 

En littérature, comment parvenez-vous à concilier votre part africaine et votre part française?

Je souhaite reprendre les subtilités de la pensée des auteurs comme Achille Mbembe lorsqu’il dit que « l’identité n’est pas essentielle, nous sommes des passants ». L’identité semble donc se dissoudre dans ce « Tout-monde » pour reprendre le titre de l’un des ouvrages d’Edouard Glissant. Dans ce monde qui n’est qu’un seul, il y a cette volonté pour l’écrivain ou pour les chercheurs de tendre vers l’altérité. Cela suppose de transcender les réalités « locales », c’est-à-dire celles de son milieu de naissance (ou natal) pour aller à la rencontre de l’autre. Bien évidemment qu’aller à la rencontre de l’autre suppose non pas de perdre complètement son identité mais de composer avec l’identité de l’autre. Du coup, cela remet en scène la problématique de l’identité « pure ». Le débat sur « l’identité française » mérite à cet effet d’être bien questionnée, au-delà des considérations ethnocentristes pour ne pas dire « nationalistes », qui traduiraient que nous retournons à l’ère des « replis sur soi ».

 

La littérature peut-elle sauver l’Afrique ?

L’esclavage colonial, la domination, la soumission, la violence, la mémoire postcoloniale, les préjugées racistes sont souvent les thèmes qui ont été abordés par différents auteurs tels que Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Jean Paul Sartre. Ce dernier dit dans la Nouvelle POESIE NEGRE ET MALGACHE: « C’est aux noirs que ces noirs s’adressent et c’est pour leur parler des noirs ; leur poésie n’est ni satirique, ni imprécatoire : c’est une prise de conscience ». Toutes ces questions ont souvent été posées par des auteurs africains ou non africains, ceux vivant en Afrique ou hors de l’Afrique. Pour autant, cinquante ans après les décennies d’indépendance, l’Afrique peut –elle se dire émancipée par la littérature? La négritude a-t-elle réussi son pari d’interpréter poétiquement l’Afrique en la changeant politiquement ? L’Afrique centrale est prise en otage de l’extérieur, pour exemple, la conférence de la Baule, l’instauration de la démocratie, a été faite de l’extérieur. Les multinationales aux méthodes répréhensibles, les gouvernements corrompus, les coups d’états, la famine, l’émigration… sévissent encore en Afrique. On peut élargir le questionnement Comment ces questions vitales telles la famine, l’émigration illégale massive, le chômage, la corruption, les coups d’états… qui sévissent en Afrique sont-elles mises en discours par les écrivains de l’Afrique sub-saharienne ? Pourquoi les auteurs qui vivent de leurs œuvres sont parfois à l’extérieur ? Le livre est-il accessible aux populations sub-Africaines moyennes ? Sachant que pour avoir accès à la culture par le livre, il faut avoir les moyens intellectuels et financiers qui permettent de lire. Les livres ayant encore un coût élevé, ils sont relégués au second plan par rapport à la radio, à la presse, à la télévision, lesquels sont des organes publics d’information principaux. La culture littéraire est déjà une richesse pour un homme, qui lui permet de lire les livres, les journaux, les idées, les programmes sociaux proposés, ainsi que le cap politique. Analyser choisir en comparant, tout ceci peut déjà former des hommes libres qui peuvent juger la valeur d’une proposition politique, sociale, économique en Afrique.

 

Universitaire, auteure, amoureuse des lettres, vous portez un intérêt particulier à la langue française coloniale. Pourquoi cet intérêt ?

La langue française coloniale, porte entre autre, les marques, les traces d’un désir « de briser les murailles de la culture prison » La langue française est certes importante et nécessaire mais ce recours permanent à celle-ci montre notre dépendance à la France.

 

 

Un mot sur l’avenir de la Littérature francophone en Afrique ?

Je formule un vœu de Réussites or il me semble que les défis sont nombreux concernant l’avenir de la littérature francophone en Afrique. Le premier défi à mon avis c’est la « décolonisation » de l’écriture qui travaille les littératures francophones en Afrique. Car plus de cinquante ans après les indépendances, la littérature francophone se pense, s’écrit et se véhicule à travers la langue française. Le défi ici serait donc de sortir de l’écriture de la littérature francophone à partir de la langue française, en privilégiant les langues nationales des pays francophone d’Afrique. Des auteurs comme Patrice Nganang proposent d’ « Ecrire sans la France ». Patrice Nganang soutient d’ailleurs qu’ « Ecrire sans la France, c’est avant tout écrire par-delà la Francophonie ». On peut penser à partir de cette citation que l’universitaire camerounais vivant aux USA suggère de sortir de l’espace de la Francophonie pour investir d’autres espaces, à l’instar de l’espace des pays du Commonwealth. Le deuxième défi c’est celui des thématiques, voire de la nature des sujets abordés dans la littérature francophone en Afrique. En effet, il y a urgence de sortir des sujets éculés liés au passé colonial entre les pays d’Afrique francophone et la France. La littéraire francophone en Afrique doit s’inscrire dans ce qu’Achille Mbembe appelle le « post-colonialisme ». Le troisième défi c’est celui de la promotion de la littérature francophone en Afrique. Pour ce faire, les Etats d’Afrique francophone devraient mettre plus de moyens (humains, financiers, matériels et/ou logistiques) et se servir des « nouveaux médias » (notamment les réseaux sociaux numériques) pour que la littérature soit accessible à l’ensemble de la population.

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

 

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Entretien avec Félicia Mihali, directrice des Éditions Hashtag

15 Octobre 2018, 03:20am

Publié par Nathasha Pemba

©Crédit photo: Martine Doyon

-Bonjour Félicia, pouvez-vous nous présenter à nos lecteurs ? Qui êtes vous ? Quel est votre parcours ? Le public des Éditions Hashtag ?

 

Née en Roumanie, je vis au Québec depuis 18 ans. J’ai commencé à écrire en roumain, ensuite j’ai renoncé à ma langue maternelle pour passer à la création en français et en anglais. Jusqu’à présent, j’ai publié neuf romans en français et deux en anglais, avec Éditions XYZ, respectivement Linda Leith Publishing. En parallèle, je me suis aussi consacrée au journalisme, en tant qu’éditeur en chef du magazine Terra Nova, et à l’enseignement du français et de l’histoire. Présentement, je relève un nouveau défi, celui d’éditrice, avec une maison d’édition que j’ai fondée avec une équipe formée de collègues et d’amis littéraires.

 

 

On vous connaît comme auteure, aujourd’hui vous êtes éditrice, comment fait-on pour passer d’auteure à éditrice ?

 

Je suis encore à mes débuts comme éditrice et cela peut être une bonne et une mauvaise chose en même temps. Le bon côté est le fait que, en tant que lectrice avisée, je demande aux autres ce que j’omets de faire comme écrivain. Comme écrivain, on est souvent désordonné avec nos idées et la manière de les exprimer, on fait des concessions aux longueurs inexpressives qui embourbent l’action. Comme éditeur, on apprend à couper dans le gras sans pitié. Et ceux qui ne veulent pas accepter cette manière impitoyable de travailler le texte ne peuvent pas publier chez Hashtag.  Le côté moins glamour est que ce travail dévore tout mon temps. J’ai le sentiment que pour les quelques années à venir, je vais pouvoir me consacrer moins à mes propre projets littéraires. J’espère toutefois que cette expérience sera des plus enrichissantes, et qu’elle va m’aider à devenir un meilleur écrivain. 

 

 

Pourquoi êtes-vous devenue éditrice ? En quoi consiste le métier d’éditeur ?

 

Mon initiative est partie d’un état de mécontentement quant à la production littéraire québécoise et canadienne dans le sens large. Malgré notre grande ouverture spirituelle vers le monde, en matière de culture nous restons, je pense,  assez provinciaux, prisonniers des modes, des tendances, des amitiés, des voisinages, des traditions littéraires. On risque ainsi de rater un bon nombre d’auteurs moins publicisés à cause de leur faible rentabilité en matière de ventes. Des auteurs comme James Joyce, Marcel Proust ou Virginia Wolf, qui sont justement les fondateurs de la modernité littéraire, ne pourraient jamais publier de nos jours. D’ailleurs Virginia Wolf elle-même a fondé sa maison d’édition pour publier des textes qui n’avaient pas beaucoup d’appeal pour les éditeurs britanniques à l’époque. Je ne dis pas que ce qu’on publie au Québec et au Canada est mauvais, bien au contraire, sauf que le paysage manque cruellement de diversité. Et par diversité je ne dis pas seulement diversité ethnique mais aussi bien sexuelle ou générationnelle. Il est rare de voir un début à soixante ans, par exemple, ou à vingt ans. Et comme formation, on se fie surtout aux ressortissants des départements de création littéraire, ce qui donne des œuvres bien écrites mais sans trame narrative. Comme vous voyez, il y a beaucoup de lacunes à remplir, des espaces que peu d’éditeurs veulent explorer de ce côté-ci de l’océan. Nous voudrions donner voix aux bons auteurs et rester autant que possible loin du star-system qui domine la littérature tout comme le cinéma.  Allain Robe-Grillet disait qu’un éditeur publie des livres pour faire de l’argent, alors qu’un BON éditeur publie des livres que personne ne lit. Lorsque son roman Les gommes avait été publié dans la décennie cinquante, il s’était vendu à 400 exemplaires dans toute la francophonie. En même temps, la vague du nouveau roman, dont il faisait partie, avait rendu les Éditions de Minuit d’une petite maison débutante dans ce qu’elle est devenue maintenant, une des plus grandes institutions culturelles. Nous ne sommes pas aussi braves pour publier ce que personne ne lit, mais nous espérons cependant faire des découvertes toute aussi intéressantes que le nouveau roman dans les années cinquante.

 

 

Comment, selon vous, doit être la relation d’un éditeur avec ses écrivains ?

 

Pour le moment, mon expérience est assez limitée mais elle a été enrichissante des deux côtés. Si les jeunes écrivains que j’ai accompagnés se sont découverts comme auteurs, moi aussi j’ai appris à devenir éditrice et travailler sur un manuscrit qui n’est pas le mien. Pendant cette démarche, j’ai eu la chance de travailler avec des auteurs qui m’ont fait confiance et ont écouté jusqu’au bout les suggestions de réécriture. Avec les écrivains en général,  la tâche la plus difficile est de les convaincre qu’ils n’ont pas créé l’œuvre parfaite. Leur demander des changements est synonyme pour eux d’un harakiri. Ils faut accepter que les modifications ne sont qu’une chirurgie douloureuse pour le bien-être du corps entier.  Il y a certainement des exceptions à cette règle et nous sommes très ouverts pour publier l’œuvre parfaite, sans avoir à travailler dessus. Cela va nous sauver du temps et de l’argent. Ce que nous espérons fortement est de ne jamais être obligés de faire des concessions et commencer à publier les œuvres des amis, des personnes influentes, des ceux avec connections dans le milieu culturel. C’est cela qui tue l’industrie du livre et aucun éditeur ne peut échapper à ce système de réseautage.  

 

 

Quel type d’auteur souhaiteriez-vous avoir dans votre maison d’édition ?

 

Nous sommes intéressés par la bonne littérature d’abord dans le sens un peu désuet si vous voulez. Nous aimons l’encyclopédisme, l’érudition, l’aventure spirituelle. Nous voulons fouiller dans les communautés ethniques, celles qui n’intéressent pas les autres éditeurs. Pour beaucoup, diversité ethnique veut dire minorité visible, alors qu’il y a une grande diversité ethnique blanche, complètement invisible. Ou sont les auteurs en provenance de la communauté bulgare, tchèque, polonaise, serbe, portugaise, ukrainienne, russe, iranienne, irakienne, syrienne, etc ? Dans le cas d’un écrivain, ce qui fait la différence n’est pas la peau mais la langue, or cela s’avère parfois un défi de taille. Les auteurs qui écrivent en français ou anglais, alors qu’à la maison ils parlent une autre langue, doivent faire face à beaucoup d’obstacles avant d’aboutir à la publication. Face à un tel manuscrit, un éditeur hésite pour des bonnes raison : leur manuscrit nécessite un travail de correction plus poussé et, de plus, la publicité sera entravée par l’accent d’un tel auteur. C’est tout à fait compréhensible, mais cela réduit vraiment les chances des auteurs migrants. Tout aussi désavantagées sont certaines minorités sexuelles comme les travestis ou les gens avec un handicap physique. On accepte les homosexuelles, mais on trouve encore que les queers sont un peu trop forts pour notre goût un peu bourgeois, quoi qu’on dise. Il y a aussi les très jeunes, des gens sortis de nulle part, avec un grand talent mais qui ne font par partie des castes et de groupes littéraires, qui ne se trouvent sous l’aile d’aucun grand écrivain qui ait dirigé sa thèse de maitrise ou de doctorat. En règle générale, on publie les professeurs d’université, les enseignants au collégiale, les journalistes, les gens de l’édition, les traducteurs, les animateurs, et d’autres acteurs de l’industrie du livre. Mais, selon les manuscrits qu’on reçoit, il y a une jeune génération québécoise si talentueuse et si peu visible, aussi peu visible que certaines minorités ethniques.

 

 

 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un écrivain qui veut voir son texte accepté ?

 

Qu’il soit sincère dans son écriture, indifférent aux modes et courants littéraires.  Qu’il lise chaque jour après avoir fini sa période d’écriture. Qu’il soit humble, ouverte à la critique. Qu’il lise d’abord les livres de ceux qui dirigent Hashtag. Publier ce n’est pas tout. Si un auteur vient chez nous, c’est parce qu’il nous fait confiance : il veut publier avec nous parce qu’il nous aime et non pas parce qu’il a été refusé ailleurs. On ne publie pas ce qui est refusé ailleurs, à moins qu’on tombe sur des auteurs qui soient refusés justement parce qu’ils sont trop originaux ou parce qu’ils ne font pas partie des amis de la maison. Le livre peut être mal écrit ou achevé en proportion de 60%. Si on voit le potentiel, on est disposé à travailler avec l’auteur. Ce qu’on bannit chez nous ce sont les idées communes, la banalité, le bavardage, la platitude.

 

 

Quel est votre écrivain (e) préféré (e) et pourquoi lui ou elle et pas un (ou une) autre ?

 

J’en ai une panoplie, mais avec l’âge je me réfère toujours aux classiques qui restent aussi modernes et complexes. J’ai commencé mon apprentissage littéraire sous l’influence de Gogol, Tchekhov, Gombrowicz, Kadaré, Thomas Mann, Cervantès, Flaubert, Hesse, Pavese, Faulkner, Miller, Mailer, Berberova. Depuis mon arrivée au Canada, je me suis spécialisée en littérature postcoloniale où je suis tombée en amour avec des auteurs comme Salman Rushdie, VS Naipaul, Hanif Kureishi, Zadie Smith. Leurs œuvres font preuve d’une grande complexité toute en ayant un langage simple. On apprend, tout en se divertissant.  

 

 

Le livre papier a-t-il encore de la valeur dans un monde hypernumérisant ?

 

Apparemment, oui. Les dernières études et statistiques montrent que le livre papier est plus en santé que jamais. Après des heures passées devant l’ordinateur ou l’écran du cellulaire, les gens ont vraiment envie de s’étendre au lit avec un livre dont les lignes ne glissent pas devant leurs yeux. La lecture est récemment devenue un moyen de repos contre l’agression cybernétique.

 

 

Que pensez-vous de l’autoédition ?

 

Je ne fais pas trop de confiance à l’autoédition, justement à cause du manque d’esprit critique et de la deuxième opinion. Je connais tellement d’auteurs qui s’auto-publient, mais leurs livres sont tout simplement illisibles. Je ne dis pas que cela ne peut donner de temps en temps de bons livres, sauf que je n’en ai pas encore rencontrés.

 

Un mot sur les prix littéraires ?

 

J’ai souvent été membre des jurys pour des prix ou des bourses littéraires, et j’ai toujours agi dans la bonne fois, essayant de ne jamais me laisser influencer par mes goûts littéraires ou mes sympathies personnelles. Je veux espérer que tous ceux et celles qui sont invités pour décider du sort d’un livre gardent en tête qu’on fait un travail pour l’avenir et non pas pour nos amis. Je n’ai pas été souvent déçue par les prix littéraires octroyés au Québec ou au Canada, à quelques exceptions près. Pour cela, je veux espérer que les jurys sont toujours formés des gens compétents et de bonne foi.

 

 

13-Est-ce que des écrivains pourront vous envoyer des livres pour traduction aussi ?

 

Nous ne publions que des œuvres originales, écrites en français. Les traductions se font à partir des œuvres publiées dans d’autres langues et cultures, ainsi que du Canada anglais.

 

 

 

Entretien réalisé par Nathasha Pemba,

Le Sanctuaire de la Culture

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Doctrovée Bansimba, Artiste congolaise

16 Septembre 2017, 05:01am

Publié par Juvénale Obili

Née au Congo Brazzaville, Doctrovée Bansimba est une artiste et peintre congolaise. Elle a reçu le Premier prix de peinture à l'issue des Premières Rencontres Internationales d'Art Contemporain des Ateliers Sahm en 2013. Elle est aussi récipiendaire du Sanza de Mfoa 2016. Elle a réalisé un portrait de Serge Gainsbourg à l'occasion de la célébration du vingtième anniversaire de la mort de l'artiste sur le mur de sa maison.

Juvénale Obili s’est entretenue avec elle pour le compte du Sanctuaire de la Culture.

 

1-Bonjour Doctrovée. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. S’il faut retracer ton parcours, que dirais-tu? Es-tu une femme qui se sent investie par une mission ? Quels sont les moments forts de ton parcours d'artiste ?

 

Tout a commencé par le gribouillis de l’école maternelle, ensuite par des dessins au sol sous forme de contes ainsi que le modelage d’argile au bord du Djoué. Il y a aussi eu les moments où je récupérais des petits objets ça et là : les chutes de tissus et les poupées qui finissaient par être brûlées par ma mère. L’envie d’en faire un peu plus se transformait en une joie inexplicable où se se rendre utile devenait comme un appel. Je réalisais des « Morceaux choisis » d’entrée en classe de sixième pour les autres alors que je n'étais qu'au CM1. Au collège je rêvais de faire les Beaux-Arts après le B.E.P.C, malgré l’opposition de l’autorité parentale. Cependant, je peignais les murs des maisons, et dessinais sur les murs des boutiques … les bouteilles de jus, des morceaux de viande, des tranches de saucisson. C'était une sorte de Street art commercial. J'ai fait cela jusqu’au lycée. Enfin, après l’obtention du baccalauréat en 2006, j'ai fait à la fois l’École Nationale des Beaux-Arts et l'Académie des Beaux-Arts de Brazzaville de 2007 à 2011. Ajoutant des expériences en ateliers auprès d'anciens de la scène artistique congolaise comme Rémy Mongo Etsion le sculpteur, et un certain maître Shims . À partir de 2012 j’ai enchaîné résidences de création, rencontres internationales, ateliers et récompenses. Lorsque je suis en face d’un support  vide, et que j’ai une  pensée  en  accord  avec mon état d’âme  fusionnant avec mes instruments de prédilection , rendre palpable une vie comprise dans une autre  qui au départ n’était qu’une simple pensée ,sourire  la naissance de cette œuvre qui vie,  sourit et fait cogiter les autres ,c’est ça ma mission et  mes moments les plus forts .

 

3- Tu es une artiste. En quoi consiste ton art ? Quel regard portes-tu sur l’art congolais ?

 

Je chante la poésie du monde : celle d’Afrique et d’ailleurs, je déclame la succession des vers : vers de douleur, douleur de soi douleur de l’autre, les vers de rites, d’étreinte, de barrière, du regard de l’autre, de toute sorte de guerre ,de cette guerre qui ne se vit pas seulement à travers  les crépitements des armes, je déclame les vers de la nature, nature de l’homme, nature de… mon art est aussi une forme de thérapie pour moi. L’art congolais est riche, il mérite que l’on retrace son histoire et qu’on en fasse un programme  pédagogique.

 

portrait de Serge Gainsbourg sur le mur de sa maison. Peinture réalisée par Doctrovée Bansimba à l'occasion du 20e anniversaire de la mort de l'artiste.

4- Quelle est ta relation avec le pinceau ? Combien de tableaux à ton actif ? Où peut-on les trouver ? As-tu déjà participé à une exposition ?

 

J’ai pas mal d’œuvres, et  j’entretiens une forte relation avec mon pinceau.  J’ai participé à quelques expositions un peu partout, à Brazzaville, à Kinshasa, à la biennale Dak'art avec les ateliers Sahm, en France à Paris , en Suisse. J’ai exposé à Londres  1:54 Contemporary African Art Fair avec Barthélémy Toguo ; à Vienne, et ça continue…    

 

5- Être une femme et artiste, qu'est-ce que cela représente au quotidien dans une société où la femme a encore du mal à faire valoir ses compétences .

 

Je suis une femme oui et ça se voit, par contre dans le contexte du travail, je me définis comme artiste tout court. J’aime bien cette pensée d'Indira Gandhi : « il y a deux genres de personnes, ceux qui font le travail et ceux qui prennent le crédit. Tentez d’être du premier groupe ; il y a moins de compétition » .  Alors il  suffit juste de travailler comme il se doit pour s’affirmer, trouver sa place... voilà.

 

6- Sur le plan humanitaire, y a –t-il une cause qui te tient le plus à cœur ?

 

Protéger les enfants contre toutes les formes d’exploitation et de violence surtout ceux qui sont abandonnés à eux-mêmes dans tous les coins des rues, leur donner l’accès à une éducation et une formation de qualité, répondre à leurs besoins vitaux (la santé, la nutrition, l’eau, et assainir leur environnement), favoriser gratuitement la scolarisation des personnes en conditions de handicap.

 

7- Si Doctorovée était Ministre de la culture, quelle serait sa priorité ?

 

Je me sens très bien dans ma peau d’artiste qui est aussi celle d’un ambassadeur de la culture, donc être ministre ne m’a jamais traversé l’esprit. Par contre en tant qu'artiste je demanderais ou peut-être, proposerais à ceux qui ont la possibilité de l’être de prendre exemple sur les autres:  Juger l’art et l’artiste de son pays à sa juste valeur, lui donner une grande visibilité, favoriser les échanges culturels, donner l’opportunité aux artistes d’aller faire découvrir leur art et découvrir celui des autres ; créer des sérieuses activités culturelles, des espaces favorables d’expression pour artistes, des musées, et tout ça pour de vrai. Préserver précieusement son patrimoine culturel, et surtout d’arrêter de transformer les salles de cinéma et autres en une sorte de Super market ou d’église, pour un perpétuel épanouissement et développement.

 

8- En 2006 après l'obtention de ton BAC, tu as préféré vivre ta passion en dépit de la volonté des parents. Y a t-il un parallélisme entre l'engagement et la passion artistique ?

 

Lorsque l’on a la chose en soi, et qu’on est destiné précisément à cette chose, la passion prend le dessus de tout engagement. Ce qui m’inspire le plus c’est tout ce qui nous entoure, le  mystère de l’univers.

 

10- Qu’est-ce que l’art t’apporte de plus dans la vie ?

 

Qu’est-ce que l’art m’apporte de plus dans ma vie ? Waouh ! Je vis l’art je respire l’art, je rêve l’art, je pleure l’art, je danse l’art, je souris l’art, je baigne l'art, je vois l’art, je transpire l’art, je déclame l’art, je mange l’art, je chante et bouge l’art, je crie l’art, je discute l’art, je dors l’art, je me lève l’art, je marche l’art, et l’art c’est toute ma vie.

 

11- Quel est ton rêve pour la jeunesse congolaise ?

 

Que cette jeunesse soit celle qui baigne dans une potion pour se cultiver continuellement pour un meilleur lendemain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juvénale Obili et Doctrovée Bansimba

                                                    

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Lilly Rose Agnouret, auteure de romances

8 Août 2017, 19:26pm

Publié par Nathasha Pemba

1-Qui es-tu Lilly Rose Agnouret ?

 

J'aurais 31 ans. Je suis gabonaise, maman de deux enfants, un fils et une fille de moins de 5 ans. Je vis à Libreville avec mon conjoint. Je suis une lectrice de romances à l'africaine (avec la collection Adoras venue de Côte d'Ivoire ou la collection Sapphire press, venue d'Afrique du Sud) et de romans d'évasion.

 

2-J’ai le souvenir d’une amie, Marthe, qui m’a fait découvrir les romances et plus particulièrement les Harlequin… Y a-t-il une différence entre ce que vous écrivez et les Harlequin ?

 

j'ai beaucoup lu Harlequin quand j'étais au collège et au lycée. Mes grandes sœurs et leurs copines en lisaient, donc je n'avais pas besoin de courir pour en avoir. Aujourd'hui encore quand je m'ennuie, je lis Harlequin. Je pense que l'idée que je me faisais du prince charmant vient sûrement de toutes ces histoires à l'eau de rose que je lisais en grandissant.

Je ne pense pas qu'il y ait une grande différence entre ce que j'écris et les Harlequin. Je veux dire que tout tourne autour de la romance : la rencontre d'un homme une femme, le jeu de séduction, leur idylle et ce que laisse entrevoir l'avenir du couple.

La différence pour ce qui me concerne vient du fait que mes personnages principaux féminins, je tiens à ce qu'ils soient africains. J'essaie, peut-être pas toujours habillement, de faire coller nos réalités africaines avec le monde de la romance.

Mais souvent, ce que l'on me fait comme retour c'est que mes personnages dans ce qui est l'expression de leurs sentiments, restent très occidentalisés.

Bref, le chemin est encore long mais au moins, j'écris des histoire qui me plaisent et que j'aurais aimé lire en grandissant. (rires)

 

Harlequin a cela d'ingénieux que les auteurs arrivent à faire vivre l'environnement dans lequel évoluent les personnages. C'est à dire qu'en plus de suive l’idylle entre les personnage, les descriptions des lieux que visitent les protagonistes de chaque histoires, sont vraiment vivant. Cela donne toujours envie de voyager et de découvrir. Je n'ai jamais été à Hawaï, pourtant en lisant ce genre de romans, j'y ai déjà voyager à plusieurs reprises. Chose fantastique (rire).

 

3- Sinon quelle différence existe-t-il entre les romances et ce qu’on appelle littérature classique (traditionnelle), ou plutôt y a t-il une différence entre ce qu’écrit Lilly Rose ou Fabiola et Modiano ?

 

La différence que je fais entre la Romance et la littérature dite classique, c'est le fait que le public ciblé est différent. Et d'après ce que je vois, la romance est plutôt une littérature d'évasion, de divertissement. On lit une romance lorsque l'on a envie de s'évader, de rêver, de lire sans stress. Elle est là pour émouvoir, plus qu'autre chose.

La littérature générale est là pour parfois instruire, éduquer, pousser les gens à réfléchir et à questionner le monde. Enfin, c'est comme ça que je le vois.

Je ne prétends pas changer le monde en écrivant. J'espère juste que les lectrices passent un moment agréable en tombant amoureuses folles de mes personnages masculins (rires).

 

4-D’où vient le terme romance pour désigner le roman sentimental ?

 

Le plus simple serait de dire roman sentimental. Mais il y a tellement de déclinaisons dans ce terme générique... je pense qu'un jour, les lecteurs eux-mêmes décideront du terme à employer. Qui sait ce que cela donnera. Je me contente de lire et écrire en espérant que l'on cesse de penser que la romance est un sous-genre de littérature.

 

5- Depuis quand écris-tu ?

 

J'écris réellement depuis 2012. je me suis essayée en tenant au quotidien une page sur Facebook sur laquelle je publie depuis lors, un feuilleton que des lecteurs suivent et commentent. Cela m'a encouragée à sortir mon premier roman en 2015.

 

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Blog Le Sanctuaire de La Culture

 

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Fabiola Chenet: Auteure de romances

2 Août 2017, 21:55pm

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Fabiola comment vas-tu?

Bonjour Pénélope, et merci pour cette opportunité. J Au moment où je commence à répondre à ces questions, je vais bien. LOL Je donnerai peut-être une autre réponse d’ici la fin du questionnaire. Edit : fin du questionnaire 15 jours après : c’est le week-end donc ça va.

 

Qui es-tu Fabiola Chenet ?

Je suis née à l’île de la Réunion, il y a quelques années (hum), mariée et mère de trois enfants. Je travaille dans le social depuis très longtemps et mon premier roman a été publié en 2013, en ebook uniquement, aux éditions Laska. Je suis également la rédactrice en chef du webzine mensuel Les Romantiques.

 

 

J’ai le souvenir d’une amie, Marthe, qui m’a fait découvrir les romances et plus particulièrement les Harlequin… Y a-t-il une différence entre ce que vous écrivez et les Arlequins ?

En ce qui me concerne, il n’y a pas de différence. Ma première romance lue était un Harlequin et c’est dans ces romans que j’ai puisé mon style et mes idées. On peut dire de moi que j’écris de la romance classique.

 

 

Sinon quelle différence existe-til entre les romances et ce qu’on appelle littérature classique (traditionnelle), ou plutôt y a t-il une différence entre ce qu’écrit Fabiola et Modiano ?

Modiano écrit ce qu’on appelle de la littérature générale. La romance est un genre littéraire dont l’objectif est de raconter l’évolution de l’histoire d’amour d’un couple qui doit se terminer avec une fin heureuse. Par conséquent, l’ensemble de l’histoire doit être focalisée sur ce couple, même s’il y a des personnages secondaires, et même s’il peut y avoir des histoires d’amour secondaires.

 

D’où vient le terme romance pour désigner le roman sentimental ?

Eh bien le terme vient des USA, et est utilisé depuis 2007 par nous Les Romantiques. LOL En fait, en 2007, nous avons publié le premier numéro de notre webzine mensuel, dans lequel j’ai fait un article intitulé Roman d’amour ou romance tout court ? où je parlais au nom de toutes les lectrices qui en avaient marre des appellations péjoratives, et plus particulièrement « roman à l’eau de rose ». A travers cet article, j’ai clamé haut et fort qu’il était temps d’utiliser un seul terme : romance. Le mot est utilisé aux USA pour désigner ce genre littéraire (avec sa propre définition) et il est tout à fait utilisable en français. Depuis cette date, tout le monde l’utilise. Le problème est que, de nos jours, il y a beaucoup de confusion entre romance dans la littérature et romance en tant que genre littéraire, avec des codes bien précis. En 2007, j’œuvrais pour que le terme Romance soit accepté, en 2017, mon nouveau cheval de bataille est de faire comprendre qu’une intrigue de romance, en tant que genre littéraire, doit avoir une fin heureuse et que l’histoire d’amour doit être centrale.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’écris depuis que je lis de la romance. J’avais onze ans à l’époque. Je n’ai pas écrit en me disant que je pouvais faire mieux que les auteurs que je lisais, mais juste parce que j’avais des idées dans la tête. Je les ai mises sur un cahier (pas d’ordinateur à l’époque LOL) et c’est seulement après la création du site et du forum Les Romantiques que je me suis décidée à partager mes écrits avec les membres. C’était en 2001.

 

 

Combien de romans à ton actif ?

J’en ai sept. Parmi eux, trois font partie d’une série avec des couples différents pour chaque tome. Il y a une anthologie, quatre romances historiques et trois contemporaines.

 

 

Est-ce que cela se vend bien ?

Cela dépend des titres et de plein d’autres paramètres qu’on ne pourra jamais vraiment comprendre LOL A ce jour, le titre qui s’est le mieux vendu, c’est Passion et conséquences. Pour les autres j’ai des ventes tous les mois, plus ou moins importantes.

 

Trouves-tu facilement des éditeurs ?

Oui et non. Il y a quelques années, seuls deux éditeurs publiaient de la romance, mais d’auteurs traduits. Depuis, la majorité ont plusieurs titres de romance dans leur catalogue (plus ou moins assumés). D’autres maisons d’édition spécialisées en romance se sont créées et publient des auteurs francophones. Alors oui, il y a du potentiel au niveau de la publication. Mais pour autant, tout écrivain de romance n’aura pas forcément de contrat. Pour être publiée, que ce soit dans une maison d’édition traditionnelle ou non, il faut être prête à faire quelques concessions. La première d’entre elles est d’accepter de n’être publiée qu’en numérique. Beaucoup d’éditeurs de romance misent sur une parution en numérique avant d’envisager une publication en papier. Et malgré ce qu’on pourrait penser, la romance en numérique se vend très bien.

 

Je lisais dans un article que la romance est un genre décrié, notamment dans le monde francophone… Et toi, que dis-tu?

La romance est décriée partout, même aux USA, malheureusement. Mais c’est aussi le genre qui se vend le plus dans le monde entier. En France, nous avons un autre gros problème : l’élitisme. C’est culturel et on a du mal à en sortir. La romance est considérée comme des histoires de bonnes femmes frustrées, de ménagères. Pourtant, je connais personnellement beaucoup de cadres qui en lisent. Elles ne sont pas frustrées pour autant.

 

As-tu lu Orgueil et préjugés de Jane Austen ? Dans quel type de littérature la classes-tu?

Oui j’ai lu Orgueil et préjugés et il s’agit d’une romance contemporaine. C’est juste qu’à l’époque ce terme n’était pas utilisé. Contemporaine parce que Jane Austen écrivait des histoires qui se situaient à son époque. Pour toute lectrice de romance, Jane Austen est une pionnière.

 

Une romance parle-t-elle forcément de l’amour ?

Non seulement la romance parle d’amour, mais en plus de fin heureuse.

 

Quels sont tes goûts en matière de littérature, en dehors de la romance ?

Actuellement, il m’arrive de lire du roman féminin. L’un de mes auteurs préférés est Sophie Kinsella. Dans mes romans préférés qui ne sont pas de la romance, il y a quelques classiques (Le comte de Monte Cristo ou encore Au bonheur des dames), mais globalement je ne lis pratiquement que de la romance.

 

Pour toi, qu’est-ce qu’un bon écrivain ?

Il n’y a pas de bon ou mauvais écrivain. Un même livre peut être avalé en entier par un lecteur, et jeté contre un mur par un autre. La lecture en elle-même est quelque chose de suggestif et dépend de l’état d’esprit de la personne qui lit. Oui, je sais, je n’ai pas répondu à la question. LOL

 

Est-ce faux d’affirmer que la romance est une affaire de femmes ?

Non, ce n’est pas faux. Je pense que tout est question de sensibilité et d’empathie. On ne trouve pas dans l’écriture d’un homme ce qu’on a chez les femmes. Par exemple, un homme va être plus brut, plus cru, dans le style mais également dans les scènes hot. Il y a très souvent un manque de sentiment flagrant. Et ce n’est pas ce que les femmes recherchent.

 

Fabiola, un mot sur le Festival du Roman Féminin… ?

Nous avons organisé le Festival du Roman Féminin afin de réunir en un même lieu auteurs, éditeurs et lectrices de roman féminin et de romance. Ce n’est pas un salon du livre, il n’y a pas de vente de livres sur place. C’est un vrai festival où tous vont se côtoyer pendant deux jours. Nous proposons des ateliers, des tables rondes, des lectures, des meet&greets, et une séance de dédicaces au cours de laquelle les livres sont offerts par les éditeurs et/ou les auteurs. Le nombre de places pour les auteurs est limité, car nous voulons quelque chose d’assez intime, et surtout faire en sorte que les lectrices découvrent l’univers de chaque auteur invité. C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas inviter tous les auteurs qui le souhaitent. C’est aussi pour cela que nous n’invitons pas les mêmes auteurs chaque année. Il y a beaucoup d’auteurs de roman féminin et de romance, il faut laisser une place à chacune. De même, le nombre d’entrées est limité et nous ne faisons pas de vente de pass sur place. En 2016, nous avions accueilli 210 participantes, et en 2017, 390. Nous allons bientôt lancer notre troisième édition.

 

 

Pour toi, quels sont les dix commandements de la romance ?

Attention, il s’agit de mes dix commandements à moi, Fabiola Chenet (même si je sais que beaucoup seront de mon avis LOL).

1 Ne pas confondre romance et roman d’amour (Roméo et Juliette n’est pas une romance)

2 Ne pas confondre romance et chick lit (Le journal de Bridget Jones n’est pas une romance)

3 La romance a des codes, au même titre que le roman policier, ne pas les accepter, c’est ne pas aimer la romance. Dans ce cas il vaut mieux éviter d’en lire

4 Une romance, c’est une intrigue focalisée sur un couple et l’évolution de son histoire d’amour pendant tout le roman

5 On doit savoir très rapidement qui sont les héros

6 S’il y a triangle amoureux, il ne doit pas durer

7 Il ne doit pas y avoir un changement radical de héros ou d’héroïne pendant l’histoire

8 Même si c’est à la mode en ce moment, il faut éviter les trilogies (voire plus) sur le même couple

9 S’il y a une série avec des héros différents dans les tomes suivants, il faut éviter de faire mourir les héros précédents

10 Une fin heureuse est obligatoire pour le couple présenté au début du livre

 

Pour toi qu’est-ce que le féminisme ? Y crois-tu ?

Plus que l’égalité hommes-femmes, selon moi, le féminisme est un mouvement de lutte pour les droits de la femme. Personnellement, je ne crois pas à l’égalité homme-femme, dans la mesure où nous sommes biologiquement différents. Par contre toute femme a droit au respect et aux mêmes droits que les hommes.

 

Le parfum révèle le féminin en chacun de nous disait un penseur, et toi quel est ton parfum préféré et pourquoi ?

Flowers par Kenzo. Un parfum frais, léger et fleuri. Je n’aime pas tout ce qui est trop capiteux ou fort.

 

As-tu des projets ?

Je viens de signer un contrat pour ma prochaine romance historique avec un éditeur traditionnel : Diva Romance. Elle paraitra en 2018. Je travaille aussi sur un autre projet qui me tient à cœur depuis quelques années.  

 

 

Parmi les derniers romans que j’ai lus tout récemment il y a « Danser au bord de l’abîme » de Grégoire Delacourt, un roman d’une grande hauteur sentimentale. Dans une interview, l’auteur affirme, au sujet du coup de foudre : « À tout moment, on peut tomber amoureux et c’est magnifique ! On est alors touché droit au cœur par quelque chose de plus grand que soi ». Qu’en dis-tu ?

C’est exactement pour ça que la romance existe. C’est ce qu’on s’échine d’ailleurs à faire comprendre depuis des années. Ce que je veux personnellement ressentir en refermant une romance, c’est la satisfaction de voir le couple que j’ai suivi pendant toutes ces pages avoir sa fin heureuse, parce que chaque héros aura compris que l’amour est ce qui nous guide vraiment dans la vie, qu’il n’y a pas de plus belle chose que ça. Le problème c’est que la même phrase prononcée par une femme ne sera pas prise au sérieux. Au mieux, on va dire qu’elle est trop romantique, au pire on la traitera d’« auteur de roman de gare ». Et ce ne sera pas un compliment.

 

Je te remercie.

Merci à toi J

 

Nathasha Pemba,

Pour le blog Le sanctuaire de Pénélope

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Chloé Savoie-Bernard: La littérature, c'est ce que je préfère

12 Juin 2017, 22:33pm

Publié par Nathasha Pemba

Avril 2017. Nous sommes au International du Livre de Québec. Chaque année, j'y vais par passion, pour rencontrer des auteurs et aussi pour enrichir mon blog. Cette année, comme toutes les autres d'ailleurs, le salon brille par sa diversité. Après avoir discuté avec Grégoire Delacourt l'écrivain français et Mylène Bouchard l'éditrice et écrivaine québécoise, je rencontre Chloé Bernard-Savoie. Elle est pleine de vie, son livre attire... Nous discutons deux minutes, j'obtiens ma dédicace et son adresse mail pour une entrevue à venir... Je continue mon chemin.

Chloé Bernard-Savoie est doctorante en Littérature française de l'Université de Montréal. Elle fait partie du jury de présélection au prix Robert-Cliche depuis quelques années déjà. Sa thèse s'intéresse aux différentes modalités de la poésie féminine québécoise contemporaine. Auteure d'un recueil de poèmes "Royaume Scotch tape" publié en 2015, elle a publié "Des femmes savantes" en 2016 aux éditions Tryptique à Montréal, au Canada.

Le Sanctuaire de Pénélope a échangé avec elle...

***

Bonjour Chloé! Comment allez-vous ?    
Ça va, merci.

Depuis quand écrivez-vous?

C'est sans doute un peu cliché à dire, mais j'écris depuis pas mal toujours, en fait, depuis que je sais écrire. La littérature, c'est ce que je préfère.

”Des femmes savantes”: un hymne à la féminité et à la liberté: D’où tirez-vous cette inspiration ? Pourquoi “Des femmes savantes” et non “Les femmes savantes de Molière repensé”?

Davantage qu'à Molière précisément, mon titre est un clin d'oeil à l'idée que "tout se réinvente'', et qu'aucun texte n'est réellement nouveau et novateur, qu'il reprend plutôt des schèmes de lectures précédentes. Je n'ai pas l'ambition de réinventer Molière, mais plutôt de déplacer, de retravailler, certaines des thématiques qu'exploraient le dramaturge. Et si les femmes dépeintes par Molière étaient ridiculisées, que leur savoir n'était qu'une manière de les rendre semblables à des bêtes de cirque, le savoir que possèdent les femmes dépeintes dans ce recueil n'est pas utilisé contre elles par d'autres : elles n'arrivent pas elles-mêmes à le comprendre, à le saisir tout à fait.

De la poésie à la nouvelle le chemin est-il long ? Ce sera quoi le prochain: Un roman, une pièce de théâtre ou un essai ?

J'ai toujours écrit des histoires, des nouvelles. La poésie est venue plus tard, au début de la vingtaine. J'ai cru pendant un instant que mon prochain livre serait un roman, mais finalement, ce sera un recueil de poésie. J'écris le roman lentement, en n'étant pas encore bien certaine de comment le former de manière cohérente.

Certaines des nouvelles de “ Des Femmes savantes” m’ont fait penser à la liberté de ton de l’Académicien Dany Laferrière (Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer) ou à Nelly Arcan (Putain); font-ils partie des auteurs qui vous inspirent ?

J'ai lu Dany Laferrière à l'adolescence et au début de la vingtaine, mais là ça fait un moment que je n'y suis pas retournée. Mon père est haïtien, je pense que je cherchais dans ces lectures à mieux comprendre son rapport à son pays d'origine, à mieux cerner ce pays que finalement, je connais assez peu. Comme n'importe quelles lectures, celles-là ont dû me façonner d'une certaine manière. Peut-être dans la mélancolie doucereuse de Dany Laferrière ? En tout cas, quand j'étais jeune, pour faire mon intéressante, je disais dans les bars qu'il était mon père, ça ne doit pas être anodin !

Nelly Arcan est une influence plus claire. Je l'aime depuis toujours. Je l’ai suivi dès Putain, son premier roman. Je lisais ses chroniques dans les journaux. Son rapport à l'écriture, à la langue, m'a marqué, plus que ce que le discours littéraire cherche à en faire, une personnalité médiatique. Pour moi, Nelly Arcan est une grande écrivaine, pas une grande suicidée.

Les femmes de vos nouvelles m’ont l’air d’appartenir à une même tranche d’âge, votre recueil s’adresse-t-il à une catégorie de femmes en particulier ?

Ça m'étonne un peu comme remarque, parce que la première nouvelle est narrée par une cégépienne, donc, elle a 17, 18 ans, tandis que celle de « Nue » a entre trente et quarante ans... Ça couvre quand même presque une vingtaine d'années. Non, pas de narratrice enfant, et non, pas de retraitée, mais je ne pense pas m'adresser à une catégorie d'âge en particulier. Quand je lis les nouvelles de Raymond Carver et que ses personnages sont des hommes blancs américains cinquantenaires, je m'y identifie quand même. La littérature dépasse ce type d'identification directe, à mon sens.

Quel est l’auteur au monde qui vous donne le plus envie de continuer à écrire ?

Ça change souvent. Dernièrement, mes coups de coeurs sont les recueils de poésie de Toino Dumas, le roman de Marie Vieux-Chauvet, Amour, colère et folie, et ceux de Gwenaelle Aubry.

Votre écriture dans “Des Femmes savantes” est tranchée, sensuelle, sensible, provocatrice, crue, forte, vraie, énergique, courageuse, puissante et révolutionnaire, que représente pour vous le féminin dans la littérature contemporaine québécoise ?

Définir le "féminin'' est une entreprise en soi, mais les écrivaines québécoises, ça, je pourrais en parler longtemps. Je ne lis pas que des femmes mais j'ai un attachement pour la littérature des femmes, pour son histoire, ses luttes, ses changements d'orientation, ses questionnements, qui sont parfois différents des miens, mais toujours intéressants. Et aussi parce que ça a toujours été peut-être un de mes seuls rêves clairs, un de mes seuls espoirs possible à circonscrire ; être une écrivaine, appartenir à cette lignée-là, à cette famille-là, tout en sachant que le terme de famille n'est pas nécessairement compatible avec l'idée d'un portrait heureux.

Le monde vit une époque de lutte, de lutte contre le terrorisme, de lutte contre l’enfermement, de lutte contre la paresse, de lutte contre les stigmatisations identitaires; pensez-vous que malgré les grands discours féministes et les égalités relatives, la femme demeure encore esclave du regard de l’autre ?

Esclave, j'espère que non, mais enchâssée au regard de l'autre, oui, ou du moins, jusqu'à ce qu'elle en prenne conscience, et essaie de se replacer au cœur de son propre regard, à elle. Ce n'est pas une tâche facile, et ce n'est pas sa seule tâche, à elle. C'est une tâche collective, et pas seulement à penser strictement dans le cadre des rapports amoureux cis. Il faut y repenser partout à cela : comment être en adéquation par rapport à ses propres exigences.

Êtes-vous féministe ? J’imagine que Oui! Êtes-vous d’une génération de féministes tempérées et inclusives ou bien d’une génération de féministes revendicatrices et exclusives?

Féministe, oui, mais je ne sais pas à quelle génération j'appartiens. Je ne crois pas être tempérée. Je ne crois pas être exclusive. Exclusive vis-à-vis de qui, de quoi ? Et je ne suis pas militante, bien que j'admire beaucoup les militantes.

Quel avenir prédisez-vous à la littérature québécoise ?

Difficile à dire. J'aime bien penser que je suis voyante, mais je suis meilleure pour prédire les réactions des gens que pour réfléchir à des visions d'ensemble comme cela. Je ne lui prédis rien, mais je la souhaite moins médisante et plus prompte aux solidarités entre maisons d'éditions, entre générations d'écrivain. Plus ouverte vers l'extérieur. Et je souhaite aussi que la poésie soit plus lue que seulement par les poètes eux-mêmes.

Quelle est la liste des choses à faire pour être pleinement femme ?

1) tenter d'être le plus fidèle possible à ses désirs

2) tenter d'être le plus fidèle possible à ses limites

3) manger ce qui lui tente

4) regarder les plantes pousser

Dire la femme : Racine et Liberté ?

C'est un peu difficile pour moi de répondre à cette question... Je pense qu'on peut essayer de faire ce qu'on veut, ce qu'on peut de ses racines, quitte à les réinventer dans la fiction, à les remoduler. Je ne sais pas si je crois à la liberté, mais c'est en écrivant que je me sens le plus proche de me sentir libre. Peut-être.

Propos recueillis par Nathasha Pemba

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Natacha Odonnat: Au secours, je suis enceinte!

19 Mai 2017, 15:33pm

Publié par Nathasha Pemba

Natacha Odonnat est économiste de la santé, spécialisée dans les pays en développement et en transition. Originaire de la Martinique, elle habite à Montréal depuis 2012. Natacha Odonnat aide les autres à se réaliser en restant le plus possible eux-mêmes. Elle a créé le cabinet de consultation Shanaprod dans le but de permettre aux personnes de faire entendre leur voix par l'art. Elle se définit, de ce fait, comme Chercheuse. On peut aussi découvrir ses engagements à partir de son Blog Parle Ton parle.

Ayant habité dans plusieurs pays, Natacha Odonnat ne fait pas abstraction de la diversité humaine dans ce qu'elle écrit. Les histoires de son recueil se déroulent dans plusieurs pays où ses personnages font mention de leur expérience et de leur engagement.

Au secours,  je suis enceinte !  est le premier recueil de nouvelles que je chronique sur mon blog. J’ai toujours hésité parce que passionnée moi-même des nouvelles, je sais qu’il est difficile d'écrire une critique sur l'ensemble du recueil parce que les histoires ne sont pas les mêmes comme dans un roman classique. Pourtant, ce recueil de Natacha Odonnat m’a convaincue non seulement par le style de rédaction, mais aussi par son unicité (presque) dont le thème de la grossesse permet de suivre chaque nouvelle en harmonie avec les autres.

Cependant, s’il y a une constante dans toutes les nouvelles, c’est celle de la présence de la femme ; elle est partout dans ce recueil. Pour cette chronique, je me suis focalisée sur trois nouvelles.

1-La première nouvelle, La folle de Pétion ville, met en exergue le visage d’une femme écologiste qui m'a rappelé l’engagement de Wangari Maathai. Il est, en effet, question de Joliette, une haïtienne qui lutte pour transmettre le message de la sauvegarde de l’environnement à d’autres femmes, précisément des paysannes qui ont une grande connaissance de la terre. Elle le fait si bien qu’elle finit par devenir modèle pour les autres femmes. Elle tombe amoureuse de José, un homme à la peau claire, et tombe enceinte de lui. Malheureusement, victime de la jalousie des autres femmes noires qui lui envient cet homme et cette grossesse, elle perd son enfant et devient folle.

2-Je veux croire à la vie , une nouvelle qui traite de la catastrophe naturelle de 2010 à Haïti. Très émouvante, la nouvelle rappelle comment l’amour et l’amitié peuvent permettre de tenir et d’espérer dans les moments les plus sombres de la vie. Elle souligne au passage la cupidité humaine qui veut toujours profiter des situations de malheur pour extorquer de l’argent même aux pauvres. Contrairement aux autres nouvelles qui parlent de la grossesse, Je veux croire à la vie est une exaltation de l’existence comme possibilité de vivre et d’espérer. Tout peut arriver dans la vie, mais il ne faut jamais désespérer.

3-Dans Naître : le premier combat de ma vie, Natacha Odonnat pense au bébé, au sacrifice qu’il consent lorsqu’il accepte de sortir du ventre de sa mère. Si la mère est celle qui subit les douleurs de l’enfantement, quitter le confort de l’utérus est aussi un supplice pour l’enfant qui vient au monde. Il fait en quelque sorte un saut dans l’inconnu.

Ce que l'auteure veut transmettre c’est ce désir qui habite toute femme qui tombe enceinte de voir être perpétuée sa lignée. Quelques fois, lorsque l’homme refuse de reconnaître son rejeton, la mère se sent le devoir de donner à ce dernier la chance de la vie, parce qu’elle sait que la vie ne se marchande pas. En ce sens, la femme devient la gardienne de la vie.

À travers les histoires et les personnages, Natacha Odonnat  décrit le quotidien de diverses femmes enceintes. Ces nouvelles ont été écrites lorsque l'auteure était enceinte de son premier enfant. Elles ont donc, à ses yeux, en plus de la détente, une vocation cathartique. C’est tout le sens du sous-titre, Écrits cathartiques d'une femme enceinte, car la fertilité de son imagination lui a permis de vivre positivement cette nouvelle réalité qui faisait irruption dans sa vie.

Dans certaines nouvelles, l’auteure présente la grossesse, à première vue, comme une problématique existentielle. Dans le recueil, certains hommes refusent d'assumer leur responsabilité et laissent en général les mères s’occuper seules de leur enfant. C'est le cas de « Carmen Nicolas » dont le personnage principal finit par devenir "fille mère".

Natacha Odonnat pointe en outre une attitude commune répandue dans la culture antillaise: lorsqu’une fille annonce à ses parents qu’elle est enceinte, on considère qu’elle n’a plus d’avenir et que sa vie s’arrête avec cette grossesse. Cette diabolisation de la grossesse rétrécit les possibilités de la vie et de renouvellement, notamment dans un contexte comme celui des Caraïbes.

Les nouvelles sont intéressantes. L’idée est originale car elle vient d'une auteure enceinte qui a voulu s’occuper en écrivant des nouvelles. J’ai beaucoup aimé le thème de la grossesse et la manière dont sont décrits les personnages. Les chutes sont respectées. Ma nouvelle préférée est « Punition ».
. Je choisis de ne pas la commenter pour que les lecteurs découvrent par eux-mêmes ce dont il est question.

Je recommande ce recueil aux amis de la lecture .

Les titres des nouvelles sont, dans l’ordre d’apparition dans le recueil de :

La folle de Pétion-Ville

Punition

Carmen Nicolas

Texao ou le déni

Nano

Je veux croire à la vie

Au secours, je suis enceinte !

Adélaïde

Je voudrais pouvoir te parler d’amour

Perdition

Naître : le premier combat de la vie

Extrait de la nouvelle Perdition

Ma foi, mon fils n’est pas ministre, mais c’est un homme intègre et ce qu’il fait, il le fait bien. Ses voyages lui auront servi. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Je crois que les êtres humains naissent programmés dès leur gestation, une divinité, capricieuse peut-être, leur donne aptitudes et appétits. Ce mois-là, je n’avais pas eu mes règles. C’était, selon mon fils, un petit dérèglement hormonal et j’ai cru que j’étais enceinte. Le mois suivant, j’ai eu mes règles. Mon corps n’a pas changé. Disons qu’il n’a pas changé dans le bon sens. Je maigrissais à vue d’œil. Pendant ces trois ans, j’ai mangé comme quatre, comme si j’avais un ver solitaire. Mais c’était pour alimenter les trois ans de perdition. Il se nourrissait de moi, croissait et se fortifiait. D’aucuns ont voulu me l’expulser mais je n’ai pas voulu. J’avais confiance, il reviendrait.

Nathasha Pemba

Référence de l'oeuvre:

Natacha Odonnat, Au secours, je suis enceinte! Écrits cathartiques d’une jeune femme enceinte, Paris, Mon petit éditeur, 2012

Sites Web de l'auteur:

http://www.shanaprod.com

http://parletonparle.blogspot.ca

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Alix Paré-Vallerand: Je voyage dans les mots!

9 Avril 2017, 20:27pm

Publié par Nathasha Pemba

Artiste, Amie des mots, Guide-Animatrice dans un musée, rédactrice, Cofondatrice du collectif Ramen... Mais... Qui est Alix Pavé-Vallerand ?

 

Qui es-tu Alix PV ?
Je suis née à Québec en 1990. J'ai grandi dans une maison d'artistes. Ma mère était journaliste. Elle lisait tout le temps : nos bibliothèques impressionnaient mes amies.  Maman gardait toujours son carnet d'écriture près du lit au cas où elle se réveille avec une idée en pleine nuit. Elle est malheureusement décédée il y a quatre ans sans avoir pu publier quoi que ce soit. Elle m'a transmis l'amour des mots, l'humour et une certaine curiosité intellectuelle. Après des études chaotiques en histoire de l'art et en création littéraire, je me suis joint à un collectif littéraire. Aujourd'hui, je suis guide-animatrice de jour et organisatrice de spectacles poétiques de soir.

Que penses-tu des relations humaines sous le prisme des Réseaux Sociaux ?
J’écoutais récemment une entrevue de Catherine Voyer-Léger à l'émission C’est fou à la radio de Radio Canada. Elle disait : « Les réseaux sociaux sont fascinants, il y a là des communautés qui parlent, qui échangent, qui génèrent une réflexion collective en produisant un discours. Facebook est une machine qui a une mémoire énorme, il suffit de savoir comment y extraire ce que l'on cherche.» Certains trouvent les dits réseaux vains et superficiels. Je vois les réseaux comme un laboratoire pour les artistes, une plateforme pour lancer des idées. Je les utilise pour m'inspirer. Je lis beaucoup d'articles relayés par des amis et des connaissances. C'est sur qu'après l'inspiration, il faut s'en éloigner et se diriger vers sa table de travail! J'ai malheureusement peu de discipline…!

Ta Télésérie préférée ?
Twin Peaks de David Lynch pour l'étrange étrangeté. La première saison est un chef d'œuvre. Girls de Lena Dunham pour la représentation de la sexualité et la finesse de l'écriture. Broad City, une série écrite par deux femmes qui est selon moi, l'une des plus drôles des dernières années.

Ta citation motivante
Je ne suis pas une grande fan a des citations motivantes, je les  trouve  toujours un peu mièvres. J'ai lu les deux autobiographies de Patti Smith, chanteuse et poète. Dans son dernier livre M. Train , elle écrit : “It is not si easy writing about nothing”. Ce qui résume bien la besogne de l’écrivain : écrire à propos de tout et de rien sans que ça ait l'air “travaillé”. Tout un défi!
Tu es guide-animatrice au Musée du Monastère des Augustines à Québec, Que t’inspire le Monastère ?

Le monastère m'inspire la tranquillité et la paix. C'est profondément lié au lieu et à la communauté. J'entre parfois au boulot avec mes angoisses immédiatement résorbées au contact apaisant du lieu. Mine de rien, le terrain de l'hôtel Dieu est occupé par le d'Augustines, depuis 1644. Traitez moi d'ésotérique mais je crois que c'est lié à l'inconscient du lieu.

Est-ce un monastère dans le sens classique du terme ?

Le Monde des Augustines, aujourd'hui n'est plus un monastère au sens classique du terme puisque les Augustines ont décidé d'ouvrir l’ancien cloître pour en faire un lieu de mémoire habité avec un musée, un centre d'archives, un centre de ressourcement et un hôtel. La communauté n'habite donc plus dans le vieux Monastère mais dans une autre aile du bâtiment. Au Monastère des Augustines, contrairement aux autres couvents, il y a de l'action dans les lieux publics comme le musée ou l'accueil tout en étant un lieu propice à la contemplation.

Comment convaincrais-tu un touriste au sujet du Musée Le Monastère des Augustines ?

Les Augustines ont fondé le premier hôpital en Amérique du Nord au Nord du Mexique. Ce sont des femmes de tête qui ont posé les bases de notre système actuel de Santé​. Les côtoyer tous les jours est un privilège. Que dire de plus. Je ne peux que vous encourager à visiter le musée qui retrace plus de 375 ans d'histoire!
Quelle est Ta phrase préférée, celle de Saint Augustin ?
Je n'ai pas de citation en particulier mais j'aime son message d'amour.
Quel est ton plus grand défi ?
Finir mes projets. Je suis une personne avec plein d'idées mais j'ai parfois de la difficulté à les concrétiser.
Ta musique préférée
J'aime beaucoup PJ Harvey, Rufus Wainwright, Feist et Jimmy Hunt. J'ai un faible pour les artistes un peu outsider. Les paroles sont importantes pour moi.

Ton havre de paix ?

Ma sœur, ma solitude, mes livres et mes amis.
Alix, une voyageuse ?

J'ai beaucoup voyagé dans ma jeune vingtaine. En 2008, j'ai célébré mes 18 ans à Paris. En 2010, je suis partie en Europe avec un billet d'aller et sans plan. On a fait 5 pays (France, Suède, Écosse, Italie, Allemagne). En 2012, j'ai voyagé seule en Espagne et au Portugal. Maintenant, je suis plutôt pauvre comme job. Je voyage dans les mots! Cette année j'ai planifié un voyage à Toronto.
Trois derniers romans que tu as adoré ?
La femme qui fuit de Anaïs Barbeau-Lavalette. Je l'attendais depuis longtemps. Écriture au compte goutte racontant l'histoire de la grand-mère de Barbeau-Lavalette. Pour une amatrice d’histoire de l'art, cette histoire est du bonbon. 
Un long soir, Paul Kawczak. Une découverte, cet auteur. J'adore la forme brève expérimentale. J'espère le revoir. Après les avoir rencontré au Mois de la poésie, je suis en train de lire vivre près des tilleuls du collectif Ajar.
Mon Saint Roch ? Y habites-tu depuis toujours ? Parle-nous de Ton Saint Roch ?
J'y habite depuis trois ans. Avant, j'étais en Haute-Ville. Mon saint Roch est un Phoenix. Qui fut en l'espace de deux cent ans un quartier ouvrier et un lieu où la haute bourgeoisie faisait ses emplettes. Par la suite, il fut considéré dès les années 1980 comme le quartier le plus mal famé du pays. Mon quartier a toujours su se réinventer. J'aime ses contrastes parfois déroutants. Ils alimentent ma fiction.

Un mot sur le mois de la Poésie (mois de mars) ? C’est quoi le collectif Ramen ?

Le collectif Ramen est un collectif littéraire et poétique de la basse ville de Québec. Notre but : faire croître la poésie à Québec. Nous organisons des soirées de récitals poésie à chaque troisième vendredi du mois à la librairie St-Jean-Baptiste. Chaque soirée est suivie d'un micro ouvert  où tous sont invités à lire. Nous produisons également des fanzines (sortes de livres de poésies autopubliés). En somme, nous sommes à la fois créateurs et diffuseurs de poésie.
Quel coin du monde rêves-tu de visiter prochainement ? Pourquoi ?
J'aimerais bien visiter la Grèce pour la lumière particulière. J'aimerais aussi aller voir les provinces de l’est du Canada.
Quelle est selon toi, la place de la femme dans les ARTS au Québec?

La moitié des signataires du manifeste du Refus Global étaient des femmes (équivalent du manifeste du surréalisme au Québec). Je ne crois pas qu'elles ont eu la reconnaissance que leurs comparses mâles ont eu. Au Québec, nous vivons dans une société progressiste, certes mais il y a encore du chemin à faire. Trop souvent, les récits autofictionnels de femmes sont considérés comme relevant de l'intime. Alors que l'intime masculin lui, est faussement considéré comme plus universel.

À quoi penses-tu lorsque tu entends parler le mot "féminisme" ?

Pour moi, le féminisme rime avec Solidarité. Je pense à la solidarité, à l'amitié, à la bienveillance entre les femmes. Le féminisme est aussi un combat, il faut se rappeler que rien n'est acquis!

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba,

(Le Sanctuaire de Pénélope)

 

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Rosette Pipar: L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon

13 Mars 2017, 16:46pm

Publié par Nathasha Pemba

Née en Belgique, Rosette Pipar réside au Québec depuis plus de trente ans. Trois décennies qui correspondent à son engagement dans le domaine des communications. Elle a été tour à tour Journaliste, Agent d’artiste, Recherchiste, Animatrice de télévision, Organisatrice d’évènements et de campagnes promotionnelles. Entre autres engagements, Rosette a aussi dirigé la Fondation des arts des Laurentides. Fondatrice de Phoenix3 alliance, elle est aujourd’hui Consultante en communication et en développement stratégique et personnel. Depuis 2007, elle collabore à la direction des nouvelles collections au sein de la maison d’édition Marcel Broquet-La nouvelle édition. Nous l’avons rencontrée pour la Rubrique « Femmes Inspirantes » du Blog Le Sanctuaire de Pénélope.

Écrire la vie…

Même si, à l’âge de cinq ans, je trouvais les premières lectures idiotes… je me souviens, comme si c’était hier, des premiers textes qui s’éternisaient sur de longues pages monotones: Rémi a ramé avec sa rame… J’éprouvais des problèmes de lecture au point de devoir suivre des leçons privées… Aujourd’hui, je sais que je m’ennuyais, tout simplement. Mais, très vite, j’ai commencé à dévorer tous les livres que je trouvais… J’étais fascinée.  J’ai tout de suite aimé écrire. Le monde du livre était le seul espace où mon imaginaire galopait avec bonheur, jamais rassasié. Plus tard, je suis devenue un rat de bibliothèque. À chaque moment libre, je m’infiltrais dans l’immense et imposante bibliothèque de l’école. Mes premiers poèmes virent le jour vers l’âge de 14 ans.

Comment s’est tissée, au fil du temps, votre relation avec l’écriture ?

Ce n’est que vers l’âge de 30 ans que j’ai recommencé à écrire pour moi. Le processus s’est accéléré alors que mon corps et mon âme percevaient un début de vide existentiel, alors que j’avais, apparemment, tout pour être heureuse et comblée. L’écrit devint alors l’expression de mes questionnements, de ce trop plein inexplicable.

Écrire, de ce fait, peut-il être considéré comme un exutoire ?

Plus tard seulement, le livre devint l’exutoire viscéral de la crise de mon couple. Des carnets, écrits à l’encre turquoise, d’une main docile malgré le bouillonnement intérieur, en témoignent. Je croyais les utiliser pour en faire un livre. À part quelques poèmes extraits de ces amis fidèles, les écrits sont restés figés dans ces cahiers de douleurs. D’autres mots, issus de mes rêves, ont aussi rempli quelques carnets. J’y inscrivais les signes de la nuit et les signes du jour, tentant de remettre de l’ordre dans mon cœur brisé et de trouver la force d’avancer en me délestant d’un peu de chagrin et en me gonflant d’objectifs et de nouveaux rêves, vivante que j’étais, malgré tout.

Comment expliquez-vous cela ?

Toujours, je considérais ces écrits comme une extension de l’expression de mes émotions. J’avais du mal à prendre ces « fragments » trop au sérieux. À force d’offrir des poèmes à mes amies, à des connaissances, j’ai bien dû admettre que mes mots, écrits spontanément, avaient un certain écho auprès d’autres.

Et aujourd’hui, Que dites-vous de votre relation à l’écriture ?

Ce n’est que très récemment, malgré les 11 livres écrits, que j’ai réalisé à quel point l’écrit est ma mission actuelle. Je lui dois la Vie. L’Univers me l’a confié et lorsque je m’accorde un espace libre, la connexion se fait, miraculeusement. Je peux affirmer que je suis écrivaine, surtout poète. Ah, si quelqu’un m’avait dit, comme à Duras : « Ne faites rien d’autre qu’écrire… », peut-être me serais-je commise plus rapidement. Et, en même temps, ne faut-il pas un certain vécu, voire une certaine castration, pour que jaillisse, plus fort encore, le flux de l’émotion parfois trop longtemps macérée.

« Écrire, ce n’est pas, pour moi, orchestrer savamment un plan d’écriture, même si une certaine organisation est nécessaire. C’est surtout un acte impulsif, une force qui demande à vivre. Le texte, bien sûr travaille par la suite, conserve, presque toujours, sa forme brute, pulsion de l’instant capté à même la vie »

Vous parlez de mission. Pensez-vous que chaque humain a une mission sur terre ? Comment prendre conscience de cette vérité ?

Certains frémissent lorsqu’on leur parle de « mission ». Personnellement, j’ai pressenti que je devais nécessairement en avoir une. C’est sans doute un grand malheur qui m’a incitée à revoir mes objectifs de vie. Lorsque mon château de sable s’est écroulé, je me suis demandé ce que je faisais sur terre. J’ai donc fait le bilan de ma vie à 40 ans, tant du point de vue professionnel que personnel. Au niveau de ma carrière, ce fut assez facile. Quelques tests d’orientation, d’évaluation de mes habiletés, de mes désirs me confirmèrent la route à suivre. J’étais bien dans mon élément mais je pouvais y ajouter quelques formations et outils. J’entamai alors une dizaine d’années d’études universitaires, à temps partiel.

Comment définirez-vous la mission ?

Pour moi, la mission de la vie est bien de faire ce que l’on aime naturellement, être dans sa passion. À quoi reconnaît-on une passion ? Simple. Tout ce que vous feriez même si vous n’étiez pas payé pour le faire car cela vous semble facile et, surtout, car cela vous procure de la joie. Parfois, cela nous paraît trop simple et nous cherchons ailleurs au lieu d’irriguer le champ de nos talents naturels.

Vous êtes Coachdans quel domaine précisément ? En développement personnel ? En quoi consiste exactement votre travail de Coach ? Êtes-vous satisfaite ?

J’ai été coach dans divers domaines. Lorsque je gérais la Fondation des arts des Laurentides (1996 à 2008), j’ai notamment conçu Horizons artistiques, un programme de réinsertion sociale par les arts pour les décrocheurs scolaires durant quatre ans. Trois cohortes de 20 jeunes âgés entre 15 et 25 ans ont été encadrées par une équipe d’intervenantes sociales durant près de 4 mois à raison de 30 heures par semaine.

En quoi consistait ce projet ?

L’essentiel de ce projet consistait à tenter de provoquer une étincelle chez ces jeunes désœuvrés. Pour ce faire, j’ai invité une vingtaine d’artistes professionnels dans diverses disciplines que ce soit le théâtre, l’écriture, la musique, la sculpture, la peinture, la danse, la photographie, la vidéographie, le cinéma et même un chef de chœur et un chef d’orchestre à présenter leur passion à ces jeunes. Il fallait leur démontrer à quel point ce qui nous anime nous rend vivant. Tous ces jeunes ont participé à de nombreux ateliers de développement personnel, des ateliers créatifs de groupe. Je leur ai personnellement montré comment créer un plan d’affaires sommaire incluant un positionnement personnel, un slogan, un dépliant, une carte d’affaires.

En dehors de ce projet de la réinsertion par les arts, avez-vous une autre expérience à évoquer ?

Au niveau corporatif, grâce à mon entreprise Phoenix3 alliance, j’ai également accompagné de nombreux entrepreneurs dans leur développement commercial dans divers secteurs d’activités : tourisme, santé, agroalimentaire, culture, sport. J’ai présenté de nombreux dossiers aux Grands prix du tourisme des Laurentides et obtenu 13 grands prix dont deux au national. Aussi, le Grand prix de la culture en 2000 pour le Festival des jeunes musiciens. J’ai conçu également un programme-pilote « Art et affaires » pour le Conseil de la culture des Laurentides soutenu par les Partenaires du marché du travail (Emploi Québec).

« Dernièrement, je faisais mes courses et l’emballeur à la caisse m’interpella. Comment allez-vous madame Pipar ? Interloquée, je le regardai en lui répondant : « Vous me connaissez ? » Il me répondit avec un large sourire : « Tout le monde devrait connaître madame Pipar ! » Soudain, je me souvins du grand gaillard qui participait à Horizons artistiques et qui voulait absolument faire des bijoux avec des micros pièces de vieux ordinateurs »

Les gens vous font-ils confiance sans hésiter ?

En général, les gens me font assez rapidement confiance. J’ai une bonne capacité d’écoute et d’empathie. J’agis souvent comme une « mère », ce qui n’est pas toujours l’idéal pour un coach d’affaires. Ce qui est particulier, chez moi, est le fait que lorsque j’ai réalisé un diagnostic d’entreprise doublé d’un plan de commercialisation, je suis tellement convaincante que les clients m’ont souvent confié la réalisation de mes propres plans. Je les ai donc accompagnés durant 2 à 4 ans. Une des raisons qui m’a poussée à cesser ces activités est que j’étais un peu trop imprégnée des enjeux des entreprises que je « portais » littéralement à bout de bras. Expérience exaltante mais quelque peu éreintante.

Pensez-vous que l’écriture est avant tout un acte de liberté ?

Pour moi, l’écriture est certes un acte de liberté, mais elle est surtout la voix de l’inconscient qui se manifeste, celle du corps et du cœur, celle qui veut communiquer à sa manière. Une sorte d’écho de l’expression humaine brute en ce qu’elle a de pur, d’authentique, d’essentiel.

Quel est votre rapport à l’écrit ?

En ce qui me concerne, l’écrit m’est devenu vital. C’est ma voix, c’est mon feu, c’est ma vie. Pire, c’est ma seule raison d’exister. J’ai longtemps craint la parabole des talents. Elle me hante encore… « Qu’as-tu fait de tes talents ? » Souvent, je pense à la mort en me demandant si j’ai fait fructifier les talents reçus. Sans prétention, la bonne fée m’en a affublé de quelques-uns. De plus, ma curiosité naturelle m’entraine à me disperser. Je n’évoquerai même pas en détail l’ampleur de mes activités professionnelles qui me poussent dans l’idéation, la création, l’organisation, les communications… qui me tiennent très occupée. Entre le théâtre, la danse, le dessin, la couture, la cuisine, premières amours que j’adorais, j’adore et j’adorerai… il me reste, l’écrit, outil qui, à lui seul, peut exprimer toutes ces envies à peine comblées. L’écrit est donc devenu un devoir, dans le sens non contraignant de l’acte. Au plus, je lui laisse le champ libre, au plus il se déverse tel un torrent me confirmant que « quelqu’un écrit » … il y a tant à dire. J’écris intuitivement. Je ressens le flot qui se manifeste à travers ma plume singulière. Ce devoir est donc de le servir pour qu’il puisse susciter chez celui qui lit, l’envie, l’élan vers soi, peu importe son médium d’expression. Oser ce qui nous fait vibrer, il n’y a rien d’autre ici-bas. Car si je rayonne de joie, j’éclairerai l’autre qui me le rendra.

Vous êtes Poète… Quel rapport la poésie entretient-elle avec le monde ?

La poésie se fait l’extension impulsive, intuitive, de tout ce qui m’habite. Que ce soit une émotion, une impression, une rencontre, un fait divers. Les mots jaillissent naturellement avec une fluidité déconcertante qui m’a souvent portée à croire que « ce » n’étaient que bribes imparfaites de souffles qui me traversaient. Une sorte d’exutoire simplet. Cependant, à les relire, je dois bien me rendre à l’évidence que ces mots n’ont rien d’anodin. Ils reflètent l’instant vécu, sorte d’instantané photographique de ce que je vis. Ils me renvoient à ces souvenirs, ces réflexions qui m’interpellaient comme un album photos dans lesquels on revit les moments de notre existence. Un songe, un constat, un témoignage, une revendication, une plainte… dans une approche humaniste. La vie, l’amour, la mort, la vieillesse, la douleur, la trahison, la joie, les amis, la nature … Le sujet de l’humain est déjà assez vaste pour que je me perde dans des conjonctures sociales ou politiques qui me désarment. Par contre, certains poètes excellent à dessiner des images parfois virulentes, parfois hautement philosophiques et aussi étrangement censées sur leur vision du monde. En ce sens, la poésie est essentielle.

Quels sont les thèmes de vos recueils ?

Un thème, cependant, est récurrent chez moi. L’écrit ou, comme dirait un de mes amis : le cri. En effet, l’écrit a longtemps été cette voix qui revendiquait sa place dans ma vie. Il piaffait… attendant dans l’antichambre de ma vie. De nombreux poèmes en témoignent. D’ailleurs, « Désir d’écrire », mon premier essai intimiste, est l’accouchement de l’écrit. C’est Lui, l’écrit qui me parle. Voulant comprendre pourquoi je procrastinais, je lui ai laissé sa voix. Je lui ai répondu. Je sens que, bientôt, il prendra la place qui lui revient.

Pensez-vous que l’espérance est un ingrédient nécessaire pour sortir des misères que nous impose, quelques fois, la vie ?

L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon. En 2010, le vide existentiel s’étant fait omniprésent, ayant réalisé beaucoup de mes rêves, je décidai de suivre le programme « Sens et projet de vie » destiné, initialement aux gens désireux de « re-traiter » leur vie, de préparer leur retraite et de trouver un nouveau sens à leur existence. Outre les merveilleuses lectures, les rencontres avec un groupe de 20 personnes avec lesquelles j’ai cheminé durant deux ans et demi, j’ai appris que le sens de la Vie est celui qu’on lui donne. Ouf. Quelle responsabilité ! Quelle soudaine liberté. Impossible, dès lors, de se cacher. Pour ce faire, il est vital de bien ou enfin, de mieux se connaître, d’identifier nos valeurs, nos passions et de nous y dédier.

Comment un adulte traumatisé par ses parents, durant toute son enfance, peut-il s’en sortir ?

Chacun d’entre nous porte ses propres blessures qui génèrent un lot de souffrances. Même si le traumatisme d’un enfant battu ou violé peut sembler pire qu’un enfant incompris de ses parents, il n’en reste pas moins que la souffrance, elle, est à son paroxysme pour chacun de nous. Je crois sincèrement que l’on peut apprendre à mieux vivre. Personnellement, je suis en quête existentielle depuis l’âge de 15 ans. Sans doute un désir de comprendre et de dépasser les sentiments de mal-être m’ont motivée à rester cette chercheuse de l’infini.

Le risque de replonger dans l’angoisse existentielle semble toujours présent…

C’est un chemin difficile. Se remettre en question me semble essentiel, toujours dans le but d’arriver à être de plus en plus en cohérence avec ce qui nous anime. Parfois, il faut des années pour comprendre les décisions prises à notre détriment. Pourtant, toutes, elles nous servent de terrain d’apprentissage vers soi. En même temps, comme on peut lire dans L’Ecclésiaste ou le désir infini de trouver un sens à la vie … «Va, mange ton pain… vis, simplement. » Pourquoi l’être humain est-il si torturé ? Sans doute cette cassure avec la divinité en nous, cette mémoire d’un au-delà plus grand que nous et duquel nous avons été amputés pour vivre l’expérience terrestre dans ce terrain de jeu qui nous offre des leçons de vie.

À ceux qui demeurent pessimistes dans la vie, que leur conseillez-vous ?

J’ai lu beaucoup de théories au sujet des gens naturellement optimistes et ceux dont le tempérament penche souvent vers le négativisme. On pourrait donc avoir tendance à être défaitiste en se disant que notre ADN est blanc ou noir et que nous n’avons aucun pouvoir sur notre personnalité. Je crois qu’il s’agit, avant tout, d’apprendre à être conscient de nos pensées, d’identifier les sources négatives, de muscler notre façon de penser et surtout de s’entourer de gens positifs ou du moins de tenter d’éviter les autres. L’être humain a tendance au mimétisme et s’il n’est pas vigilant, il peut facilement tomber dangereusement dans des habitudes néfastes. Sans verser dans l’attitude « rose » de certaines personnes qui prétendent ne jamais vivre de problème, il est possible de relativiser et lorsqu’on apprend la gratitude, l’habileté à reconnaître les petits instants de bonheur de chaque jour, on développe un espace plus grand pour la joie. Un des exercices que je faisais avec mes enfants était d’identifier toutes les choses positives de la vie et les négatives aussi. On est alors surpris du nombre de bons éléments que nous pouvons trouver au quotidien. Au plus on remplit son cœur de points positifs et de lumière, au moins il reste d’espace pour le sombre.

Quel est votre philosophe de cœur ? Pourquoi ?

Philosophie de cœur ? Quel programme ! Existe-t-il une philosophie du cœur ? Tout ce que je puis en dire c’est que j’ai découvert, justement lors du séminaire « Découvrir sa mission » animé par Thérèse Landry, élève de Jean Montbourquette, que j’étais une femme de cœur. C’est du moins ce qu’elle m’a dit. J’en suis restée totalement surprise. Il est vrai que j’ai toujours beaucoup d’attention pour les amis, la famille, sans doute parce que j’aimerais qu’on m’en accorde autant moi qui en ai tellement manqué. Aujourd’hui, je donne sans attente, juste pour le plaisir de faire plaisir. Mais le cœur est bien autre chose que le simple fait d’offrir quoi que ce soit. Le cœur est le pouls de l’être humain. Il devrait être au centre de nos décisions. Malheureusement, on, je, le relègue encore bien trop souvent au second rang au profit du mental qui, effrayé, s’emballe et prend le contrôle de la zone de confort, même inconfortable.

Bachelard écrit: « Au commencement est la relation», Que vous inspire cette phrase ?

J’ai lu un merveilleux livre « Le courage de créer[1] » qui parle de rencontre avec soi. Rencontre avec ce qui naît de soi et que l’on accueille. Sorte de découverte. Un peu comme lorsque j’écris et que je lis cette autre moi qui existe aussi. J’ai lu Bachelard mais je ne me souviens pas de cette expression chez lui. Par contre, l’« instant », chez lui, évoque pour moi l’attention à l’essentiel, le vital… Il y a la rencontre avec soi, en toute lucidité et toute empathie pour la personne qu’on découvre en soi, pas nécessairement l’idéal que nous nous plaisons à tenter d’atteindre et qui, souvent, est la cause de souffrances, de déceptions. La rencontre avec soi est importante. L’écoute profonde, l’alignement avec nos valeurs. La rencontre avec l’autre est essentielle. En lui accordant une place attentive, nous le faisons exister. Nous apprenons[2]. C’est notre écho, notre miroir, celui qui nous renvoie notre image humaine. Nous n’existons que dans le regard de l’autre. Double perception, à la fois intimiste en ce qui a trait à la capacité de nous voir et à celle d’être avec l’autre.

C’est le mois de la femme : Quel est votre REGARD sur la femme du XXIe siècle ?

Plutôt mitigée cette position de femme. Ne devrions-nous pas parler des Amazones ? Ce que je vois est surtout cette fébrilité d’avoir envahi les bancs des universités, de s’être taillée une place dans pratiquement toutes les sphères de la société et pourtant d’être encore le sujet de groupes de féministes. Je compatis avec elle. Combien immenses, voire inhumaines, sont les tâches qu’elle s’est imposée pour revendiquer son statut d’égale à l’homme. Ce faisant, elle n’a fait qu’accumuler la lourdeur de sa vie car elle n’a pu évacuer son talent naturel maternel, fut-elle maman ou non, ses capacités d’empathie, d’organisatrice, de gestionnaire. Tout cela doublé d’une volonté farouche de se conformer aux standards physiques, de rester belle et désirable, séductrice… se laissant quand même, malgré tous ces talents, supplanter par certains mâles en quête de beauté juvénile, soucieux de ne pas vieillir aux côtés d’une femme de leur âge.

Je recommande la lecture « La gloire d’une femme » de Marianne Williamson. Un bijou que l’on ne trouve pratiquement plus en librairie. Je l’ai offert à bien des femmes.

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[1] Rollo May, Le courage de créer, Marcel Broquet-la nouvelle édition, 2010

[2] Lire à ce sujet Le bonheur d’être soi… selon Sœur Angèle , Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2014.

 

Visiter le Site de Rosette Pipar: http://www.rosettepipar.com

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Charline Effah: Le féminisme est un humanisme

7 Mars 2017, 19:29pm

Publié par Nathasha Pemba

Écrivaine, Artiste, Entrepreneure, Éducatrice et Féministe, Charline Effah est titulaire d'un Doctorat en Littérature de l'Université Charles de Gaulle de Lille. Nous l'avons rencontrée dans le cadre du mois de la femme pour notre rubrique "Les femmes inspirantes".

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J’ai lu N’Être. Je vous ai aperçu quelques fois sur Facebook, assez discrètement, avec des photos de votre mère ou de deux petites filles (votre fille et votre nièce). Vous parlez aussi de votre grand-mère dans une interview. C’est donc par-là que je voudrais commencer notre causerie : La famille ?  Quelle place la famille occupe-t-elle dans votre vie ? Quelle idée vous faites-vous d’une famille normale ?  Quels souvenirs gardez-vous de votre famille ?

J’ai grandi au sein d’une grande famille dans laquelle plusieurs générations cohabitent depuis toujours.  J’ai eu la joie d’être élevée par ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. La population de ma famille est majoritairement féminine, ce qui fait que de façon naturelle, la femme est une figure imposante et un tantinet autoritaire. Et les hommes (c’est assez drôle) se sont presque éclipsés pour laisser la scène et même une grande  partie du pouvoir aux femmes de ma famille. Ils se sont mis en retrait sans s’exclure de la gestion des choses familiales. Bien que leur implication soit plus discrète, les hommes sont toujours sollicités pour les grandes questions, notamment pour trancher sur des sujets sérieux comme le mariage. Mes souvenirs sont ceux d’une famille heureuse, soudée, parfois traversée par des orages mais qui en ressortait plus forte et plus unie. Et pour moi, une famille normale c’est celle qui sait garder son socle malgré les différences et les individualités qui la composent.

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Si j’étais un homme, j’épouserais une femme Gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre

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Charline Effah, vous êtes Féministe, Écrivaine, Éducatrice, Entrepreneure, Mère de famille… Comment arrivez-vous à concilier tous ces costumes ?

Je ne me pose pas la question de la conciliation de tous ces costumes. Et d’ailleurs, je n’aime pas trop le terme de costume car il m’évoque l’image d’un comédien qui jouerait plusieurs rôles  sur une même scène. Ces attributs font partie de moi et c’est à travers eux que je trouve mon équilibre. Il ne s’agit pas de rôles que je joue. C’est tout simplement moi.

Quel est votre style Charline ? Femme talon aiguille, petite jupe ou femme ballerine jeans ou les deux… Ou un peu de tout ?

Je suis plutôt ballerine jeans.

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Quand l’art triche, il ne touche pas

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N’Être est un roman puissant. Il dit tout à fait le contraire de son format. Il me fait penser à ces livres de petit format qui, bien souvent ne le sont pas, parce que simplement grand par leur contenu. Je pense à L’Existentialisme est un humanisme de Sartre ou encore au Contrat social  de Rousseau. Ce sont des livres d’éternité. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a inspiré ce souffle de liberté existentielle que l’on rencontre entre les lignes de N’Être ?

J’ai une âme d’artiste. Je chante, j’écris, j’ai commencé récemment à prendre des cours de guitare. Et ma sensibilité artistique m’a enseigné une chose : quand l’art triche, il ne touche pas. Et pour moi, la meilleure façon d’être authentique en écrivant, c’est de prendre toujours un peu de moi pour parler des histoires de tout le monde. J’ai écouté ma musique intérieure pour écrire N’être. J’ai cherché la corde sensible dans ma vie personnelle qui serait un élément déclencheur autour duquel j’allais écrire le roman par la suite.

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Je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme

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Charline Effah, militante féministe… J’ai été un peu surprise de le lire l’autre jour sur votre page. Quelle est votre définition du féminisme ? Et qu’entendez-vous par féminisme militant ? Pour quoi militez-vous donc ? (Pour reprendre la question)

Le Larousse définit le Féminisme comme  un « mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».

C’est une définition on ne peut plus claire et à laquelle j’adhère complètement. Les choses vues ainsi, je dirai que « Le féminisme est un humanisme »

Nous sommes nombreux, hommes et femmes, à nous insurger contre les violences faites aux femmes, contre les violations de leurs droits, contre les mariages précoces des jeunes filles… Rien que pour ça, si on part de la définition du Larousse, c’est que nous sommes tous féministes. Là où les choses se gâtent, c’est quand on oublie l’essence première d’une pensée et qu’on s’arrête sur les manifestations azimutées des brûleuses de soutiens-gorge ou des apologistes de la castration. Ce militantisme extrême fait que les vraies questions sont passées sous silence. Et moi, je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme.

 Votre rapport au masculin…

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai grandi dans une famille où les femmes ont toujours été en surnombre. Cela n’a pas influencé mon rapport au masculin, bien au contraire, car j’ai compris très jeune que tant que les rôles sont définis, il n’y a aucune raison que la cohabitation se passe mal. Je sais être à ma place de femme. Je ne revendique pas de porter la culotte, ça m’est égale.  J’exige juste le respect  de mes droits et de ma personne. Je pense que ce sont des aspirations universelles.

Vos compatriotes gabonais vous estiment beaucoup en tant qu’auteure et femme engagée. Que pensez-vous du statut de la femme en général et de la femme gabonaise en particulier ? Quel effet cela vous fait-il d’être reconnue et estimée par vos pairs ?

Si j’étais un homme, j’épouserais une femme gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre. Elle a vite acquis son indépendance financière et elle s’affirme sans tapages. Sa posture actuelle est à l’image de nombreuses femmes dans le monde même si dans plusieurs pays, il y a encore du travail à faire au niveau de l’accès à l’éducation pour les jeunes filles.

La famille littéraire gabonaise est assez soudée. C’est une chose que j’apprécie énormément et je pense que, vu la jeunesse de notre littérature, l’une de nos forces réside dans cette fraternité que nous avons intérêt à entretenir.

Je vous définis comme Entrepreneure, mais je vois en vous une éducatrice aussi. J’imagine que si le seul souci était le lucre, vous auriez pu vous lancer dans autre chose, comme ouvrir une boutique par exemple. Cependant vous avez choisi d’œuvrer dans le domaine éducatif et social, d’aider en quelque sorte les jeunes mais aussi les femmes plus âgées à donner un sens à leur vie.

C’est joliment me définir en me voyant comme une éducatrice. J’ai travaillé dans un Institut de formation qui accueillait majoritairement des femmes issues de l’immigration. Vous savez, sur les terres hexagonales, il y a comme un parcours professionnel de l’immigré qui est tout tracé. On sait dans quels genres de métiers on veut retrouver les mêmes personnes sans se demander si elles ont des rêves, sans écouter leurs histoires personnelles.

Quand avez-vous ressenti le besoin de rajouter cette corde à votre arc ?

Je me souviens d’une femme d’origine algérienne qui était Kinésithérapeute dans son pays et, en arrivant en France, elle a multiplié les petits boulots pour vivre pendant des années. Elle était touchée dans son amour-propre, elle a pleuré devant moi, elle m’a dit : Charline, j’avais un cabinet de Kinésithérapeute à Alger. J’avais des salariés, deux associés et je gagnais bien ma vie. Aujourd’hui, je suis réduite à faire du baby-sitting. J’aimerais faire autre chose car j’ai honte de ce que je suis devenue ». Elle m’a demandé de l’aider à sortir de cette situation professionnelle peu épanouissante pour elle. D’autres témoignages de ce genre se sont ajoutés. Entre temps, j’ai démissionné de l’Institut de formation en question, car je voulais me consacrer à l’écriture de mon prochain roman. Mais cette femme m’a recontactée pour me demander si j’étais prête à l’accompagner dans son projet d’évolution professionnelle. J'ai, bien entendu, accepté de la revoir et ensemble nous avons travaillé pour la validation de ses acquis. Et comme les résultats étaient positifs et motivants pour elle, elle en a parlé à deux autres de ses amies, qui ensuite en ont parlé à d’autres. Je suis passée de cinq à deux cents demandes.

Pouvez-vous nous parler de l’Institut Diadème ? De ce qu’on y réalise ? De vos joies, de votre manière, à vous, de mettre en confiance les personnes qui viennent vous rencontrer…

Face à cette floraison de demandes, il était donc urgent que je donne un cadre légal à cette activité. J’ai donc créé l’institut Diadème. Pour mettre ces personnes en confiance, je vais comprendre leur histoire personnelle, leur parcours et surtout leurs rêves et ambitions. Je leur explique ce qui est réalisable à moyen et à long terme.  Ce qu’il faut, c’est être honnête, ne pas leur vendre des chimères, car certaines sont déjà assez désillusionnées. Il ne faut pas non plus les mettre dans des cases.

La vision de l’Institut... (Dans l’espace et dans le temps).

La vision de l’institut Diadème est de les accompagner sur plusieurs années de sorte de travailler par étape leurs projets.

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Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

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Dans le contexte de votre engagement, peut-on parler d’entreprenariat social ?

Je pense que oui.

Dans sa note sur votre roman, Alain Mabanckou a parlé de Mariama Bâ. Je n’ai pas encore lu toutes vos œuvres, mais je ne douterais point de la virilité féminine visible et tantôt invisible qu’il y a en vous. Alors, quelles sont les cinq femmes qui vous ont le plus influencée, en dehors des membres de votre famille ? En quoi vous ont-elles influencée ?

Elles sont nombreuses les femmes qui m’ont influencée et les femmes qui m’influencent encore. Mais dans un cadre strictement littéraire, il y a Ananda Devi que je recommande à toute jeune femme écrivaine de lire au même titre que Mariama Bâ, car ce serait vraiment passer à côté d’un monument littéraire. Ananda Devi est de ces auteurs qui ont un univers.  Calixthe Beyala. Elle a un style vif, vivant, saisissant en parfait accord avec sa personnalité. Honorine NGou, écrivaine gabonaise. Elle a été mon enseignante à la Faculté des Lettres modernes de Libreville. Elle écrit de bons textes. Même si elle n’est pas très connue en France, au Gabon elle jouit d’une estime et d’une notoriété indéniables.

Où situez-vous votre féminité ? Qu’entendez-vous par féministe assumée?

Féministe assumée, car à l’heure des débordements et des polémiques autour de cette question, quelques voix se taisent, de peur d’être taxée de "tête en l’air" de "femme frustrée" et de bien d’autres attributs qui dévoilent les interférences au sein de la cause féministe.

Aujourd’hui, pour demain, que vous suggère votre engagement féministe ?

J’espère avoir assez d’énergie et de temps pour monter une association qui aiderait à favoriser la scolarisation des jeunes filles en Afrique.

Pour le mot de la fin, je vous suggère de dire en quelques mots à nos lectrices et lecteurs, le lien que vous faites entre féminisme et liberté : Jusqu’où le féminisme ?

Féminisme et liberté pour évoquer le combat des suffragettes qui obtinrent le droit de vote pour les femmes en 1918. Féminisme et liberté pour évoquer qu’il y a seulement cinquante ans que les femmes eurent l’autorisation de travailler sans accord de leurs maris.  Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

 

Charline Effah et Nathasha Pemba

 

Institut Diadème:  http://www.institutdiademe.com/

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