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Le Sanctuaire de la Culture

Articles avec #le sanctuaire de la femme

Carmen Toudonou : Nous devons travailler à la qualité

7 Octobre 2020, 14:22pm

Publié par Nathasha Pemba

Qui êtes-vous Carmen Toudonou ?

Bonjour. Je suis journaliste de formation, j’ai travaillé dans tous les genres de médias mais je me définis principalement comme journaliste de radiodiffusion. Je suis employée de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB) comme rédactrice principale mais je suis actuellement en détachement à l’Institut Parlementaire du Bénin. Doctorante en communication et linguistique, je suis éditrice, bloggeuse littéraire et auteure de plusieurs œuvres.

 

Nos investigations sur votre cursus académique et votre riche CV nous ont permis de découvrir que vous êtes titulaire d'un Bac C et que vous avez entre-temps fait vos classes en sciences techniques. Comment passe-t-on du monde des geeks et des matheux pour se retrouver journaliste, bloggeuse littéraire, écrivaine prolixe et chargée de communication au parlement béninois?

(Rires). Chez moi, le passage s’est effectué tout naturellement parce que, d’une part, j’ai toujours aimé le monde structuré et cartésien des chiffres, et en même temps, j’ai très vite eu envie de devenir journaliste. Sans doute parce que je me suis très tôt passionnée pour la lecture. Et puis, il y avait des journalistes de télévision du Bénin et d’ailleurs qui m’ont donné envie d’embrasser cette carrière. C’est donc vous dire que, dès le départ, c’est la présentation télévisuelle qui m’attirait. Puisque je n’évoquais que le sujet, ma mère a fini par céder et me payer des études en journalisme, alors que j’avais fini des études de gestion d’entreprise, et que je travaillais dans la communication. C’est au contact de la profession que la passion de la radio m’est venue, et elle ne m’a plus jamais quittée. C’est vous dire qu’il m’arrive des périodes entières où je suis en manque du micro, mais réellement, comme une droguée…

 

Quand avez-vous commencé à écrire ?

J’ai commencé à écrire vers l’âge de 17 ans. J’ai commencé par des poèmes, puis j’ai écrit des nouvelles, avant de démarrer la rédaction de mon premier roman. Mon parcours est, il est vrai, atypique, mais il montre surtout que c’est ma passion pour tout ce qui concerne l’écriture qui a eu le dernier mot – enfin, pour l’instant…

 

Vous faites votre entrée dans l'arène littéraire béninoise en 2014 avec votre premier roman « Presque une vie», roman dont la trame se construit autour de la personne d'une jeune fille qui brave l’autorité parentale et exigences religieuses pour vivre son amour et voler vers sa propre réalisation. Quel message avez-vous voulu véhiculer à travers le rôle du personnage principal ?

Le roman est inspiré d’une histoire réelle, celle d’une jeune fille dont les brillantes études secondaires ont été stoppées par son enrôlement dans un couvent Vodou. Mon idée, en rédigeant ce roman, c’est de conduire une plaidoirie pour qu’un point de convergence soit trouvé entre la nécessité de scolariser les enfants, surtout les petites filles, et nos traditions magnifiques. Le roman est aussi une carte postale de notre pays si beau. J’aborde, outre la problématique de l’éducation des fillettes, de nombreuses autres thématiques qui nous touchent tous : mariage forcé, condition féminine, gestion de la stérilité dans le couple, crise énergétique, etc.

 

De Presque une vie à CFA, en passant par Noire Vénus, la plupart de vos textes mettent en vedette la femme, sa condition, ses défis, ses victoires etc... Coïncidence, simple choix scriptural ou volonté affichée de mener le combat pour la femme ?

Je crois que c’est fatal : en tant que femme, lorsque nous prenons la plume, nous avons une approche assez sensible des problèmes qui se posent à tous, et qui touchent en général les femmes de façon plus cruciale. Mais je n’écris pas qu’au sujet des femmes ! Je suis sensible à tout ce qui touche à l’humanité. De ce point de vue, mon approche, je l’espère en tous cas, ne saurait être limitée à un combat pour la femme. Je me laisse attendrir par toutes les situations menaçant la dignité de l’humain. Et si cet humain, c’est une femme, eh bien, elle m’émeut d’autant plus, par la sororité qui nous lie de fait.

 

Quel avis avez-vous du féminisme et des mouvements de revendication pour l'émancipation de la femme qui se multiplient de nos jours ?

Je pense que si "féministe" veut dire "engagé pour les droits des femmes", alors toutes les personnes sensées devraient l’être. C’est exprès que je n’ai pas mis "engagée". Je ne pense en effet pas qu’il devrait y avoir, d’un côté, des femmes luttant pour leurs droits, et de l’autre, des hommes au mieux des cas apathiques, au pire, railleurs. Je suis persuadée que tous autant que nous sommes, nous avons, qui une sœur, qui une fille, qui une mère, qui une cousine, et il n’est pas acceptable de tolérer les entorses aux droits auxquelles les filles et les femmes sont quotidiennement confrontées dans nos sociétés. C’est de l’ordre du simple bon sens.

Je n’ai jamais milité dans une organisation féministe, mais à ma manière, je prends ma part de la lutte en donnant à la petite fille le livre, pour paraphraser Hugo…

 

L'amour colonise les pages de la grande majorité de vos livres. Vous semblez affectionner cette thématique inépuisable, comme beaucoup d'autres écrivains d'ailleurs. Ne peut-on vraiment pas écrire aujourd'hui sans passer par la case Amour ?

Ah mais que serait le monde sans un peu d’amour ? Je ne pense pas que l’amour puisse être absent de quelque œuvre humaine que ce soit. Il faut déjà beaucoup d’amour pour créer, et tous autant que nous sommes, nous aimons quelques personnes. Pas forcément au sens de l’amour « éros ». Nous aimons forcément, nous sommes d’ailleurs fruits de l’amour. Donc ma réponse, ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais, personne ne pourrait prétendre créer des œuvres autres que d’amour. Parce que, même la haine, n’est que le versant sombre de l’amour, c’est juste de l’amour vicié. Haïr une personne, c’est ne pas lui être indifférent…

 

Polyvalente et à l'aise dans plusieurs genres littéraires, on vous doit aussi un essai portant sur les grades dans l'armée. Vous préparez par ailleurs une thèse de doctorat qui s'intéresse au même sujet. Quelle est selon vous l'utilité d'un tel travail ?

J’ai énormément travaillé avec les militaires dans le cadre de mes émissions de journaliste. C’est un univers qui me passionne, et je crois que beaucoup ignorent trop de choses au sujet des militaires. C’est pour cela que j’ai choisi de m’intéresser, d’abord à l’Armée de Terre béninoise, puis à l’ensemble des Forces Armées Béninoises pour mes travaux. Mes recherches portent sur les grades, et les galons qui les symbolisent. Elles visent à décrire et analyser cette symbolique militaire pour en comprendre les ressorts, comprendre les représentations que les militaires se font d’eux-mêmes, et ce qui explique une certaine perception stéréotypée de ce monde. Il ressort de mes travaux que la plupart des symboles militaires sont hérités de la France, nation colonisatrice du Bénin, alors que notre pays est riche d’un passé militaire pré-colonial intéressant qu’il serait à propos de valoriser dans notre symbolique militaire. En parlant d’histoire militaire, je pense évidemment aux amazones du Danxomè qui font figure de pionnières dans le domaine, je pense à la cavalerie des Baatonu de l’empire du Borgou, pour ne citer ces deux exemples autour desquels j’ai axé mes recherches. C’est en tous cas ce que je propose : intégrer ce riche héritage au patrimoine de nos Forces Armées.

 

Quand on parlait de Carmen Toudonou et de son constant penchant à sublimer la gent féminine, on ne s'y trompait peut-être pas. Le projet Miss Littérature dont vous êtes promotrice nous en donne la preuve. Parlez-nous de la genèse de cette louable initiative.

Nous sommes partis de l’idée qu’il fallait mettre en place un projet pour intéresser les jeunes filles à la lecture, et à l’écriture. Tout est parti de là en 2015, et l’an suivant, nous avons organisé la première édition du concours. Nous essayons, à travers Miss Littérature, d’encourager les jeunes filles qui lisent, de leur offrir le maximum d’ouvrages, de les entraîner au compte rendu de lecture, et de leur offrir des ateliers d’écriture. Nous avons voulu d’abord un concours national et annuel. Les deux premières éditions ont donc eu lieu en 2016 et 2017. Ensuite, nous avons évolué et ainsi, Miss Littérature est devenu un concours panafricain et biennal. L’année paire, nous conduisons les sélections nationales, et l’année impaire, nous organisons la finale panafricaine. Pour cette version du projet, nous étions au Togo, au Niger, en Côte d’Ivoire et au Bénin en 2018-2019. La Miss sous-régionale en exercice, élue à Cotonou l’an dernier est ivoirienne. Nous avons lancé la biennale 2020-2021, et les sélections nationales sont actuellement en cours, sachant que la situation sanitaire a légèrement remis les agendas en cause. Nous visons _c’est prétentieux de le dire, mais je le dis_ à former la relève littéraire féminine africaine.

 

Comment Miss Littérature se porte-t-il ? Quelles sont vos raisons d'en être fière aujourd'hui ?

Le concours ne s’est autant jamais bien porté. Ma fierté est que nous avons pu, avec des moyens personnels, conduire un tel projet à un niveau où, aujourd’hui, ce sont les pays qui le réclament, non seulement en Afrique, mais dans le monde. Nous aurions pu, par exemple, pour cette biennale, intégrer de nouveaux pays comme la Guinée Bissau, le Sénégal, la France, la Belgique et Haïti. Malheureusement, faute d’un accompagnement, nous nous sommes bridés pour nous limiter à six pays : nous avons ajouté le Tchad et le Cameroun. Nous avons bon espoir de pouvoir obtenir les soutiens nécessaires pour développer comme il se doit, ce projet qui fascine hors du Bénin.

 

Décidément bien versée dans tout ce qui touche au livre, vous vous illustrez aussi dans le monde éditorial, à travers votre jeune maison d'édition Vénus d'Ebène. Parlez-nous-en.

Vénus d’Ébène est née en 2015 et propose cinq collections aux auteurs du Bénin et d’ailleurs. Il s’agit de la Collection Horizons pour les nouvelles, la Collection Oniris pour le roman, la collection Prométhée pour la poésie, la Collection Actés pour le théâtre et la Collection Esquisses pour les essais. Nous sommes donc spécialisés dans la littérature générale. Notre ligne éditoriale est de publier des œuvres de création littéraire, des essais littéraires et des ouvrages de sciences humaines, peu importe leur provenance géographique. Nous ne publions pas d’écrit à caractère sectariste, raciste ou xénophobe. Nous avons vocation à créer le plus grand vivier d’écrivains de la nouvelle génération, aussi bien au Bénin qu’ailleurs en Afrique et partout dans le monde. Nous sommes très regardants sur la qualité des ouvrages que nous publions, aussi bien dans la forme que dans le fond. C’est ce qui, de mon point de vue, fait l’originalité de Vénus d’Ébène Éditions.

 

Éditer et se faire éditer peuvent se révéler être un véritable parcours de combattant pour beaucoup de nos jours, surtout dans un Bénin et une Afrique où le livre ne coule pas forcément des jours heureux. Vous qui êtes du domaine, quels sont à votre avis les défis du monde éditorial aujourd'hui ? Comment arrivez-vous à y faire face ?

Les défis sont liés surtout à la professionnalisation de la chaîne du livre. J’ai la chance d’être entourée d’une équipe de professionnels formés chacun dans son domaine. Malheureusement, peu de maisons d’édition ont cette chance. L’autre défi est lié au fait que beaucoup n’ont pas compris que le livre est avant tout un produit commercial. Il faudra l’intégrer, et travailler pour rendre le produit « livre » attractif, de par sa présentation et son contenu. De par le marketing développé autour aussi.

 

Comment faites-vous pour joindre occupations professionnelles, écriture, travaux éditoriaux et tâches quotidiennes sans perdre l'inlassable sourire qu'on vous connaît ?

(Rires). Je crois que ma chance est que, toutes les tâches que j’exécute, je les entreprends par passion. N’étant pas une personne particulièrement organisée (je n’ose pas dire ici que je suis carrément bordélique !), j’ai la chance de m’en sortir jusque là, et, je vais vous faire une confidence : je ne sais pas comment il se fait que cela marche. (Rires).

 

"Tant de gens espèrent être aimés et beaucoup ne sont que mariés". C'est le long et curieux titre que porte votre dernier né, un roman. Vous y résolvez la délicate problématique du mariage. Pour vous, cet acte érigé dans nos sociétés en critère, unité de mesure, signe manifeste de réalisation de soi et de crédibilité, n’est qu'apparat et en viendrait même parfois à compromettre le bien-être personnel. Est-ce bien cela ou nous sommes-nous égaré dans notre analyse ?

Non, vous avez à peu près cerné la problématique. Sauf que ma réflexion va au-delà du diagnostic pour envisager des possibilités de solutions. Le constat est celui-ci : peu de gens se marient pour les bonnes raisons. Du coup, il n’y a pas de raisons que ces types d’unions ne périclitent pas très vite. Toutefois, en général, dans les couples, les problèmes qui se posent ne sont pas insurmontables, mais encore faudrait-il que les gens forment réellement une entité, et qu’ils ne se la jouent pas « solo » comme on dit. Ceci dit, il se trouve qu’il existe des couples heureux. Et heureusement. C’est tant mieux, beaucoup envient ces veinards…

 

On se marie par amour, on ne se marie que quand on s'aime. C'est ce que veut la logique. Peut-on vraiment se marier sans s'aimer ? Quel(s) lien(s) ou nuance (s) établissez-vous entre mariage et amour, ces deux entités qui semblent s'entrechoquer dans votre roman ?

Effectivement, l’amour est une chose, le mariage en est une autre. Il y a des personnes qui s’aiment et qui ne sont pas mariées. Et il y a des gens mariés qui ne s’aiment pas. Je pense que, dans un scénario idéal, on aurait deux individus, un homme et une femme, si amoureux, ne pouvant tellement plus se passer l’un de l’autre, qu’ils décideraient de s’unir dans une alliance pour ne plus avoir à manquer de leur moitié. Ok. Mais ça, c’est la théorie, n’est-ce pas ? Les choses ne se passent pas toujours ainsi, parce qu’il y a d’autres pesanteurs qui jouent. Du coup, pour une raison ou une autre, les gens vont se retrouver dans une relation. Et en général, ils vont aspirer au bonheur, qui passerait par l’amour du conjoint, lequel n’est pas toujours une réalité. C’est ce que je pose comme problématique. Alors, beaucoup vont se contenter de donner le change, comme le couple que je décris dans le roman. Voilà tout.

 

Les premières victimes de l'institution mariage sont incontestablement les femmes, souvent contraintes de troquer leur émancipation contre le confort apparent d'une robe de mariée, contre un anneau aussi brillant qu'encombrant, obligées de vivre dans l'envahissante ombre d'un époux maître et seigneur. La société veut la voir épouse soumise et mère, autrement on lui colle vite fait l'étiquette de catin. La chose est criarde sous les cieux africains où on s'évertue avant tout à inculquer une éducation d'épouse docile à toute enfant qui naît. Le mariage, un tueur silencieux de la femme africaine ?

Hum. Est-ce le mariage qui est le tueur, ou la société, telle qu’elle a été conçue ? Il se trouve que les situations ne se valent pas toutes. Mais votre constat est pertinent dans énormément de cas, hélas. Il est difficile de faire évoluer des mentalités mais il faut y travailler. C’est pourquoi il faut donner le livre aux enfants, filles comme garçons. Et changer globalement notre façon de les éduquer. Leur apprendre, indépendamment de leur sexe, à donner du respect au vis-à-vis, leur inculquer les valeurs du travail, ne pas dresser, d’un côté, des esclaves, et de l’autre des seigneurs dédaigneux, etc. Dans le roman, Stana a résolu un pan de l’équation : pour ne pas perpétuer la misère de sa mère, elle a choisi d’étudier, d’avoir un métier à elle, mais elle comprend aussi que ce faisant, elle n’a accompli que la moitié du chemin…

 

Roman, nouvelle, essai, poésie ; il ne manque plus que le théâtre_ et qui sait si cela ne vient pas bientôt. Vous avez touché à presque tous les genres majeurs de la littérature, et pas que ça. Vous virez aussi du côté de la littérature pour enfants à travers «Le lionceau et le papillon». Comment ce sous-genre littéraire se porte-t-il en Afrique et au Bénin en particulier ?

Ah oui, j’ai effectivement des textes de théâtre inédits… La littérature de jeunesse est le parent pauvre de la littérature en Afrique. Ce constat n’engage que moi. Tout en saluant le travail remarquable des Éditions Ruisseaux d’Afrique, je déplore le faible engagement des écrivains pour ce genre. Vous savez, derrière les livres pour enfants, se développent un certain nombre de philosophies qui façonnent les enfants. C’est un terrain à ne pas laisser inoccupé. Il se fait que la fabrication des ouvrages revient chère, parce qu’il faut beaucoup de couleurs, des matériaux résistants, des dessins, etc. J’en appelle à la volonté politique des dirigeants pour que ce secteur soit subventionné dans nos pays, afin que nos enfants puissent lire des ouvrages qui leur ressemblent, à côté des histoires de Blanche Neige, et autres Petit Chaperon Rouge.

 

Quelle appréciation faites-vous de la littérature béninoise contemporaine?

C’est une littérature dynamique, mais qui gagnerait à s’imposer plus de rigueur, dans la qualité des textes, dans la qualité éditoriale aussi. Je dirais qu’il y a quelques excellents écrivains, un certain nombre qui vise la qualité, puis beaucoup de gens pressés.

 

Quel est, selon vous, le statut de la femme écrivaine en Afrique et au Bénin en particulier ?

Statut ? Je ne suis pas sûre d’avoir compris la question. Moi je trouve que les femmes sont sous-représentées dans le domaine, comme dans beaucoup de domaines d’ailleurs.  Et pour cause : nous avons été longtemps des personnes de l’arrière-cour et de la cuisine, quand les deux ne sont pas confondues. De plus en plus de femmes s’engagent, et ce que j’ai dit pour la littérature béninoise est valable ici : nous devons travailler à la qualité. Déjà, en tant qu’auteure, nous sommes sujettes à un préjugé défavorable. Nous devons donc sans cesse travailler à l’infirmer. Cela peut être lassant de devoir être tout le temps en train de prouver sa légitimité, mais l’artiste, par définition est exigeant dans tout ce qu’il fait. C’est donc de bonne guerre. Comme l’a noté Françoise Giroud, la femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente…

 

Où et comment peut-on se procurer vos ouvrages ?

Mes livres sont disponibles en librairie et au siège de Vénus d’Ébène à Cotonou, y compris ceux que j’ai édité avec d’autres éditeurs.

 

Merci Mme Carmen Toudonou de vous être prêtée à nos questions. Votre mot de la fin.

Je vous remercie de m’avoir invitée et c’est avec plaisir que j’ai partagé ces quelques réflexions. Moi, je n’ai que des idées, et je soupçonne que toute ma vie ne suffira pas à toutes les concrétiser. J’essaie juste de réaliser le maximum, autrement, j’ai tant de concepts que je voudrais bien développer…

 

Interview réalisée par Gilles Gbeto

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L’humanisme n’est pas une question de genre : Kelly Yemdji

16 Juillet 2020, 07:04am

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Kelly YEMDJI. Le Sanctuaire de la Culture est heureux de vous faire découvrir à ses lecteurs. Qui êtes-vous ?

Bonjour à tous les inconditionnels du Sanctuaire de la Culture, c’est un réel plaisir pour moi de m’ouvrir à vous. Alors pour être brève, je dirais simplement que je me nomme Kelly YEMDJI, jeune auteure ayant à son actif un roman : Le secret de mon échec. Je suis activiste en faveur de l’égalité des chances.

 

Vous avez 22 ans et vous êtes non seulement auteure d’un pavé de plus de 300 pages, nous y reviendrons, mais aussi titulaire d’une licence en mathématiques-informatique et bientôt titulaire d’une autre licence en communication. Doit-on y lire une ambition ou un défi ?

(Rires) Je dirais que c’est une combinaison des deux ; la licence en mathématiques-informatique c’est pour me prouver que je peux devenir ce que je veux avec un tout petit peu de volonté et d’effort, et la licence en communication pour réaliser le rêve de ma tendre enfance, celui de devenir journaliste ou communicante.

 

Malgré votre jeune âge, la cause féminine vous passionne et vous préoccupe. Est-ce simplement parce que vous êtes femme ou y a-t-il d’autres raisons qui expliquent votre intérêt pour cette problématique ?

L’humanisme n’est pas une question de genre. On n’a pas besoin d’être d’un sexe particulier pour s’indigner face à une injustice. Je milite pour la cause des femmes parce que j’ai la conviction que le progrès, quel qu’il soit rime avec l’épanouissement de la femme.

 

En tant que féministe et africaine, ne pensez-vous pas que le féminisme africain devrait se réinventer pour mieux s’adapter aux réalités africaines ?

Absolument ! Je crois que nous, féministes africaines devrons tenir compte de notre contexte pour mener des actions efficientes, parce que nos réalités diffèrent de celles des femmes de l’autre côté de la méditerranée. L’excision, le mariage forcé et les vilains rites de veuvage entre autres sont de violents maux qui ne touchent que nous en Afrique si je ne m’abuse. Notre champ d’action est vaste, on a besoin des femmes sur tous les fronts.

 

Vous venez de publier votre premier roman « Le secret de mon échec ». Veuillez nous aider à élucider les mystères qui entourent ce livre au titre bouleversant.

Je crois personnellement que Le secret de mon échec est un livre ordinaire qui raconte la société avec une fixation particulière sur tout le mal qu’elle fait à la gent féminine, parce que je me veux ambassadrice de la femme. J’aime bien ce titre, « ambassadrice de la femme », (rires).

 

Quel est le secret pour écrire un roman aussi volumineux ?

Observer religieusement les différentes fluctuations de la société, reconnaître ses travers, éprouver ses douleurs, écouter ses appels à l’aide et prendre la résolution de voler à son secours. C’était ma recette pour le premier. J’espère qu’elle marchera encore pour mon prochain roman (rires).

 

Vous abordez tellement de thématiques qu’on ne saurait déceler avec précision l’idée principale de l’œuvre. Quelle est selon vous, l’idée générale de ce roman ?

Elle est vraiment difficile à définir, cette idée générale. Néanmoins, je pense, en ce qui me concerne, que le nœud de Le secret de mon échec c’est l’irresponsabilité parentale. La famille étant le socle de la société, on peut lui reprocher tous les maux dont cette dernière souffre.

 

On pourrait dire que vous avez écrit un livre qui a pour cible la jeunesse. Dans cette optique, il plait de vous demander quel est l’impact de la télévision et de l’internet sur la vie sexuelle des jeunes en cette ère des réseaux sociaux ?

L’impact, ce sont toutes les déviances à vau-l’eau que nous observons aujourd’hui. Grossesses précoces, maladies sexuellement transmissibles, dépravation, prostitution, etc. Les parents devraient parler de sexe à leurs enfants avant qu’Internet et la télévision ne les surprennent.

 

Pourquoi n’est-il pas toujours aussi aisé de parler,  en Afrique, de sexualité à la maison, malgré le fait que certains parents soient des intellectuels ?

Je pense que c’est plus une affaire de culture que tout autre chose. L’Africain à la base est très prude ; voilà pourquoi dans nos langues maternelles on use très souvent des métaphores pour parler de sexe. Pour les parents qui n’ont jamais appris à leurs enfants à parler leur langue, comment voulez-vous que la communication se fasse sachant que certains mots en langue n’ont pas d’équivalent en français ? C’est compliqué n’est-ce pas !?

 

Dans votre livre vous abordez la question épineuse des grossesses précoces. Pourquoi les cas sont de plus en plus nombreux malgré les méthodes contraceptives vantées à cor et à cri ? Que préconisez-vous pour venir à bout de cela ?

Pour les grossesses précoces, je n’ai qu’une seule solution à proposer : allons à l’école ! Je ne sais pas quel autre contraceptif je peux recommander à des élèves si ce n’est l’abstinence.

 

On a le sentiment que dans vos écrits les femmes sont les seules victimes. Qu’en est-il du harcèlement des enseignants par des jeunes filles élèves ou étudiantes qui préfèrent se livrer pour passer en classe supérieure ?

Ah non ! J’ai matérialisé à travers mon roman le harcèlement dont sont victimes les enseignants. Maryam, l’un de mes personnages, n’a plus aucun secret pour ceux qui ont lu le livre. Les hommes sont eux aussi victimes de harcèlement et croyez-moi, c’est tout aussi condamnable !

 

Puisque les enseignants de Daphy n’ont commencé à la draguer qu’au moment où elle s’est habillée de manière ostentatoire, pensez-vous cela puisse justifier le harcèlement dont elle a été victime ?

Bien sûr que non ! Ce serait comme justifier le viol à cause de la tenue de la victime. Les femmes ont le droit de bien se mettre et de s’habiller sexy. Les hommes ont le droit de les courtiser s’ils se sentent attirés. Les femmes ont le droit de les envoyer valser. Toutefois, les hommes ont le devoir de respecter cette décision parce que justement le consentement est là où le bât blesse ; mais ça certains hommes peinent à le comprendre.

 

Selon vous, pourquoi est-ce que le mariage ne fait plus rêver de nos jours ? Pourquoi le taux de divorce va grandissant ?

Parce que nous ne savons plus ce que c’est que le mariage, perdus entre tradition et modernité. Le mariage autant que la parole a perdu sa sacralité. Aujourd’hui on se marie pour faire plaisir, pour narguer des prétendus jaloux, pour profiter d’un héritage, pour fuir le célibat, pour voir ce que ça fait d’être marié, etc ; Sauf que même là, on le fait mal parce qu’il n’y a aucun respect de la personne humaine, de la parole donnée, de la dignité de l’autre, … Bref L’Afrique noire est mal partie !

 

Que pensez-vous de ces parents qui choisissent les métiers et les conjoints pour leurs enfants ?

Je pense qu’ils croient faire du bien à leurs enfants. Je préfère utiliser le vocable croire parce que quelquefois les parents croient tout savoir, de ce qui est bien à ce qui ne l’est pas. Quelquefois, ils ne consultent même pas leurs enfants pour savoir ce qu’ils auraient aimé ou pas. Quelquefois, ils font ce qui leur chante, ça marche et ils se glorifient d’avoir toujours la solution à la loterie de la vie. Et ainsi va la vie !

 

Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait pousser un homme à battre sa femme ?

La lâcheté ! Quoi d’autre sinon ? Y a-t-il plus lâche sur cette terre qu’un homme qui lève la main sur la femme qui prend sur elle de lui faire une descendance ? Ma foi non !

 

Vous êtes très critique à l’égard du système éducatif actuel. Que lui reprochez-vous exactement ?

Sa légèreté croissante au jour le jour ! Me croiriez-vous si je vous avouais qu’il y a en classe de première des élèves incapables d’écrire leur propre nom !? C’est triste de voir la médiocrité planétaire dans laquelle le système enrôle la jeunesse.

 

Puisque vous prônez à travers votre livre l’indépendance financière des femmes, ne pensez-vous pas que l’éducation des enfants qui est assurée à plus de 60% par la femme va en prendre un sacré coup ?

Le monde lui aussi a pris un sacré coup, vous savez !? Voulez-vous que je vous donne le nombre de pères qui ont démissionnés ? Voulez que je vous dise à quel point l’inflation s’en est mêlée ? Voulez-vous que je vous dise à quel point un emploi est important pour l’épanouissement de bon nombre de femmes ? Mais bon laissons les statistiques et disons-nous simplement que le tout réside dans l’organisation.

 

Daphy votre personnage principal n’est-elle pas un peu trop jeune pour toutes les actions que vous sa créatrice avez bien voulu lui faire faire ?

Trop jeune vous dites !? Suis-je donc la seule à avoir remarqué que les enfants grandissent plus vite que leur âge dernièrement ? Ne parlions-nous pas plus haut des papas qui ont démissionné et de l’éducation des enfants assurée à beaucoup de pourcentages par la télévision et l’internet ? Bah voilà des choses auxquelles s’attendre, des enfants qui ne font plus leur âge !

 

La succession en pays Bamiléké, on en parle ?

Si ça vous dit ! Je crois que la succession en pays Bamiléké est juste la preuve que le problème de l’africain c’est avant tout l’Africain et que les Africains ne sont pas prêts à accueillir le progrès. Ce n’est que mon point de vue.

 

Penser que l’ailleurs soit plus productif, l’immigration à tout prix. Qu’est-ce qui pousse la jeunesse africaine à un tel degré de désespoir ?

Un système qui a légendairement échoué, des « ex-colons » qui pensent que décoloniser c’est déstabiliser, une jeunesse qui pense à tort qu’un champ en  moisson offre plus d’opportunités de travail qu’un champ où tout est à faire.

Le résultat n’est autre que l’image macabre des milliers de cadavres au fond de la Méditerranée et une Afrique qui bientôt ne s’appartiendra plus si rien n’est toujours fait.

 

Où et comment peut-on se procurer votre livre ?

Le livre est disponible pour le moment au siège d’Élite d’Afrique Éditions à Dschang au Cameroun et au carré des artistes à Douala au prix unique de 5000 FCFA.

 

Votre mot de la fin.

Je voudrais remercier Le sanctuaire de la culture pour ce travail formidable de promotion. Je voudrais ici remercier également mon éditeur Brice Kamdem pour m’avoir offert cette chance. À tous les ambassadeurs de mon livre, Gaëlle Manelo, Dim Mohamed, Noël Kazé, Fridolin Ngoué, Franck Bopda, Romel Ngouajio, Charly Guimfack, Xavier Djagbara et tous ceux qui croient en moi, je réitère ma gratitude. Enfin à ma famille que je porte en moi, pour l’amour inconditionnel, je vous aime !

 

Interview réalisée par Junior Gilles Gbeto

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Rita Amabili : Monde

27 Juin 2020, 06:29am

Publié par Nathasha Pemba

Monde a un regard magnifique

Lorsqu’il le porte vers le haut

Il y voit sans cesse une parcelle d’éternité

 

Il peut être né un matin, qu’importe qu’on ne le sache pas.

Il porte une liberté bien à lui, si lourde qu’il ne la sent guerre et la cherche,

Cherche.

 

Monde a le cœur immense. Parfois il en est inconscient,

Parfois ses vieilles peurs lui reviennent

Le font haïr, envier, s’agresser lui-même et les autres

 

Ses yeux bleus étudient tout et ses bras enlacent

Une vie qu’il ne comprend pas mais qui toujours le cherche,

Cherche.

 

Alors les remords le tiennent, la douleur le tord

Et lui donne un aspect horrible, une action terrible

Un intérieur de combats, de guerre

 

Monde, Monde, tu es fait pour aimer ne l’oublie pas

Garde ton cœur ouvert et ton souffle long, irréel qui cherche

Cherche.

 

La laideur l’oppresse et finit par l’étouffer

Si fort. Si entièrement. Si terriblement.

Puis, son angoisse le déserte ensuite lentement

 

De blonds qu’ils étaient, ses cheveux foncent
Deviennent flamboyants, embroussaillés alors que Monde cherche,
Cherche…

Son identité. Ses yeux sont maintenant obscurs
Il a toutes les génitalités, il est parfaitement universel
Sa complexion gradue de marron-foncé au mat clair

 

Naturellement. Sa beauté naturelle va au-delà
De sa nature physique. Il est Monde mais inlassablement se cherche,

Cherche…

Il ne sait pas que sa valeur est autre.
Que son âme n’a d’avenir que dans le don
Sa puissance est si grande dans l’amour

Sa profondeur n’a de sens que dans l’amour
Dans le miroir de vie où il voit l’autre et le reconnait et puis le cherche
Cherche.

Pourquoi se combat-il, ne se reconnait-il pas
Dans la psyché que lui renvoie sans cesse son évolution?
Pourquoi ne s’aime-t-il pas Monde,

Monde? Tu es pourtant l’ensemble de l’humanité.
Tu es le tout, créé avec ferveur par l’Autre que tu as évacué de ta vie et que tu cherches
Cherche.

 

Rita Amabili

 

 

Qui est Rita Amabili ?

 

Rita Amabili détient une maitrise en théologie avec une pratique en vulgarisation et en féminisme; une expérience de plus de quinze années comme infirmière, accompagnante en fin de vie; son travail d’écrivaine l’a amenée à travailler les droits des enfants, la situation des enfants dans les conflits armés ou vivant  l’oppression; et également sur l’immigration.

 

Rita Amabili, auteure & théologienne
ritaamabili.com
rita.amabili@sympatico.ca

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Christine Lara : Écrire n’est pas un projet, c’est une continuité, comme respirer

22 Mars 2020, 19:07pm

Publié par Juvénale Obili

Bonjour Christine, comment vas-tu ? Au Sanctuaire, nous nous considérons comme une famille, j’espère que cela ne te gêne pas que l’on se tutoie ?

 

Non, pas du tout. En Polynésie, le tutoiement est de mise, même si cette pratique semble en passe de disparaître. Je me porte bien, merci !

 

Peux-tu nous parler de toi ?

 

Que dire et par où commencer ? Je suis d’origine antillaise avec de lointains parents Caraïbes ; Polynésiens. J’ai grandi à travers le monde parce que mes parents avaient une âme de voyageurs. Cette vie de nomade présentait des avantages indéniables mais il y avait aussi des inconvénients. Par exemple, d’un côté j’ai côtoyé différentes cultures, rencontré diverses personnes ce qui m’a appris à mieux percevoir la richesse de l’Autre et à m’intéresser à beaucoup de choses. Je respecte les autres cultures, les différences de tout ordre. Mais d’un autre côté, ces nombreux déplacements ont fait de moi quelqu’un de solitaire. Quand on n’a pas le temps de se faire des amis, entre deux valises, au bout d’un moment on cesse de s’investir dans des amitiés qui s’effaceront avec la distance. Je parle bien entendu de mon enfance et de mon adolescence, seulement, au fil des années, cela devient une facette de votre personnalité. Aujourd’hui, je dis, sans originalité, que je suis citoyenne du monde. J’appartiens à plusieurs cultures, j’évolue dans plusieurs cultures et je me passionne pour beaucoup d’autres.

 

Être issue d'une famille d'auteurs t'a-t-il favorisé dans l'écriture ?

 

C’est une question que je me suis souvent posée. Il faut reconnaître que j’écris depuis l’âge de huit ans et que cela s’est fait tout naturellement, donc oui, je pense qu’il y a un héritage, au moins génétique. Mais je n’ai pas grandi dans un environnement littéraire familial. La famille LARA, est une famille d’écrivains depuis aussi longtemps que je peux remonter dans le temps. Mon grand-père, mes grands oncles étaient des écrivains et ont marqué leur époque. Toute cette génération écrivait, mais je suis née trop tard pour les rencontrer. La génération suivante écrivait aussi mais ce n’était pas avec la même verve. Sans doute une affaire d’époque. Mon grand-père, mon père, mes oncles et cousins étaient tous des littéraires et des historiens. Oui, je suis née dans une famille vouée à l’écriture. Souvent je me dis que je n’ai aucun mérite à écrire car c’est inné. Parfois je le vis comme une malédiction car ce besoin d’écrire, ce désir d’écrire sont souvent peu récompensés. J’aurais dû faire de la politique car c’est une ouverture pour certains « auteurs ».

 

Quel bonheur as-tu rencontré dans ta carrière de professeur de Lettres ?

 

Quand j’avais 10 ans, je voulais être juge pour enfants, sans doute qu’avec un arrière-grand-père bâtonnier cela s’expliquerait. Mais au collège, je me suis prise de passion pour l’enseignement. J’ai commencé par des études de droit, de psychologie avant d’étudier les lettres modernes. J’ai obtenu un doctorat, j’ai passé les concours et je suis devenue Professeur de lettres modernes. J’ai enseigné de la maternelle à l’université de la Sorbonne, en passant par le lycée, le collège et la formation des enseignants. Alors, des bonheurs, j’en ai eu beaucoup. Voir évoluer cette jeunesse souvent à la recherche de repères, cette jeunesse de plus en plus en colère ou déçue, pouvoir ramener, ne serait-ce qu’un seul vers la voie de la réussite est un bonheur. Je rencontre aujourd’hui, des anciens élèves qui sont devenus des adultes et qui se souviennent encore des cours et bien plus important, des conseils, des remarques, des encouragements ou des rappels à l’ordre. Tout cela a contribué à façonner les adultes qu’ils sont devenus. C’est cette partie de mon métier qui m’apporte une certaine satisfaction. Leur reconnaissance, souvent tardive est une joie pour l’enseignant investi.

 

On dit souvent que le premier livre d’un auteur n’est pas ce qu’il publie en premier. Quel est ton véritable premier ouvrage ? De quoi parle-t-il ?

 

C’est vrai que l’on dit cela. J’ai écrit une vingtaine d’ouvrages aussi, il m’est difficile de qualifier un, particulièrement, de Premier roman car j’en ai plusieurs. Si je parle de « premier roman », chronologiquement, ce serait Le Journal d’un Pirate que j’ai écrit lorsque j’avais 16 ans. Mon premier roman, comme un premier amour, ne s’oublie jamais.

 

Quel est le thème de ce roman ?

 

Il raconte l’histoire de deux jeunes adolescents qui découvrent un coffre très ancien, enfoui sous le sable, au fond de la mer, dans la baie du Moule, à la Guadeloupe. Mais ce coffre ne renferme pas un trésor en pièces d’or comme ils l’avaient espéré mais le journal d’un jeune pirate. Ce sont ses tribulations, ses amours, ses doutes qui sont relatés dans ce roman. Ce roman est mon premier amour. Ensuite, si en tant que par « premier roman » on qualifie celui qui a la meilleure critique ou qui s’est le mieux vendu, alors ce serait Si le Jour se lève, un roman dont la plume a trempé dans l’encre de ma vie sans être toutefois une autobiographie. J’évoquerai aussi un de mes coups de cœur : Les Flammes du Passé, un roman publié en 2011 et qui a été très apprécié de la critique. Roman où se mêlent histoire, esclavage, surnaturel, réalité, passé, présent, amour, haine, racisme… une belle histoire, une leçon d’humilité et de savoir-vivre ensemble. Enfin, mon Premier roman actuel serait SAGA, que j’ai terminé il y a quelques mois.

 

De quoi parle Saga ?

 

Deux familles que tout oppose, deux destins : la première fuit la Révolution française et ses horreurs pour se réfugier dans la colonie de Guadeloupe, l’autre est arrachée à sa terre africaine pour être mise en servitude à la Guadeloupe. Le sens de premier roman, pour moi, correspond au temps passé à l’écrire, à la fréquentation régulière des personnages, parfois si intense que j’ai l’impression d’avoir vécu avec eux, de les connaître. Chaque roman, est, à un moment, mon Premier Roman. 

 

L'âme de ta poésie est porteuse de quel message ?

 

Cette âme peut être tour à tour engagée ou intimiste. Accusons la Muse ! Le message est souvent lié au passé, à l’histoire qui sert d’engrais à notre avenir. Il faut dire les choses pour qu’elles se rassérènent.

 

Essayiste, poète et romancière… Quel est le genre littéraire dans lequel tu te sens le plus toi ?

 

Les mots, les lignes du roman m’offrent la protection de la fiction, libèrent mon esprit et me font vivre d’autres vies. La poésie, pourtant mon premier genre d’écrit, met mon âme à nu, bien plus que le roman. Elle est dangereuse parfois. Je me sens moi entre les deux, entre cette fiction qu’offre le roman et cette réalité qu’impose la poésie. Cet entre-deux complexe, est, je crois, le quotidien de beaucoup d’écrivains.

 

La femme… Comment s’arrange-t-elle avec les droits en Polynésie française? Ça se passe comment chez vous la célébration du 08 mars ?

 

Les femmes polynésiennes sont, dans l’ensemble, considérées comme les égales des hommes. Elles exercent différents métiers souvent considérés, à tort, comme exclusivement masculins. Certes, nous rencontrons les mêmes inégalités qu’en France métropolitaine. Le gros problème est celui de la violence conjugale avec un taux supérieur à 14%. La journée de la femme sert à dénoncer ces violences, à informer les femmes, et à les célébrer.

 

Tu as été lauréate de plusieurs prix...Quels sont ces prix et commentas-tu accueilli ces distinctions ?

 

Le premier prix que j’ai remporté était le Prix d’excellence de l’académie Muse de Karukéra, lorsque j’avais 16 ans. C’est vrai que remporter un Premier Prix, d’une association prestigieuse, à cet âge, vous rend fier et vous encourage à l’écriture. J’en ai obtenu d’autres avant dix-huit ans. Le Premier Prix des Jeux Floraux de la Guadeloupe, Un Ecu d’or de l’Académie des Jeux Floraux de Nice, Poetry Award aux USA. Plus tard, j’ai remporté divers autres Prix de plusieurs Académies et associations littéraires et poétiques, pour mes romans ou mes poèmes, comme ceux de l’Académie Internationale de Lutèce. Il est vrai qu’aujourd’hui, je ne participe pratiquement plus à ces défis littéraires.

 

Comment as-tu découvert ton talent pour la chorégraphie ?

 

Je danse depuis toujours dira-t-on et j’aime la musique. J’ai pris des cours et j’ai découvert que la danse était une de mes passions. Elle ne peut être que cela d’ailleurs. J’ai commencé à enseigner la danse à l’âge de 19 ans. J’ai suivi des formations et des stages à l’étranger. Cela m’a permis de rencontrer des danseurs et des chorégraphes mondialement connus.  J’ai monté mon école de danse (D.E.F.I= Danse, Enseignement-Formation Internationale), puis ma troupe de danse qui s’appelait « Honey-Dance » a donné naissance à de nombreux danseurs professionnels et professeurs de danse. J’ai créé le Comité Régional de Danse, organe de la Fédération Française de Danse, à la Guadeloupe, jeté les bases du diplôme de Professeur de danse... J’ai enseigné la danse en Polynésie, en métropole (Paris), aux Etats-Unis et ailleurs. Et cette période restera toujours un excellent souvenir plein de milliers d’autres souvenirs et bonheurs.

 

Quel sentiment as-tu d'avoir fait ce parcours formidable ? Quels sont tes projets pour l'avenir ?

 

C’est vrai que l’on me demande souvent combien de vies j’ai pu avoir pour vivre autant d’expériences. J’ai été mannequin à New York durant quelques jours, j’ai enseigné la danse, écrit des romans, du théâtre de la poésie, des essais pédagogiques, des manuels scolaires, des scénarios de films et de télénovela, j’ai formé des enseignants, été Inspectrice de lettres. J’ai enseigné les lettres, fait des études, voyagé, j’ai découvert des parties du monde souvent oubliées, j’ai aimé ; j’ai eu deux enfants… C’est effectivement une vie riche en émotions, en joie comme en peines. Mais une vie parmi tant d’autres. C’est une vie que j’ai aimée, que j’aime encore. Mes projets pour l’avenir ? Honnêtement, je ne sais pas. Écrire n’est pas un projet, c’est une continuité, comme respirer… Peut-être vais-je me consacrer davantage à l’écriture scénaristique. Je n’ai pas eu beaucoup de temps à accorder à cette passion. J’enseigne encore la danse, à l’occasion.

 

La littérature polynésienne en quelques mots… 

 

Parce que la Polynésie s’étend de la Nouvelle-Zélande à l’île de Pâques, comprenant Tonga, Samoa, les îles de la Société, les Marquises, les Wallis et Futuna, les Phœnix, les îles Hawai’i, les îles Cook, les Australes et les Gambier. Fidji et Rotuma culturellement, je réduirai mon propos à la Polynésie française. Il faut bien distinguer la littérature qui évoque la Polynésie, de la littérature polynésienne écrite par des Polynésiens. Les récits des navigateurs européens dans le Pacifique Sud comme Cook, Bougainville ou Loti, ces récits qui ont enflammé l’imaginaire des européens, récit d’un paradis, création du mythe tahitien, descriptions de paysages idylliques au cœur desquels évoluent le bon sauvage et la femme qui s’offre aux navigateurs ou cette littérature, plus rare, dénonçant la perte culturelle comme V. Segalen ou Alain Gerbault. Encore aujourd’hui la Polynésie inspire de nombreux auteurs qui ne sont pas Polynésiens. Ce que je définirai comme littérature polynésienne d’aujourd’hui est cet ensemble d’écrits appelant à un second souffle, rappelant les racines du peuple, s’ouvrant au monde dans une langue particulièrement, chaude et riche, une littérature qui s’interroge, qui se cherche, qui se veut différente. Une littérature née ces trente dernières années et qui a suivi l’évolution culturelle d’un peuple. Son passage du récit oral au récit écrit.

 

Quelques visages...

 

J’apprécie particulièrement Flora Devatine, qui a d’ailleurs remporté le Prix Heredia de l’Académie française pour son recueil de poèmes "Au vent de la piroguière - Tifaifai". J’aime cette sincérité poétique qui se dégage de ses mots imprégnés de culture et d’histoire polynésiennes. J’aime aussi lire les œuvres de Chantal Spitz dont le roman L'île des rêves écrasés a été le premier roman tahitien de langue française publiée par une maison d'édition et le premier roman tahitien traduit en anglais par les éditions Huia sous le titre Island of Shattered Dreams, en Nouvelle-Zélande. Le rythme de son écriture rappelle fortement les temps de l’oralité, du récit raconté, de ces haere-pô conteurs de généalogies. Son combat pour sa culture, la force de ses mots, l’originalité de son style en font un écrivain particulier.

 

Comment faire pour avoir vos publications ?

 

Mes ouvrages sont tous- enfin, ceux que j’ai publiés, c’est-à-dire un tiers de ceux que j’ai écrits. J’en ai perdu beaucoup au cours de mes déménagements, j’en ai détruit quelques-uns et perdu d'autres- disponibles dans les bonnes librairies, sur Internet, à la Fnac…Il suffit d’effectuer une simple recherche sur Internet pour obtenir la liste de points de vente en ligne ou dans les librairies. Je vous remercie pour cette interview.

 

Propos recueillis par Juvénale Obili

 

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Lidy Brou:Une femme qui lit est une femme du monde, une femme qu’on peut sortir, qui sait se défendre partout, qui s’affirme.

7 Mars 2020, 19:34pm

Publié par Nathasha Pemba

Qui êtes-vous Lidy BROU

 

Je suis Mme BROU Lidy, Ivoirienne, Inspecteure Générale de Lettres Modernes et Directrice du Service de la Promotion de la Lecture et des Bibliothèques Scolaires au Ministère de l’Education Nationale de l’Enseignement technique et de la Formation Professionnelle de Côte d’ivoire.

Mariée et mère de deux enfants.

 

D’où vous vient cette passion pour le Livre ?

 

Le livre et moi, c’est une longue histoire d’amour. « Le livre mon compagnon » ; il l’est depuis ma tendre enfance. J’entretiens avec le livre, une relation fusionnelle.

Vivant seule avec ma tante, j’étais une enfant introvertie qui n’avait que le livre pour se distraire, pour « parler ». Oui je parlais avec « mon livre » et ma tante m’en achetait toujours car avec le livre j’étais aussi bonne élève (major de ma classe). Cependant, je peux vous dire que c’est aussi grâce au livre que la petite fille renfermée que j’étais a pu s’ouvrir au monde.

 

Qu’est-ce qui vous fait croire que l’apprentissage scolaire ne pourra s’améliorer que grâce à la rénovation des bibliothèques ?

 

Le livre permet de découvrir et de s’ouvrir au monde. Le livre m’a permis de faire de brillantes études. A l’école, on apprend à lire mais on lit aussi les livres pour apprendre, pour connaitre, pour savoir, pour se cultiver et l’endroit où nous sommes sûrs de trouver divers types de livres à l’école, c’est à la bibliothèque. Elle permet de renforcer les acquis des élèves car ici elle devient un outil pédagogique par excellence dans l’apprentissage et dans l’amélioration des connaissances acquises en classe. Pour moi, je soutiendrai toujours que « le livre est une arme fatale contre les échecs scolaires »

 

Parlez nous de votre ONG « 1école-1bibliothèque »

 

Proviseure de lycée depuis 1996 à TOUMODI, (une ville au centre de la Côte d’Ivoire), je commençais déjà la promotion de la bibliothèque scolaire dans les établissements que je dirigeais. Ensuite en 2011, élue présidente de l’association des Femmes Chefs d’établissements de Côte d’Ivoire, j’ai intensifié mon activité, en ouvrant des bibliothèques dans tous les établissements de mes collègues.

L’activité attirant l’assentiment de la population, nous avons, quelques collègues et moi, décidé de créer l’ONG « 1école-1bibliothèque » afin de toucher plus de partenaires pour atteindre notre objectif qui est d’ouvrir des bibliothèques dans toutes les écoles de Côte d’Ivoire.

L’ONG « 1école-1biliothèque » est mon bébé, elle grandit avec moi par la grâce de Dieu.

 

Quels outils préconisez-vous pour pérenniser les bibliothèques scolaires ?

Après moultes réflexions à partir de constats faits effectivement dans nos écoles, nous proposons les outils suivants pour pérenniser les bibliothèques scolaires :

  1. Rendre la bibliothèque scolaire obligatoire dans les apprentissages en général, mais surtout dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans les classes de CP1 et CP2

 

Nous l’avons fait avec une nouvelle approche pédagogique que nous appelons le « BOOST-LEARNING » par laquelle nous réussissons à apprendre à lire à l’enfant en moins de 6 mois en utilisant aussi bien la bibliothèque que la classe comme outils pédagogiques.

 

  1. Placer une à deux heures de bibliothèque obligatoires dans l’emploi du temps de classe des élèves.
  2. Suivre et évaluer les bibliothèques dans les écoles. En Côte d’Ivoire le service de la Promotion de la Lecture et des Bibliothèques Scolaires a été créé pour le faire.

Tous les gestionnaires de bibliothèques scolaires, nous produisent un rapport trimestriel de leurs activités et un bilan annuel.

 

Comment faites-vous pour acquérir les livres

Pour acquérir les livres, nous avons plusieurs méthodes :

  • On le fait avec la caravane du livre
  • Par des dons divers
  • Par l’achat d’ouvrages par le Ministère de l’Education Nationale

 

Et si on veut vous envoyer des livres depuis l’Occident, ça se passe comment ?

Dans ces cas-là, nous informons la Direction des affaires financières de notre Ministère qui entre en contact avec le donateur, et se charge de faire venir les livres.

« Les livres étant exonérés de droits de douanes je crois, le Directeur des affaires financières s’entendra avec le donateur nous livrera les ouvrages reçus.

Quel est le Livre qui vous a le plus marqué et pourquoi ?

« La révolte d’Affiba » de Régina YAOU, qui parle des conditions de la femme africaine dans le mariage.

Affiba, jeune fille émancipée a subi dans son foyer toutes les infidélités de son mari KOFFI qu’elle avait rencontré en France.

Après il tombe malade et revient à la maison. Il décède quelques mois après son retour.

La famille tente de tout prendre à Affiba qui refuse de se laisser faire.

Ce livre m’a plu parce qu’en tant que femme africaine, je me suis retrouvée dans le personnage d’Affiba.

 

Mars … le mois de la femme. Quel lien faites-vous entre la femme et le livre ?

En permettant à celle qui lit de découvrir et de s’ouvrir sur le monde, le livre permet déjà à la femme de s’épanouir, de se décomplexer grâce à son savoir, ses connaissances livresques.

Une femme qui lit est une femme du monde, une femme qu’on peut sortir, qui sait se défendre partout, qui s’affirme. Le livre sensibilise les consciences, montre le bon chemin aux lectrices.

 

C’est quoi être une femme pour vous aujourd’hui ?

Pour Moi, être une femme aujourd’hui, c’est être une personne qui sait ce qu’elle veut et qui se donne honnêtement les moyens d’atteindre ses objectifs. Pour moi, c’est une personne douce, remplie d’amour pour son prochain mais qui sait se battre pour son indépendance financière, sa dignité, son honneur et son bien-être social. Une personne qui refuse de tendre la main, qui s’assume sur tous les plans  dans la société moderne dans laquelle nous vivons.

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

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Alfoncine Nyelenga Bouya:. Nous sommes tous portés par nos racines

16 Novembre 2019, 18:55pm

Publié par Nathasha Pemba

Qui êtes-vous Alfoncine N.B.

Matriarche à la tête d’une communauté à dominante féminine. Retraitée et active. Ecrivaine. De nationalité belge, mais originaire du Congo-Brazzaville. Engluée dans de perpétuels questionnements.

 

 

Pourquoi êtes-vous là… dans la littérature ?

Essentiellement pour transmettre. J’ai choisi la littérature comme moyen adéquat et durable pour la transmission des expériences de vie, de mes expériences directes ou indirectes, de ma perception et de ce que j’ai pu appréhender de la vie des autres aux générations futures. Transmettre à qui? Me demanderiez-vous! A mes petits enfants d’abord et à ceux et celles qui pourront lire mes livres.

 

Vous voyagez régulièrement… Voyager, est-ce une passion ? Ou bien est-ce pour mieux être à l’écoute du monde ?

Déjà jeune j’aimais voyager. Me rendre à Enganga chez mon oncle paternel et à Ikoumou et Mwémbé chez mes grands-parents étaient pour moi un vrai bonheur malgré la longueur et les très difficiles conditions de voyage. A cette époque-là, on mettait trois pour couvrir la distance entre Brazzaville et Owando, ensuite on traversait la rivière Kouyou en bac avant de rallier Enganga puis Ikoumou et Mwémbé. De là est née ma passion pour les voyages. A quoi il faut ajouter la chance que j’ai eu de voyager sur presque tous les continents dans le cadre de mes activités professionnelles. Tous ces voyages réunis m’ont conviée non seulement à écouter le monde, mais aussi à ouvrir mes yeux et mon esprit pour admirer sa beauté et observer sa laideur!

 

Comment avez-vous réussi à opérer le passage du bureau de l’Unesco à la plume ?    

Il convient de préciser qu’après l’UNESCO j’ai rejoint le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM); dans les deux organisations, la rédaction de différents rapports y compris de nombreux rapports de mission et autres documents de projets faisait partie de mes tâches principales. Je n’avais vraiment pas beaucoup de temps à consacrer à la littérature en tant que telle. Ma plume servait à écrire d’autres textes plus techniques, bien que de temps en temps je produisais des récits ou des poèmes que j’enfermais dans mes tiroirs ou que je rendais publics selon mon ressenti. Par exemple, mes poèmes sur le site interne (Intranet) du PAM alors que j’étais à Rome, m’avaient valu l’amitié des collègues en poste dans les coins les plus reculés et les plus dangereux de la planète. Mes poèmes étaient pour beaucoup d’entre eux comme un rayon de soleil ou une ondée désaltérante et apaisante ainsi que le témoignaient leurs réactions et commentaires.

 

 

Il y a quelques semaines, votre roman Makandal dans mon sang a obtenu le prix de la nuit des mérites catégorie littérature… Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai été et je suis encore ravie et fière car Makandal dans mon sang est ma première œuvre littéraire stricto sensu. J’ai écrit les nouvelles de ce livre avec un cœur déchiré à cause de l’imminence de mon départ d’Haïti. Je venais de prendre ma retraite, je voulais vraiment rester à Port-au-Prince mais j’avais aussi mes enfants et mes petits enfants qui me réclamaient de ce côté -ci de l’Atlantique. Après presque deux mois de réflexion, j’ai choisi de rejoindre ma famille tout en gardant toutefois un pied à terre et un pan de mon cœur en Haïti.

Recevoir le prix de la Nuit des Mérites a été pour moi une vraie reconnaissance de mes nuits sans sommeil, de ce que fut ma douleur au moment de quitter Haïti et aussi un grand encouragement pour moi qui me suis lancée dans l’écriture à un âge fort avancé quand même. En tout cas j’espère que d’autres mamies suivront mon exemple.

 

 

Haïti… vous portez Haïti dans vos entrailles. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Haïti représente pour moi la rencontre de moi à moi, la révélation de moi à moi-même.

 

 

Vous souvenez-vous du premier roman que vous avez lu ? Qu’est-ce qui vous a marqué ?

Le premier roman que j’ai lu était « L’enfant noir » de Camara Laye suivi de « Batouala » de René Maran. Le premier avait allumé en moi le désir de l’écriture, c’était un appel à la littérature. C’était tellement fort que lorsque je suis allée en mission de travail en Guinée, j’ai tenu absolument que Kouroussa figure dans la liste des sites que je devais visiter. Je voulais voir de mes yeux la maison familiale de « L’enfant noir », découvrir la forge du père. J’ai pu voir la maison, y entrer même, mais la forge n’était plus là. Dans le deuxième roman ce qui m’avait marqué c’était la description de la mort de Batouala que j’assimilerais plus tard à la mort de mon grand-père.

 

 

Dix livres cultes de votre bibliothèque…

En vérité difficile à citer compte tenu de la grandeur de ma bibliothèque! Mais comme ça au pif je peux citer:

 

  • Nations nègres et Culture de Cheikh Anta Diop
  • La philosophie bantou comparée d’Alexis Kagamé
  • La vie sans fards de Maryse Condé
  • L’impensé du discours de Buakasa Tulu Kia Mpanzu
  • Le voyage en Orient de Herman Hess
  • Le Petit Prince d’Antoine de St Exupéry
  • (a) Le soulèvement des âmes; (b) Le maître des carrefours; (c) La pierre du bâtisseur de Madison Smartt Bell
  • L’Ethique de Spinoza
  • Les vers d’or de Pytagore
  • Une si longue lettre de Mariama Bâ

 

 

Votre proverbe préféré… et pourquoi ?

« La rivière zigzague parce qu’elle n’a eu personne pour la redresser. » C’est un proverbe bantou qu’utilisaient souvent ma grand-mère et ma mère lorsqu’elles avaient un conseil à me donner.

 

 

Le rendez-vous de Mombin crochu est-il un roman sur le féminisme ? Sur l’initiation ?

Le rendez-vous de Mombin-Crochu est d’abord un roman sur les violences que subissent les femmes. Ensuite, oui il y a un aspect initiatique très important, car notre vie, toute vie est une succession d’initiations. Il est aussi un roman féministe en ce sens que non seulement il dénonce les violences subies par les femmes mais aussi dans la troisième partie, la séquence d’initiation est en somme un processus de ce que les anglophones nomment « Empowerment », à la fois autonomisation et dynamisation des femmes.

 

 

Si on dit “Liberté”, à quoi cela vous fait-il penser, chère Alfoncine ?

La liberté pour moi, c’est de vivre pleinement sa vie aux plans physique, spirituel et mental, sans entraves, sans enfermements quels qu’ils soient.

 

 

Êtes-vous féministe ? Comment définirez-vous le féminisme à partir de votre expérience personnelle ?

Si je suis féministe? Je suis comme le Tigre de Wole Soyinka qui ne crie pas sa tigritude. Mon féminisme est dans le sang : je l’ai reçu de mes grands-mères et de ma mère. Je le vis au quotidien sans faire de discours. S’il me faut définir le féminisme, je dirais que c’est une manière d’être et de vivre avec la conscience que l’on a de l’équilibre entre le masculin et le féminin, les hommes et les femmes et les efforts, les actes entrepris chaque jour pour maintenir cet équilibre.

 

 

Je me trompe peut-être… mais la question de l’origine ou de la racine est abordée dans vos deux livres… avec subtilité, mais elle est présente... très présente. Un peu comme l’histoire qui est là et qui s’impose…

 

Sans racine, aucun arbre, aucune plante, aucune herbe ne pousserait ni ne tiendrait debout. Nous sommes tous portés par nos racines, que nous en soyons conscients ou non, que nous le voulons ou non!

 

 

Si vous étiez Dieu… 

Non, je ne peux même pas l’envisager un seul instant! Déjà que je ne suis pas digne de délacer les sandales de Son Envoyé, ni de L’approcher de près, comment pourrais-je m’imaginer être à Sa place… Non c’est impensable, inimaginable…

 

 

Levinas écrit : “Dès que le visage de l'autre apparaît, il m'oblige “. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

L’altérité. Je pense d’emblée à la relation « Je - Tu » de Martin Buber. Autrui en face de moi, se pose en être humain et m’invite à le reconnaître comme tel, en même temps que je me pose à lui, l’invitant à me reconnaître dans mon humanité. Sur ce visage qui m’apparaît (comme apparaissent la lune, le soleil ou les étoiles), il y a des yeux qui me regardent et que je regarde, une bouche qui me parle, me sourit ou peut faire la moue, crier ou hurler. L’autre est mon miroir autant que je suis son miroir. La phrase en elle-même peut faire l’objet d’une dissertation philosophique!

 

 

J’aime beaucoup la Sœur Emmanuelle… Vous me faites souvent penser à elle. Elle a cru en l’homme et a compris que l’être humain est le chemin de la religion… Elle écrit que « la valeur ne dépend pas de la religion, mais de l’amour qui nous fait considérer l’autre comme un frère ou une sœur ». Vous êtes très dynamique… Merci à vous d’être ce que vous êtes…

Quelque part, la deuxième partie de la phrase de Sœur Emmanuelle rejoint celle de Levinas citée ci-dessus. Les deux phrases nous invitent à l’altérité, à la mise en avant de notre humanitude commune. Merci à vous de me reconnaître et de m’accepter telle que je suis : humaine, avec mes qualités et mes défauts, mes hauts et mes bas.

 

 

Quel est votre rêve ?

Vivre le plus longtemps possible tout en gardant la vivacité de mon esprit et continuer à transmettre par le moyen de l’écriture.

 

 

Un mot à toutes celles et tous ceux qui nous liront...

S’accepter tel (le) qu’on est ; s’aimer ; savoir se pardonner ; avoir un rêve et le suivre jusqu’au bout.

 

Entrevue réalisée par Nathasha Pemba

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Ophélie Boudimbou: L’Afrique a ce pouvoir d’émerveiller petits et grands

8 Novembre 2019, 21:04pm

Publié par Juvénale Obili

Ophélie Boudimbou, congolaise de Brazzaville est doctorante-chercheure en Littératures comparées à Lille. Autrice, elle vient de publier un livre de cuisine Kanika dans la cuisine de Mamie. Juvénale Obili, bloggeuse culturelle l’a rencontrée pour le compte du Sanctuaire de la Culture.

 

Peux-tu nous parler de ton projet « Petits bouts d’histoires » ?

Petits bouts d’histoires est une plateforme que j’ai créée en 2018 avec pour ambition de partager du contenu autour d’une thématique précise : l’Afrique, son Histoire et sa culture. A ce jour, Petits bouts d’histoires est en phase de devenir une marque qui crée des livres, box et objets dérivés sur la culture africaine.

 

Qu'est ce qui t'a inspiré cette merveilleuse vision ?

Tout est parti d’un déclic : le besoin de lire à mes cousins nés en France des livres qui présentent de façon positive l’Afrique. Puis la prise de conscience du manque d’information sur le continent africain. C’est en m’informant moi-même sur l’Afrique que j’ai découvert son Histoire tout autant que sa richesse culturelle. Je souhaite à présent transmettre, à travers les livres que j’écris, cet émerveillement que j’ai ressenti au fil de mes recherches.

 

Penses-tu qu'il est intéressant de poser un regard explorateur à l'endroit du berceau de l'humanité ?

Explorateur ? Je ne saurais vous répondre. Je n’aime pas ce mot « explorateur ». Kanika, le personnage que j’ai créé pour porter mes messages, est tout simplement une héroïne « afro curieuse[1] ». Par contre, je peux vous confier que le livre éponyme que je venais de publier invite tous les afro curieux (ses) au retour aux sources car je considère le continent africain comme le berceau de la culture. Les aventures de Kanika permettent de montrer cette Afrique dont on ne parle que très peu, que ce soit dans les manuels scolaires ou dans les médias. Il s’agit de prendre conscience de notre merveilleux patrimoine culturel et historique puis de le valoriser.

 

Choisir le livre comme arme pour un combat… beaucoup le font déjà. Qu’apportes-tu de nouveau ?

Dire que j’apporte quelque chose de nouveau serait prétentieux de ma part, d’autant plus que je ne suis dans aucun combat. A vrai dire, je considère le livre/la littérature comme un moyen d’expression et non pas comme une arme. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. D’ailleurs les critiques littéraires l’affirment tout haut : la littérature (l’écriture) n’est qu’intertexte. Tout n’est donc que reformulation.

Par contre, avec mon projet d’écriture, j’ai souhaité partager une vision, la mienne. Celle que j’ai sur l’Afrique et le reste du monde.

 

Kanika dans la cuisine de Mamie est ton premier ouvrage ?

Après quelques participations à des ouvrages collectifs et des histoires publiées en ligne, j’ai décidé de me lancer enfin dans une carrière d’autrice. Kanika est mon premier livre et donc celui qui signe le début de ma carrière d’autrice jeunesse.

 

Pourquoi un livre de cuisine au lieu d’un livre de contes comme on le voit habituellement ?

J’ai voulu écrire un livre jeunesse qui aborde la thématique de la cuisine. Kanika dans la cuisine de Mamie est un album jeunesse qui offre une présentation storytellée des recettes. L’ouvrage est un mélange de contes (parce que le storytelling est un cousin du conte), avec en supplément, des pages d’histoires (les pages colorées au centre du livre portent un mini récit sur les notions de transmission des valeurs et de tradition, et surtout l’Histoire du Continent), des fiches recettes (pour le côté pratique).

J’ai écrit Kanika en mettant de côté ma veste de diplômée en littérature de jeunesse pour endosser celle de jeune autrice. Le but n’est en aucun cas de cataloguer le livre. Certains lecteurs et professionnels des métiers du livre appelleront cela un ovni, parce qu’ils auront du mal à le classer dans un rayon. Les enfants et parents voient un moyen d’effectuer une activité ensemble tout en (re)découvrant le continent africain à travers les aventures de cette petite fille dans la cuisine de sa Mamie adorée.

Ce livre peut être abordé de plusieurs manières sans vouloir respecter un code précis. Il est par exemple possible de commencer la lecture de Kanika par les pages du centre, pour agrémenter le rituel du dodo. Tout comme choisir de commencer par la page de gauche, un matin, avant d’aller faire les courses en famille, puis entamer la lecture de la page de droite en cuisine ; voilà comment créer du lien entre les parents et les enfants tout en favorisant le développement de la mémoire de l’enfant ainsi que sa motricité. C’est ainsi que lire Kanika dans la cuisine de Mamie deviendra alors une activité ludique pour petits et grands.

Quel beau souvenir gardes-tu de ton autoédition ?

S’il y a bien un souvenir qui restera gravé dans ma mémoire c’est bien celui marquant la période de campagne de financement participatif de mon projet de livre. Il a fallu aller à la rencontre du public, jouer le jeu du pitch de mon projet d’autoédition, raconter une histoire pour donner envie d’y croire. C’est un peu comme une course, cela a demandé de l’endurance, un bon mental parce que tu sors de nulle part et donc il faut bien aller chercher de potentiels lecteurs et les convaincre de précommander ton livre. Ce n’est pas du tout facile j’avoue, et cela a fonctionné grâce à une réelle préparation en amont. Des nuits blanches à préparer le plan de communication afin d’espérer réussir le financement de son projet, et bien évidement, créer un mini buzz médiatique autour du livre, de l’héroïne qui a très vite été adoptée par les internautes qui ont partagé et relayé la campagne sur les réseaux sociaux. Une sacrée preuve de solidarité.

 

Le choix de promouvoir la richesse de la culture africaine à travers sa gastronomie est-il justifié ?

 

Ce livre de cuisine, c’est avant tout une histoire sur la diversité : diversité culinaire et diversité géographique. C’est une histoire autour de la richesse culinaire : celle des recettes, produits que nous avons en partage d’un coin de l’Afrique à un autre. C’est une belle histoire sur la tradition : les secrets des recettes traditionnelles gardés par les ainés, et transmis de générations en génération. Et parce qu’en Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle, il est temps de transcrire ces recettes, non seulement pour les adultes, mais aussi pour les plus petits. La transmission, la transcription de ces recettes est importante, et les enfants méritent d’être pris en compte dans cette dynamique de promotion de la gastronomie africaine. Et, bien sûr, ne l’oublions pas, la cuisine en plus d’être symbole de partage, est un lieu de voyage et de rêve. D’où le choix de storyteller chaque recette pour le plaisir des petits et des grands.

 

Que souhaites-tu inspirer à tout le monde au travers de ce noble combat ?

J’ignore si je dois appeler cela « combat » car je ne suis en aucun cas une guerrière et ma posture n’est pas celle d’une quelconque activiste. Tout ce que je fais, je le fais avant tout par passion. Les livres jeunesse qui peignent le continent africain, que ce soit sur son Histoire et sa culture, doivent à mon humble avis, devraient inspirer estime de soi et fierté, car c’est ce dont les enfants africains et afro descendants ont besoin pour leur développement psychologique et émotionnel. Que ce soit pour Martin Luther King ou Wangari Matai, tout a commencé par un rêve ; ils se sont projetés dans un monde meilleur à leurs yeux. Ils ont travaillé pour que cela arrive. L’Afrique a ce pouvoir d’émerveiller petits et grands grâce à son patrimoine culturel et historique. Alors, plantons des graines qui leur permettront de se les (ré)approprier, de rêver d’une Afrique meilleure.

 

Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?

Continuer de faire rêver les enfants du monde entier avec des histoires authentiques sur la culture africaine.

 

Interview réalisée par Juvénale Obili

 

 

 

[1] Afro curieux (se) est un terme créé par la bloggeuse Sandy Abena pour désigner « une personne avide de (…) apprendre et s’informer sur l’Histoire et la Culture des communautés noires. L’Afro curieux (se) tente de déconstruire ce qu’on lui a appris à l’école et ce qu’on lui montre dans les médias. L’Afro curieux (se) a une vision d’une communauté noire dynamique et audacieuse. Positive et entrepreneuse. Une communauté qui, faisant connaissance avec la grandeur de son Histoire, et ayant conscience de ses atouts du présent, va de l’avant et construit son avenir. ». Définition à lire sur le site www.abenafrica.com

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Léonie Mandang : Photographier c'est raconter une histoire

26 Juillet 2019, 19:16pm

Publié par Nathasha Pemba

Qui êtes-vous Léonie ?

 

Tout d'abord merci pour cette belle rencontre. Je suis une jeune sénégalaise qui vit au Québec, Canada. De Thiès à Québec, en passant par Dakar, j'ai atterri dans ce pays en tant qu'étudiante étrangère à l'ENAP pour une maîtrise en Administration internationale. Mais avant cela, j'ai fait des études en Technique de communications, en Communication des Relations-Publiques et en Journalisme. Très engagée dans les mouvements, j'ai eu beaucoup d'expériences à travers les associations sociales et les organismes socio-religieux, mais jamais en politique.

 

Vous êtes Directrice générale de l’agence de communication Forman basée à Québec… et vous êtes photographe. Parlez-nous un peu de votre agence et de votre passion pour la photo.

 

Mon agence appelée Forman, a été créée en 2017. Mais l'idée est née au Sénégal où je comptais l'ouvrir si toutefois je n'obtenais pas le visa pour le Canada. Communication Forman est une agence qui se veut professionnelle, authentique, riche en couleur avec comme volet central la photographie.

 

 

Qu’est- ce qui vous a amené sur cette voie de la communication à partir de la photo ?

 

Il faut dire que quand j'étais plus petite, j'adorais dessiner. Je dessinais du tout: des fleurs, des animaux et autres. En résumé, la nature. A l'approche des fêtes, surtout de Noël et du nouvel an, je passais mon temps à dessiner des cartes de vœux. Je pouvais rester jusque tard dans la nuit à dessiner. C'est ainsi que ma mère, en voyant la lumière de notre chambre, alors que j'étais sensée être au lit, se levait et venait me gronder. Je me rappelle encore de certaines de ses reproches où elle me faisait comprendre que ce n’est pas avec ces dessins que je réussirais dans la vie. Pour elle, il fallait apprendre l'Histoire, la Géographie, l'Observation et les autres matières qui pouvaient me donner de très grands diplômes. Ce qui est tout à fait compréhensible pour une mère. Mais malgré cela, je continuais toujours à dessiner. Et c'est seulement après avoir reçu de bonnes fessées de sa part que j'ai arrêté et que je me suis tournée vers l'image externe. Je veux dire par là, la photographie. A l'époque, je fréquentais le collège Ste-Ursule qui se trouve au centre ville de la région de Thiès. Et à la fin des cours, en rentrant à la maison, je passais par le grand marché où se trouvaient beaucoup de labos photos. Je passais mon temps à regarder les belles photos affichées sur des vitrines. De belles photos riches en couleurs, en modes, mais surtout en histoires. Je dis surtout en histoires, parce que pour moi chaque photo raconte une histoire. Chaque photo est une histoire.

 

La photographie, une passion ou un métier simplement ? La photographie au cœur de votre agence de communication… Est-ce un nouveau concept ?

 

Il faut dire qu'avant qu'elle ne devienne un métier, la photographie est tout d'abord une passion pour moi. Une passion née de l'amour que j'avais pour le dessin. Et c'est pour ça d'ailleurs que je l'ai mise au centre de mon agence de communication. Oui on peut dire que c'est un nouveau concept, car avant, les agences de communication avaient pour but principal de donner des conseils, de gérer les relations-publiques, de partenariat ou de sponsoring pour une entreprise, une association ou même une personne. Elles avaient pour but de faire de l'événementiel. Communication Forman fait tout cela, mais la photographie est au cœur de son travail. Elle est aussi sa porte d'entrée. Et il est important pour moi, que les choses soient et demeurent ainsi.

 

Êtes-vous numérique ou manuel ?

 

Les deux. Mes cours de technique en communication, ont été données avec les méthodes que sont: la méthode analogique et la méthode numérique. J'en parle à l'instant et pleins de souvenirs me reviennent. Aujourd'hui, j'utilise beaucoup le numérique, mais j'ai un appareil photo analogique qui m'a été offert par mon beau-père. Un beau cadeau de famille qu'il a lui-même hérité de son père.

 

Un photographe dans le monde qui vous touche beaucoup ?

 

Je ne peux pas vraiment dire qu'il y a un photographe dans le monde qui me touche beaucoup. Car, je n'en suis aucun et c'est pas à cause d'un photographe que je suis devenue photographe. Ma passion pour la photo est née de ma passion pour le dessin. Et puis à l'époque, on ne parlait pas des photographes comme aujourd'hui. Du coup, c'était difficile d'avoir une référence ou de côtoyer un photographe, surtout que c'était un métier tabou. Aujourd'hui, je connais beaucoup de photographes. Je les admire, je regarde leurs belles photos et parfois je fais des critiques.

 

Photographier pour vous, c’est….. ?

 

Raconter une histoire.

 

L’image qui vous a le plus marquée ?

 

Pas une mais plusieurs images m'ont déjà marquées. Que ça soit les photos d'une femme enceinte ou celles d'une femme qui accouchent, j'adore ces captures. C'est toute une histoire.

 

Y a-t-il un élément dans la nature qui vous donne envie d’espérer ?

 

Les enfants… J'adore les enfants. Et pour moi, tant qu'il y en aura, j'aurai foi en l'humanité.

 

La personne que vous auriez aimé interviewer et pourquoi ?

 

Ma mère. Non seulement pour lui demander ce qu'elle pense de moi en tant que femme et mère, mais aussi comment elle a réussi à fonder une si belle famille? Comment elle a réussi à inculquer de belles valeurs à ses enfants, à les gérer tout en restant digne et brave? Autant de questions que j'aurais aimé lui poser, mais hélas je ne pourrais le faire car elle nous a quitté le 25 février 2018. Paix à son âme.

 

La réalité que vous chérirez dans cent ans…

 

La paix partout dans le monde. Je veux dire par là, qu'on n'entende plus parler de guerres, de massacres, etc.

 

Un auteur spirituel qui vous touche beaucoup ?

 

Jean-Marie Vianney

 

Quels sont vos défis dans les années à venir ?

 

Détenir la plus grande agence de communication qui donne la meilleure visibilité aux acteurs, politiques, entrepreneurs et chercheurs noirs partout dans le monde...

 

Si je vous demande le mot qui décrit le plus votre conception de la Vie, lequel ce serait ?

 

La communion. La communion des cœurs et des esprits.

 

Quelle cause vous tient le plus à cœur ?

 

Le bonheur des enfants.

 

Merci Léonie

 

Entretien réalisée par Nathasha Pemba 

(Le Sanctuaire de la Culture)

 

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Suzanne Kemenang, éditrice francophone dans le paysage ontarien

9 Juin 2019, 18:32pm

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Suzanne, comment allez-vous ?

Bonjour Nathasha, je vais très bien merci.

 

Qui est Suzanne Kemenang ?

Suzanne Kemenang est une jeune femme entrepreneure, fondatrice des Éditions Terre d’Accueil, une maison d’édition francophone basée dans la grande région de Toronto, en Ontario. Je suis originaire du Cameroun et je vis au Canada depuis 2007.

 

Une éditrice francophone dans le paysage ontarien…  Quels sont vos défis ?

 

Je n’ai jamais vécu ma francophonie en Ontario comme un handicap, bien au contraire ! Être francophone en Ontario, pouvoir vivre et travailler en français, permet de développer rapidement un sentiment d’appartenance à une grande et belle famille. Il y a aussi beaucoup plus d’ouverture et d’accessibilité à bien des égards, ce que je n’ai pas toujours retrouvé au Québec, c’est pourquoi je parlerais plus d’opportunités que de défis d’après ma propre expérience. Opportunités parce que les Éditions Terre d’Accueil viennent combler un besoin de représentation d’une bonne partie de la population francophone, ontarienne et même canadienne issue de l’immigration et mettre l’accent sur les auteurs et les sujets qui se rapprochent de leur réalité.

 

L’Ontario et le Canada en général étant une terre d’immigration par excellence, les sujets qui pourraient être traités autour de l’immigration et dont aucune autre maison d’édition francophone hors Québec ne parle, sont infinis. De même, les individus issus de ce mouvement de population au Canada ou ailleurs et qui contribuent à l’avancement de leur terre d’accueil ont beaucoup de choses à partager parce qu’en fin de compte, on vient tous de quelque part et on a toujours quelque chose à apprendre de l’autre dans sa différence et sa singularité.

 

***

Je n’ai jamais vécu ma francophonie en Ontario comme un handicap, bien au contraire !

***

 

 

Terre d’Accueil est votre maison d’édition : Quels sont les domaines explorés par votre maison d’édition… les sujets de prédilection ?

 

La maison d’édition a choisi de ne pas publier des ouvrages de fiction, mais de se concentrer sur les biographies, les guides pratiques, les beaux livres ou encore des ouvrages en spiritualité et croissance personnelle. De cette façon, la possibilité sera donnée aux auteurs de mettre en avant leurs compétences et les faire connaître au moyen d’un livre. Nous espérons aussi révéler des talents, donner une plateforme à des personnes qui ne sont pas nécessairement tournées vers la fiction et qui ont des histoires à raconter, des expériences à partager ou des connaissances à transmettre.

 

Il existe aussi au sein des Éditions Terre d’Accueil une section dédiée aux projets spéciaux qui permettra à la maison d’offrir des services clé en main. Ces projets seront des occasions d’accompagner des organismes ou des particuliers dans leur travail éditorial à des fins de publication.

 

 

La francophonie, parlons-en… La francophonie a-t-elle un avenir en Ontario ? Et au Québec ? Et dans le monde ?

 

L’avenir de la francophonie repose sur la capacité des pays comme le Canada qui accueillent les francophones en provenance du monde entier, de miser sur la pluralité et la diversité des différentes cultures francophones pour garantir l’avenir de cette belle langue ici et ailleurs.

 

Imaginez-vous en face d’un enseignant à l’oral qui vous dit ceci : « Le meilleur est ma destinée », dites-moi en deux phrases ce que vous en pensez…

Suivre sa voie. Avoir confiance en l’avenir.

 

Des projets ?

 

Plein la tête ! Dont quelques-uns qui me tiennent particulièrement à cœur et que j’espère lancer très bientôt, mais aussi de belles collaborations à venir. Restez à l’affût pour plus de détails !

 

Notre site internet : www.terre-daccueil.com

Facebook : @editionsterredaccueil

 

Merci

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

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Mariusca Moukengue, slameuse congolaise: Au-delà du slam, il y a le slam et le slam encore

9 Mai 2019, 18:15pm

Publié par Juvénale Obili

La femme et l’art. L’art et la femme. Pour ce mois de Mars, une femme a attiré notre attention. Il s’agit de Mariusca Moukengue. Jeune, jolie, intelligente et épanouie, Mariusca rencontre le slam sur son chemin en 2016 et depuis, elle ne cesse d’accomplir des prouesses dans cet univers artistique grâce à son talent. A cet effet, le sanctuaire de la culture l’a rencontré :

 

 Bonjour Mariusca, comment vas-tu ?

 Je vais bien, merci.

 

Qui est Mariusca Moukengue ?

Mariusca Moukengue est la slameuse congolaise. Amoureuse des belles-lettres et juriste de formation, elle se lance dans l’art (théâtre, dramaturgie) en 2009. C’est en 2016 qu’elle rencontre le slam sur son chemin.

 

Que représente le slam pour toi ? Et comment le définis-tu ?

Le slam est, pour moi, une possibilité de la vie. Il est à mes yeux le moyen par excellence du poétiquement correct: s’exprimer, créer de l’harmonie entre mes rêves. C'est ma réalité à travers le langage poétique. Slamer c’est prêter son souffle de vie aux mots afin que celui-ci change nos maux en véritable source d’espérance. En outre, le slam a ceci de sacré : le partage.

 

Quel message fais-tu véhiculer au travers ton art ?

Ce que je véhicule comme message c’est l’amour, la conquête et la découverte de l’humain. Car l’Homme reste l’élément clé à travers lequel la divinité agit. Mon slam est à la fois une auto-thérapie qui pourrait devenir sociale, mais aussi le canal par lequel je loue les vertus comme la solidarité, la compassion, le sens des responsabilités, du devoir… Ma plume écrit parfois pour l’incompris, l’oublié, le rêvé et le rejeté.

 

Parle-nous brièvement de ton parcours d’artiste…

Dans mon parcours artistique, j’ai eu plusieurs collaborations telles que celle avec l’Union Européenne sur les ateliers slamunité au profit des filles victimes des violences conjugales du 1 décembre 2018 au 31 mars 2019. Un maxi single « Slamourail » qui compte 4 titres. Plusieurs prestations à l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays entre 2016 et 2018 (IFC Congo, Suisse, …). Le théâtre m’a également porté haut en juin 2018 avec « Bac ou mariage » de Fifi Tamsir Niane Cochery, mise en scène par Bill Kouelany à l’institut français de Pointe-Noire. En 2017, je reçois le prix Contemporary Mentoring, bourse décernée par Contemporary and à Waza en RDC et deux autres prix par les ateliers Sahm en 2018.

 

En tant que femme, quelles sont les difficultés que tu as     rencontré au début ?

Les difficultés sont nombreuses comme pour la plupart des femmes artistes. Il y a notamment : le manque de soutien financier, la discrimination sexiste et les difficultés liées aux préjugés. Nonobstant, ce qu’il y a de plus beau c’est de remarquer comment l’amour de son art est capable de briser des frontières. Les difficultés peuvent être transformées en véritable opportunité quand on se met au travail, quand on sait aller vers les autres, quand on sait écouter mais surtout rester humble et croire en l’impossible.

 

Sur quels projets t’engages-tu au-delà des activités autour du slam ?

Au-delà du slam, il y a le slam et le slam encore. A travers le slam j’offre des ateliers slam intitulés Slamunité. A travers le slam je fais des spectacles, concerts. Et, tout dernièrement, mon maxi single « Slamourail ». A travers le slam je fais des rencontres avec les jeunes écoliers « Slamunité in school ». A travers le slam je partage ma vie au public.

 

En plein 21e siècle, que réponds-tu aux hommes qui disent que les femmes ne peuvent rien sans eux ?

Autant que les hommes ne peuvent rien sans les femmes… C’est une question d’interdépendance. On a beau travailler individuellement, la nature nous emmènera toujours à cohabiter et collaborer. La femme c’est ta mère, ta sœur, ton épouse, ta voisine, ta cousine et j’en passe. Tout comme l’homme qui est ton frère, ton ami, ton conjoint, ton cousin, ton neveu… L’univers est bidimensionnel : une dimension féminine et une dimension masculine. L’homme et la femme sont complémentaires. Et cela de la création jusqu’à la fin des temps.

 

Mars mois de la femme, que peux-tu dire à ces femmes porteuses de talents mais qui manquent de l’élan et de la détermination ?

La détermination est ce seul pouvoir qui rend possible des rêves le plus insensés. Femmes, personne ne viendra vers vous si vous ne faites pas le premier pas. La liberté ne se donne pas, elle s’arrache au prix de l’effort. Etre femme est un pouvoir de plus. Pouvoir d’être ce qu’on rêve, pouvoir de changer la société, de réussir, de transformer et de transcender. Femmes, osez, croyez en vous et en vos rêves. Rien ne sera facile mais la meilleure manière d’échouer c’est de ne rien essayer. Formez-vous, formons-nous, allons à la conquête de ce que nous voulons car tout part de la volonté. Oui, l’audace est la seule chose qui touche vraiment le ciel. Osons être et devenir. Tout dépend de toi femme, alors fonce !

 

 

  Propos recueillis par Juvénale Obili.

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