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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Articles avec #chroniques et analyses litteraires

Le ciel à Gagner de David Ménard...

5 Mars 2018, 11:24am

Publié par Nathasha Pemba

David Ménard fait partie de ces auteurs dont on reconnait le style dès l'entrée en matière. Poétique, réaliste, actuel... mais surtout libre.

Le ciel à gagner reste le fruit d'une expérience puisque l'auteur a été avant tout un fonctionnaire fédéral lui-même. C'est au fil de son expérience qu'il prend conscience que la routine qui s'impose souvent aux employés les coupe du monde et parfois d'eux-mêmes. Néanmoins il est important de souligner que cette oeuvre n'est pas autobiographique.

David Ménard questionne la routine professionnelle et l’individualisme de notre époque.

 

Si le livre se situe à la charnière entre le roman et la poésie, le sujet traité est de grande envergure. L’auteur, à partir de cinq jours de la semaine personnifiés,  montre comment les humains s’enlisent dans la routine et la monotonie à partir de leur emploi, mais aussi dans le désir absolu de faire inexister autrui de manière parfois tout à fait inconsciente.

 

Ici, si le travail est présenté comme le lieu de l’égoïsme, il devient aussi le lieu de la décadence de toute la vie de l’individu :

 

« Vous êtes branchés sur tout , sauf sur vous-même ».

 

Au lieu d'assurer l'indépendance, le travail développe désormais la dépendance.

Le texte est découpé en différents jours de la semaine pour souligner l’enfer du travail et la répétition des gestes. L'auteur veut montrer comment la société et notamment le travail coupe l’individu des autres possibilités d’Être. En somme, le texte dénonce un peu la société oppressante qui enferme l’homme aujourd'hui.

 

« Oui, vous savez tout. Vous avez le crâne bourré de chiffres, de codes, de noms d’utilisateur et de mots de passe. Vous avez le cerveau prêt à vomir. Vous avez tout appris. Mais vous avez oublié comment on parle de la pluie et du beau temps, vous ne vous souvenez plus de l’anniversaire de votre mère. Alors, vous réapprenez par cœur ce qui vous attendrissait autrefois. Vous révisez vos couleurs préférées, votre propre histoire et l’art de la petite conversation ».

 

David Ménard soulève quelques points importants.

Le premier à mon avis c’est la course au pouvoir dans les milieux professionnels où la personne humaine est devenue esclave des catégorisations et des promotions et où être le meilleur, même au mépris de l’autre est devenu la norme. Il montre, en outre, que dans certains milieux de travail, toute la vie de l’homme est commandée par une certaine manière cadrée de faire ceci ou cela.

 

Le second point c’est l’indifférence de l’homme ou la femme de notre temps. Il y a comme un conflit permanent  aujourd’hui entre le sens et le non-sens. On est devenu esclave de la mode et de tout ce qui va avec : publicité, régimes à tout prix… Bref l’homme aujourd’hui est devenu un déserteur de la société.

 

Le troisième point, c'est le délitement du lien social.

À force de s'enfermer dans son travail et de vouloir à tout prix plaire, l'individu de notre temps ne se rend pas compte qu'il na plus de vie sociale et que, hors de son travail, il n'est rien.

 

L’auteur soulève encore d’autre points que nous vous encourageons à découvrir en achetant le livre.

 

Dans la journée du lundi, j’ai découvert plusieurs personnalités :

Marie Terne : Cette responsable d’entreprise qui a refusé de laissé filtrer la lumière dans sa vie et qui déteint "le sombre" sur ses employés. Elle a réglé son style vestimentaire, ses manières sont devenues automatiques.

 

Les œuvres  publiées aux Éditions l’Interligne ont ceci de particulier : ils questionnent profondément mon sens philosophique. Quand j’ai commencé ma lecture de  Le ciel à gagner, à la cinquante-neuvième page, je pensais déjà à « L’ère du vide » de Gilles Lipovetsky sur l’individualisme moderne. Même si ce dernier pointe en particulier les sociétés démocratiques, l’inquiétude portée est la même. 

Je recommande vivement ce livre qui vous questionnera, fera rire, pleurer de rire... et réfléchir.

Un immense merci à l'auteur et à l'Éditeur.

 

Nathasha Pemba

Références

David Ménard, Le ciel à gagner, Ottawa, Les Éditions L'Interligne, 2017.

 

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Le pardon de Jean Dello

17 Février 2018, 07:49am

Publié par Juvénale Obili

« Le pardon » est un roman de Jean Dello paru aux Éditions Hémar à Brazzaville, en mars 2008. Sur 119 pages, ce roman est subdivisé en trois parties contenant quatorze chapitres.

 

La trame de ce roman de l’écrivain congolais Jean Dello traite de la question du déchirement familial.  On y retrouve notamment les questions du divorce, de la giffle et du viol [ l'inceste ]. Georges Ndouli, le protagoniste, est au bord de la démence à cause de ses actes odieux qui seront condamnés même par la nature.

Les aveux, la répentance et surtout le pardon va reconstruire l’équilibre familial.

 

La 1ère de couverture du roman présente un ciel couvert d'obscurité faisant descendre toute sa rage à travers de grands tonnerres qui s'abattent sur un arbre ou pratiquement sur la terre. En lisant « Le pardon » dès les premières pages, il y a comme un suspens qui accroche et nous donne envie de poursuivre la lecture afin de découvrir le dénouement ou la chute de l'histoire.

Avec un style maîtrisé et original, la construction des phrases est correcte. Le langage adapté pour tous. La transition entre les chapitres est fluide puisqu'elle fait progresser le récit étape après étape.

La thématique abordée dans « Le pardon » est purement basée sur une analyse socio-culturelle et psychologique, de certaines réalités africaines. Les thèmes développés ici sont : la conséquence du divorce, la mauvaise éducation et la malédiction.

Avec une écriture de dramaturge, Jean Dello présente une Afrique mère qui n'aime pas que ses enfants lui désobéissent en bravant ses valeurs les plus chères telles que l'amour, la pudeur et le respect. Il ne faut pas ennerver la nature en allant à l'encontre d'elle.

Ce qui est aussi interessant c'est que ce roman essaie de donner des solutions par rapport aux problèmes qu’il pose.

 

« Le pardon » de Jean Dello délivre un message très important et éducatif. C'est une interpellation à l'endroit de la famille africaine à propos des problèmes qui sont à la base de scissions. D'abord, il invite les personnes à revoir leurs comportements. Ensuite, il tire en épingle les conséquences que peuvent entraîner nos actes. Enfin, il présente une méthode de réconciliation à partir de l'humilité et du pardon en tenant compte de la culture propre de l’Afrique.

De mon point de vue, l'idée principale ici stigmatise toutes les réalités sociales dans nos familles en transition culturelle aujourdhui. Réclamer les biens de son père, bien que ce dernier soit encore en vie, est la partie la plus choquante que l'auteur ait pu décrire dans le roman. Si nos nous maintenons nos mœurs en dérives, que restera-t-il de l'Afrique ?

 

 

Juvénale Obili

 

 

 

Jean Dello est originaire du Kouilou ( district de Mvouti ). Né le 05 avril 1940, il est titulaire d'un doctorat en Ethnolinguistique, obtenu en 1983 à l'université de Nice. De 1997 à 2002, il fût ministre des postes et télécommunications, chargé des nouvelles technologies au Congo.

 

Références:

Jean Dello, Le Pardon, Brazzaville, Les Éditions Hémar, 2008.

 

 

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Zoartoïste et autres textes de Catherine Gil Alcala

29 Décembre 2017, 19:48pm

Publié par Nathasha Pemba

Catherine Gil Alcala effleure les genres littéraires différents: Nouvelle, théâtre, poésie. Plusieurs de ses textes ont été adapté au théâtre.

Quand j'ai reçu le livre, j'ai pensé à Zoroastre; Ce titre m'a paru ambigu mais je me suis dit qu'il y avait un certainement un grand message derrière ce titre. Le titre est la carte d'identité d'un livre et j'imagine qu'il signifie quelque chose.  C'est une pièce de théâtre composée de quinze miroirs qu'on pourrait appeler "scènes" dans un autre contexte. Zoartoïste en est le personnage principal. Plusieurs autres personnages définis par ces attitudes l'accompagnent. On parle de la mort, des dieux, des anges, des créatures mythologiques.

 

"Jaillissement des hallucinations entre les dents, je fume l'herbe catherinaire.
Je m'avance au centre du théâtre pour faire le récit de ma colère.
Un fil scintille dans un labyrinthe viscéral, des hommes sidérés déambulent dans les rues interminables d'une ruche.
La main d'or d'un non-mort brandit la carte zéro du psychopompe... je chevauche un zébu en décomposition dans les profondeurs de la mer... 
Le crachat du lama signe ma naissance...
Je marche sur la tête vers un point scintillant, sur un double chemin qui mène vers la vie et vers la mort au même instant" 

...

La deuxième partie du livre intitulée "Autres textes" contient des textes poétiques où l'auteur aborde plusieurs thèmes entre autres celui de l'amour ou de la reconstruction de la personne. le vocabulaire est mystérieux avec des saveurs d'érotismes. Les titres sont la preuve de cette empreinte mystérieuse qui caractérise les textes: La Frousse de l'Amour Fou et la Mort ; Rit un Nadir ; Obscuration Ancienne; Jeu t'aime...

Le style de Catherine Gil Alcala est particulier, mais très prenant. Je vous invite à découvrir ses écrits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nathasha Pemba

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Bakhita de Véronique Olmi

2 Décembre 2017, 22:22pm

Publié par Nathasha Pemba

Bakhita, je la connais comme une sainte. Jamais je n'aurais imaginé que son histoire puisse faire un jour l'objet d'une fiction littéraire. C'est donc avec une grande curiosité que je m'y suis plongée.

Bakhita est une ancienne esclave originaire du Darfour. Elle est née en 1869. Elle est morte en 1947 et a été canonisée par Jean-Pau II en 2000.

Partant de ce postulat, nous pouvons donc considérer que le roman de Véronique Olmi est avant tout un roman historique avec une dimension fictive non négligeable.

Dans son enfance Bakhita a connu une violence extrême. À partir du moment où elle est capturée à l'âge de sept ans par des négriers musulmans, elle passe de maître en maître. Violée, torturée et entaillée, elle ne connaît ni la mort physique ni la mort morale. Cependant, elle va jusqu'à oublier son nom. Les trafiquants de la vie humaine la surnomme "Bakhita" qui signifie "Chanceuse".

 

"Ils avancent dans le bruit lourd des chaînes.Ils se traînent, frappent la terre de leur malheur. c'est le bruit du fer qui claque et gémit dans le vent. La longue file des épuisés et des mourants. Leurs grimaces de douleur et leurs lèvres brûlées. Leurs yeux aveugles. Leur peau déchirée. Et on dirait que ce n'est pas une caravane qui passe, mais une seule personne, une seule douleur qui pose son pas sur la plaine et l'écrase"

 

La jeune esclave garde en mémoire les tortures et les horreurs d'une marche interminable où se conjuguent misère et indignité. Lors de cette marche elle chante, mais elle fait aussi la rencontre de Binah une esclave plus jeune qu'elle.

Rachetée par le consul de l'Italie à l'âge de seize ans, Bakhita découvre à son arrivée une terre inégalitaire et où l'exclusion règne en maîtresse. Elle perçoit déjà ce qui sera désormais sa place même si elle est appelée à côtoyer les grands hommes de ce monde. Elle reçoit tout de même, grâce à son maître, une éducation.

 

"Elle est une esclave, et personne. Aucun maître, même le meilleur, personne jamais n’aime son esclave. Et elle se dit qu’un jour, la Madre, d’une façon ou d’une autre apprendra ce qu’est l’esclavage et ce jour-là, elle la punira pour avoir caché la monstrueuse existence qui a été la sienne. Une vie moins qu’une bête. Une vie qui se vole, une vie qui s’achète et s’échange, une vie qui s’abandonne dans le désert, sans même savoir comment on s’appelle"

 

Après un grand procès à Venise, Bakhita réussit à recouvrer sa liberté et décide d'entrer dans les ordres où elle se consacre au service des enfants pauvres. 

Bakhita est un grand roman et à travers cette fiction on se rend vite compte que Véronique Olmi n'a pas voulu nous présenter une énième biographie de la sainte. À partir des recherches et autres types d'investigations, elle a réussi à mêler fiction et réalité à partir d'une écriture fluide où l'on retrouve un style qui lui est particulier: des phrases brèves, une vérité qui ne sombre ni dans le pathétisme ni dans la prétention, une transmission de l'optimisme...

Le thème de l'esclavage est toujours d'actualité et c'est là où semble se situer la pertinence de ce roman qui nous enseigne que finalement, l'humain où qu'il soit, peu importe la position qu'il occupe est capable de pires choses, mais que le respect de la dignité en l'Autre reste toujours un choix possible.

Je vous le recommande.

Nathasha Pemba

 

Le Sanctuaire de la Culture remercie les Éditions Albin Michel pour leur collaboration.

 

Référence

Véronique Olmi, Bakhita, Paris, Albin Michel, 2017.

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La fin de Mame Baby de Gaël Octavia

30 Novembre 2017, 04:58am

Publié par Nathasha Pemba

Le roman féministe de cette rentrée littéraire chez Gallimard Continents Noirs a pour nom: La fin de Mame Baby. Il s'agit du premier roman de Gaël Octavia.

Dans cette toute petite ville qu'on appelle "Le Quartier", quatre femmes se racontent. À travers elles est mise en exergue la question de la relation à l'autre, aux autres et à la culture. Relation qui se construit, qui se déconstruit et qui se reconstruit. 

La femme!

Ces quatre femmes qui refusent de s'enfermer dans un cadre prédéterminé sont des femmes libres qui ont en commun la désolation. Mariette vit dans le souvenir d'une vie remplie mais inaccomplie. Elle fume, boit du vin pour tenir. Aline, discrète et un peu taciturne écoute beaucoup, mais elle porte une douleur que Mariette ignore: Ce qui l'a amenée sept ans auparavant à quitter " le Quartier". Suzanne la petite blanche qui s'occupait de Mariette avant l'arrivée d'Aline. Celle-là (Suzanne) c'est l'amoureuse qui accepte de tout endurer par amour de coeur et du sexe. Enfin il y a Mame Baby l'omniprésente à travers le souvenir de Mariette. Mame Baby c'est un peu la Simone de Beauvoir de la ville. Elle a fait de bonnes études à Paris: Normale Sup.

La présence

Dans ce roman on croise l'histoire. L'histoire des femmes. L'histoire de la femme noire, celle qui n'a pas besoin de se fabriquer une nouvelle identité pour être. Gaël Octavia invite la femme à être tout simplement elle parce qu'elle a le droit d'être elle. C'est un devoir envers la postérité: ne pas se nier. C'est ce qu'est finalement Mame Baby. Dans ce roman, on croise la liberté. Décider de partir ou de rester est une liberté que tout le monde ne peut pas comprendre. Aimer au-delà ou en dehors des appartenances est parfois vital car il n'y a rien de déterminé dans la vie. Seule compte la liberté.

Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture remercie les Éditions Gallimard "Continents noirs" pour la collaboration.

Réf.

Gaël Octavie, La fin de Mame Baby, Paris, Gallimard "Continents noirs", 2017.

 

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Innocence volée de Ninelle N'Siloulou

21 Novembre 2017, 06:04am

Publié par Juvénale Obili

Ninelle N'Siloulou est une écrivaine congolaise. « Innocence Volée » est un roman dont l'histoire s’étale sur 104 pages distinctement reliée par 5 chapitres.


 

« Innocence volée » parle de Milata, l’héroïne dont on pourrait se questionner si elle est porteuse d’une malédiction ou de malchance car depuis l’âge de dix ans sa vie n’est pas de tout repos.

 

Née d’un mariage forcé, Milata, dès sa venue au monde parce que de sexe féminin, n’a connu aucune affection paternelle. Plus tard, alors qu’elle est en quête de son géniteur, elle finit par le retrouver et a du mal à renouer avec lui malgré le manque qu’elle a toujours éprouvé.

La vingtaine, belle et diplômée avec un travail bien rémunéré, Milata connaît plusieurs évènements qui ne la laissent pas en paix. Son destin ressemble quelque peu à celui de sa mère Mpolo décédée.

 

« Innocence volée » c’est aussi l’opposition entre la tradition et la modernité à travers divers faits.

Avec un style d'écriture qui traduit les faits tel un jeu d'énigme, l'auteur expose la thématique suivante : le phénomène du mariage forcé et des mangeurs d'âmes ; le déni de sexe d'un nouveau-né ; le mariage africain face à la stérilité ; la prostitution ; les enfants de la rue ; le mal des préjugés ; le pardon, la réconciliation. Elle touche en même temps la question congolaise en faisant une comparaison entre le Congo du monopartisme et le Congo des valeurs civiques et patriotiques dépravées. Elle parle des jeux africains tels que l'Aoualé ( Ngola ), koukoulé elombé, ndzango et minoko. Elle évoque la cuisine congolaise ( Ngoki à la muambe, ngulu mu manko ). Parlant des Mbochi et Babembé, elle envisage de faire comprendre aux lecteurs qu'il n'y a pas de défauts moraux propres aux différentes ethnies.

 

Pourquoi « Innocence volée » ?

À l'adolescence, Milata a frôlé la prostitution afin de survivre parce que la vie était dure au quotidien avec sa mère dont elle prenait le soin de consoler face à ses chagrins de femme abandonnée par son mari. Elle s’est battue seule dans la vie pour survivre puis s’est ressaisie à l'âge de 17-19 ans. Son innocence volée par son père, Mr Mboukou, qu'elle a détesté très longtemps avec son cœur d'enfant méprisée. Son innocence volée par la vie dans sa position de victime face à tout ce qui lui est arrivé sans le mériter. Elle voulait juste être aimé par son père.

 

Vivre la séparation de ses parents à 10 ans est un énigme que la vie nous impose car l'on ne peut comprendre comment le bonheur peut s'en aller en laissant les empruntes du chagrin derrière lui. Le pardon libère les cœurs rancuniers en distillant la réconciliation tout en rappelant la force de l'amour et les liens familiaux. Cependant, se plaindre dans la vie est un fait qui pousse à la victimisation et rend la vie encore très triste. L'on devrait accepter de laisser partir ceux qui partent de notre vie et faire entrer ceux qui viennent, avec sagesse. En une seule phrase: l'auteur nous montre la clé du bonheur lorsque la vie nous prive de son sourire : l'amour."

 

Juvénale Obili

 

Références:

Ninelle N'Siloulou, « Innocence volée », Éditions La Bruyère, France, 2017.

Prix: 15€

 

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Fatale Obsession de Rebecca de Ibende

3 Novembre 2017, 19:24pm

Publié par Juvénale Obili

Congolaise de Brazzaville, Rebecca De Ibende est née le 20 Novembre 1990 à Pointe-Noire. Elle est journaliste et fondatrice de l'association congolaise de solidarité et de la jeunesse ( A.C.S.J ). « De vous à moi » est une émission qu’elle présente sur la chaîne nationale télé Congo.

 

Trois protagonistes forment l'intrigue de Fatale Obsession : Botutu [ Malédiction en Lingala ], Molili [ Obscurité en Lingala ] et Elombé [ Brave; invincible en Lingala ].

 

* Le premier personnage est une femme troublée psychologiquement à cause du mépris que les gens de son village lui vouent. Son manque d'amour-propre la pousse à détester toutes les autres femmes qui prétendent être plus belles qu'elle. Solitaire, elle place son fils au centre de son malheur en le préparant à devenir l'instrument de sa vengeance envers la société.

 

* Le second personnage est le seul fils que Botutu a eu de toute sa vie. Il nourrit un rêve qu'il n'a pas idéalisé de son propre gré: devenir président de la république de Pongui un jour, afin d'honorer sa tendre mère qui ne lui a montré que des valeurs morales et spirituelles stériles. Très jeune encore, il a un plan déjà établi que le lecteur découvre au fil des pages:

 

« Pour devenir président de la république, j'établis trois règles :

   - règle n°1: je tricherai sur les autres.

   - règles n°2: je serai un obstacle pour tous ceux qui seront susceptibles d'être meilleurs que moi.

   - règle n°3: je vendrai mon âme au diable et, enfin, je ferai de ma mère un mythe. »

 

* Le troisième personnage est un jeune politique, membre du même parti que Molili. Mais, celui-ci le considère comme un ennemi parce qu'il est de l'Ouest du pays et que le pouvoir en place est géré par la plupart des gens de la même ethnie alors majoritaires dans la république de Pongui.

 

Molili obtient son BEPC au village grâce à la corruption et est conduit en ville où il grandit avec Laurent, son professeur compatissant envers sa mère et lui. Laurent le considère Molili comme son frère et essaie toutefois de le recadrer lorsqu'il étale ses antivaleurs imbibées d'ambitions démesurées. Comme la plupart des assoiffés de pouvoir, Molili, impatient, est prêt à tout pour y accéder. Il est prêt à ôter la vie à tous ceux qui se mettent sur son chemin. Laurent devenu plus tard président de la république est l'une de ses victimes.

Sur la piste de la vengeance, une fois au pouvoir, Molili gère le pays comme sa maison tout en garantissant les intérêts de la république des Pilleurs, conscient qu'ils sont capables de le chasser du pouvoir même à des milliers de kilomètres. En effet l'entourage politique de Molili n'a d'intentions que de diviser afin de mieux régner en république de Pongui.

 

Le style d'écriture de l'auteur nous renvoie aux histoires politiques d'une Afrique sanguinaire qui sacrifie son peuple au détriment de la soif du pouvoir. Le roman traite aussi de l'hégémonie du continent européen dans la gestion politique africaine. Le texte est teinté d'humour et d'ironie très caractéristiques de ce genre de thèmes. L'on retrouve également les bribes d'une mentalité criarde qui se présente sur la p50: ce qu'on appelle par ''les matolos'' au Congo.

 

Pourquoi ''Obsession fatale'' comme titre ?

À mon sens, ce titre reflète l'état psychologique de Botutu et son fils Molili. Tous les deux sont irrésistiblement obsédés par l'idée de venger le rejet subi  par leur entourage originel d'abord et par la société ensuite. En effet, le tribalisme qui règne entre l'Est dont ils sont ressortissants et l'Ouest a divisé le pays. Je pourrais dire par ailleurs et selon ma lecture que ce titre manifeste le puissant désir qu'ont les peuples à rechercher la Vie même à travers des sentiers insondables.

Fatale Obsession peint le tableau d'une société qui sort de sa situation dégradante vers une autre plus paisible en passant par tous les contours politiques et égocentriques. Il nous montre les couleurs d'une crise sociale et en même temps les moyens de s'en sortir avec pragmatisme. C'est également une invitation à l'intérêt général, à l'unité, au patriotisme, au changement de mentalité, à l'éveil des consciences pour le développement, ...

 

Juvénale Obili

 

Fatale Obsession a été publié en Octobre 2016 par les éditions « L'Harmattan Congo-Brazzaville ». Il comprend 137 pages.

 

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Hélène Koscielniak et l'art de la nouvelle

15 Octobre 2017, 00:46am

Publié par Nathasha Pemba

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La franco-ontarienne Hélène Koscielniak arpente le quotidien de ses personnages pour y découvrir l'ordinaire et amener les lecteurs à réfléchir sur la suite puisque telle est la trajectoire de la nouvelle: imagination, narration, brièveté, chute... réflexion.

On n'sait jamais à quoi s'attendre est un recueil composé de 12 nouvelles. Ce qui relie toutes ses nouvelles, c'est l'humanité et la vie qui se laissent dévoiler de diverses manières. Mais il y a aussi leur angle d'attaque: le moment où un personnage est entre en ébullition ou encore le moment où un évènement insolite décide que désormais les choses ne peuvent plus être comme avant. Regardons par exemple l'histoire de Cléopâtre le python. Au début, on n'a pas l'air de savoir qu'il s'agit d'un reptile et puis quelques lignes on nous parle d'un python d'une espèce bien rare. Puis cette disparition de Cléo où la grand-mère finit par s'inventer tout un tas d'histoires dans son cerveau en croyant voir le serpent dans le congélateur. C'est aussi l'histoire de Julie et Christian, un couple bien insolite, le genre de couple qui se dit toutes les vilaines choses du monde mais qui ne se sépare jamais. Pour ma part, ce qui m'a touchée dans cette histoire c'est que l'aisance matérielle n'est pas toujours source de joie ou génératrice de talents. J'ai beaucoup aimé cette nouvelle et la chute est juste parfaite. Il en va de même pour la nouvelle "Non! Non!". Triste nouvelle tout de même pour Martin et les jumelles. Une destinée qui questionne sur la relation de l'être humain avec l'animal non-rationnel.

Hélène Koscielniak porte en elle un don pour décrire la vie sous ses jours les plus heureux comme les plus malheureux. Des vieux copains d'école qui se retrouvent, des enfants qui transcendent la différence sociale pour vivre leur amitié et s'encourager. Et puis en fin de compte "J'attends". Qu'est-ce que "J'attends" ? Dans tous les cas "j'ai bon espoir d'y arriver. Je n'ai jamais bu que de l'eau pour étancher ma soif. (...) Le temps passe et j'attends". Cette dernière nouvelle est très originale parce qu'elle fait parler un Sapin qui est témoin de tout. Il attend certes, mais il dévoile surtout comment l'être humain survit dans l'espace comme dans le temps en empruntant parfois des voies aussi inextricables les unes que les autres. Et si finalement on attendait en restant en mouvement ? Cette nouvelle est très originale.

Dans chaque nouvelle de ce recueil, tout semble banal au départ, mais c'est là où finalement se situe le coeur de l'oeuvre: amour, colère, tristesse, rancune, souvenir, violence, temps. L'écriture d'Hélène Koscielniak voguant entre un langage soutenu et familier donne un ton très particulier au recueil car elle souligne l'importance d'une langue dans une communauté humaine. Elle réfléchit sur les problèmes de son temps comme dans "Cléopâtre" où la Mamie  s'interroge: "Quand j'ai du temps, je réfléchis à une question qui me turlupine depuis des années. Qu'avons-nous faits (ou omis de faire), nous les baby-boomers pour engendrer une progéniture si ?" 

Je recommande ce recueil. Il est vivant.

Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture remercie les Éditions de l'Interligne pour sa collaboration.

Références du livre

Hélène Koscielniak, On n'sait jamais à quoi s'attendre

7.99 $21.95 $

Date de parution : 6 septembre 2017
ISBN papier : 978-2-89699-557-8
ISBN PDF : 978-2-89699-558-5
ISBN Epub : 978-2-89699-559-2
Nombre de pages : 180

 

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Imago de Cyril Dion

26 Septembre 2017, 17:33pm

Publié par Nathasha Pemba

 
© Nathasha Pemba

Roman politique, Imago est une histoire qui se vit au quotidien en Palestine. L'auteur traite la question du terrorisme à travers diverses destinées.

Imago c'est l'histoire d'un terroriste qui voyage à Paris pour préparer un attentat. Elle se déroule autour d'une part Khalil quittant la Palestine pour commettre un attentat en France, puis de son frère Nadr qui va à sa recherche pour éviter qu'il ne réalise son projet. Il veut lui faire comprendre que pour défendre une cause, il n'est pas nécessaire de tuer.

Les deux frères qui sont devenus orphelins par un concours de circonstances luttent pour survivre au milieu des groupes terroristes qui recrutent chaque jour. Il y a d'une part le Hamas et d'autre part il y a Daech. L'horreur qu'ils voient chaque jour fait de Khalil un révolté qui veut à tout prix lutter pour sauver la dignité des siens.

D'autre part il y a le visage de Fernando qui apparait. Au début on ne sait pas trop à qui on a affaire puisque l'auteur entrelace les récits et utilise le personnel et l'impersonnel; ce qui est assez intéressant et donne du charme au livre. Fernando fait partie des grands boss du FMI. Contre son gré, il se voit obligé d'accepter cette mission: l'aide humanitaire que son institution accorde aux vies humaines est-elle effective?  C'est un personnage qui a du caractère et à force de détails Cyril Dion le rend bien. Fernando est une personne aride qui trouve son ancrage dans la lecture d'oeuvres fictives. Il est le demi-frère (par sa mère) de Nadr. Leur mère Amandine s'est coupée du monde après avoir oeuvré pendant longtemps dans l'humanitaire. Mais Nadr ne connaît pas encore qui est sa vraie mère.

"Je n'ai pas d'origine, pas de but. La terre qui devrait me nourrir se désagrège sous mes pieds, est agrippée à d'autres mains, labourée par les chenilles de fer. Le ventre où mes membres ont poussé, où mon corps a baigné, nourri de chaleur et de vibrations, m'est devenu étranger. Je ne possède plus rien qui me rattache, plus de branche à laquelle me suspendre, plus de nom qui puisse me désigner. Apatride. Orphelin".

 

L'histoire s'entremêle donc entre ces différents personnages qui, de prime abord, n'ont rien de commun. L'histoire des deux frères montre que parmi ceux qui s'engagent dans le Djihad, il y en a ceux qui sont rongés par le désir de la vérité et qui pensent la trouver à travers un acte terroriste. C'est aussi la prise de conscience de l'espoir qui doit découler du désespoir.

Le lecteur doit faire preuve de concentration pour mieux entrer dans l'esprit de ce roman très particulier. En effet, au fils des chapitres, il est projeté dans un univers psychique tout à fait nouveau. Mais ce qui fait entre autres la beauté de ce livre c'est son caractère réaliste qui rappelle que l'histoire de la Palestine, ce n'est pas de la fiction.

 

Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture remercie les Éditions Actes Sud pour sa collaboration.

Références

Imago

  • Actes Sud
  • 16 Août 2017
  • Littérature Française Romans Nouvelles Correspondance
  • 208 pages, 21.7 X 11.5 cm, 222 grammes
  •  

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Sa mère de Sophia Azzeddine

18 Septembre 2017, 07:07am

Publié par Nathasha Pemba

Sophia Azzeddine met en avant l'histoire de Marie-Adélaïde, une fille née sous x. L'héroïne du roman a connu plusieurs familles et plusieurs emplois en grandissant.

De ce point de vue, on peut dire qu'elle a vécu dans une sorte d'instabilité qui a en quelque sorte influencé le cours de sa vie.

Marie-Adélaïde sait aussi ce que veut dire "matricule numéro tant" après avoir passé un séjour dans une prison.

Bref, elle est convaincue que son histoire n'attire personne parce qu'en plus d'être une fille ordinaire, elle est singulièrement une fille à problèmes. Si elle ne cherche pas les problèmes, ceux-ci ont choisi de venir vers elle. Mais elle ne se décourage pas parce qu'elle est convaincue que tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. 

Ignorant ses vraies origines, Marie-Adélaïde se laisse aller par son imagination féconde en essayant de penser le type de famille à laquelle elle appartiendrait, mais ne sait pas encore qu'elle est d'origine arabe.

Contrairement aux autres (je parle de ceux qui se réunissent au sein d'une association en pensant que ça fera moins mal), je n'ai jamais fantasmé ma mère biologique. J'ai bien réfléchi et j'en suis arrivée à la conclusion que je viens d'une famille de bourgeois. Pas pour me consoler mais parce que c'est logique. Les gros beaufs bouffeurs de surimi, il les gardent les gosses, ils ne les abandonnent pas. Plus tard, les torgnoles pleuvent mais bizarrement l'affection est là. (...). Ce sont les bourgeois qui se débarrassent des mauvaises branches. Ils n'aiment pas les contraintes, peu importe leur nature, ils ont un projet de vie qu'ils n'envisagent qu'à long terme. (...). Mon grand-père a dû trancher comme ça: tu abandonneras ce bébé et tout redeviendra comme avant. Ça a dû être bref. Comme le soupir qui l'a précédé.

 

Cet extrait montre que même si elle suppose être née d'une bourgeoise, elle ne les porte pas trop dans son coeur.

Entre autres thèmes développés, il y a la question de la relation mère-fille qui n'est pas abordée directement, mais qui en réalité constitue le fil du texte comme l'indique le titre. Toutefois il s'agit ici d'une mère inconnue, lointaine... comme l'est l'héroïne aussi, presque insaisissable et assez éloignée de la réalité. Avant de rencontrer sa mère, Marie-Adélaïde est une fille en colère qui rejette tout le monde. En passant, elle égratigne les bourgeois, les pauvres, les hommes et femmes politiques, la cour des grands... Bref, à force de vouloir dénoncer tout, elle ne dénonce presque rien et frôle la stigmatisation.

Écrit à la première personne sans être forcément linéaire, le roman est très captivant et ne donne pas envie de le poser tant qu'on n'a pas lu le dernier mot. On peut dire que le style de l'auteure est très captivant. L'auteur évoque aussi les attentas du 15 novembre à Paris, les difficultés liées à l'emploi et autres thèmes.

Nathasha Pemba

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