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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Articles avec #chroniques et analyses litteraires

La danse de Pilar de Charline Effah: Toutes les histoires familiales ont les fesses entre deux chaises: l'amour et la haine.

30 Juillet 2018, 17:32pm

Publié par Nathasha Pemba

La danse de Pilar aborde la question des relations familiales. À partir d’une narration remémorative, il est question des bons et des mauvais souvenirs vécus au sein de la famille Emane. Comme dans « N’Être » le premier roman de Charline Effah, il y a au fondement de ce récit un problème de repères familiaux où se dessine une fragmentation des liens.

 

C’est au début du roman, à partir du chapitre intitulé « Ruines » que le souvenir refait surface. Paterne est assis sur une chaise dans la chambre de sa mère. Il contemple l’immobilité dispersée autour de lui.  Il y a une photo qui rappelle le  temps où tout allait encore bien. Il se souvient et s’interroge. L’histoire dans ce roman est dans le souvenir, le souvenir qui en tisse la trame essentielle ; le souvenir des lieux, le souvenir de l’amour, le souvenir de la haine…

 

Le texte est marqué par la prédominance d’un « Je » narrateur qui s’adresse  à un « Tu » explicite, bigarré et responsable. Il n’y a pas d'accusation ciblée certes, mais il y a comme une commune culpabilité qui essaie de rappeler à chacun sa part de responsabilité. Il s’adresse simultanément et directement aux personnages. En même temps qu’il interpelle le lecteur, il s’adresse à tour de rôle au père, à la mère et au frère : Salomon, Pilar, Jacob… C’est ce qui forme d’ailleurs les différentes séquences titrées du texte auxquelles s’ajoutent le prologue et l’épilogue. Le « Tu » est ici le personnage sur qui on raconte l’histoire. Il n’y a pas dialogue.

 

Devant les yeux et dans le souvenir de Paterne défile une histoire, celle de leur famille ; un fratricide, celui qu'il a commis. Il vient d’ôter la vie à celui avec qui il avait signé un pacte de sang, son frère Jacob. Comment a-t-il pu en arriver là ? Comment de l’amour, on peut facilement arriver à la haine et au mépris de l’autre ?

 

Paterne se souvient de sa mère Pilar alias Queen-P., une danseuse professionnelle à Nlam, pays imaginaire d’Afrique subsaharienne. Si elle est une danseuse professionnelle, elle n’est pas n’importe quelle danseuse. Elle danse pour le parti au pouvoir, donne et reçoit des faveurs au/du Grand Camarade. Pourtant, la richesse matérielle et son carnet d’adresse ne lui suffisent pas. Elle veut une certaine notoriété. Et cela, seul un homme peut la lui donner. Au cours d’une cérémonie, elle fait la connaissance de Salomon. Ce dernier, ancien étudiant au chômage, est à la recherche d’une situation sociale qui lui donnerait une certaine place dans la société. C’est alors l’occasion rêvée pour tous les deux de réaliser leur dessein intime. Le narrateur le traduit en ces termes :

 

Tu espérais qu’elle allait finir un jour par te propulser dans les hautes sphères de la vie faste pour laquelle tu bavais. Elle t’avait dit que chauffeur de salle, porteur de sacs et tout ça, là c’était pour un temps

 

Homme responsable à la maison, Salomon assume ses responsabilités de chef de famille. Au fil du temps, ne trouvant pas gain de cause sur le plan social et politique, il intègre le parti de l’opposition et en devient le chef de file. C’est chez Jézabel, la concurrente de Pilar, que lui et ses amis élisent domicile. Entre temps Salomon a une aventure avec une des prostituées de Jézabel,  Oyane, qui tombe enceinte et donne un fils à Salomon, Jacob. Malgré les réticences de Pilar, Jacob rejoindra la grande famille Emane.

 

Dans sa relation avec Pilar, ce qui compte pour Salomon c’est son ascension sociale qu’il obtiendra grâce à la double vie que mène sa femme. Ainsi par la volonté « toute puissante » de cette dernière, il parvient à obtenir un poste. Dans ce couple, seul l’intérêt compte. Le narrateur le rappelle d’ailleurs :

 

Mais en réalité, tu n’étais pas un opposant. Tu possédais juste des envies d’une autre vie qui était possible, si tu parvenais à renverser le régime en place et ; à te hisser sur le fauteuil présidentiel

Salomon Emane, tu incarnais l’image du politique amovible. Mû par ta soif de réussir, tu étais occupé à retourner ta veste pour te donner plus de chances. D’un côté comme d’un autre, seule ta réussite te guidait.

 

Ici, on constate, en réalité, que Paterne et son frère Jacob  n’ont jamais eu d’importance aux yeux de leurs géniteurs qui étaient mus par leurs propres intérêts. Malgré cela, ils ont lutté, essayé de s’aimer en dépit de la haine qui transparaissait dans les relations entre leurs deux parents, deux assoiffés du désir de paraître.

 

Dans chaque ligne du roman, la remémoration de Paterne révèle les dépendances et interdépendances familiales, les influences, les trahisons, les dispersions, les penchants de Pilar, les fausses réconciliations et la mort. Après l’exécution de ses amis, Salomon est retrouvé mort dans son bureau. Pilar fait enlever son corps par les services de la morgue. Elle organise les obsèques manu-militari pour faire disparaître cet homme de sa vie. Elle n’a jamais aimé Salomon puisqu’elle l’a haï jusqu’à la mort. Elle l’a non seulement fait tuer, mais elle a refusé de lui donner une existence au-delà de la mort; elle a interdit aux fossoyeurs de marquer une inscription sur sa tombe. Elle a replacé Salomon dans l’anonymat dans lequel elle l’avait trouvé. N’est-ce pas elle qui l’a créé socialement et politiquement? Ne devait-elle pas décider de son existence même après la mort ? Seulement, elle avait oublié Jacob, le souvenir vivant de Salomon. Jacob le frère de son fils Paterne.

 

Ne pouvant pas supporter Jacob, Pilar finit par le chasser de la maison. Après avoir été chassé de la maison familiale, le fils mal-aimé disparaît sans donner des nouvelles. Dans son pays d’accueil, il a eu un coup de foudre pour Leslie, une européenne. Il revient à Nlam pour montrer qu’il a réussi sa vie, qu’il est marié et qu’il mène une vie stable. Il revient s’installer chez sa mère Pilar. Néanmoins, cette réussite n’est qu’une façade, car Paterne retrouve un frère violent, broyé par le souvenir d’une enfance malmenée. Jacob bat Leslie et la violente selon son gré. Ce que Paterne a du mal à cautionner car au premier regard il était tombé amoureux de Leslie. Il demande constamment à son frère d’être plus clément envers sa femme. Le souvenir de la haine entre leurs parents refait surface car Jacob estime que si son père Salomon est mort, c’est parce qu’il a été faible devant Pilar. Il n’est donc pas question pour lui d’être tendre avec Leslie.

Tu étais, d’après tes dires, un mari irréprochable. Jamais de tendresse. Toujours des paroles fortes. Violentes. Toujours tu recadrais. Toujours tu dictais et il fallait qu’elle t’obéisse.

 

Ce jour-là, en retrouvant Leslie et Paterne, Jacob était en colère car il soupçonnait quelque chose entre son frère et son épouse. On aurait même dit qu’il l’avait amenée exprès dans cette maison pour amener son frère à la faute. La culture de la haine inoculée par leurs parents a beaucoup contribué à cette chute. Pilar désormais convertie n’était pas capable de grand-chose puisqu’après avoir été sous la protection du Grand Camarade, c’est désormais sous celle du pasteur Mayombo qu’elle tentait d’exister.

Les deux frères se sont livrés au combat. Victimes du dressage de leurs parents, victimes de leur amour. Le crime eut pour nom Paterne qui en réalité voulait se protéger de la colère de son frère. C’est lorsque Jacob a touché aux cheveux de Leslie que Paterne a saisi une bouteille et l’a frappé sur le bras de son frère. Il voulait aider Leslie à s’enfuir. Malheureusement Jacob l’a suivie. Et c’est là que tout est arrivé, très vite. C’est là l’ultime héritage de Paterne : Qu’as-tu fait Jacob ? Qu’as-tu fait de ton frère ? Cette voix, Celle du sang de son frère comme celle d’Abel le Juste qui crie dans le désert pour questionner Caïn. Qu’as-tu fait ?

 

Seul devant sa conscience, Paterne réalise que lui et son frère Jacob ont reçu la haine en héritage. Pilar sa mère leur a transmis la haine car elle était « rancunière jusqu’aux limites des ténèbres». Il cherche à comprendre comment il est arrivé à devenir « un monstre aux mains sales », lui qui, réunis avec son frère étaient plus forts que Pilar ?

 

Il médite dans son cœur :

 

On dit que le cœur d’un enfant ne possède aucune once de haine. On l’imagine, ce cœur, éclatant d’amour et de candeur, débordant d’altruisme, dénudé de mal. Mais il arrive que la haine et la méchanceté poussent quand on sait s’y prendre pour les planter, quand on les arrose régulièrement et qu’elles prennent racine, telles des mauvaises herbes, étouffant toute la pureté des bons sentiments

 

En introduisant l’épisode de Genèse 4, 8-10, j'ai voulu souligner que le roman de Charline Effah accorde une place essentielle à la fratrie et que c’est cet aspect qui a d’abord retenu mon attention. Elle déroule une fratricide qui rappelle celle de Caïn contre Abel, une rivalité entre les doubles. À la convergence de divers héritages, Charline Effah l’est également dans son écriture. Après avoir montré dans « N’Être » le conflit entre la mère et la fille, elle revient dans « La danse de Pilar » sur la question du dysfonctionnement familial à travers l’hypocrisie des parents, mais aussi à partir de l’amour entre deux frères qui finit en haine viscérale. Elle montre que toutes les histoires du monde ont, au fondement tourné autour des conflits. Les premières relations fraternelles en général vont de la perfection à la destruction ou à la rivalité, mais elles sont toujours des meurtres fondateurs. Ce qui reste assez marquant c’est qu’il y a, presque toujours, au fondement un amour quasiment inséparable (pacte de sang). Sur le plan de la symbolique d’un autre ordre, on peut dire que Paterne et Jacob symbolisent la réalité politique actuelle car en général, les opposants et les partisans de la majorité au pouvoir sont au départ des frères.

 

Paterne est là, il attend que la police vienne le chercher. Il observe la photo de ses parents sur la table, se souvient et se remémore. Il cherche à comprendre à quel moment l’amour avait cessé d’être le moteur de leur vie. Il tente de reconstituer l’histoire familiale, nous invitant presque à écrire la nôtre pour notre propre cheminement. Comme cette photo posée sur la table, Paterne essaie de retisser le lien alors qu’il sait que dans quelques heures la police viendra le chercher… Heureusement qu’il lui reste l’amour de Leslie :

 

 (…) Ici la loi des hommes est dure certes, mais il reste l’amour. L’amour que les faibles et les lâches ne connaitront jamais et ne sauront pas qu’il est le lieu où les femmes brisent les barreaux de toutes les prisons du monde et qu’avec cet amour, elles savent, l’espoir dans le cœur, telle une flamme qu’elles entretiennent, attendre le retour de l’être cher 

 

Ce qui rend ce roman particulièrement émouvant et attrayant pour le lecteur que je suis, c’est le choix fait par Charline Effah d’une narration assez particulière qui se situe dans le souvenir d’un ordonnancement par effets dans une sorte d’aller et retour entre le « Je » et le « Tu », d’une écriture à la fois évocatrice, réflexive, allégorique et participative. Dès la page 22, le narrateur invite le lecteur à embarquer avec lui dans le roman :

Récurer les souvenirs jaunis pour faire renaître l’histoire familiale telle qu’on me l’a racontée avec les mots des autres, mais aussi telle que je l’ai vécue, sentie, traversée. Raconter la famille au cas où quelqu’un se demanderait le pourquoi du drame. Convoquer la mémoire saturée des origines des heurts et des blessures d’une fratrie morcelée. C’est peut-être la seule manière de comprendre que la fascination que j’ai éprouvée pour mon frère était si honteusement douloureuse pour Pilar, car, à ses yeux, j’ai toujours représenté tout ce qu’elle ne voulait pas d’un fils.

(…)

Toutes les histoires familiales du monde ont les fesses entre deux chaises : l’amour et la haine.

 

Même en mettant un point final à ma note de lecture, j’ai le sentiment de n’avoir pas assez exploré le roman de Charline Effah. Je me suis notamment demandée sur les choix des noms. Paterne par exemple, est un nom qui signifie « appartient au père ». Pourquoi l’auteure a-t-elle choisi ce prénom. Est-ce pour dire que Paterne en fin de compte est celui qui refondera la famille, la société de Nlam ?

 

 

Nathasha Pemba

Références

Charline Effah, La danse de Pilar, Ciboure, La Cheminante, 2018.

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A l'ombre des érables et des palmiers de Guy Bélizaire

21 Juillet 2018, 02:28am

Publié par Nathasha Pemba

Guy Bélizaire, d’origine haïtienne offre un recueil de Nouvelles d’une richesse extraordinaire. Composé de quatorze nouvelles, « À l’ombre des érables et des palmiers », un titre très révélateur, situe le lecteur entre deux mondes : le Canada représenté par l’érable et Haïti symbolisé par le palmier. Il y parle des Haïtiens d’ici et de là-bas.

 

Si les symboles ont un sens très fort à partir de la première de couverture, l'on constate que les nouvelles telles qu’elles sont présentées expriment en profondeur l’état d’esprit d’un immigré qui vit toujours entre la culture d’origine et la culture de la terre d’accueil. Ce qui, à mon sens, s’illustre de manière assez puissante dans la nouvelle intitulée « Vengeance », où lorsqu'après avoir été licencié de son travail, le père de famille ne pense qu’à une seule chose : rentrer chez lui. 

 

Rentrer chez soi ici apparaît comme une renaissance car le lieu des origines qu’on a jadis quitté pour des raisons diverses devient comme le lieu de l’espoir. Chez nous ou chez soi paraît être le lieu où l'on pense que l'on ne pourra rejeté même si on est au chômage. Chez nous est le lieu où, malgré la misère, on nous respecte et où la dignité revêt un sens. Malgré les difficultés économiques ou politiques, le lieu des origines devient le lieu du Salut.

 

Dans la nouvelle « Vengeance » comme dans toutes les autres, Guy Belizaire interprète la réalité de « l’immigration » non seulement comme possibilité de partir, mais aussi comme possibilité de rester au sens où celui qui part ne part jamais en réalité. En effet, dans le texte, chaque personnage de chaque nouvelle rappelle Haïti. Même celui qui a complètement bâti sa vie et qui occupe un poste assez important dans le pays qui l'a accueilli,  reste toujours tourné vers ses origines, vers des souvenirs d’enfance parfois cruels ou joyeux; vers sa famille.

 

Dans ces textes de l’exil, les personnages vont à la rencontre de la bêtise humaine où finalement on finit par se rendre compte que l’homme où qu’il soit reste homme. Revenant toujours dans la nouvelle « Vengeance », l’auteur montre comment en face de son désir de venger, le jeune adolescent se rend compte que le préjugé peut parfois faire commettre des bêtises.

 

La notion de préjugé ouvre ici directement à l'un des thèmes que soulève également l’auteur dans ce recueil : Le racisme.

 

Selon un constat et une expérience personnelle, le racisme dans les sociétés occidentales se fonde souvent sur un préjugé ou sur un complexe de supériorité. Plusieurs racistes sont souvent ignorants de la culture des personnes envers lesquelles ils posent des actes de racisme. Il y a environ deux jours un collègue me demandait si le racisme me choquait. Je lui ai répondu que non. Néanmoins avec l’habitude j’ai appris à repérer ceux que je considère comme inculte dans le sens des personnes en manque notoire de culture. Et ceux qui volontairement sont racistes, se prennent pour la race supérieure et ont tendance à ridiculiser les personnes différentes d'eux. Avec ceux-là, je réagis automatiquement pour ne pas qu’ils aillent au bout de leur logique de raciste. En général ce type de racistes portent des préjugés du genre : « Tous les noirs font des sales boulots et qu’ils ne peuvent jamais faire plus que ça » ou encore « les personnes issues des pays en voie de développement mangent beaucoup ».

 

Quelquefois on parle d’accent alors que tout être humain incarné dans une société est porteur d’un accent. Or lorsqu’on vous pointe par votre accent on vous classe déjà comme étranger, celui qui n’est pas « d’ici ». C’est aussi cette attitude qu’on retrouve dans la première nouvelle du recueil qui s’intitule « L’accent ». On y retrouve des expressions comme : « les regard qu’on lui jetait », « se sentant mal à l’aise dans ce quartier », « Dites-donc, madame, c’est la première fois que vous voyez un nègre ? », « Retournez donc chez vous ! », « Son accent lui avait joué un mauvais tour ».

 

Dans cette première nouvelle, le mot regard revient plusieurs fois. C’est pour montrer que si "au commencement est le regard" comme le souligne Bachelard dans la préface de « Je et tu » de Buber, dans le racisme aussi le regard occupe une place importante ; c’est un regard qui enferme et qui nie l’altérité et même l’existence d’autrui. C’est un regard discriminant qui empêche l’étranger de s’intégrer et de se faire une nouvelle existence.

 

L’ouvrage est très intéressant au niveau du genre, mais aussi d’un point de vue sociologique où l’auteur présente le fait social tel qu’il se vit réellement dans la société québécoise. Il replace la question du racisme au cœur des débats, car c’est une question qui est souvent éludée notamment avec les expressions comme « le racisme systémique ». Il donne la parole à des personnages qui décrivent bien le quotidien de certains immigrés :

 

« Il se souvenait qu’un jour, la fille qu’il avait voulu demander une information s’était sauvée en courant quand elle avait remarqué à qui elle avait affaire ».

 

En dehors des nouvelles citées plus haut, plusieurs autres sont intéressantes comme le Pardon, la haine, le dernier acte. Je recommande vivement ce recueil.

 

In fine, « À l’ombre des érables et des palmiers » permet de comprendre le regard sur l’immigré et tout ce qui va avec à l'instar du racisme, de la discrimination et du renfermement sur soi. L’auteur soulève les questions de l’identité et du multiculturalisme vécu au-delà des théories. La leçon que l'on pourrait retenir c'est que l’immigré est un Autre pour tous. Il est un étranger qui est appelé à s’intégrer au Nous qu’il trouve lorsqu’il arrive, mais le Nous local doit aussi s’ouvrir à lui au sens où il ne doit pas limiter le statut de l’immigré à un travail qu’il doit accomplir ou encore à sa couleur de peau, mais il doit l’accueillir comme un alter ego qui est un possible concitoyen différent dans son être.

 

Nathasha Pemba

 

Références de l'ouvrage

Guy Bélizaire, « À l’ombre des érables et des palmiers », Ottawa, Éditions l'interligne, 2018.

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Un océan, deux mers, trois continents, Wilfried N'Sondé

5 Juin 2018, 05:29am

Publié par Juvénale Obili

 

Lauréat du prix Ahmadou Kourouma 2018, pour son ouvrage « Un océan, deux mers, trois continents » paru aux Éditions Actes Sud en janvier de la même année, Wilfried N'sondé est un écrivain et chanteur français d'origine congolaise.

 

Le récit de cet ouvrage tourne d'une époque : celle de l'esclavage, de la manipulation politique et du servage à travers un personnage principal Nsaku Ne Vunda ( fils de Vunda dans la langue Kongo ). Ce protagoniste est né en 1583 à Boko et a fait l'école missionnaire de Mbanza Kongo ( ville capitale du Royaume Kongo ), d'où il est sorti prêtre.

 

La scène s'inscrit au début du 17e siècle quand le protagoniste acquit le nom de Dom Antonio Manuel après son baptême. Il réussit, en outre, à convertir au catholicisme le roi Manzou a Nimi, appelé désormais Alvaro II. Ce fût un grand exploit à une époque où l'Homme, réduit au rang de simple objet de transactions commerciales, est considéré comme une marchandise tel qu'évoqué à la page 28 de l'ouvrage.

 

Le fait qu’Alvaro II devint catholique diminua sans nul doute quelques pratiques obscures au niveau d'un Royaume qui se voulait désespérément intègre et juste, à l'image des neuf femmes fondatrices de celui-ci. N’Sonde montre que ces dernières sont au cœur  d'une légende racontée à toutes les générations car ce sont elles qui ont donné le nom Kongo au royaume (le lieu où il ne faut pas se rendre).

 

Mystérieux dans son enfance et respectueux, le héros du roman était apprécié de ses aînés. Ses parents adoptifs pressentaient que Nsaku Ne Vunda aurait un destin hors du commun. Inspiré et assis dans ses valeurs de solidarité découlant du respect des ancêtres, surtout des traditions, il fut choisi par Alvaro II pour répondre à la sollicitation du pape Paul V en vue de représenter le Royaume Kongo à Rome en tant qu'ambassadeur en 1604.

 

Dans son livre, Wilfrid N'Sondé rappelle la définition de l'histoire comme le récit des événements passés. Il rappelle notamment le côté sombre de l’histoire ponctué de moments dramatiques entre enchantement, supplice et victoire. Ce qui donne à son livre un caractère non seulement fictif, mais aussi réaliste puisqu’en le lisant, on a l’impression de suivre un documentaire.

C’est l'histoire de l’humanité qui nous est contée sur des pages écrites en caractère métallique. En lisant, je me suis permise de penser que ce livre ferait un fon film, car à mon sens, il manque des images pour une illustration pertinente, en vue de l’apprentissage aux plus petits.

 

N’Sondé utilise un style d'écriture qui décrit le mieux possible chaque moment qu'a vécu le protagoniste. Conscient que le voyage de Mbanza Kongo à Rome serait long mais surpris de vivre un parcours pernicieux tant du point de vue physique et moral durant toute la période du voyage.

 

Ici, l'auteur tente de répondre aux questions suivantes : que s'est-il passé exactement lors de ce voyage ? Qu'avait subi réellement Dom Antonio Manuel ? Quel était son regard sur la réalité ignoble de cette époque ? Avait-il accompli sa mission pendant son séjour à Rome ?

 

Le navire qui permit à Dom Antonio Manuel d'effectuer ce long voyage est décrit comme un monstre de bois dans ce roman. Le prêtre qu’il est conscient que ce navire est un enfer à ciel ouvert. Les détenus soumis à une souffrance horrible lancent inlassablement des cris de détresse (cf p. 63). Ceci une illustration palpable de la bonne dose d'imagination dont fait preuve l'auteur.

 

Ainsi, le titre donné à cet ouvrage n'est autre que le chemin parcouru non seulement par l'ambassadeur Kongo vers le Vatican, mais aussi par les esclaves. Ce qui ouvre sur une réflexion contemporaine lorsqu’on essaie de se tourner sur ce qui se passe aujourd’hui avec les migrants qui quittent l’Afrique, volontairement et empruntent le chemin de la mer en quête d’une vie plus décente. L’analogie entre l’enfer et le navire reste le même aujourd’hui. Ceux qui partent aujourd’hui ne sont jamais sûrs d’arriver. Et Dieu seul sait ce qu’ils vivent comme supplice sur ce chemin de fortune.

 

Par ailleurs, Wilfrid N'Sondé évoque l'image de la femme aimante, forte, courageuse et battante à travers, entre autres, Thérèse, en qui Dom Antonio Manuel trouva l'amour. Un cœur à travers lequel il crut retrouver sa mère décédée juste après sa naissance.

 

Une fois arrivé au Vatican, Nsaku Ne Vunda eut pour priorité de remplir sa tâche bien qu'exténué physiquement par tout ce qu'il avait subi durant son voyage. Premier prêtre de sa communauté à avoir effectué tout ce voyage avec le privilège qu'il bénéficiât une fois arrivé à destination, cet ambassadeur Kongo garda ses principes et ses valeurs intactes.

 

Finalement, Nsaku Ne Vunda Dom Antonio Manuel  a rempli et  a accompli une mission qui semblait des plus impossibles : marcher sur les pas de ses ancêtres, parler de sa religion, en être un exemple et y faire adhérer principalement Alvaro II. Ce qui était un bon signe pour le peuple Kongo et son avenir. En outre, il était aussi conscient d’avoir la mission de promouvoir en tout temps et en tout lieu les valeurs humanistes afin de considérer l'Homme, le respecter et l'aimer. Il mourut en janvier 1608.

 

Nsaku Ne Vunda Dom Antonio Manuel serait-il le revenant selon la légende ? La réincarnation de l'astre au milieu des humains ?

 

Juvénale Obili 

 

Références :

 

Wilfried N'Sondé, Un océan, deux mers, trois continents, 272 pages, Éditions Actes Sud, France, 2018.

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Requiem pour une âme hantée de Mayft Nzaou

18 Mai 2018, 17:23pm

Publié par Boris Mackayat

Mayft Nzaou est un écrivain prolifique et atypique qui pique tout de suite la curiosité. Né en 1982, il fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs qui sait associer le réel et la fiction avec maestria. L’auteur vit à Libreville et travaille comme cadre administratif dans une société privée de la place. Il est passionné par le cinéma et la musique. Il a à son actif deux romans : Avant l’aube paru aux éditions jets d’encres et Requiem pour une âme hantée signé également aux éditions jets d’encres en avril 2018.

Requiem pour une âme hantée ?

Il y a quelque chose de troublant dans ce titre. A l’entendre, requiem n’est rien d’autre que le repos. Ce roman est une intrigue écrite de façon cryptique. C’est le compte rendu psychologique d’un fait qui hante jour et nuit un jeune homme.

Dès le début du roman le lecteur est oppressé, l’horreur a lieu tout de suite, c’est abominable dès la première page. Un jeune homme est affaibli et captif, triste et écorché, son regard est sombre. Nathaniel le protagoniste principal est enfermé dans un lieu clôt et des voix le hantent et le ramènent dans ses souvenirs. La raison de tout cela sera expliquée au fur et à mesure et cela crée vraiment quelque chose de pétillant dans l’intrigue.

L’auteur n’a pas choisi la facilité, il n’a pas fait le roman gabonais qu’on attend sur la situation de l’amour, la femme ou de la polygamie. Il a su créer un sentiment autre que la fébrilité ; il nous entraine dans une véritable fiction digne d’un film hollywoodien. Il sort des schémas préconçus avec maestria en s’attaquant à la thématique brulante des pulsions violentes de la fin de l’adolescence à travers le passé et le présent de Nathaniel. C’est vraiment un regard intime car il s’occupe de montrer comment ce jeune adulte se voit hanté par son passé, par les coups violents de son père qui ont fini par tuer sa mère et faire de lui un véritable misanthrope, un être blessé.

Nathaniel redoute d’être la réédition de son père il s’est programmé sans avenir et ce malgré la présence d’Edmée dans sa vie. Nathaniel est constamment envouté par des pulsions violentes. Il voit tout à travers un prisme poétique, une colère très douloureuse qui poétise même l’horreur.

Dans ce texte L’auteur déshabille le mot pour être en accord avec sa sensibilité. Il fait dire au mot ce qu’il a à dire. Il utilise plusieurs formes narratives qui soulignent l’importance duale et ambiguë, d’avoir à s’approcher mais aussi de prendre de la distance par rapport au sujet de la violence, incarnée dans ce livre.

C’est une narration intimiste, l’écriture est excellente. Tout est agréable. Le suspense est immensément riche, de quoi réjouir le lecteur avide d’intrigues bien menées. L’œuvre est constituée de dix chapitres, d’un prologue et d’un épilogue.

Requiem pour une âme hantée, voilà un roman bien teinté de réalisme avec un tourbillon d’émotions. À la fin de la lecture on a l’impression d’avoir vécu un moment privilégié avec les personnages.

Je recommande plusieurs lectures du texte pour en saisir la complexité, car il est vraiment dense.

Johnny Hallyday a dit requiem pour un fou et voici que Mayft Nzaou nous donne Requiem pour une âme hantée. Trouvera-t-elle le repos ? 

Boris MACKAYAT

Références:

Mayft Nzaou, Requiem pour une âme hantée, Saint-Maur-des-Fossés, Edition Jets d’encre, 2018.

ISBN 9782354859510

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Et ma langue se mit à danser de Ysiaka Anam

13 Mai 2018, 04:55am

Publié par Nathasha Pemba

Z, son père, ses camarades, ses sœurs, ses ancêtres. Tels sont les personnages principaux du grand roman d’Ysiaka Anam. Il est essentiel de distinguer ici beau et grand car si le roman est beau, il est avant tout grand, parce que malgré son petit format, il est dense et très pertinent. C’est donc dans sa densité que se situe sa grandeur.

 

Z ici c’est la narratrice, celle qui parle de ce qu’elle a vécu et ce qu’elle vit encore sur ses origines et son rapport à autrui. Elle touche aussi la question ambivalente du complexe des origines.

Et ma langue se mit à danser explore plusieurs thèmes : l’identité, les origines, la race, la femme, la place du père en Occident, la famille, les rencontres, mais aussi et c’est ce qui me semble essentiel, le désir d’émerger par l’invention de soi. C’est ce désir d’avancer qui fait de ce roman, à mes yeux, une œuvre positive et non contestataire simplement. D’ailleurs la posture de l’œuvre n’est pas dans la revendication; elle est dans le regret certes, mais elle manifeste la volonté d'avancer de la part de la narratrice :

 

Aujourd’hui, je ne sais pas encore faire une pièce unique où tout tiendrait parfaitement ensemble. Mais j’apprends à rassembler mes fragments. Je les recouds ensemble, avec mes doigts toujours aussi maladroits. Ceux-là je les regarde maintenant avec beaucoup de bienveillance : je sais par où ils sont passés.

La vie peut retrouver un ordre : j’ai repêché les lettres de mon alphabet

 

 

L’histoire se déroule entre la France et un pays d’Afrique de l’Ouest que la narratrice choisit de taire. Elle, c’est Z, cette fille noire dont les parents ont choisi un jour d’immigrer en France. C’est à l’âge de cinq ans qu’elle quitte le pays. Elle y revient deux fois, mais ne sent pas particulièrement attachée à cette terre. Elle se sent presque perdue parce que si elle a du mal à se sentir française parmi les petites blanches, elle a du mal à se reconnaître dans ce pays. Quand elle est enfant, elle veut s’exclure de la société. Ses parents ne communiquent ni sur l’origine, ni sur l’exil ni sur le nouveau lieu de vie. Elle finit par vivre une honte dans sa relation avec sa langue, car à force de ne pas exercer cette langue d’origine, elle sent qu’elle la perd peu à peu. Elle l’illustre au moyen des contes qu’elle raconte. Pour réveiller la conscience et faire renaitre l’espoir. Le premier conte parle d’une mère qui va à la recherche de la langue de son enfant. Le deuxième c’est cette fille à la recherche de la langue de son père, et le troisième ce sont deux personnes, un homme et un enfant, qui marchent vers l’inconnu et qui ne communiquent pas mais qui vivent des expériences insolites. La narratrice place les langues dans les forêts, derrière les rochers comme pour montrer qu’elles n’ont pas disparu ; mais que l’histoire les a cachées et que si on ne fournit pas quelques efforts, elles risquent de se perdre définitivement.

 

Un jour à l’école, une enfant lui a dit » : « Tu ne peux pas jouer avec nous parce que t’es noire ». Cette phrase qui a continué à résonner en Elle a contribué à la rendre malheureuse, à vivre une misère personnelle puisqu’en famille, le silence est tel qu’elle ne voit pas comment en parler.

 

Prise en tenaille entre le monde dans lequel elle vit et ses origines, Z choisit la solitude.

 

De même qu’elle a été dépouillée par l’immigration de sa langue, de même Z se sent en quelque sorte dépouillée par le regard d’autrui. Elle veut se définir elle-même, mais elle ne s’en sort pas. Entre les Noirs et les Blancs, elle a besoin de se créer une place. Même si elle s’éloigne du monde, elle sait que ce n’est que grâce à l’altérité qu’elle peut se prendre en charge. Le retour sur soi par la solitude est donc une sorte de thérapie.

 

Z raconte le silence de son père qui après avoir perdu son travail a perdu aussi la parole et la puissance. Il vit désormais dans un silence que nul  ne comprend en famille. Il y a aussi l’attitude de la mère qui se résigne à tout accepter comme une fatalité. En un mot la vie familiale ne semble pas propice pour aider Z à vivre pleinement sa vocation humaine puisqu’elle finit par faire comme ses parents : se taire.

 

Si le titre du livre de Ysiaka Anam semble se limiter à la langue, ce roman, selon moi, est avant tout une dénonciation des nombreux silences qui s’installent parfois dans la vie des Immigrés. Le complexe de l’origine, le manque de communication entre parents et leur progéniture, l’enfumage de l’histoire des origines, les fausses idées véhiculées, le refus de l’intégration alors qu’on a choisi d’immigrer…

 

Alors que je préparais la critique de ce roman, un jour dans le bus, Un groupe d'ados est entré dans le bus. Ils n'avaient pas l'air d'avoir de quoi payer leur transport. Ils ont passé environ cinq minutes à parlementer avec le conducteur. Finalement ils ont pu s'assoir. Ils faisaient tellement de bruit que je m'apprêtais à dire au chauffeur de les calmer un peu. J'ai entendu l'un d'entre eux questionner son ami noir « En dehors du français quelle langue parles-tu? ». Le jeune garçon a hésité avant de dire « Le congolais ». Ce qui n'a pas de sens en réalité. Puis l'autre a continué : « Mais comment se fait-il que tu parles le français ?... est-ce ta langue ? ». Sa réponse toute timide: « Nous avons aussi de la famille en France ».

 

Cet épisode m'a fait penser à Et ma langue se mit à danser. Un livre qui, selon moi, est une succession de hontes dont se sent envahie la narratrice: honte d'être noire, honte de ne pas bien connaitre sa langue d'origine, honte d’oser... Mais un roman sur l'invention de soi, puisque cette honte finit par devenir un tremplin pour une certaine prise de conscience. C'est pourquoi je considère que ce roman est aussi un appel aux parents qui doivent fournir des efforts pour apprendre non seulement les langues d'origine aux enfants, mais aussi pour leur apprendre l'histoire, parce qu'à partir de la colonisation, nous sommes devenus francophones, et donc on peut bien ne connaître que le français surtout si l'influence du milieu y joue un rôle, mais qu'on n'a pas à rougir de cela... le français c'est notre langue... nous autres francophones. Et on n'est pas obligé d'avoir de la famille en France pour parler le français, puisque toutes nos études depuis la maternelle se font en français... la colonisation fait partie de notre histoire; sans l'exalter, nous devons apprendre à faire avec, parler cette langue sans nous renier… décider si l’on veut, d’apprendre d’autres langues.

 

 L’immigration voulue ou non qui dépouille, dénude, écorche et déclasse, force l’immigré à repenser sa place dans son nouveau lieu de vie. Dans certains cas, il se voit presque contraint à accepter ce que la terre d’accueil lui impose. C’est le cas du père de Z. C’est parfois le prix à payer lorsque l’on décide de partir. Le père pense parfois que son silence est un salut pour ses enfants. C’est ainsi que pour ne pas déranger la nouvelle vie, il se gomme lui-même de la vie des siens et de la sienne. Or le fait de s’ôter ainsi fragmente le lien familial qui aura forcément des retombées sur la vie sociale de sa famille.

Dans la tradition africaine où l’homme est quasiment considéré comme l'Omnipotent et l'Omniscient, s’extraire ainsi de sa vie de famille est l’une des plus grandes douleurs qui touche parfois son orgueil de mâle, de mari et de père. Personne ne peut s’imaginer alors ce qui se passe dans son cœur. Cette exclusion peut être apparentée à une diminution de soi. C’est alors que la fin du roman d’Ysiaka me paraît essentielle : changer de monde c’est parfois consentir d’épouser la culture du nouveau monde sans toutefois renier la sienne, puisque l’être humain est un ensemble de possibilités. Il est donc nécessaire d’accepter sa nouvelle condition et de se créer sa place et pour trouver cette place, se réinventer pour se trouver. En somme, il faut se battre.

Quand on lit un tel roman, on se dit qu’on aurait voulu que l’auteur développe un peu plus ses idées, qu’elle entre dans les détails ou qu’il soit un peu plus volumineux. Pourtant, Ce qui fait, l’originalité de Et ma langue se mit à danser, c’est son intensité dans la peinture de certains visages comme celle du père ou encore de cet ami haïtien qui vit le complexe des origines, mais qui est dans une posture toute particulière, rancunière et victimaire. Il y a aussi les immixtions des membres de la famille qui m’a paru nécessaire. Il y a aussi le style particulier qui fait que ce roman soit à la charnière de plusieurs genres.

 

Je le recommande vivement et remercie les Éditions La cheminante pour la collaboration.

 

Nathasha Pemba.

 

Référence, 

Ysiaka Anam, Et ma langue se mit à danser, Ciboure, La Cheminante, 2017.

 

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J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles

21 Avril 2018, 07:39am

Publié par Juvénale Obili

« Jeune homme, jeune femme, si tu chavires,

Ne méprise pas ta jeunesse et va au bout de tes rêves.

À toi qui liras ce livre,

Ne vis pas une vie qui n'est pas la tienne. »

 

C'est sur cette note que Hem'Sey Mina débute son premier livre intitulé : « J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles : Parcours de jeunes auditeurs financiers ».

 

Paru aux Editions L'Harmattan, ce récit est subdivisé en trente-trois chapitres. On est tout de go curieux de savoir qui fait son entrée sur la scène littéraire francophone avec un ouvrage de 220 pages.

 

Hem'Sey Mina est un auteur Congolais résidant en France. Jeune diplômé d'école supérieure de commerce, il travaille dans la finance d'entreprise. Dans ce récit, il évoque le parcours des jeunes auditeurs financiers comme le précise le sous-titre.

Fiction inspirée de la vie quotidienne, ce livre est en quelque sorte le témoignage d'un groupe de jeunes diplômés d'école de commerce travaillant dans la finance. Ils nous parlent de leur vie professionnelle.

 

Ce récit est également une pensée à l'endroit des étudiants qui intègreront le monde du travail pour leur signifier que le choix professionnel est très délicat car il détermine notre mode de vie. Ne jamais ignorer ses rêves au profit d'un travail s'avère nécessaire. Pourtant, le rêve ici est vu comme un complexe et un désir de se retrouver quelque part sans l'idéaliser par soi-même. Y aurait-il une éventuelle distinction entre deux sortes de rêves que l'auteur nous présente ? Le rêve ''sûr'' qui naît d'une vocation profonde et le rêve ''douteux'' qui naît d'une conviction éphémère. Il se pose donc dans ce récit, une problématique sur l'intérêt qui guide l'homme.

 

Par ailleurs, on croirait que ce récit est une dédicace spéciale, pour ces étudiants, de la part de l'auteur qui joue un rôle de narrateur omniscient à travers Éden. Un personnage au centre de l'histoire. Ce protagoniste est un jeune de 26 ans qui trois ans plus tôt, a réalisé son rêve : celui de travailler dans une grande entreprise. Une aspiration qui lui vient de ses anciens professeurs à l'université qui leur exposait un monde tout à fait confortable en imaginant ce que peut être travailler avec une bonne rémunération. Épouser ce rêve va s'avérer être une belle erreur qui va conduire Éden dans une vie sous pression au quotidien. Tiraillé entre le travail, l'ambiance qui y règne avec ses supérieurs, ses collègues tout à fait perdus comme lui pour certains et surtout sa vie personnelle à laquelle il s'efforce de donner un peu d'attention afin de profiter de sa jeunesse. Chemin dur et rocailleux, le rêve acheté ne lui réussit pas tout à fait. Face à ses compétences, il reconnaît avoir brûlé une étape que les cendres réclament.

 

Pourquoi Hem'Sey M. choisit « J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles » pour titre ? Cette question nous renvoie automatiquement aux pages 33 et 34 sur lesquelles l'auteur nous explique non seulement la motivation mais aussi l'enthousiasme d'Éden et ses collègues à travailler en audit.

 

Il y a beaucoup de personnages que Hem'Sey M. peint dans ce récit et, chacun d'eux constitue la trame de celui-ci. Toute une histoire compilée d'après l'expérience de chaque personnage jouant sa partition. Le lecteur se trouve tout de suite une place de choix pour écouter l'auteur raconter ses expériences sur le plan relationnel et professionnel. Avec beaucoup de tact et une habileté à prodiguer des conseils au lecteur progressivement dans la lecture, cet aspect se décrit bien dans chaque chapitre, son intitulé, le proverbe ou la citation introduisant le sujet.

 

Dans ce récit, on retrouve deux poèmes respectivement sur les pages 19 et 207. L'un parlant de la réussite et l'autre du sacrifice. On décèle beaucoup d'imagination dans la description propre au goût de l'auteur, notamment sur la p. 84 où l'on découvre l'expression « envelopper le silence » et à la p. 87 où l'on se demanderait ce que c'est « un corps disponible » dans le contexte évoqué dans le texte.

 

Hem'Sey M. présente là un style d'écriture qui fait penser à Sony Labou T. qui disait sans cesse : « On n’est écrivain qu'à condition d'être poète. »

 

Juvénale Obili

 

Références du livre,

 

Hem'Sey Mina, J'AI RÊVÉ D'UNE ENTREPRISE "4 ÉTOILES", Parcours de jeunes auditeurs financiers, Paris, l'Harmattan, 2014.

 

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Polygamiques de Nathasha Pemba

2 Avril 2018, 06:02am

Publié par Juvénale Obili

Dans une société où la vie se peint en plusieurs couleurs, les histoires ne manquent pas. Il en va d'une saga de relations humaines qui vit au dépend de chaque personnage que Nathasha Pemba nous décrit dans ce receuil de nouvelles : « Polygamiques ». Un ouvrage qui contient huit nouvelles, chacune avec sa particularité. Pourtant, l'essence est le même : le thème de la polygamie ou le polyamour.

 

Qui est Nathasha Pemba ? C'est une écrivaine et essayiste née à Pointe-Noire en République du Congo. Passionnée de la philosophie et la littérature, elle s'intéresse également à la question du vivre-ensemble dans les sociétés multiculturelles. Co-auteur de l'anthologie des femmes « Sirènes des sables ».

 

« Polygamiques » est son tout premier ouvrage de fiction paru aux Editions La Doxa en Mars 2015. Il contient huit nouvelles sur 181 pages.

 

Avec un style limpide, l'auteur nous amène à la découverte des réalités africaines, notamment celles du Congo. Il est évoqué dans cet ouvrage des personnages tels que : Nathalie, Mbiyavanga, Odinga, Ismaël etc...

 

Ces personnages ont des rôles purement originaux mais rattachés au noyau du recueil qu'est la relation qu'on entretient avec autrui. Une relation qui va du complexe d'infériorité à la convoitise et à la ruse dans « Ma future belle-mère » ( première nouvelle ); ou encore, du trouble familial et du sacrifice avec Ismael dans « Le secret » ( dernière nouvelle ).

 

Ces histoires étalées ici nous rappelle le principe de la force et de la faiblesse dans les relations humaines. L'un pour mener le jeu et l'autre pour subir le jeu. Ceci est clair dans « Troisième bureau » avec Odinga. Un vrai ''macho'' qui a le contrôle sur tout dans sa vie, ou plutôt, ''ses vies'' maritales. L'avis d'une femme pour lui n'est que simple caprice dans le mariage. L'auteur l'illustre à la page 129 pendant la conversation entre Odinga et sa deuxième épouse :

 

          - Et si je dis non, que feras-tu ?

          - Mélanie, je ne suis pas venue te demander ton autorisation. Je suis juste venu t'annoncer une nouvelle. Je suis polygame. Donc même sans ton consentement temporel, je me marierai.

 

En effet, le thème de la polygamie que développe l'auteur pousse à faire s’imaginer que tous les hommes ont une âme de polygame. Mais, il y en a qui ont peur du regard des autres, de leur jugement. En effet, pour les polygames comme pour Odinga, l'amour a une autre définition.

 

La description des faits et des lieux dans cet ouvrage nous rapproche de la réalité. De façon brusque, on peut s'y perdre dans la stupéfaction, tout comme s'y retrouver dans une émotion forte. La couleur bleue revient plusieurs fois : bleu ciel ou encore bleue turquoise. Une touche d'humour ne nous laisse pas pantois lors de la lecture, tel que dans « L'intelectuel du quartier » avec Pater Bissila. Que dire de toute cette culture générale lorsque l'auteur nous situe Loudima ( Ville-district dans la Bouenza ) au Congo et nous retrace l'origine des ''Abacosts'' sur la page 88 ?

 

« Polygamiques » n'est pas que polygamie. Cet adjectif que Nathasha Pemba a choisi pour titre émane des faits qui sont des retombées de la polygamie dans certaines familles. Ceci éclaircit au mieux un certain impact sur la vie de ceux qui manquent une affection paternelle, celles qui cherchent une attention de ce genre dans leurs conquêtes amoureuses, ceux qui se sacrifient pour prendre les responsabilités dans leurs familles même étant jeunes...

 

La première de couverture de ce recueil de nouvelles dégage la tradition. Une afrique où des us et coutumes resteront le pilier et seront là en faveur des hommes comme toujours. Qui dit polygame, dit le sexe fort et donc le pouvoir, l'appel à la soumission auquel la femme doit forcement répondre même quand elle souffre dans son foyer. Mais quelle est cette femme aujourd'hui ?

 

Juvénale Obili,

 

Références,

Nathasha Pemba, Polygamiques, Rungis, La Doxa, 2015.

 

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Le Tchad de nos rêves : Regarder d’où on vient pour savoir où on va

23 Mars 2018, 19:16pm

Publié par Mirabelle Nsikahana

Psychiatre, militant anticolonialiste, fondateur du courant tiers-mondiste ; Frantz FANON a légué à la postérité un impressionnant héritage littéraire, une œuvre d’une étonnante actualité. Dans l’un de ses célèbres ouvrages, Les Damnés de la terre, l’écrivain rappelle avec véhémence que ‘‘ chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir’’. Plus qu’une citation, cette assertion trouve écho, presque un demi-siècle plus tard auprès de deux sœurs sahéliennes originaires du Tchad.

 

Yousra et Bouchra N’DIAYE ont, en effet découvert leur mission d’édification et d’enseignement  qu’elles ‘‘remplissent ‘’parfaitement en signant leur roman, le premier, je l’espère, d’une longue liste à venir. Une ingénieuse façon de coucher sur le papier les idées fécondes qui taraudent leur esprit, de les formaliser et d’influencer positivement toute une génération.  De l’idée au projet ! Du projet à l’action ! De l’action au résultat. Tout doit avoir un début.

 

Titré Le Tchad de nos rêves, le récit s’inscrit aussi bien dans le cadre d’un essai politique que dans celui d’une sorte de mission d’audit /consulting dirigée par deux jeunes femmes soucieuses de partager avec leurs compatriotes ou mêmes d’autres jeunes, les constats relevés sur l’état de leur mère patrie, partant de l’observation objective d’une société en proie à de nombreux maux difficiles mais pas impossibles à éradiquer : corruption, clientélisme, obscurantisme, violence,  radicalisation, conflits ethnico-religieux, tribalisme.

 

Cette observation est ensuite passée au tamis de diverses expériences vécues directement ou indirectement lors de leur  retour au pays natal après des années d’absence.

 

Au-delà de conter juste des faits, les jumelles livrent leurs souhaits, ambitions et rêves avec à la clé des propositions de solutions concrètes pour sortir le pays de l’ornière d’une part, mais aussi pour favoriser d’autre part, l’émergence d’un Tchad nouveau. Un Tchad dans lequel, justice, respect, paix, tolérance, courage, sens du devoir et équité, des valeurs nobles auxquelles tout citoyen aspire, prévalent et prédominent.

 

Le Tchad de nos rêves c’est donc d’abord la vision et l’analyse critique par deux jeunes femmes d’une société dont elles ne s’excluent en aucun cas. Bien au contraire. Elles en font partie mais font juste preuve, en bonnes intellectuelles, d’un réalisme à toutes épreuves qui leur permet de prendre suffisamment de hauteur et d’en dénoncer les aberrations, les incongruités, les paradoxes. Pour ainsi dégager les pistes d’amélioration. C’est ensuite une invite à la rupture complète avec les mauvaises pratiques des générations antérieures qui n’ont pas porté de fruits, la prise d’un nouveau départ, le refus de se faire instrumentaliser et  niveler par le bas. Un appel à la recherche permanente de l’excellence. L’image illustrative du livre montre d’ailleurs deux jeunes filles qui s’aventurent vers un chemin sans traces de pas, une façon de dire qu’il faut sortir des sentiers battus et emprunter d’autres voies, repenser un TCHAD nouveau, différent.

 

Un tantinet patriotes, les auteures refont un flashback analysant de leurs propres mots et ressentis les principaux événements politiques, économiques et sociaux marquants ayant jalonné les grands moments historiques du Tchad.  Sont ainsi abordés avec lucidité, recul et acuité, des thèmes comme la dictature, la démocratie, les conférences nationales souveraines, la méritocratie, base d’une société saine et débarrassée de tout vice, l’éducation, la question épineuse du genre notamment la place et le rôle de la femme dans la société tchadienne… Plus particulièrement, le petit retour dans ce qu’elles appellent  ‘‘ les 30 tourmentées ’’ qui s’apparentent d’ailleurs au 30 glorieuses du Congo permet d’appréhender l’histoire du Tchad, celles des autres nations colonisées ,le découpage de l’Afrique à la conférence de Berlin, de comprendre les changements intervenus pour l’accession à l’indépendance et surtout de connaitre le paysage politique tchadien et les systèmes de gouvernance des années 1960 à 1990. Regarder vers les erreurs du passé pour corriger le futur, le paysage tchadien actuel est forcément la résultante de l’ancien. ‘‘Regarder d’où on vient pour savoir où on va ’’ affirment elles

Ce  livre nous fait prendre conscience qu’être jeune  est un pouvoir immense, une grande responsabilité. Plus que jamais, nous pouvons et devons être le changement que nous voulons voir dans notre environnement. Il suffit d’y mettre un peu de volonté. Nous avons une partition à jouer, un dynamisme à impulser, des voix à faire entendre, des avis à donner, des positions à adopter, un changement à opérer aussi incrémental soit-il. Peu importe que notre action soit limitée par une kyrielle d’obstacles, nous devons garder à l’esprit le souci de toujours bien faire. Si chacun se contente d’exceller dans son domaine de compétence précis et de poser des actions utiles, le résultat agrégé conduira forcément à quelque chose de positif. Nous sommes en réalité la couche sociale majoritaire de nos nations respectives, nous serons donc amenés à reprendre le flambeau, peut-être même plus tôt que nous ne le pensons. S’il revient aux gouvernements de définir les grandes politiques, de formaliser des cadres favorables ou des mécanismes participatifs pour la jeunesse, il nous appartient en dernier ressort de faire preuve de discipline, de courage, de rigueur, de travailler avec acharnement et de ne pas perdre espoir. Le succès est au bout de l’effort et de la persévérance. A ce propos, la phrase conclusive de Bouchra est très évocatrice :

 

‘face à tous ces types d’obstacles, il faudra opposer de l’abnégation, de la persévérance, de la hauteur de vue et d’esprit. Car comme disait quelqu’un, c’est grâce au feu que l’on produit du bon acier. De plus, il est primordial toujours croire en soi et en ses rêves, et de se rappeler que le voyage de 2000 kilomètres commence par un pas’’

 

Facile à lire, 120 pages au total, environ six heures pour les lecteurs rapides, le TCHAD de nos rêves est un ouvrage qui fera le bonheur des jeunes africains en perpétuel questionnement sur le devenir de leur nation, sur l’attitude et les comportements à adopter en tant que jeune pour marquer de leur sceau l’histoire de leur pays. Les références aux leaders comme Barack Obama ou Nelson Mandela avec sa philosophie du ‘Ubuntu ‘’’ contribueront à renforcer l’idée selon laquelle seule l’audace d’espérer demeure par-dessus tout l’élément déclencheur de toute réussite et qu’il nous faut nous accepter tous en tant qu’humains en dépit de nos différences de culture, d’ethnie, de religion ou  de nos divergences d’opinions. La petite dose d’humour tout le long des chapitres sera l’excellente cerise sur le gâteau qu’on savourera en guise d’accompagnement en feuilletant allègrement les pages.

 

Mirabelle Nsikahana

 

Références de l'ouvrage

Yousra A. NDIAYE, Bouchra A. NDIAYE, Le Tchad de nos rêves. La saveur de l'espoir, Paris, L'Harmattan, 2017.

 

 

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La leçon de Rosalinde: une philosophie du sens de la Vie

19 Mars 2018, 07:27am

Publié par Nathasha Pemba

Mustapha Fahmi est connu comme professeur de Lettres et enseignant. Il est donc à la fois enseignant, hommes de Lettres et quêteur de sens. Sa production, non moins remarquable couvre plusieurs domaines. Sensible à l’être humain et à sa manière d’habiter le monde, il a placé « La leçon de Rosalinde » sous le signe de l’"être au monde", de l’"être avec" et du "devoir envers tout ce qui vit".

 

Un recueil de pensées d’une grande cohérence

Mustapha Fahmi enseigne la littérature anglaise à l’université du Québec à Chicoutimi. Il est spécialiste de la pensée de Shakespeare. La preuve c’est que la « remarquable Rosalinde » est un des personnages de « Comme il vous plaira » de l’auteur anglais.

 

À la fin de son essai, Fahmi justifie son choix de Shakespeare, un auteur qui a compris l’essentiel de l’existence, l’essentiel de l’humain. Il écrit par ailleurs : « Shakespeare nous comprend mieux que nous nous comprenons nous-même. Quand nous lisons Shakespeare, nous nous lisons sous une myriade de lumières et sous tous les angles possibles ».

 

Par ailleurs le titre de l’essai s’explique aussi par le fait que le personnage de Rosalinde incarne le juste milieu où elle cherche à placer l’amour. Ce juste milieu s’apparente à la prudence et à l'équilibre des choix. Comme Rosalinde éduque Orlando sur la question de l’amour, le rôle de ce recueil de pensée, de mon point de vue, a pour objectif de nous éduquer à la vie, à la sincérité de l’amour et à la manière de vivre notre relation avec autrui. De ce fait, la « Leçon de Rosalinde » est un livre pour tout le monde.

 

Outre Shakespeare, l’auteur partage l’expérience de son amitié avec trois philosophes : Spinoza, Nietzsche et Heidegger. Du premier, on garde la joie. Du second, on apprend que la vie, il faut l’assumer avec ses défauts et sa différence. Chaque humain est invité à trouver sa voie. Du troisième, on retient l’amour pour l’environnement qui se comprend à partir du concept d’« habitation ».

 

Toutefois, au niveau de ma chronique, je dirai que la difficulté à produire un compte rendu sur un recueil de pensées réside dans le fait qu’il est difficile d'écrire exactement comme s’il s’agissait d’un livre plein. C’est pour cela que je me suis sentie obligée d’opérer un choix sur deux parties : Préludes et Suites.

 

Préludes,

Dans cette partie intitulée Préludes, l’auteur évoque les devoirs de l’être humain ainsi que  la manière d’habiter le monde. Il fait une appropriation excellente de la notion d’habitation à partir d’Heidegger. Ce devoir il le résume dans la volonté de l’humain à aider autrui à s’ouvrir au monde et à exercer ses talents. De cette façon, il conclut que tout humain sur terre a des devoirs envers lui-même, envers l’autre et envers la nature.

 

Suites

Respect, dialogue et reconnaissance forment cette partie. L’auteur pointe les limites du respect et invite l’humanité postmoderne à penser d’autres paradigmes sociaux. C’est à cet effet qu’il suggère l’idée de dialogue comme valeur sociale.

 

Je recommande la lecture de cet ouvrage et je vous invite à découvrir les autres parties où plusieurs autres pensées se déploient.

 

Nathasha Pemba

 

 

Référence,

Mustapha Fahmi, La leçon de Rosalinde, Chicoutimi, La Peuplade, 2018.

Au Canada, dans toutes les librairies et en ligne: 21, 95 $

En France, dans toutes les librairies et en ligne: 18 

P.S. Un immense merci aux Éditions la Peuplade pour l'envoi de ce livre.

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Vous avez dit féministe ? NDEYE FATOU KANE

10 Mars 2018, 06:28am

Publié par Nathasha Pemba

Vous avez dit féministe ? est le nouveau livre de Ndèye Fatou Kane. Il se fonde sur une expérience propre de l’auteure comme Sénégalaise, Hal Pulaar, Africaine et Jeune de la génération Y.

Les quatre premiers chapitres analysent les expériences de quatre auteures précises : Simone de Beauvoir, Mariama Bâ, Awa Thiam et Chimamanda Ngozi Adichie.

 

Cet essai est suivi d’un texte de Jean-Aimé Dibakana (sociologue et romancier) : « Propos sur le féminisme contemporain ». À la suite, vous aurez le loisir de découvrir une nouvelle intitulée : « (In) Certitudes ».

 

Replaçant Simone de Beauvoir dans le contexte du XIXe siècle et notamment à partir de l’ouvrage « Le deuxième sexe », l’auteure souligne l’engagement de la féministe en même temps que les dimensions centrales qui y sont prônées: La mixité et la complémentarité.

 

En ce qui concerne Awa Thiam,  auteure de « La parole aux négresses », Ndèye Fatou Kane est marquée par la manière dont la féministe décrit les femmes : « Les femmes sont éduquées, voyagent, font entendre leur voix dans les grandes instances de décision».

 

Au sujet de l’engagement de Mariama Bâ, Ndèye Fatou Kane présente son engagement comme un féminisme associatif. Après une analyse profonde de « Une si longue lettre », elle conclut que Mariama Bâ, à l'instar de Simone Beauvoir, oriente sa lutte féministe dans l’émancipation et dans la complémentarité avec l’homme : « Ne plus être considérée comme inférieure, mais comme une partenaire ».

 

Comme auteure du XXIe siècle l’auteure fait une lecture de « Nous sommes tous des féministes » de Chimamanda Ngozie Adichie.

 

Pourquoi ces quatre auteures ?

 

Ndèye Fatou Kane s’interroge sur ce qu’est devenu le combat mené par la première vague de féministes sénégalaises ainsi que l’héritage qu’elles ont laissé.

 

S’appuyer sur le parcours de ces femmes de valeur lui a permis d’entrer dans le vif de son sujet et d’apporter des réponses à certaines interrogations actuelles. Sa contribution à la question féministe est une proposition pour le changement de paradigme afin de redonner au féminisme ses lettres de noblesse. Elle invite en outre les hommes à s’engager dans la perpétuation des enjeux du féminisme. Selon elle, « aujourd’hui encore, le patriarcat étouffe bien des femmes... »

 

Le féminisme selon « Ndèye Fatou Kane »

 

À rebours des versions plus égalitaristes du féminisme, qui conçoivent le féminisme comme un combat devant être défendu à cor et cri, quitte à vouloir défigurer le sens de la lutte et la nature de la femme, Ndèye Fatou KANE s’efforce d’expliciter les conditions d’un féminisme plus humain, engageant et plus engagé en se penchant sur le modèle historique du féminisme depuis Simone de Beauvoir. Étant donné la proximité entre la lutte universelle pour les droits et la lutte pour les droits des femmes, le positionnement de Ndèye Fatou Kane constitue une contribution non-négligeable pour la question féministe.

 

Je vous recommande la lecture de cet essai.

 

Nathasha PEMBA

 

 

Références:

Ndèye Fatou Kane, Vous avez dit féministe ? Suivi de (In)certitudes, Nouvelle, Sénégal, Éditions l’Harmattan, 2018.

 

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