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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Articles avec #chroniques et analyses litteraires

L'amour ne traverse pas l'océan d'Ernestine Nadia Mbakou

14 Mai 2020, 06:29am

Publié par Nathasha Pemba

Ernestine Nadia Mbakou est une écrivaine camerounaise. Elle est auteure de plus d’une dizaine d’ouvrages. L’amour ne traverse pas l’océan a été publié en 2020 aux éditions Shanaprod à Montréal.

 

Ce roman écrit sur 262 pages tourne autour des thèmes de l’amour, de l’immigration, de la grossophobie et de la haine. C’est un roman-suspense. On y retrouve des questions de départ à partir d’un pays d’Afrique subsaharienne et d’arrivée en Italie. Une arrivée précédée de péripéties.

 

Le roman d’Ernestine Nadia Mbakou est très mémorable : la rencontre de deux personnes que tout sépare. Ruben, svelte, beau, intelligent, séduisant et Mira, grosse et pas très jolie. Les deux habitent à Douala et s’aiment d’un amour fort si fort au point où ils se promettent fidélité jusqu’à la mort. On ne s’aime jamais à égalité, n’est-ce pas?

 

Pourtant la réciprocité demeure l'un des critères de l'amour...

 

Si l’on s’en tient à l’intrique telle que décrite dans le roman, Mira est celle qui aime le plus Ruben. Elle se sacrifie beaucoup pour que Ruben soit heureux. Elle cumule deux jobs pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fiancé, jusqu’au jour où ce dernier vient lui faire part de son désir d’immigrer puisque le Cameroun ne lui offre aucune garantie que le soleil brillera pour lui un jour.

 

Je tiendrai ma promesse Mira, je reviendrai pour toi, je me battrai pour te faire voyager. Je ne suis pas prêt à te laisser tomber. Je ne suis pas prêt à t'oublier. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie. Je me coucherai avec ton image et je me lèverai avec ton sourire. La force de notre amour me tiendra debout. la force de nos baisers me tiendra éveillé. Nos corps enchevêtrés resteront mon plus beau souvenir. Je respirerai ton odeur. Je sentirai ton inquiétude et je m'abreuverai à la source de ton coeur

 

Mira très opposée à cette décision, respecte tout de même le choix de Ruben, en étant consciente que c’est elle la pourvoyeuse principale de ce voyage. Ruben est issu d’une famille pauvre.

 

De Douala en Lybie, Ruben risque tout et même la vie.

 

Au Tchad, se trouvant dans un état comateux, Ruben est abandonné par ses amis et fait la connaissance de Laïla, une fille originaire du Niger qui prend soin de lui. Pour lui faciliter la tâche, elle se fait passer pour son épouse et lui enseigne l’arabe pour qu’il s’assimile aux hommes du milieu. À force de vivre ensemble et de dormir dans la même chambre, ils finissent par avoir des rapports sexuels. Laïla tombe enceinte. Malheureusement, elle meurt après les couches.

 

Traumatisé, Ruben devient alors le premier responsable de sa fille. Il lui donne le prénom de Laïla en souvenir de sa mère.

 

En Lybie, Ruben rencontre Julien, un Camerounais qui craint de devenir esclave, et préfère rentrer au pays. Ruben lui confie Laïla et écrit une longue lettre à Mira restée au Cameroun pour la supplier de s’occuper de l’enfant.

 

Quand Ruben arrive en Italie, ils sont 50 rescapés. Conscient de son charme, il va jouer les séducteurs pour attirer l’avocate en charge de son dossier, dans ses filets. Elle tombe amoureuse de lui. Ils se marient et finissent par divorcer quelques années plus tard. Curieusement, Mira n’est plus à l’ordre du jour. En effet, son divorce prononcé, Ruben convole en noces avec une Suisse qui habite, croit-il, son cœur.

 

Dix ans après, Ruben voyage vers le Cameroun…

 

Comme dans la plupart des romans autour de l’immigration clandestine, il y a, au commencement, la situation dans le pays de départ, les promesses que l’on ne tient pas dans la plupart des cas, l’imprévu, l’étrangeté, les difficultés d’insertion ou encore l’errance à vie bien qu’on ait foulé la terre promise.

 

Le roman d'Ernestine Nadia Mbakou ne se limite pas à la description de l’immigration. Il soulève plusieurs questions comme celle de la grossophobie où, avoir un poids plus élevé que de coutume fait de Mira la risée de son entourage. Ce complexe finira par lui faire réaliser des régimes continuels qui la conduiront parfois à se détester.

 

Ruben qui voit sa situation se régulariser dans les plus brefs délais devient affamé et assoiffé de toute sorte de pouvoir. La cupidité et la violence finiront par le clouer. Au moment où il revient vers son amour d’enfance, plus personne ne semble vouloir de lui. Charmeur de nature, il pense encore gagner le cœur de Mira… À quel prix? L'amour ne coûte ni un franc ni un million... Il n' a malheureusement pas de prix, le bonheur non plus, puisqu'apparemment Ruben est devenu riche, mais ne semble pas heureux.

 

Ruben se mit à faire les cent pas, il ne comprenait pas. Ça n'allait pas du tout. Il ne parvenait pas  à mettre la main dessus, mais il était toujours insatisfait. Il était en quête de quelque chose d'impossible à trouver, d'insaisissable. La seule période de sa vie où il s'était trouvé vraiment heureux était lorsqu'il était avec Mira. 

 

La fin du roman est une tragédie, un coup de théâtre criminel que je vous laisse découvrir…

 

L’amour ne traverse pas l’océan accorde au lecteur une place essentielle. Une place qui n’est pas celle d’un simple spectateur, mais celle d’un acteur car chacun de nous, dans son entourage, rencontre certainement des questions de mésestime de soi où les personnes ont du mal à s’assumer ou assumer leur condition de vie; des questions où l’on pense que l’herbe est toujours verte ailleurs. L'emboîtement des récits, la coïncidence d’humanités, la diversité des personnages interpellent et conduisent à l’engagement d’une manière ou d’une autre. Ernestine Nadia Mbakou relie la subjectivité du lecteur à son objectivité : il y a des moments dans la vie où observer ne suffit plus.Il faut tourner la page...

 

Nathasha Pemba

 

Références :

 

Ernestine Nadia Mbakou, L'amour ne traverse pas l'océan, Montréal, Shanaprod, 2020, 20 $CAN

 

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J'ai oublié d'être Sagan de Nassira Belloula

12 Mai 2020, 07:03am

Publié par Nathasha Pemba

J’ai oublié d'être Sagan est un roman résolument féministe fondé sur l’idée du féminin et sur la réalité féminine des personnages centraux. L’Algérie constitue le cadre du roman, mais non sa substance, car le véritable propos du roman transcende l’espace et le temps. Nassira Belloula n’écrit pas exclusivement pour la femme algérienne : elle écrit pour la femme.

 

Le titre du roman peut être trompeur, son objet n’étant pas exclusivement Sagan. L’auteure introduit Sagan  pour reconstituer l’histoire d’Angélique Malek. L’intérêt bien au-delà du titre doit être vu du côté de la langue, du style et de la thématique. Celle qui constitue la femme-souvenir est donc là pour rappeler un engagement, mais aussi des acquis à sauvegarder.

 

D’emblée, l’intrigue se noue, d’une révolte intérieure menée par Angélique Malek, la narratrice, mais qui la broie et la mène à nouer une relation personnelle avec les mots, mais aussi avec le professeur qui incarne, pour elle, l’amour-viril par excellence. Les obligations de la conscience féminine, bien qu’enfouie en elle, la conduisent à un tiraillement de sa conscience algérienne : obéir à la tradition revient à renoncer à ce qu’elle porte de plus cher : l’amour et l’identité féminine. Paradoxe pour cette femme qui, depuis avoir lu Sagan et rencontré le professeur dont elle est tombée amoureuse, lutte intérieurement pour l’amour et la condition féminine. Elle accepte l’instrumentalisation de sa liberté jusqu’à la soumission presque absolue.

 

Soumission absolue…

Tel est le destin choisi par la mère d'Angélique et par d’autres femmes du milieu qui, au fond, sont devenues les bourreaux d’autres femmes. Un peu comme Cécile dans J’ai oublié d’être Sagan qui, jalouse de son père, jette ce dernier dans les bras de son ex au point de précipiter son épouse (qui n'est pas sa mère) dans les enfers de la mort. Dans la plupart des cas, dans la maltraitance de la femme, il y a souvent/aussi une femme à la base. La mère d’Angélique, en plus de détester sa fille, maltraite ses belles-filles. La seule qu’elle femme qui n'est pas sous son influence, c’est la nouvelle femme de son époux, sa rivale.

 

Soumission presque absolue…

Tel est aussi le destin choisi par Angélique pour pouvoir plaire à l’homme dont elle tombe amoureuse : «Cette vénération que tu as  en l’évoquant me pousse à vouloir être elle (…) j’adoptais son style, ses fameuses espadrilles, ses chemises aux manches retroussées, ses marinières aux couleurs pastel et ses foulards noués autour du cou. Je me réjouissais de capter ton attention.», écrit-elle. C’est souvent le destin de la femme, ne pas être elle et être toujours quelqu’un d’autre pour plaire ou pour attirer certaines faveurs de la gent masculine… être ce que la société lui impose d’être.

 

Soumission absolue…

Le viol de l’innocence.

Angélique Malek est violée par son oncle qui voyait dans cet acte quelque chose de normal. Au début, elle-même avait considéré l’attention de son oncle comme un acte protecteur. Plus tard, elle a fini par comprendre que la soumission qui lui était exigée en toute circonstance, était un moyen de la préparer au silence, à accepter ce qu’une femme doit accepter : le viol de sa conscience.

 

 

Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris le sens des sourds remous qui le traversaient. (…). Une nuit, paralysée par la peur, je m’étais abandonnée aux mains moites qui me touchaient, aux ongles crochus qui raclaient les murs, à l’horrible chose entre leurs cuisses

 

Cet épisode de la vie de la narratrice marque la coupure du lien affectif avec la mère, car en se confiant à sa mère de ce qu’elle voyait ou vivait, sa mère, avec une froideur extrême,  la traita de folle : «Ce jour-là, j’ai perdu ma mère; il ne me resta d’elle que l’adversité de son regard. Plus rien ne me sera épargné».

 

J’ai oublié d’être Sagan met en exergue le conflit inéluctable de la femme avec la femme.

 

Dans l’amour pour son professeur qui laisse Angélique enceinte, sa mère doit à tout prix jouer son rôle : sauver l’honneur de la famille. L’enfant lui est arraché à la naissance. Cet épisode demeure, dans l’histoire, la caractéristique de toutes les sociétés, car je garde dans mon souvenir l’épisode de la série MadMen où Peggy Olson, une femme émancipée, est obligée d’abandonner son bébé à la naissance, parce qu’un enfant qui naît hors mariage est un bâtard et la mère est une inconsciente, une marginale qui ne mérite aucun égard. Peggy et Angélique ont cela de commun : leurs enfants seront placés et elles ne les verront jamais. Ce film se déroule dans les années 60 et l’épisode précisément en 1967. Si les lieux diffèrent, la complexité des relations familiales est un lieu commun. Les possibilités d’émancipation par contre, ne sont pas les mêmes.

 

Seule face à son destin, mais désarmée, Angélique se sent isolée dans la mesure où elle sait qu’aucune femme, à commencer par sa mère, ne pourra suivre la révolte de son cœur.

 

Dans les remontrances de ma mère, l’agressivité et la violence se sont implantées en moi. Un soir, poussée par l’envie subite d’être laide, j’ai coupé mes tresses

 

Belloula définit ses personnages féminins comme des personnes lucides certes, mais des personnages en colère qui s’unissent à la loi patriarcale pour soumettre d’autres femmes. Cette soumission-domination devient ainsi le lieu de leur grandeur, le lieu de leur pouvoir, le lieu de leur existence. Mais la question qu’on peut se poser est celle de savoir si ces «femmes soumises toutes-puissantes ne sont-elles pas également plongées en permanence dans une colère sans précédent, dans le désordre de la condition féminine? Angélique tente de se suicider, mais la mort ne veut pas d’elle. Tout le tragique de la condition féminine se dévoile ainsi à elle : “J’avais senti son regard peser de tout son poids sur moi. Les autres femmes ont vite compris que je serais son souffre-douleur et se sont étendues en se jetant dans des discussions bruyantes”. C’est le début du conflit avec sa mère qu’elle tentera d’ignorer par tous les moyens et tous les silences qu’elle s’efforcera à observer. Angélique finit par réaliser que sa mère est une femme en colère. Lorsque celle-ci s’est mariée, elle avait treize ans : “Elle ne savait pas lire. Elle était soumise, fataliste, superstitieuse, religieuse, de cette sorte de religion corrompue par les traditions et l’ignorance”. Elle a eu des garçons avant qu’Angélique, son malheur, “n’atterrisse entre ses cuisses comme par erreur”. C’est dans cette indifférence maternelle que prit racine le “déficit affectif d’Angélique”, car elle ne réussit jamais à conquérir le regard de sa mère.

 

Montaigne a écrit que pour bien vivre, il faut apprendre à mourir. Tel sera désormais l’itinéraire d’Angélique Malek pour affronter le tragique de la condition féminine. Elle comprend que si en tant que femme, elle ne peut changer le passé, elle peut, en revanche, explorer des possibilités qui s’offrent à elle, comme ce mariage forcé. Elle repousse par sa pensée l’obscure tradition en s’appuyant sur l’amour, la littérature, etc.

 

Bonjour Tristesse de Sagan revisité ?

“Durant les vacances de printemps, tu me fais parvenir Bonjour Tristesse. J’ai tout de suite cherché les mots qui m’étaient destinés entre les pages du roman. Mon image surplombait celui de Sagan. J’avais refusé de croire à un banal cadeau, mais maigre consolation, il y avait ton odeur sur la couverture. (…). Avec ce roman, c’était comme si tu avais creusé une faille en moi pour y déverser ton aura et celle de Sagan. J’ai passé plus de vingt ans avec vos vocables, dans l’incapacité de m’en défaire, ce qui a provoqué en moi des ressentiments, non pas à cause de Cécile, mais de ce lien indissociable entre toi et Sagan”

 

J’ai oublié d’être Sagan n’est pas une réécriture du livre de Sagan. Il est un roman sur la condition féminine qui tout en tenant compte des intuitions de Sagan dans Bonjour Tristesse redonne à la femme des moyens pour être, pour s’assumer et non point pour se mettre dans la peau d’une autre. Angélique Malek n’est pas Sagan et elle ne le sera jamais, mais elle partage avec elle la lutte pour le bien-être de la femme. Au-delà de Sagan, l’histoire culturelle et traditionnelle d’une société, sa manière de traiter ses femmes est convoquée dans ses silences parfois complices et destructeurs. Un silence qui se personnifie dans une forme de patriarcat suicidaire et de représentation féminine complexée qui masquent un cri, celle de la narratrice qui représente toutes les femmes.

 

J’ai oublié d’être Sagan c’est aussi l’histoire d’une condition : la condition humaine comme Bonjour Tristesse. Deux ouvrages, deux types de frustrations entre malentendus, soumissions, incompréhension, chutes et désirs de liberté.

 

“J’ai oublié d’être Sagan pour être moi”, pourrait-on dire.

 

La particularité de ce roman réside en ce qu’il fait cohabiter la conscience des méfaits de la tradition avec le désir de liberté et d’émancipation. En ce sens, le livre de Nassira Belloula est novateur parce qu’il ne décrit pas seulement le vécu, mais aussi le pensé et le re-pensé à travers la réflexion profonde de la narratrice. Une certaine rupture est inhérente à la composition du roman entre les chapitres. Si Bonjour Tristesse ou encore Une si longue lettre de Mariama Bâ, sont des romans précurseurs sur la condition féminine, j’ai oublié d’être Sagan est un roman qui souligne l’urgence de continuer à écrire sur la condition de la femme qui a besoin d’être révélée constamment au monde. En ce sens, il est un roman d’initiation certes, mais aussi de continuité parce qu’il est en étroite consonance avec son temps voire son espace : écrire la femme pour survivre en tant que femme.

 

Dire que j’ai adoré ce roman serait excessif, mais ne trouvant pas de mot qui corresponde à ce que j’ai ressenti en le lisant, j’emprunte donc le verbe adorer. J’ai adoré ce roman, car il se situe dans la lignée des grands romans sur la condition féminine que j’ai lus à ce jour… Je le recommande vivement.

 

Nathasha Pemba

Références:

Nassira Belloula, J’ai oublié d’être Sagan, Montréal, Éditions Hashtag, 2019, 17$

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Longue est ma route de Paterne Ngoulou

8 Mai 2020, 00:54am

Publié par Nathasha Pemba

Dans ce premier roman Longue est ma route, Paterne Ngoulou livre un récit familial entre les deux Congo (Komono, Pointe-Noire, Brazzaville et Kinshasa) et la France. Il présente ce récit dans une langue fluide, tendre, vraie et perspicace. Parmi les questions soulevées dans le roman, il y a la question de la prolifération des églises, il y a celle de l’immigration et celle du deuil (perte de la mère).

 

Après le décès de sa mère à Komono, Ngouaka, sa petite sœur et son petit frère rejoignent la famille de Pointe-Noire pour y vivre désormais, car le père affaibli par la disparition de sa femme n’a pas une santé de fer et ne pourra pas s’occuper seul de ses enfants.

 

De Komono à Paris, en passant par Brazzaville et Kinshasa, l’auteur plonge le lecteur dans les péripéties d’un orphelin qui doit se débrouiller après l’obtention de son baccalauréat.

 

Les premières pages nous placent au cœur d’un quartier de la ville de Pointe-Noire au Congo-Brazzaville, Tchimbamba. Ngouaka se trouve dans la cour, comme il est de coutume à Pointe-Noire. Il observe la nature et l’environnement fait de vendeurs de pains chauds qui crient dans toutes les rues, des passants de toute sorte.

 

Notons qu’il y a aussi la dimension de la mémoire qui demeure importante, car dans cette posture matinale, le narrateur se souvient d’une époque… l’époque où il a fallu partir…

 

“Un peu plus loin, dans les souvenirs, j’avais entendu dire que le destin n’était qu’une destination, non un chemin unique qui serait définitivement tracé. L’essentiel c’est d’arriver, dit-on très souvent. Ceux qui arrivent n’ont pas forcément le vent en poupe. Ce sont ceux qui bravent des obstacles, ceux qui gravissent des marches, et surtout ceux qui osent choisir un chemin parmi tant d’autres.

 

Je m’étais fait le devoir de m’inspirer du parcours de quelques-uns de ces grands hommes; ceux dont les expériences ont été rapportées par ceux qui peuvent écrire et relayer les faits du passé. Ceux-là ont marqué leurs temps et écrit leurs époques/leurs voix continuent de nous faire entendre raison, nous rappeler le passé pour mieux décrire demain.”

 

 

Sur la question de la prolifération des églises, le narrateur fait mention de la présence d’églises dans toutes les rues de Pointe-Noire.

 

“Les églises ici, il y en a de toutes les origines et de tous les renoms. Dans chaque coin de la rue, il en existe au moins une; celle qui se fait appeler Philadelphie en référence aux origines de la foi protestante enseignant aux hommes la conversion et la nouvelle naissance suivie du baptême par immersion, et celle dont la dénomination la dernière chance suffit pour attirer des adeptes en quête de bénédictions”

 

Les descriptions de la ville de Pointe-Noire qui figurent au début du roman pourraient nous faire croire que le récit se limite dans la ville océane, mais on constate que le narrateur va bien au-delà en sillonnant quelques régions du Congo. Il se constitue ainsi un espace entre la mémoire et l’identité. Les voix qui se relayent au gré des parties du roman ouvrent à une intériorité essentielle qui permet de comprendre que, quel que soit notre passé, l’avenir nous appartient toujours.

 

En outre, on rencontre dans les lignes du roman des auteurs comme Victor Hugo, Alain Mabanckou, U’Tam Si… ainsi que les Bantous de la capitale.

 

L’un des moments les plus importants c’est la vie d’étudiant à l’université Marien Ngouabi où Ngouaka, naïf, se heurte à toutes sortes d’habitudes qui vont de la débauche intellectuelle à la débauche corporelle. Demeure aussi le souvenir de son oncle diplomate qu’il va visiter à Kinshasa et dont la femme n’inspire aucun désir d’y demeurer.

 

Le récit se clôture avec l’arrivée en France de Ngouaka .

 

“La vie est un combat, et ne s’en sortent que ceux qui luttent sans s’arrêter”

 

Après de rudes démarches, Ngouaka arrive enfin en France et il est reçu par un cousin, Ngolo, qui lui avait donné la garantie qu’il serait toujours là pour lui. Malheureusement et, comme cela arrive souvent, quelques jours plus tard, il se rend compte que sa vie en France ne dépend que de lui et qu’il doit devoir vivre, se battre pour s’en sortir. Au début, le cousin le loge à l’hôtel parce que sa femme ne peut pas supporter qu’il prenne en charge d’autres personnes. Cependant, Ngouaka demeure conscient que cela ne pourra pas durer indéfiniment. C’est finalement au cours d’une longue méditation nocturne qu’il décide de se donner les moyens de prendre un nouveau départ.

 

Le récit est écrit à la première personne. La rencontre des personnages est mise en scène par le narrateur. La narration est certes subjective, mais réaliste.

 

Longue est ma route sonne comme un message de rédemption. La plupart des personnages du roman, y compris le narrateur lui-même, sont confrontés à des réalités difficiles comme le deuil, l’incompréhension et la solitude. Le narrateur parle du décès d’abord de sa mère, ensuite de son père. Il soulève aussi la précarité des étudiants congolais à Brazzaville. Quitter sa ville d’origine et débarquer dans la capitale économique pour y étudier, parfois sans aucun soutien. Il évoque aussi la question de la dégradation de l’éducation au Congo, ce qui finalement est à la base de l’immigration massive vers la France où l’on espère se réaliser.

 

Ce roman est une véritable ode à l’espérance que je vous recommande de lire.

 

Nathasha Pemba,

 

Références :

 Paterne Ngoulou, Longue est ma route, Paris, L’Harmattan, 2019, 20 euros

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Le porto d’un gars de l’Ontario

4 Mai 2020, 04:26am

Publié par Nathasha Pemba

Le roman s’ouvre sur un rassemblement familial ponctué par l’attente d’un nouveau-né. On comprend déjà qu’il est question d’une histoire de famille. Nous sommes dans les années 40-50. Gratien est issu d’une famille et il est un enfant très attendu. Il vient ainsi combler le bonheur de ses parents et de tous les gens de son quartier. En grandissant, il a tous les privilèges d’un aîné de famille. Ce n’est pas le luxe, mais c’est la vie, en toute modestie.

 

Cependant, dès le départ il y a en lui un esprit de liberté qui s’aiguisera avec le temps. Il a du mal à s’identifier à son père qui s’est vautré dans l’alcool.

 

Au chapitre 4, par exemple, on lit :

 

«Il en avait assez du comportement de son père, il en était offusqué. Enragé. Il était conditionné à ne plus l’entendre. Il était programmé à ne pas reculer. Cette fois, il était fin prêt à riposter au comportement éhonté de son paternel»

 

Gratien avait dix ans.

 

Mais il y a toujours eu en lui cette vénération du père. Même fou, un père reste un père :

 

«Son Père était son père; son père était le père, son père incarnait ses repères »

 

Avec le temps, le père revient dans les rangs. Ils changent de lieu d’habitation. À force de voir son père travailler et les charges familiales s’alourdir, Gratien décide de prendre ses responsabilités en main.

Désormais, il aide son père.

Puis, un jour, il décide de partir :

 

Gratien Beauséjour est quelqu’un de très libre. Une liberté qu’il assume même si dans son propre entourage cela demeure un questionnement. Des événements se produisent au sein de sa famille, à Saint-Michel-des-Saints, au Québec. Il voit sa manière d’appréhender le futur et l’existence muter. Il ne désire désormais qu’une seule chose : partir. Partir pour se donner une autre possibilité, pas simplement l’avenir que lui destinent ses origines. En effet, à l’époque de Gratien Beauséjour, l’avenir pour les classes modestes se limitait à l’agriculture ou à la foresterie.

Partir signifiait donc pour lui, changer cette fixité sur la destinée de chaque personne de son entourage. Il quitte le Québec pour l’Ontario et les défis sont grands. Le tout premier, c’est celui de la langue. Être une minorité francophone au milieu d’anglophones est une épreuve.

C’est dans ce milieu que Gratien se forge une personnalité au fil du temps entre abaissements et élévations.

 

Je considère que cette œuvre est un roman non seulement historique, mais aussi initiatique parce qu’il plonge son lecteur à l’intérieur de l’histoire d’un personnage qui va de la naissance à la grande maturité.

 

Sa rencontre avec cette nouvelle culture va changer sa vie. Tâtant de plus près des réalités d’immigrants à l’intérieur de son propre pays, il se donne l’occasion du bonheur entre son travail, sa famille et le Hockey.

 

Patrice Gilbert a voulu écrire une partie de l’histoire du Québec, entre chaque évolution et chaque choix que ce soit au niveau de la langue ou de la diversité. Et comme il est un ancien journaliste, devenu spécialiste des questions des ressources humaines et qu’il réside en Ontario, il déborde du cadre strictement romanesque. Il fait presque un travail d’archiviste. Il traite de l’immigration interne, de l’intégration, de l’interculturel, du sport et des relations humaines. Ce qui compte pour lui, c’est la leçon de sagesse pouvant découler de cette expérience. Il est très à l’aise dans sa peau de franco-ontarien qu’il assume très bien.

Toutefois, il est important de noter que c’est son premier roman. Il y a certainement trop de détails, mais c’est peut-être parce qu’il y a ces détours que son roman est unique. Et c’est pourquoi il faut le lire, en attendant la prochaine publication.

 

Nathasha Pemba

 

Références du roman,

Patrice Gilbert, Le porto d'un gars de l'Ontario, Ottawa, L'interligne, 2019.

 

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Le virus de la fatigue — Louis-Philippe Hébert

1 Mai 2020, 00:19am

Publié par Nathasha Pemba

 

Pourquoi faut-il lire le dernier Louis-Philippe Hébert ?

 

Le virus de la fatigue est une nouvelle tirée du recueil Essais cliniques aux Laboratoires Donadieu de l'écrivain Québécois Louis-Philippe Hébert. Le recueil a été publié en février 2020.

 

Le virus de la fatigue est une sorte de journal quotidien relatant régulièrement l’avancée de la maladie.

 

Tout commence par une grosse fatigue qui s’empare de tout le monde. Au début, les gens semblent ne pas y prêter attention. Pour eux, ce n’est peut-être qu’un effet de la paresse. L’auteur parle d’ailleurs de paresse excessive. Et, comme souvent, dans ce genre de situations, il y a toujours des gens qui paient les pots cassés. Pourtant les sermonneurs finissent vite par se résigner parce qu’eux-mêmes sont contaminés. Tout le monde est fatigué au point où même manger devient un calvaire. Les animaux, eux aussi, n’en peuvent plus. Certains traînent plus que d’autres parce que tous ne sont pas infectés de la même manière. Cependant, de manière globale tout ralentit, que ce soient les entreprises ou les appareils de communication, les chauffeurs d’autobus ou les camionneurs. Des accidents de toutes sortes se produisent.

 

Je tiens à souligner que cette nouvelle est très riche non seulement du point de vue littéraire, mais aussi du point de vue thématique.

 

Ce qui frappe dès les premières lignes de la nouvelle, c’est que quelque chose de terrible est en train de prendre possession de l'univers… comme une odeur de fin des temps, car, en fait, personne ne sait comment ça se passe. C’est comme si d’un coup le monde s’arrête de tourner parce que tout le monde est fatigué et cette fois, ce n’est à personne de décider de l’arrêt du travail ou du départ en vacances. C’est le corps et l’esprit qui lâchent, ne laissant à l’être humain que l’âme et le souffle.

 

Le virus de la fatigue s’était emparé de nous. Un grand nombre semblait être affecté. Les gens s’endormaient au volant; tombaient en plein milieu des escaliers, surtout de ces escaliers qui montent tout seuls et qu’on appelle des escaliers roulants; dans les piscines publiques, des nageurs aspiraient de l’eau à grands ronflements après quelques brasses à peine; des piétons se couchaient par terre en traversant les rues devant des automobilistes qui fonçaient dans les vitrines des voies commerciales parce qu’ils n’en pouvaient plus

 

La date du déroulement de cette pandémie n’est pas mentionnée, encore moins le lieu où il se produit. L’histoire pourrait donc se dérouler dans n’importe quel coin du monde. 

 

Le suspense du récit est construit pas à pas. Le début de la nouvelle met le lecteur dans une situation d’attente. Il s’attend à une rupture qui n’arrive pas.

 

Étrangement, plus on s’introduit dans la lecture, dans la torpeur décrite, plus on attend ce qui va arriver. On se demande : quand prendra fin l’épidémie? Les gens vont-ils s’en sortir ou bien tout le monde sera décimé?

 

Louis-Philippe Hébert ne plante pas seulement le décor. À partir d’une description minutieuse de l’état du Lieu et de la manifestation du virus, il construit dans l’esprit de son lecteur, un lieu habité par l’engourdissement suscité par l’épidémie de la fatigue. Il utilise une voix narrative surprenante qui nous fait poser la question suivante : est-ce une fiction ou une histoire réelle?

 

Le narrateur, à la fois spectateur et acteur, est fatigué, lui aussi. Néanmoins, il a le temps d’observer et de réfléchir, de raisonner au fond de lui. Fervent admirateur de sa femme, il cogite sur l’état actuel de cette dernière. Dans cette tragédie, il y a aussi le souvenir du temps où le virus n’était pas encore présent. Le passé refait surface.

 

Le narrateur semble être épargné, mais il n’en est pas trop sûr.

 

Le deuxième jour par exemple, même le réveil est fatigué parce qu’il sonne avec beaucoup plus de retard que d’habitude. Le narrateur est donc témoin de la chute progressive de son épouse qui passe un temps fou pour se rendre aux toilettes, pour sortir de son lit. Elle a certainement contacté le virus. Ce qui est encore plus alarmant c’est qu’il ne peut lui venir en aide.

 

On finit par se demander si le narrateur est écrivain ou s’il réfléchit dans sa tête.

 

Sur certaines lignes, le narrateur sort de sa subjectivité pour adopter un ton neutre, plus objectif qui fait croire que dans ce qu’il écrit, il y a un questionnement implicite lié à l’actualité :

 

Nous étions quelques-uns à être épargnés, mais l’étions nous vraiment? Je crois que c’est notre constitution différente de celle de nos voisins qui nous permettait de mieux lutter contre le virus. Ou cette attitude que nous partagions de ne pas fréquenter des endroits où il y avait trop de monde collé les uns sur les autres. Des endroits où nous mangions dans la même vaisselle, buvions dans les mêmes tasses, manipulions à l’infini des sachets de sucre ou de sel et de Ketchup. Depuis quelques années déjà, on encourageait les clients à apporter leurs propres contenants.

 

Il y a une réalité essentielle que j’ai pu noter : le narrateur n’est pas extérieur au récit, car il utilise le pronom personnel «je» pour parler et, le pronom démonstratif : «ma» pour parler de sa conjointe. Il a une manière de décrire l’existence du moment qui fait penser que pour lui, il y a bien de choses qui sont étonnantes :

 

Je mets encore plus de temps à me rappeler où sont les tasses, et tout le café aura amplement le temps de remplir la cafetière d’ici à ce que je les aie dénichées.

 

 

Avec l'épidémie du virus de la fatigue, le confinement s’impose. La solitude s’installe :

 

Je me sens de plus en plus seul… Même les animaux nous abandonnent… Nous n’étions maintenant que trois, et les jeux de cartes avaient cette fâcheuse caractéristique de souvent exiger quatre joueurs.

 

Le temps existe autrement…

 

Impossible de tenir le temps! Ceci n’est pas un agenda. Trois semaines font six mois. Les jours se suivent sans se démarquer. Le calme s’est répandu comme l’eau d’une inondation qui se glisse dans le moindre espace, qui envahit tout, qui disparaît de là et réapparaît par ici. Le temps s’est aussi dilué.

 

Au fil de la lecture, on retrouve dans la nouvelle des mots forts comme «Guerre», qui rappelle le discours du président français Emmanuel Macron annonçant l’état d’urgence sur la pandémie Covid-19 : nous sommes en guerre! Cela souligne l’actualité de cette nouvelle qui sonne comme une prémonition. Effectivement, si la pandémie est une forme de guerre, le confinement (l’isolement) comme conditionnement est le moyen de préservation de la santé :

 

Je ne sais pas quand nous pleurerons nos morts, ou même si nous allons les pleurer. Peut-être éprouverons-nous une sorte de soulagement? Comme à la fin de chaque grande guerre. Comme après les catastrophes les plus dévastatrices. Volcans, tsunamis, tremblements de terre, glissements de terrain. Ouf, ça fait du bien!

 

 

Dans cette nouvelle de Louis-Philippe Hébert, c’est la question de la condition humaine qui est scrutée, comme chez Camus (La peste), chez Malraux (La condition humaine). Il ne faut jamais oublier que le virus concerne toujours la personne humaine, le cas aujourd’hui pour le Covid-19. Parfois, on a l’impression que l’homme est devenu le pire ennemi de l’homme, notamment quand il ne tient compte d’aucune règle pourtant établie pour son bien-être.

 

Nous vivons à nouveau une épuration. Trop de rats. Trop de fourmis. Il faut réduire la population de chenilles: l’arbre n’aura bientôt plus de feuilles à offrir. Ce que l’humanité néglige de faire, la nature s’en charge. Là-dessus, les philosophes de droite et de gauche sont bien d’accord. Ce qu’on ne sait pas, c’est si l’homme n’a pas un peu trop forcé la main de la nature. En fait, tout le monde le sait.

 

 

Cette nouvelle apparaît, à quelques endroits comme une invitation au repos certes, mais elle est aussi une invitation à prendre soin de soi et à jouir de la présence d’autrui… Il y est, à mon sens, question d’une espérance susceptible de nous permettre de vivre positivement ce temps de confinement…

 

Moi, je soupçonnais que l’apparition de la maladie avait donné à tous ceux que le travail avait absorbés, comme les ouvriers dans les usines, les excavateurs de rue, le personnel de chantier et les médecins, dont la tâche ne cessait d’augmenter au fur et à mesure que progressait l’affliction, l’occasion rêvée (pardon!) de freiner leurs activités, d’accéder à un repos dont ils entretenaient les médias depuis des années

 

On trouve donc dans ce texte, l’une des idées fondamentales que l’on retrouve dans les publications de Louis-Philippe Hébert ainsi que sa vision de la condition humaine : le respect de l’autre.

 

Le narrateur ici incarne l’homme soucieux de la destinée humaine.

 

Ce que nous rappelle finalement Louis-Philippe Hébert c’est que, l’humanité et l’environnement sont toujours menacés, par le trop plein de travail ou par la fatigue. En cela il fait écho à l’impératif catégorique du philosophe Hans Jonas sur le Principe responsabilité : «Agis de telle sorte que tes actions soient compatibles avec la permanence d’une vie humaine authentique sur la terre». La responsabilité envers l’humanité présente et future est un principe parce que c’est sur elle que se fonde l’éthique, toute éthique. Et les questions implicites que je retiens de la lecture de cette nouvelle : quelle humanité, quel environnement léguerons-nous à notre progéniture? Le virus de la fatigue est-il une métaphore qui vient pour nous rappeler quelque chose?

 

Je recommande vivement la lecture de cette nouvelle… et du recueil.

 

Nathasha Pemba

 

Références

Louis-Philippe Hébert, Essais cliniques aux laboratoires Donadieu, Montréal, Lévesque Éditeur, 2020.

 

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Dans la peau des poètes de Jean Dumont

29 Avril 2020, 23:15pm

Publié par Nathasha Pemba

Un poète peut en cacher un autre.

 

Il y a des livres qui vous donnent un goût d’éternité. Par goût d’éternité, j’entends ici ce qui a toujours été et qui toujours sera. Tel est, à mon avis, le cas de ce roman intitulé Dans la peau des poètes. Effectivement, la poésie a toujours été et sera toujours.

 

L’auteur, Jean Dumont, poète et enseignant retraité, revient sur la scène littéraire francophone du Canada avec un roman autour de la poésie. On pourrait dire qu’il est dans son domaine.

 

Par goût d’éternité, j’entends ce livre que l’on trouverait chez des bouquinistes ou encore dans les fonds d’une bibliothèque. A-t-on besoin de désirer l’éternité pour un roman lorsque l’on sait que toute œuvre littéraire est immortelle?

 

 

Le personnage central du roman, Léandre, d’origine française émigre au Québec pour enseigner dans un collège. Enseignant de théâtre et comédien en France, il se contente du cours qui lui est confié : la poésie.

 

Quoique l’idée d’enseigner la poésie ne l’emballât pas (…), il plongea corps et âme dans sa préparation de cours; ses choix s’arrêtèrent à Hugo, Baudelaire, Rimbaud Mallarmé

 

 

Pour mieux se préparer à sa nouvelle tâche, il revisite certains classiques comme nous pouvons le constater à travers cet extrait cité ci-dessus. Il fréquente assidûment la bibliothèque. Il y passe des journées entières, au point d’attirer l’attention de préposés de tous les bords qui fréquentent la bibliothèque.

 

Il côtoie Hugo et tente de cerner sa longue et riche existence. La vie de Baudelaire l’intrigue, car l’auteur de Les fleurs du mal a une vie faite de contrastes. Chez Rimbaud, c’est son rayonnement intellectuel interminable qui le séduit. Si au départ, il limite les capacités de Mallarmé, à la fin, il finit par se rendre compte qu’il s’est trompé. Aussi ne cesse-t-il de s’interroger sur ces vers du poète : «Fuir! Là-bas fuir!» Fuir quoi? Où? «là-bas!»

 

La poésie finit par devenir son ami.

 

Après des journées entières passées à la bibliothèque, il finit par élire domicile chez lui.

 

Cette vie de poète fouineur qu’il menait ne l’empêchât pas de temps en temps de s’adonner à quelques plaisirs charnels, mais pas de manière obsessionnelle malgré son succès auprès des femmes.

 

Son cours devint très populaire auprès de ses étudiants.

 

Pour susciter l’intérêt de ses élèves, il se met dans la peau des poètes qu’il enseigne. Ce déguisement va de l’accoutrement à l’accent. Il adopte parfois le style de l’époque.

 

Son déguisement va parfois au-delà du visible, car il y met tout son être et tout son cœur. De ce fait, il s’appuie sur ses lecteurs, sur ses expériences, sur ses capacités.

 

Son objectif : donner la crédibilité à ses récits.

 

Le temps d’un poème, la salle de classe prend des couleurs nostalgiques qui constituent, en général, le fond de la poésie.

 

Avec Léandre, il y a un autre personnage, monsieur Hubert Théoret, avec qui il a des atomes crochus. Ce dernier est là comme un second bras pour Léandre. En même temps qu’il s’étonne de son collègue français, il est aussi celui-là qui essaie, à chaque fois, de ramener le collègue à la raison, car avec le temps, Léandre Mazure, finit par s’identifier aux poètes. Il n’était plus un seul personnage, mais il pouvait être à la fois Hugo, Mallarmé, Baudelaire ou Rimbaud. Il mène, par ailleurs, une vie tourmentée qui alimente désormais des ragots au niveau du CÉGEP.

 Plus il lisait les poèmes, plus il s’éloignait de l’enseignement. Il était à l’étape du «comprendre» et non à celle du «faire comprendre». Léandre avait besoin de calme, de solitude, de retranchement. Les poèmes devinrent des obsessions. Des îlots de solitudes. D’absorbants silences.

 

La solitude de Léandre, ses accoutrements et ses virées poétiques commencèrent à inquiéter d’abord ses collègues puis ses élèves qui ne comprenaient plus grand-chose à son évasion.

 

Le pire finit par arriver.

 

Un accident, un délire, une perte des repères…

 

Quelqu’un l’a retrouvé étendu dans le sentier derrière. Il aurait fait une chute et sa tête aurait heurté une roche.

 

Le rapporteur de la situation, à vrai dire, n’est pas sûr de ce qu’il raconte, puisqu’il parle au conditionnel :

 

Au début, paraît qu’il délirait. Selon ce qu’on rapporte, il répétait : «Le soleil s’est noyé dans son sang qu’il se fige».

 

S’il fractionne les poèmes et nous expose une histoire de la poésie, Jean Dumont fait également ici l’éloge de l’amitié entre Léandre et Hubert. Il nous fait comprendre que l’ami est essentiellement celui qui ne s’en va jamais. Tel est Hubert, pas ami de la poésie mais ami du poète.

Dans la peau des poètes, c’est aussi l’histoire d’une passion : celle de la poésie. Jean Dumont rend hommage à la poésie.

 

Toutefois, des questions demeurent : La poésie nous éloigne-t-elle du réel ? La solitude est-elle un mal ?

 

 

Nathasha Pemba

 

Références

Jean Dumont, Dans la peau des poètes, Ottawa, L’interligne, 2020.

Prix :23, 95 $

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Carmine Starnino : Par ici la sortie

18 Avril 2020, 06:05am

Publié par Nathasha Pemba

La destinée montréalaise

 

Par ici la sortie est un recueil de poèmes sur la relation entre le soi et l’Existant externe. Il est formé de trois grandes parties subdivisées en plusieurs chapitres.

C’est une poésie narrative, allusive, qui reprend l’essentiel…

 

Tous les poèmes du recueil ont un seul point d’ancrage : la ville de Montréal. On retrouve certes d’autres lieux évoqués comme l’Italie, mais le point focal demeure Montréal. Cette ville demeure donc le seul élément constant du recueil en plus du Vivant.

 

Mais, de quoi est fait l’univers montréalais ici ?

 

Il est question de la vie des gens ordinaires à travers les rencontres, les structures de la ville, les commerces, les quartiers comme Jean Talon, Roadkill, Canal Lachine, Outremont, Dollarama…

À l’intérieur de Montréal, donc du recueil, on rencontre des joies, mais aussi les misères… les espérances, les désirs. Des expériences. Le passé… l’histoire.

 

Le poème qui donne au recueil son titre est un pont entre le souvenir et l’instant présent qui montre que si la vie est faite essentiellement de différences, celles - ci demeurent toujours une possibilité, une fenêtre ouverte sur le monde :

 

D’à côté. Mais ce n’est pas tout : les Grecs

en pantoufles et camisole

comme des Brando off-Broadway, les frères

syriens du babershop en gougounes,

les tournées magasinages au Dollarama

payées en petit change, les feuilles

qui se rassemblaient en tas et paralysaient 

 

C’est le monde en miniature avec ses diverses caractéristiques :

 

Tanné de mon propre son gonflé, ma fierté gaffée

par le crochet de quelque chose de pointu,

au bout du rouleau,

à la renverse. Mon choix maintenant clair : flotter

ou couler.

L’espoir, en arrérages,

disparaît en des détails lointains 

 

Grâce à la plume de Carmine Startino, des lieux et des moments simples de la vie quotidienne prennent la couleur de l’extraordinaire entre l’espace et le temps.

Le livre est une déclaration d’amour à la ville de Montréal

L’auteur partage son regard sur la vie en société et sur les rapports entre humains.

 

Nathasha Pemba

 

 

Références :

Carmine Starnino, Par ici la sortie, traduit de l’anglais par Gabriel Kunst, Éditions Hashtag, Montréal, 2020.

 

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Jean-François Lemoyne : Chroniques hu-militaires

13 Avril 2020, 12:01pm

Publié par Nathasha Pemba

Dans « Chroniques hu-militaires », Jean-François Lemoyne entreprend (sous forme de chroniques) de redonner aux vies à certaines expériences qui, dans un contexte de guerre, peuvent aider l’humain à retrouver une part de son humanité.

 

Après plus de 35 ans de service militaire, l’auteur s’intéresse à la dimension humaine de son métier. Il indique une autre manière de toucher l’arme : la peinture, la musique et l’écriture. Il voyage, réellement, mais aussi virtuellement à travers ses personnages et son souvenir.

 

Ce roman relate l’état d’esprit du narrateur : tout ce qu’il a vécu durant ses missions dans les zones de conflit armé. La solitude par exemple :

 

 Lorsque vous êtes commandant d’une unité, vous devez en tout temps avoir une contenance, être presque neutre et être prêt à prendre des décisions sans nécessairement prendre parti. Dans des contextes comme ça, ça rend l’officier ou le militaire qui est en position de commandement un peu plus solitaire et esseulé. Je voulais mettre en relief la solitude de commander, mais montrer qu’en maintenant un lien solide avec les siens, les choses sont plus faciles à vivre.

 

 

 

Au-delà du conflit et de l’idée que l’on peut se faire du milieu militaire ou des zones de conflit, l’auteur nous rappelle que parfois le plus important, ce qui porte les missions ce sont souvent les évènements humains et humanitaires qui nous rappellent en réalité que nous n’avons rien de plus que les autres.

 

Être militaire, c’est un métier noble certes, mais c’est aussi un métier plein de risques. Dans un certain sens, cela peut ressembler à une aventure, mais pas toujours une aventure heureuse. Bref, le militaire, c’est un peu comme le missionnaire. Il est passionné par quelque chose… le courage,  la sobriété, l’amour pour quelque chose ou pour une cause. Réaliser sa mission et éviter le plus de bévues possible.

 

On retrouve ainsi au cœur de ce récit une expérience anglaise irakienne et yougoslave. Entre ces deux expériences, il y a la correspondance avec la bien-aimée

 

L’INTRIGANTE,

Regard furtif, lèvres pincées. Elle s’éclipse à mes avances sans mot dire. Je ne sais que penser : persévérer et risquer l’affront, l’humiliation… ou ronger mon frein et vivre l’incertitude. La maxime Le monde est à ceux qui osent me redonne courage et témérité. Avant ma préface, elle me jette un second coup d’œil provocateur, me désarmant du coup. 

 

 

 

Avec une écriture fluide, inscrite dans le souvenir, Lemoyne transporte son lecteur vers une histoire, celle de l’amour, celle du lointain qui est, en fin de compte, celle du présent et celle de l’avenir. Les bons souvenirs demeurent et forgent le présent.

 

C’est un livre que je recommande aux personnes passionnées de lectures intimes. Comme quoi, le militaire ce n’est pas exclusivement l’arme, c’est surtout l’âme.

 On sort instruit de ce roman.

 

Nathasha Pemba

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Parfum divin de Chantale Ayi : Dieu, aujourd’hui et à jamais…

22 Mars 2020, 20:00pm

Publié par Baltazar Atangana Noah- Nkul Beti

Parfum divin est un recueil de poèmes en prose dans lequel est révélée l’expression la plus intime du Moi de Chantale Ayi dans toute son opacité et sa foi. Une quête permanente et profonde de l’Etre suprême, Dieu, dans toutes ces choses qui font et défont le monde

 

« Au plaisir de l’amour et des bons sentiments/[…]/Sous le regard en coulisse des phantasmes gestuaires et voluptueux[]/N’avoir du cœur que pour semer le Bien/[Et]Aimer ceux qui nous honnissent… » p.7

 

La poésie de Chanatale Ayi s’inspire du  discours biblique. Un discours qu’elle retravaille selon sa pensée. Sa vision du monde. Ses désirs, ses plaisirs. Ses souhaits, ses espoirs. Sa trajectoire et son expérience dans la manipulation quotidienne (lecture-interprétation-méditation) des écrits anecdotiques et métaphoriques bibliques. « Dialogue intime avec Christ » aurait pu être le titre de la présente œuvre ; car, Christ, nom que l’ensemble des chrétiens donnent à Jésus de Nazareth, est le premier interlocuteur de l’auteure. On est en plein dans une inébranlable profession de foi-amour :

 

« Ah tu le sais, doux Christ mien,/Je t’aime et le souffle de ton amour me couvre/De tes grâces et de tes bons sentiments » p.17

 

Les irrégularités de la métrique des vers, certes morcelées et parcimonieuses, s’accordent subtilement au point de permettre un rapprochement de la somme des textes au yigdal[1]−forme de piyyout très connu dans la liturgie juive. En effet, le piyyout est un poème liturgique juif chanté ou récité pendant l’office. Parfum divin s’inscrit, dès lors, non seulement comme une apologie et une dévotion au sacro-saint, mais aussi une matière permettant d’animer les débats publics discutant des questions autour de la Transcendance.

 

Parfum divin participe−en ce XXIe siècle qui s’ouvre de manière virale sur un retour remarquable de l’animisme, l’engraissement des crises sanitaires et l’abolition totale des métarécits− à la simplification et à la vulgarisation du substrat non moins complexe du discours biblique. L’intention de l’auteure étant ainsi de révéler la puissance universelle du discours biblique. Et surtout de mettre en évidence la capacité de ce discours-là à atténuer  les incertitudes et les inquiétudes du train-train quotidien de l’Homme. Ce, tout en donnant à l’Homme toutes les clés pour s’affranchir du cadre fataliste, serein et yigdal chanté :

 

« Te chanter, Te bénir,/Te prier,/Demain, aujourd’hui et à jamais… /O Fils de l’homme,/Donne une belle couleur à ma vie, Ces années vert-de-noir/Seront désormais sans menteries Comme jadis… » p.13

 

Chantale Ayi procède tout au long de son acte poétique à une poétisation de la méditation et de la prière dans lesquelles Dieu est présent −non plus comme concept−mais telle qu’une réalité vivante et actante. Le Dieu des Hommes, père révélé au Christ, devant qui Chantale Ayi – qui invite croyants et non-croyants- épanche son âme dans une modeste et sobre adoration, en abandon filial.

 

Quête infinie d’un chemin qui continue à jamais ?

 

La quête du Dieu, de son Dieu, est donc le point fondamental du processus créatif de Chantale Ayi. Cependant, elle sait que cette recherche du divin, en abandon filial, n’offre pas d’emblée des réponses à la mesure du désir  d’absolu quêté par un lecteur athée ou non-bibliste qui, froidement et sans une quelconque influence axiologique,  ne  se  contentera guère  d’une  solution essentiellement religieuse. C’est pour cela qu’elle entreprend une réinvention littéraire du discours biblique auquel elle accole des clichés repérables et identifiables dans les univers sociaux dans lesquels elle évolue. Il devient possible, chez Chantale Ayi, de voir et éventuellement de « flirter » avec le « Tout-puissant » Dieu :

 

« A te regarder,/[…]/Comme une rose éternelle,/J’implore ta gratitude éternelle,/Et ton sain amour !/Toi, à jamais, mon roi/Sous le joug de ton onction ! » p.41

 

Dieu   pour   Chantale Ayi devient donc un objet métaphysique identifiable et visible   qui comble son vide intérieur comme elle aurait désiré qu’un être humain, s’engageant à l’aimer, le fasse. Autrement dit, Chantale Ayi invite son lecteur à un effacement  de  soi qui, selon elle, facilite ainsi l’intégration de soi  dans  la matière  divine  qui est accompagnée des malheurs et des joies parfois extatiques. Cette dimension  à la fois extatique et mystique exige  une rigueur et une discipline, tant interne qu’externe, qui débouche sur un effacement de tout; le monde et l’Etre. Et ce n’est alors qu’en entreprenant cet exercice mystique, dont la passerelle est un départ d’un rien à un tout extatique, qu’on peut parvenir à Dieu :

« Quand dans la tristesse battante,/Pleurant en silence,/Consommant entre quatre murs mes souffrances,/J’ai crié ton nom,/Tu es venu illico… » p.16

 

La quête permanente de Dieu et de son fils Christ menée par Chantale Ayi dans son fait littéraire a pour objectif ultime de restaurer la liaison originelle existant  entre  l’homme  et  Dieu  bien avant qu’advienne le  péché. C’est donc une transmutation du sentiment de culpabilité des Hommes en quête inlassable de l’Être  absolu que je révèle Chantale Ayi. Son idée  d’introduire une nouvelle approche de  la recherche  du spirituel  et  du  divin est donc affichée sans brouillage stylistique ni référentiel.

 

In fine, la quête infinie du Dieu, de son Dieu, par Chantale Ayi dans Parfum divin, ne prétend pas de délivrer totalement le lecteur de ses doutes et de ses peurs existentiels. Elle prend la forme d’un parchemin qui contribue non seulement au déchiffrage des codes de l’existence et de l’ordre divin, mais aussi à l’élaboration des vérités considérées comme des réponses au vide intérieur imposé par « la  mort  de  Dieu »(Nietzsche).

 

La quête de Dieu, chez Chantale Ayi, devient-elle donc, en fin de compte, une  façon  de  ne  pas pouvoir admettre  le  vide-néant  en empruntant un ZEEN[2] (Towa) qui continue à jamais ? A méditer !

 

Baltazar Atangana Noah- Nkul Beti.

 

Fiche technique du livre

Auteure : Chantale Ayi ;

Titre : Parfum divin ;

Nombre de pages : 108 pages ;

ISBN : 979-1037704252.

 

[1] Le yigdal est une forme de piyyout dont la signification française est « Que Dieu soit sanctifié », et il est basé sur les treize principes de la foi.

[2] La voie de la sagesse ou la voie de la vérité dans le discours du philosophe camerounais Marcien Towa.

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Quand l'Afrique s'éveille de Paul Samba

9 Mars 2020, 04:04am

Publié par Nathasha Pemba

Révolution au Paradis

 

Paul Samba scrute les moments forts de l’histoire sociale et politique du Continent Africain. Il démontre qu'on ne peut pas envisager l’avenir de l’Afrique ou son développement en se détachant de son contexte historique, politique, économique ou social. La compréhension de l’avenir de l’Afrique implique au contraire une étude approfondie de son histoire, de ses fondations, de son évolution et des grands visages qui ont marqué son itinéraire. Il accorde une importance particulière à la question de la liberté dans son rapport avec les droits de l’homme.

 

« La liberté n’est pas la possibilité de réaliser tous ses caprices ; elle est la possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposeront à tous » (Albert Jacquard)

 

Dans Quand l’Afrique s’éveille entre le marteau et l’enclume, Paul Samba a ainsi étudié l’histoire de l’Afrique, de ses péripéties à travers certains visages.

 

Écrit avec un style particulier sur un ton divertissant, Paul Samba propose un véritable manifeste en s’appuyant sur les plus grands orateurs et penseurs de ce monde…

 

Ce genre qu’initie Quand l’Afrique s’éveille entre le marteau et l’enclume est original. On pourrait le considérer comme un docu-fiction parce que s’il relève de la fiction, il est, par ailleurs, bien documenté et argumenté.

 

Pour penser la question du développement de l’Afrique, l’auteur met en dialogue Nelson Mandela et plusieurs autres leaders du monde. Il adapte l’histoire de manière très pragmatique en mettant sur scène, dans un paradis imaginaire, l’élite politique du monde pour faire face au aux problèmes que connait l’Afrique. Il s’agit presque d’un mouvement révolutionnaire dirigé par un leader charismatique qui doit obtenir le soutien des autres habitants du pour renverser le système existant.

 

Au cœur de l’ouvrage, on retrouve le visage de Nelson Mandela.

Lorsqu’il arrive au paradis en 2013, il constate que dans ce nouveau pays, tout le monde parle le boétien et tout le monde vénère un seul Dieu qui prêche la tolérance et la laïcité.

 

Pour souhaiter la bienvenue à Mandela, Gandhi prononce un discours de bienvenue. Mandela en profite pour rencontrer trois personnalités qu’il affectionne : Étienne de La Boétie, Albert Jacquard et Martin Luther King.

 

Après les discours de Jacquard et de Kipling, Mandela prend la parole et dégage les lignes de son projet pour l’Afrique, car en effet, en quittant la terre des hommes, il n’avait pas terminé sa mission :

 

« (…) C’est dans ma nature de ne jamais désespérer du genre humain. Cet optimisme m’a aidé à tenir vingt-sept ans en captivité. Si je suis devenue légende malgré moi, les conseils de La Boétie y ont beaucoup contribué. Tenir un discours ferme contre la servitude fut pendant longtemps mon seul leitmotiv. (…). À tous ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur ma vie, je leur répéterai que je ne suis ni un prophète, ni un illuminé. J’ai toujours voulu être un homme libre. Et voici ma conception de la liberté : « Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous dépossédés de leur humanité ». Puissent les dirigeants africains en prendre de la graine ! ».

 

Après son discours, Mandela est convoqué par Dieu qui lui confie une mission particulière : Organiser, à partir du Paradis, des États Généraux de la liberté et des droits de l’homme en Afrique. Dieu est tellement déçu des Africains qu’il souhaite leur adresser un message. »

 

C’est ainsi qu'un jour après sa rencontre avec Dieu, Mandela réunit quelques habitants du paradis pour constituer une équipe de travail :

 

  • La candidature de Joseph Désiré Mobutu comme représentant de l’Afrique centrale est validée. Ses talents d’orateur et son séjour en enfer y sont pour quelque chose… Il s’est en quelque sorte repenti et veut se rattraper. Il a pour mission de « dresser le bilan de cinquante ans de mauvaise gouvernance africaine ».
  • Pour l’Afrique de l’Ouest le comité a validé la candidature de Léopold Sédar Senghor. Il a « la lourde tâche de proposer des solutions au sous-développement du continent »
  • Gamel Abdal Nasser représentera l’Afrique du nord. Il se chargera de démontrer la compatibilité de l’Islam avec la démocratie.

Le dernier chapitre du livre est un appel à la résistance par Nelson Mandela.

 

Le docu-fiction de Paul Samba est très inspirant parce qu’il retrace en quelque sorte l’histoire de la plupart des pays africains. Cependant, sachant que l’Afrique avait été marquée par plusieurs visages politiques féminins, j’aurais par exemple vu à la place de Françoise Giroud, Wangari Maathai. Je pense qu’une femme issue  d’un pays africain aurait mieux touché les réalités des femmes. Ce livre nous rappelle qu'il ne faut jamais cesser de rêver... Un jour l'Afrique s'éveillera ou se réveillera...

 

Je recommande la lecture de ce livre à toutes les personnes éprises de liberté et aux amis du Continent africain.

 

Nathasha Pemba

 

Paul Samba, Quand l'Afrique s'éveille entre le marteau et l'enclume, Pointe-Noire, Les Lettres mouchetées, 2019, 16 euros

 

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