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Le Sanctuaire de la Culture

Le livre, une douce chaine qui nous relie à l'autre

5 Février 2019, 15:27pm

Publié par Nathasha Pemba

Depuis Ponton, engagée dans un emploi administratif à temps plus que plein, je n’ai plus le temps de lire comme avant. La preuve, j’ai une pile de livres à chroniquer qui me fait des clins d'oeil tous les matins. Cependant, je reste attachée au livre mon ami de toujours, l’artisan de mes rapports humains.

En ce mois de février, je voudrais t’encourager toi, abonné et visiteur du sanctuaire à te rapprocher encore un peu plus du livre, retrouver la douceur du livre même lorsqu’il est recouvert d’un papier rude… dure. Retrouver la douceur du livre non pas comme moyen de faire impression devant le monde, mais comme moyen de détente… comme un instrument de voyage… juste pour le fun.

Pourquoi lire ?

Quel intérêt y a t-il à lire.

 

Je lis parce que j’aime lire.

L’intérêt qu’il y a à lire… c’est justement de lire <3

Dany Laferrière dit à Propos de l’écriture et de la lecture : « Apprendre à écrire permet de mieux lire ».

Pour ceux qui écrivent, je trouve cela essentiel parce que sans lire on ne peut pas écrire. 

Et moi, je pense qu’il y a dix raisons de lire :

  1. Lire est une œuvre de modestie
  2. Lire n’est pas un luxe
  3. Lire est à la portée de tout le monde
  4. Chacun de nous au moins s’il est allé à l’école doit faire l’expérience du livre
  5. Le livre nous vient en aide car il ouvre nos horizons
  6. Lire signifie qu’on a accepté de sortir de son autosuffisance pour aller à la recherche d’un monde plus grand que soi
  7. Lire aide à évacuer le stress
  8. Lire fait du bien à notre vocabulaire
  9. Elève l’esprit
  10.  Lire permet de mieux écrire

 

 

Comme disait saint Augustin : « Tolle lege »

 

Nathasha Pemba

 

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Édito de janvier 2019 : Lettre à l'Amie

6 Janvier 2019, 03:39am

Publié par Nathasha Pemba

 

Chère Amie,

 

J’espère que tout se passe bien pour toi.

 

Juste un petit clin d’œil au début de cette année 2019, pour te remercier de ton amitié. Après notre dernière discussion, je ne peux pas prétendre avoir beaucoup évolué, mais je reste dans une optique qui est celle de fournir des efforts et d’aller toujours de l’avant… Au moment je me prépare sur une deuxième édition de mon livre sur l'amitié, je me permets de te redire mon amitié à partir de ces mots que tu connais très bien... 

 

On dit souvent que « dans la vie, c’est le premier pas qui compte » et je crois que j’ai posé mon premier pas, je reste confiante pour le reste… Merci de ton soutien multiforme. Sache que je ne regrette rien de ce que j’ai dit ou fait, si c’était dans une optique édifiante. J’ai été heureuse d’apprendre des choses sur ta culture qui est si différente de la mienne. J’imagine que dans une relation d’amitié, il est fondamental de se parler, de s’écouter et de dialoguer, parce que cela permet d’avancer et de rechercher ensemble le Bien et le Vrai. Mais j’apprécie aussi nos contradictions qui me font marrer quand je suis toute seule, parce qu’en fait, je pense que c’est bien de savoir qu’on n’accepte pas tout ce que notre amie dit ou pense, et que cela n’a rien à voir avec l’amitié. En effet, comme l'a écrit Karl Barth :

 

  Nous sommes éduqués à l’humanité par l’amitié, et non seulement par les amitiés réussies et profondes, mais également par celles qui sont manquées, et même par le désir que nous ressentons de l’amitié [1].

 

 Je crois que dans la vie, quand on aime véritablement une personne, quelque soit l’orientation que peut prendre cette relation, on continue d’aimer la personne du fond de son cœur, parce que dès le départ c’était une amitié fondée sur la vérité et l’amour véritable. Je crois aussi que je t’aime d’amitié de tout mon cœur, depuis que je t’ai vue pour la première fois, et c’est ce qui compte pour moi. Un amour d’amitié qui grandit d’ailleurs et qui enrichit ma personne dans son être au monde. Tu sais ! Ce que j’ai saisi premièrement de toi lorsque je t’ai vue pour la première fois, c’était ton regard, symbole de ton corps, de ton être au monde, un regard qui restera gravé en moi, parce qu’il m’a marqué, et parce qu’il te représente toi et me permet de savoir que tu n’es ni une idée ni une formule mathématique, mais un être humain présent avec son corps et son esprit, un être qui a une identité et surtout… Bref, que tu es unique. Unique pour moi.  Dans ta personne, il y a le corps qui trouve dans le visage sa spiritualité et ses lettres de noblesse. C’est pourquoi ton visage est pour moi l’un des lieux essentiels de mon rapport à toi.

 

Chère Amie,

Merci de m’aider par tes conseils et par ton exemple à aller toujours de l’avant. Merci pour notre amitié qui donne un sens à mon être au monde. Merci d’être là ! Tout simplement.

 

Tu es dans ma pensée et je te remercie de m’avoir éclairé sur certaines réalités que j’ai toujours eu du mal à comprendre : cela ne m’a jamais gênée, au contraire c’est toujours avec joie que j’apprends tout ce qui m’est étranger, car pour moi la reconnaissance et l’acceptation de la différence sont importantes dans une relation d’amitié. À ce sujet d’ailleurs, Marie Dominique Philippe écrit :

 

L’amour d’amitié nous donne un sens tout à fait différent de l’autre : dans chaque homme, dans chaque personne humaine, il y a quelque chose que personne d’autre ne possède pas ; nous ne sommes pas le fruit d’un travail en série, mais d’un labeur unique, à commencer par notre mère dans le don de la vie et notre éducation. L’éveil de notre intelligence a quelque chose d’unique et, dans l’amour d’amitié, nous découvrons ce quelque chose d’unique à chaque personne. Nous comprenons alors que s’isoler dans la recherche de la vérité n’est pas juste, n’est pas vrai. Nous  avons besoin d’un autre, [] En réalité, nous avons toujours besoin d’un autre pour nous agrandir et nous dépasser. Dans l’amour d’un autre nous nous dépassons toujours, parce que l’amour spirituel est extatique. En aimant, nous sortons de nous-mêmes pour rencontrer l’autre, nous sommes vers l’autre et par là, nous nous dépassons. L’amour d’amitié exige donc de nous cet effort perpétuel d’extase consciente et aimante, volontaire. Nous découvrons alors que nous ne sommes vraiment nous-mêmes qu’en aimant l’autre, que dans cette sortie de nous-même, dans cette extase d’amour, dans ce don. La recherche de la vérité est très importante, mais nous devons sortir de nous-même pour être nous-même [] Dans tout amour d’amitié, deux amours se rencontrent, Et plus on aime vraiment, plus on grandit, plus on permet à l’autre d’aimer vraiment : il y a une coopération étonnante, d’agrandissement mutuel[2]

 

En effet, Si on est pareil, il y a une monotonie (une sorte de routine) qui s’installe et puis, bon ! On a l’impression d’avoir soi-même en face de soi-même, alors que l’amitié est faite pour nous enrichir dans notre personne et dans notre manière d’être au monde. Je ne regrette pas de m’être ouverte à toi, même dans mes moments de fragilité en te disant certaines choses qui ont dû te choquer ou te gêner, mais que tu as essayé d’accepter, parce que tu es quelqu’un de bien et tu penses qu’il est important, dans l’amitié de se soutenir et d’éviter de juger l’autre. Sache aussi que dans notre marche ici sur terre, je suis là, et que tu peux toujours compter sur moi en toute circonstance.

 

Cher Amie,

Merci pour les partages scientifiques, spirituels et même existentiels (religion, philosophie, société, musiques, dvd)... Cela me fait  toujours un grand bien de discuter sur autre chose que ce que je connais déjà. Te dire merci, mais aussi te dire que j'ai été heureuse de faire ta connaissance. Quand on arrive pour la première fois dans un milieu, on est tous étrangers au départ, et même quand deux regards se croisent, on sourit certes, mais chacun reste réservé... Je l’ai ressenti la première fois que je t’ai vue, mais après, en tant qu’amie, j’ai apprécié la richesse de cette relation, et que d’ailleurs, j’apprécie toujours ; En réalité, tous les moments partagés ensemble de loin ou de près constituent une richesse qui n’est pas prête d’être épuisée… une richesse que j’ai reçue, grâce à tous, mais un peu beaucoup plus grâce à toi...

 

Que notre rapport au monde soit pour nous une occasion de rechercher ce qui est meilleur et de révéler à l’humanité la grandeur de l’amitié. On me reproche souvent de dire ce que je pense, mais je suis de celles qui pensent que c’est bien dommage de ne pas dire aux gens qu’on les aime et qu’ils sont des gens bien. Je dis souvent ce que je pense quand c'est positif (même quand c’est négatif), mais je privilégie le positif, parce que je pense que chacun de nous a besoin de le savoir pour aller un peu plus loin. Plus l’Amie nous fait confiance, plus on a envie de lui plaire... plus nos proches nous font confiance... plus nous voulons mériter cette confiance pour ne pas les décevoir. C'est pourquoi chère amie, je voudrais que tu saches que pour moi, tu es simplement une fille formidable... tu es vraiment quelqu'un de bien : tu es très ouverte et tu allies bien ta culture d’origine et la culture universelle... tu es ouverte... tu es intelligente et gentille... tu sais t’adapter aux différents situations qui se présentent. Tu es respectueuse et à l'écoute de tous... Tu es dotée d'une âme délicate... âme humaine, de philosophe, d'historienne, d'artiste et de poétesse. Tes  qualités de cœur attirent la sympathie et cimentent les solides affections... c'est une si bonne chose. Si je n'ai cité là que quelques unes de tes qualités morales et intellectuelles, tu dois savoir que tu es vraiment quelqu’un de bien.

 

Si j'ai considéré le fait de t’avoir rencontrée comme un don, c'est parce que je n'ai pas pu trouver le concept exact pour le dire et aussi parce que notre amitié, ne peut pas être réduit à un concept ou à une idée... peut-être aurais-je pu parler de don ou de mystère? Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c'est que notre amitié est l’un des meilleurs présents que j’ai reçu depuis bien longtemps. Je te remercie aussi pour ta simplicité... les préjugés font quelques fois que l'on croie certains froids et d'autres plus chaleureux, mais on oublie souvent que chaque personne est unique et qu'au-delà des habitudes culturelles ou traditionnelles, chacun fournit toujours des efforts dans son être au monde. Te partager quelques unes de mes expériences m'a beaucoup réconforté, car si les personnes à qui parler ne manquent pas, il n'est pas toujours possible de discuter avec tout le monde... il faut un ou une amie. Tu es vraiment un Don de l’Amitié, une étoile... un ange… un Trésor…

 

Quelqu’un me disait un jour :

 

Un ami, c’est comme une étoile…l’étoile est toujours dans le ciel, mais il n’est pas toujours évident de la voir, pourtant elle est toujours là !  

 

Je voudrais juste te dire aujourd’hui que t’avoir trouvée sur mon chemin est l’une des belles choses qui m’est arrivée. Dès que nos regards se sont croisés, j’ai su qu’on allait devenir amies. Je voudrais encore te remercier pour tout, pour tout ce que nous faisons tous les deux afin que vive cette amitié, mais surtout pour le respect que nous avons l’une de l’autre et vis à vis des autres. Quelquefois quand on se rencontre pour la première fois, on rêve tout pour son amie et, il arrive qu’on tende vers la possession. Mais grâce à ta présence-distance, j’ai toujours su équilibrer cette amitié, en écartant toute forme d’exclusivité. Mais cette présence distance ne signifie rien, puisque même en étant éloignées, je sais que nous sommes présents l’une à l’autre, à travers la lecture, l’art et la recherche de la vérité.

 

Chère Amie,

Je t’écris ceci pour te dire que je t’aime d’un amour d’amitié comme au premier jour, et je sais que cet amour évolue chaque fois que nous avons l’occasion de communiquer et d’échanger, pour son plus grand bien et de celui de l’humanité. Quand je t’ai rencontrée, je ne me suis pas posée la question de savoir jusqu’où irait notre amitié, quand est-ce qu’elle allait s’arrêter, parce que pour moi, c’est une amitié inscrite dans le temps, une amitié qui n’évitera certainement pas des oppositions, parce que le conflit est inhérent à toute existence humaine. Cependant je garde une conviction : par notre confiance mutuelle dans cette amitié, on laissera le temps la gérer sans trop se poser de questions…Notre amitié est une aventure dont ni toi, ni moi ne pouvons anticiper la fin.

 

Chère Amie,

Je vais devoir te laisser. Tu as compris que je voulais juste te dire que ta joie, ton regard, mais aussi ton silence que j’aime beaucoup resteront toujours dans mon esprit. À chaque fois que je changerai de lieu d’habitation, je penserai toujours à toi. Tu es pour moi, un véritable don, une chance que j’ai trouvée sur le chemin de mon existence.

 

Prends bien soin de toi Amie

 

(Lettre tirée dans "La place du corps dans l'amitié", publié en 2013)

 

#TraverséedeVenise

 

 

Nathasha Pemba

 

[1] Cité par Jean-Marie Gueullette, L’amitié : une épiphanie..., p. 292.

[2] Marie-Dominique Philippe, Retour à la source..., p. 399.

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Le fruit défendu de Ives Loukson S. Loukson

28 Décembre 2018, 13:22pm

Publié par Nathasha Pemba

Le roman de Ives Loukson fait partie de ces livres dont à la seule lecture du titre, notre curiosité s’émancipe. Le fruit  défendu ? De quoi s’agit-il ? Du récit de la création ? On ne saurait le dire si on n’a pas ouvert le roman pour le lire.

 

Pour comprendre ce roman, il faut se replacer dans le contexte des démocraties africaines. L’histoire se passe en Philombie, pays imaginaire d’Afrique noire francophone certes, mais surtout- et c’est ce qui m’a semblé intéressant- pays dont la terminologie est issue du nom d’un écrivain camerounais René Philombe.

La Philombie se situerait donc en Afrique centrale.

 

« La philombie est le pays de naissance de René Philombe. Très imaginatif dès son plus jeune âge, cet ami à moi découpa le nom que lui donnèrent ses parents à la naissance, le réorganisa afin d’obtenir cette admirable combinaison. Ce nouveau patronyme était le symbole de sa désapprobation envers le comportement du pays auquel il appartenait. Celui-ci tuait impunément ses propres enfants. Pour lutter contre cette auto criminalité, Philombe investit ses efforts dans la recherche d’un nouvel ordre, où l’homme ouvrirait sa porte aux autres hommes tout simplement parce qu’ils lui ressembleraient ».

 

Ainsi dans l’esprit de Bambara le griot, la Philombie ici est le pays à venir, pays à construire à l’Ouest de l’Afrique centrale, un peu vers l’Équateur. En expliquant l’histoire de ce pays à Essama et Ouandié, le griot note que la caractéristique principale de la Philombie, c’est le verbe attendre. Bref, c’est le pays de l’attente sur terre. Pour mieux expliquer à ces deux jeunes l’histoire de leur pays, il met en scène deux personnages : Biya et son professeur d’Allemand, Monsieur Théno.

 

Biya est le symbole de la liberté et de l’émancipation. Dans le texte, elle est présentée comme l’avenir de la Philombie, celle-là qui étudie et lutte pour devenir la première femme-prêtre (disons prêtresse) de Philombie. Elle critique à ciel ouvert le gouvernement en place, ceux-là qu’elle appelle « les ennemis du progrès  qui aiment faire attendre».

 

On notera qu’à travers le visage de Biya se dessine aussi la situation de la femme dans ce coin de l’Afrique. Bafouée, abandonnée à elle-même, la femme philombienne est une femme qui doit se battre pour s’en sortir. En témoigne le cas de la maman de Biya qui après l’abandon de son mari est obligée de prendre en charge ses enfants, jusqu’à ce que celui-ci revienne un jour avec la proposition de marier Biya à son ami. Après le rejet de sa fille, le père se « lave les mains ».

 

Monsieur Théno incarne dans le roman, la victime, l’homme honnête en quelque sorte qui subit l’égoïsme des autorités du pays. Dans un monologue assez particulier, il déverse sa colère sur la société et ses bourreaux, se questionne sur la manière de réveiller la conscience de ses étudiants.

 

On retrouve dans le texte des injonctions critiques comme « ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut », réponse de Mokala président de la Philombie à un journaliste belge. Il fait allusion à François-Xavier Verschave pour illustrer la « France à fric »; critique le président de la Philombie qui travaille d’abord et avant tout pour l’intérêt de la France.

 

Bambara le griot arriva donc à la fin de son récit. Son objectif était d’amener Essama et Ouandié à se questionner sur leur engagement, continuer à réécrire l’histoire de la Philombie

 

Un roman considérable, mais qui demande beaucoup de concentration

Le roman de Yves Loukson révèle des aptitudes littéraires manifestes. Dans un style précis, sa langue et son écriture retiennent l'attention. La narration est maîtrisée. Elle porte le lecteur de dialogue en dialogue à découvrir la misère dans laquelle est plongée le peuple de la Philombie. Dès les premières pages, l’auteur nous rappelle l’histoire tragique des dictatures d’Afrique centrale. Roman social et politique, Le fruit défendu est un roman qui interpelle. En mettant en avant un enseignant, une fille cultivée qui veut devenir prêtresse, l’auteur traduit avec brio toute la marginalisation subie par les intellectuels et les femmes dans les dictatures africaines. Le rôle parfois hypocrite de la Religion est soulevée, sans oublier la France complice des dictateurs.

 

En somme, Le fruit défendu est un roman à lire et je vous le recommande vivement.

 

Nathasha Pemba

 

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Édito de Noël : Une Civilisation de l'Amour

23 Décembre 2018, 02:52am

Publié par Nathasha Pemba

Au moment où je m’apprête à écrire le mot de Noël du Sanctuaire de la Culture, j’ai envie de dire beaucoup de choses. Tout d’abord, j’ai une pensée pour vous qui depuis bientôt huit ans, avez choisi de suivre nos publications ici sur ce Blog. Un super grand merci à vous tous. Comme on dit chez nous au Québec : « C’est apprécié ». En fait, c’est parce que vous êtes là que nous sommes motivés. Ensuite, j’ai envie de crier le mot « Paix » sur tous les toits du monde parce que la fête de la Nativité c’est la fête de la Paix.

 

La Paix, c’est ce que nous recherchons tous. Chacun la recherche parce que toute personne, tout monde, tout lieu, toute rencontre, toute relation veut la Paix.

La Paix, nous le savons tous, est reliée à l’Amour.

 

Si j’étais politicienne, je dirais « pas de paix sans amour ». C’est le style des slogans favoris des femmes et hommes politiques d’aujourd’hui : Pas de ceci sans cela. Et ça s’arrête là.

 

Cependant je ne suis pas politicienne. Alors, je dis simplement : Aimons-nous. L’Amour c’est aussi, on ne le dira jamais assez, apprendre à convertir son regard sur l’autre. Il s’agit d’une éthique de la conversion du regard sur soi et sur l'autre qui nous inviterait à bien regarder la poutre qui est dans notre œil avant d'indexer et de chercher à tout prix, à ôter la paille se trouvant dans l'œil d'autrui. La conversion du regard comme gage de l’Amour : n’est-ce pas un beau challenge ?

 

Aimons-nous parce que l’Amour est l’un des plus beaux sentiments… l’un des plus beaux ai-je dit ? Non. L’Amour, c’est Tout. Il conduit à considérer l’autre comme un humain, comme un frère… un frère, une sœur en humanité. Je ne sais pas vous, mais moi j’aime l’Amour. Je suis amoureuse de l’Amour. L’Amour brille, l’Amour régénère, l’Amour rend bienveillant… D’ailleurs l’Apôtre Paul le dit si bien dans sa lettre au peuple de Corinthe :

 

J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais[1].

 

Difficile de ne pas aimer l’Amour surtout lorsque l’on est conscient de l’avoir reçu gratuitement. Comment ne pas le transmettre quand on l’a reçu ?

Sans Amour, le don ne peut être agréable ; sans Amour il n’y a pas de relation vraie. L’Amour supporte tout. Là où il y a l’Amour, il y a la Vie. Aimer donne du sens à Aider.

 

Sara, Élie, Thérèse de Lisieux, Helder Camara, Martin Luther King, Karol Wojtyla, Joseph Albert Malula et biens d’autres avaient compris que dans l’amour, il faut le sacrifice. Justement, il faut beaucoup aimer pour se sacrifier. Et ils ont aimé, aimé au point de sacrifier, de se sacrifier, d’aider, d’accorder de l’importance à autrui, de mourir par amour, de pardonner à un agresseur, de rechercher le meilleur, de redonner le sourire à un désespéré.

 

Aujourd’hui, ils et elles sont nombreux. Dans un monde, dans ce monde, le nôtre… Ils et elles acceptent de se donner et de donner. Juste par amour. Juste à travers le don de leur sourire, à travers un regard, un geste qui sauve… ils redonnent de l’espoir. Ce sont des êtres ordinaires certes mais leur intérieur est extraordinaire.

 

"Bien tard je t’ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée !"

 

SaintAugustin

 

Accueillir ou vivre Noël, c’est Aimer. Et donc, c’est passer une belle journée, c’est donner, c’est aider, c’est sourire, c’est être attentif ou envoyer un petit mot à un ami. Lui dire qu’on l’aime ou qu’on l’apprécie. Tout simplement. Noël, c’est dire du Bien de l’autre. C’est aussi J Prendre soin de soi. Et oui… prendre soin de soi n’a rien à voir ici avec l’égoïsme. Il faut être capable de prendre soin de soi pour oser prendre soin d’autrui. Bref il s’agit de s’aimer pour Aimer… Il y en a qui sont exaspérés lorsqu’on leur dit : « prends bien soin de toi ». Non. Il ne faut pas s’exaspérer pour ça. Pourquoi on doit prendre soin de soi ? Parce que ceux et celles qui nous aiment très fort ont besoin de nous savoir en paix. Parce que nous sommes Précieux pour eux. Parce qu’ils savent que nous prenons souvent soin des autres et que prendre soin de soi est la condition pour prendre soin des autres. Parce qu’ils veulent que nous fassions attention et que nous soyons prudent. Parce que nous travaillons beaucoup et nous devons nous reposer. Parce que nous pouvons compter sur leurs pensées positives. Parce que c'est important de garder une harmonie entre notre corps et notre âme. Parce que cela donne l'audace d'espérer. N’oublions pas que la vie est un Don... et tous les jours il faut l'entretenir... en commençant par prendre soin de soi-même. Prendre soin de soi c'est en quelque sorte recréer tous les jours l'existence.

 

Bref quand je te dis prends soin de toi cela signifie que tu m’es précieux… que je t’Aime.

 

L’année qui s’en va a été une année de richesse, d’humeur et d’humour. Débutée par la joie, elle se termine par le regard… dans mon cas. Merci à Toi que j’ai rencontré sur les routes de Québec. Merci à Toi de m’avoir permis d’expérimenter durant ces jours que je t’ai côtoyé l’expérience de la communication des silences. Merci d’être Toi et merci d’avoir compris que l’homme de bien n’a besoin ni de tapage ni de bouffissure pour exister. Merci à Toi d’être un Noël pour ceux et celles qui te rencontrent.

 

2018 s'en va!

C'est peut-être le moment pour ceux et celles qui le peuvent ou le veulent de faire un petit examen de conscience.

 

2019 s'en vient!

Il faut penser aux projets. C'est inéluctable, puisque l'avenir se conjugue toujours au présent. Entre livres lus, films regardés, musiques écoutées, expériences vécues, Joie, musées visités, Tristesse et malheur, la vie doit continuer. Ce matin je lisais ceci dans le roman Gilead : « Je sais qu'il y a une bénédiction quelque part dans tout cela ». C'était la réponse d'une épouse à son mari qui par son regard lui reprochait son scepticisme. J'ai beaucoup aimé cet échange silencieux où une seule voix s’impose. J'ai écrit avec la mine de mon crayon sur la marge de droite : La félicité des calamités, à méditer. Dans chaque calamité se cache une bénédiction pour ceux qui croient. « Tout est grâce ». En effet tout est dit. Ni fatalisme, ni déterminisme, ni pessimisme, ni résignation. Juste la foi, l'amour et la ferme résolution d'avancer en faisant le bien.

 

En 2019, le Blog Le Sanctuaire de la Culture continue avec vous son bout de chemin : les chroniques et analyses littéraires, les diverses cultures, les conversations qui nous nourrissent, les expériences de terrain, la vision du monde.

 

Abreuvons-nous au Sanctuaire !

 

D’autres belles découvertes vous attendent à l’intérieur de nos lignes.

 

Joyeux Noël à mes collaborateurs, à vous qui nous suivez et merci de votre fidélité.

 

Nathasha Pemba

 

 

[1] (1 Cor 13, 1-13)

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Immatériel de Dieudonné Niangouna

9 Décembre 2018, 03:07am

Publié par Juvénale Obili

 

« Immatériel » est une pièce de théâtre parue aux Éditions Cana en juin 2016. Son auteur est le créateur du Festival International de Théâtre de Brazzaville Mantsina sur scène. Dieudonné Niangouna, fils du Congo, a été fait chevalier des Arts et des Lettres de la République Française en 2015.

 

Dans cette pièce, Dieudonné Niangouna invite son lecteur à visiter son imaginaire. Il est en train de bâtir une histoire et son lectorat l'assiste dans son cerveau. Même si d'un moment à l’autre, il revient dans le réel sans trop savoir ce qu'il a déjà retenu comme histoire à écrire. L'œuvre en elle-même n'est que simple imagination où l'auteur se donne l'exercice de concevoir le matériel et donc sa pièce de théâtre. La mise en scène est jusqu'à lors insaisissable et immatérielle. En effet, il est en lui-même l'imaginaire, l'acteur, le metteur en scène et le public dans l'œuvre.

 

En parcourant l'ouvrage, le lecteur entre donc dans le cerveau de Dido, soit le surnom de Dieudonné Niangouna, où il s'adonne à son travail d'artiste dans lequel il veut confectionner une œuvre matérielle. Mais, il s'avère que cela reste immatériel jusqu'à la fin. Pourtant, tout au long de la lecture, le lecteur est témoin de tout ce que raconte une troupe d'acteurs qui constituent l'ensemble des protagonistes de la pièce. Sylvain, Armelle, Doris, Hermione, Becky, venus de l'imaginaire, dans le but de créer une histoire en partant des éléments puisés dans une, deux, trois autres histoires commentées et soumis à un tout nouveau exercice de ''performance théâtrale'' inspirée du bouquin de Joseph Danan « Entre Théâtre et Performance : la question du texte ». On peut croire que la création de l'auteur part de cette idée embrouillée, artistique et audacieuse. Dido, assis dans son bureau se sert des œuvres immatérielles d'autres auteurs pour s'inspirer dans la narration de sa pièce qui jusque-là se passe dans sa tête, où se trouve Dieudo, sa muse et son interlocuteur.

 

Par ailleurs, cette pièce livre une thématique tant soit peu surréaliste. Elle aborde des questions sur  la violence faite aux femmes naïves, le narcissisme aigu exprimé par les hommes pervers, le racisme et toute la désolation que fabriquent les sociétés, suivi de l'esprit cynique affecté à l'être humain.

 

En réalité, l’œuvre est un bouillon de l'environnement social qui s'est servi des faits sociaux quels qu'ils soient comme condiments afin d’exposer la consistance de la bêtise au milieu des sociétés où la politique polititicienne constitue un poison chronique.

 

À la page 31, par exemple, l'auteur écrit suit :

 

  « La science moderne n'a rien avili de cette Afrique mystique du début à la fin. On a juste changé les interprétations des choses. Mais les choses ne se sont pas déplacées. Nous avons déplacé notre regard. Nous avons regardé ailleurs. Le tableau des ancêtres est resté intact. Les choses sont bien à leur place. Sauf que ça n'intéresse aucun enfant. Aucun jeune ne pense s'y frotter. Aucun parent ne veut enterrer son fils dans un passé dont il a honte parce que le civilisateur lui aurait fait croire que sa science est une espèce animale dépassée depuis peu. Sauf que le civilisateur est resté un être avancé sans avancement dans sa vie : sa science a les bras liés autour du cou et les fesses à l'air. »

 

La couverture de cet ouvrage montre un homme qui semble être à la recherche de quelque chose qui lui est vital. Chercherait-il une source d'eau ? Est-il plutôt à la quête d'un idéal ? Que cherche t-il ? Lorsqu'une personne réalise une course dans le temps et dans l'espace en mettant en jeu toute son énergie et son effort physique, c'est qu'il va à la recherche ou à la capture du réel, du matériel... sans quoi, il se serait perdu.

Au-delà de tout, quel serait le but principal ou encore le message dont l'auteur a voulu faire véhiculer à travers cette pièce de théâtre immatérielle ?

 

« Rendre au Théâtre son territoire de langage déserté par l'imaginaire et trop nourri par un B.A BA de faux réalisme quotidien. Dire que le Théâtre est ivresse des matières. Il est choc et éclaboussement des mondes. Faire en sorte que le je de l'auteur disparu dans le soupçon des personnages soit le fil brisé de la dramaturgie. Par association d'idées, par invention de la mémoire, par provocation de sens. Voilà en quelques pauvres lignes ce qui m'a emmené à écrire IMMATÉRIEL ». Dixit, Dieudonné Niangouna.

 

Dans l'épilogue de la pièce, Monsieur Niangouna est tenté de faire naître une pensée pointilleuse, pour ne point mentionner une philosophie qui serait, à mon sens, sans forme au travers de ce qu'il appelle par l'homme du petit h et la femme de la petite f. Tous deux influencés par l'Homme, puissant, intelligent et manipulateur. Lui, être supérieur qui maîtrise toute la géographie du monde et croit en donner une partie à qui veut en posséder. D'où naquit l'autorité, les conflits armés et la célèbre théorie du dominant-dominé... Le désordre social tient donc ses origines de quelque part...

 

                 Juvénale Obili

Références:

Dieudonné Niangouna, Immatériel, Paris, Éditions Cana, 2016.

Prix : 12 Euros.

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Alain Mabanckou en douze citations

1 Décembre 2018, 15:27pm

Publié par Nathasha Pemba

crédit photo Bozar

1-Vous êtes indépendants depuis bientôt un demi siècle et tu me dis qu’il n’y a qu’une seule route ? Qu’est-ce que vous avez foutu pendant tout ce temps ?

(Black Bazar)

2-Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l'écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l'imaginaire serait aussi bariolé que l'arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question. Le défi consiste à rapporter de nos différentes "appartenances" ce qui pourrait édifier positivement un destin commun et assumé.

(Le monde est mon langage)

 

3-J' ai choisi depuis longtemps de ne pas m'enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l'oreille à la rumeur du monde.
je ne suis pas devenu écrivain parce que j'ai quitté mon pays natal. En revanche, j'ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m'en suis éloigné. (...). Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création: on écrit peut-être parce que "quelque chose ne tourne pas rond", parce qu'on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chat d'une aiguille. L'écriture devient alors un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l'horizon..

(Le monde est mon langage)

 

4-Shakespeare a dit "Etre ou ne pas être", c'est la question", et le chef des nègres a dit "non, c'est pas bon, nous n'en sommes plus à nous demander si nous sommes ou ne sommes pas, nous avons déjà résolu la question puisque nous sommes au pouvoir depuis vingt-trois ans".

(Verre cassé)

 

5-L'Afrique n'est plus seulement en Afrique. En se dispersant à travers le monde, les Africains créent d'autres Afriques, tentent d'autres aventures peut-être salutaires pour la valorisation des cultures du continent noir. (...) Nous avons besoin d'une confrontation, d'un face à face des cultures. Peu importe le lieu. 

(Le sanglot de l'homme noir)

 

6-Dans le dernier paragraphe de ton courrier tu me demandes pourquoi j'écris, j'ai pris cette question comme un appel au secours. Un écrivain ne doit pas chercher à comprendre pourquoi il écrit, comme s'il cherchait des excuses pour se faire pardonner les audaces de sa vision du monde; t'es-tu par exemple demandé pourquoi tu marches ? Et lorsque tu marches , contrôles-tu tes pas ? L'écriture est une marche, sauf qu'on a une multitude de jambes, et on ne sait jamais à quelle destination on arrivera.. 

(Le monde est mon langage)

 

7-D'ailleurs, il y a des périodes ou nous sommes traversés par une idée d'éternité. Nous nous disons que nous avons le temps de tout accomplir. Et puis le corbillard qui passe, la mort du voisin, le crime entendu à la radio ou lu dans le journal nous rappellent notre condition de passager sur terre ...

(African psycho)

 

8-Si vous voyez un sourd courir, mes petits, ne vous posez pas de questions, suivez-le car il n'a pas entendu le danger, il l'a vu.

(Mémoires de Porc-épic)

 

9-Chaque enfant du continent noir dessine au fond de lui cette terre lointaine où tombe la neige. Une terre d'abondance, de bonheur. Et ce rêve est sans doute la source de la fascination aveugle qui possède les migrants africains aux aventures les plus tragiques. Le chemin d'Europe devient alors un chemin de croix.

(Le sanglot de l'homme noir)

 

10-Alors n’ouvre ta bouche que lorsque ce que tu dis est plus beau que le silence, merde !

(Petit piment)

 

11-Les vieilles mamans n'ont jamais tort, elles ont un nez qui sent les ennuis venir de loin, de très loin...

(Les cigognes sont immortelles)

 

12-Le péché arrive souvent en blaguant.

(Petit piment)

 

Le sanctuaire de la Culture

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Bob Kanza: Un artiste est une éponge

30 Novembre 2018, 13:14pm

Publié par Juvénale Obili

 

Bonjour Bob Kanza. Vous allez bien ?

Oui, ça va par la grâce de Dieu.  Par contre c’est bientôt  l’hiver et c’est la saison que j’aime le moins.

 

Vous êtes un illustrateur d’excellence, vous portez beaucoup de cordes à votre arc…, illustrateur, scripteur, joueur d’instruments de Musique… On se demande quelle était l’ambiance chez les Kanza, pour faire naître un tel talent…

Mon grand-père était dessinateur en bâtiment. Le dessin vient peut-être de là… Mon père dessinait lui-même ses logements. Il jouait quelques accords de guitare et fredonnait les lignes de basses de ses rumbas préférées. Un vrai Bantu de la Capitale. Je crois qu’il a reporté ses rêves de musiciens sur mes frères et moi en nous inscrivant au solfège alors que nous étions adolescents. Je n’ai jamais lâché la musique depuis.

Après toutes ces années, j’ai un répertoire de chansons personnel. Peut-être qu’un jour je les enregistrerai...

Ma sœur aînée est “couturière” comme on dit au pays.  “Couturière” mais couturière de génie. Elle n’a pas fait d’école de stylisme mais elle créée des robes de soirée sur-mesure d’une qualité et d’une originalité remarquable à Pointe Noire. Les femmes de la “haute société” se bousculent pour porter ses créations.

En effet je crois avoir bénéficié d’un environnement favorable à l’expression de l’art en général.

 

Devenir Illustrateur était-il dans vos plans depuis toujours ?

Oui j’ai toujours voulu être dessinateur. Je voulais en fait devenir Architecte. Dessiner des bâtiments comme mon père et mon grand-père. Mais comme beaucoup de parents africains, il fallait à tout prix que leur fils devienne médecin ou avocat. C’était non-négociable!  J’ai donc commencé des études de médecine à Brazzaville. La guerre civile de 1997 a tout chamboulé. J’ai dû prendre le chemin de l’exil comme de milliers de jeunes congolais de cette époque. J’ai trouvé refuge à Abidjan où j’ai suivi une tout autre branche (l’informatique) au grand dam de mes parents.

Mon diplôme de Technicien en Informatique en poche, j’ai été embauché par Gbich!, un hebdomadaire Ivoirien. C’est à Gbich! que j’ai véritablement été façonné. J’y ai appris la satire, la bande dessinée et la mise en page. Merci à mes mentors :  Zohoré Lassane, Illary Simplice et Bledson Mathieu.

 

Parlez-nous un peu de vous… vos différentes œuvres…

Je suis de nature très timide mais je me soigne. Aujourd’hui je suis partagé. Je cours plusieurs lièvres à la fois. Je suis Développeur Web au quotidien. Je design et code des interfaces web à longueur de journées. C’est mon gagne-pain. Après ma journée de bureau, tel un super-héro de Marvel ( j’aime bien l’analogie) je revêts mon costume de dessinateur. Je travaille sur des commandes d’illustration, et sur ma prochaine bande dessinée.

Je travaille bien entendu en musique et forcément, mon synthétiseur est à portée de main. Entre 2 encrages, je joue du Gospel, du Zouk et de la Rumba Congolaise. Avec mes différents groupes de musique nous apportons un peu de soleil chaque fois que nous sommes engagés pour animer un mariage ou un anniversaire en Normandie. Ma plus grande oeuvre, je l’ai faite pour le compte du journal Gbich! Il y a bientôt vingt ans! J’y ai créé la BD Sergent Deutogo, la chronique Le syndicats des Chefs d’Etats Africains avec Illary Simplice et Karlos Guede Gou.

J’ai également réalisé des BD de communication comme “SAM SAM et le masque volé” pour le journal Hollandais SAM SAM,  “Ne me coupez pas!” une BD de sensibilisation sur les méfaits de l’excision avec l’association ASIFA de Rouen.

 

Quel est votre rapport au dessin ?

Comme disait Napoléon Bonaparte: “un bon croquis vaut mieux qu’un long discours”.Le dessin reste mon moyen d’expression favori. Je regarde ce qui se fait de bien sur les sites de partages (Pinterest, Facebook, Instagram…). J’ai encore beaucoup à apprendre: l’anatomie, les décors, la perspective, la mise en couleurs, la narration. Le travail est immense mais cela ne me fait pas peur. Je m’améliore dessin après dessin. Comme dans toutes les disciplines, il faut beaucoup de patience et de pratique. La répétition, c’est le fondement de la réussite.

 

Il y a un personnage qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux, on dit que vous en êtes le fondateur… Babette Motuka… pouvez-nous dire en quelques mots en quoi consiste ce projet… Comment il est né ? Y a t-il un message particulier derrière la personnalité de Babette Motuka ?

Babette Motuka? C’est moi. C’est ma projection, mon histoire. Celle du migrant qui a dû partir loin de chez lui, forcé par l’histoire et les évènements. Arrivé à l’étranger (tout le monde n’a malheureusement pas cette chance) il essaie de “s’intégrer”, de trouver une place.  Trouver sa place sans se renier. Plutôt que de me dessiner moi-même j’ai créé un prisme. D’où le personnage féminin. Cela me donne la distance nécessaire pour aborder de nombreux thèmes sociétaux. La condition d’une jeune femme dans une grande métropole comme Paris (Babette est Parisienne), le droit d’asile, les problèmes de logement, la nostalgie, les rondeurs (Babette est une BBW), le pouvoir de l’identité capillaire (NappyHair), l’amour, le métissage, la diversité, la mode (Babette est coquette), le langage (Elle parle en argot Africain), la musique, la dance, l’utilisation des réseaux sociaux... Babette Motuka, c’est donc un bon prétexte pour dire et raconter ma vie d’exilé. Ce qui me passionne, ce qui me fait peur, ce qui me surprend.

La BD est en cours de réalisation. Je ne vais pas aussi vite que je l’aurai souhaité en raison des difficultés évoquées plus haut. Mais patience, “Babette Motuka, Reine des Nappy” sera bien dans les bacs dans quelques mois. Un artiste est une éponge. L’éponge absorbe tout. Je suis donc en plein essorage. Moi, Bob l’éponge ! (rires)

 

Quels sont vos moyens de travail… Comment vous appropriez vous vos instruments de travail ?

J’ai une planche à dessin. Format A3. Je peux l’incliner jusqu’à 45°. J’utilise des crayons de couleurs pour faire mes crayonnés de volume. Surtout le bleu, c’est ma couleur préférée. Je passe ensuite les détails au crayon noir. J’aime les crayons à dureté moyenne (HB). Je déteste gommer. C’est physique et ça encrasse toute la table. Je réalise l’encrage au feutre noir ou à la plume (encre de chine). Cela dépend de la commande. Je me suis mis au digital art (dessin directement à l’ordinateur). On utilise un stylet plutôt qu’un crayon à papier. Avec l’informatique les possibilités graphiques sont immenses. Je combine donc les deux méthodes. Le digital art me sert surtout pour les décors (bâtiments, véhicules) et la mise en couleur. Je conserve la méthode traditionnelle pour les contours des personnages et les vêtements.

 

Illustrer, dessiner, c’est en quelque sorte être un créateur, pensez-vous être un messager de l’Éternité lorsque vous créez  à travers le dessin?

Certains dans le 9e art ont réussi à imposer leur style. Oui, je souhaiterais que mon œuvre, Babette Motuka surtout, me survive. J’y travaille. Ce n’est pas gagné d’avance.

 

D’où peut venir en l’humain ce besoin de créer ?

Je crois que l’artiste est un simple médium. Il est connecté à des forces métaphysiques. Si toutes les planètes s’alignent et qu’il est dans de bonnes dispositions, il est submergé par une envie irrésistible de créer. Il n’y a pas de formule mathématique.

 

Vous êtes passé par plusieurs formations, mais aujourd’hui on remarque que le message de vos illustrations sollicite un regard vers les diversités, vers les différences. Que représente pour vous, le monde, la diversité, les cultures…

Mon travail va dans le sens du métissage. On vient tous de quelque part. Cela ne doit pas nous empêcher de vivre ensemble. On doit accepter la personne en face de nous avec ses différences. “Il faut de tout pour faire un monde” disait le générique de la série Arnold & Willy. Par contre on n’est pas obligé de tout accepter de l’autre. Il faut faire le tri. Prendre le nécessaire. Ne pas renier ses propres valeurs, sa propre éducation. La vie est faite d’équilibres, de moyennes à trouver.

 

Qu’est-ce que le beau selon vous ?

Le beau c’est un sourire, une attention, un accord de musique mélodieux, une courbe de guitare classique, un coucher de soleil.

 

Vous êtes un passionné du foot…

Aaaah le foot, c’est ma deuxième religion! Un jeu de stratégie qui n’a pas d’égal. Un vecteur puissant de cohésion. Quelque soit la couleur de peau, le sexe, la religion ou la classe sociale, il permet de réunir les individus, les familles, les nations. Le foot nous offre des moments de communion exceptionnels. C’est pourquoi je suis accroc. Mon équipe de cœur c’est l’Olympique de Marseille et je suis également fan de l’équipe de France de Football.

Je suis pratiquant. Je joue à la fois avec mes collègues de bureau et avec une association de vétérans en Normandie. Je manque de technique alors je joue en défense et mes collègues me disent que je joue trop dur.

 

Votre modèle dans le monde l’illustration…

J’aime bien le travail de El Carna (Ghana), Pierre Chevelin (Haïti) et Barli Baruti (RDC).

 

Quel regard portez-vous sur les Cultures d’Afrique et des îles ?

Ce sont des cultures fortes qui perdurent. L’Afrique reste une source inépuisable pour la musique, la danse, la mode, le cinéma.

 

Le mot héritage vous dit-il quelque chose ?

L’héritage c’est la responsabilité. Chaque acte que je pose sur cette terre engage mes ascendants. Pour être dignes d’eux je dois être exemplaire. Je dois également transmettre toutes les valeurs que j’ai reçu. C’est un devoir.

 

 

Propos recueillis par Juvénale Obili,

Le Sanctuaire de la Culture

 

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Prince Arnie Matoko: on naît écrivain mais on devient auteur

19 Novembre 2018, 20:46pm

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Prince, comment vas-tu ? Peux-tu nous parler de toi ?

Je suis Prince Arnie MATOKO, né à Pointe-Noire le 05 juin 1982 d’un père congolais et d’une mère congolaise d’origine angolaise. Orphelin très tôt de père, notamment à l’âge de 12 ans, j’ai été élevé, depuis ma tendre enfance, par ma grand-mère maternelle auprès de laquelle j’ai grandi. J’ai fait mon cycle primaire et secondaire dans ma ville natale à l’école primaire 8 février 1964 de Mbota, au collègue Les Trois Glorieuses, et enfin au Lycée Pointe-Noire II. Après l'obtention en 2005 de mon Baccalauréat Série A4 Lettres, je m’étais inscrit, la même année, à la Faculté de droit de l’Université Marien-Ngouabi. Titulaire en 2009 d’un Master en droit public en Etudes Internationales et communautaires, je suis sélectionné la même année Major par le CICR Congo, parmi les quatre lauréats, pour représenter la République du Congo à Niamey à la 3ème édition du Concours régional francophone de plaidoirie sur le Droit International Humanitaire. En 2011, j’obtiens en tant que Major de la promotion le concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), filière magistrature. Depuis 2014, j’exerce mes fonctions de magistrat. Je suis auteur d’une production féconde en qualité de poète, moraliste et nouvelliste. Mon œuvre est aujourd’hui saluée par la critique. Depuis 2018, je suis consacré dans l’Anthologie analytique de la nouvelle génération des écrivains congolais, de l’écrivain et critique littéraire Noel Kodia-Ramata. Je ne puis oublier de dire que je suis père de trois enfants.

 

Quel rapport as-tu développé avec les Lettres depuis le collège ?

Je dois en effet avouer que j’éprouve une grande passion pour la littérature depuis les bancs du collège. Cette passion est d’une telle voracité que j’écris depuis l’âge de 13 ans. Et depuis lors, je n’ai cessé de lire et d’écrire, tout en conciliant à merveille mes devoirs estudiantins et ma passion littéraire. Ce serait sans prétention si je puisse dire que, grâce à cela, j’ai noué de rapports très harmonieux avec la plupart de mes professeurs de littérature. Récemment, en fouillant dans mes vieilles archives, j’ai découvert avec bonheur mes premiers manuscrits datant de cette époque.

 

Partages-tu l'avis selon lequel tout écrivain serait poète à la base ?

La réponse est oui et non mais je me pencherai davantage sur le oui. En effet, l’histoire de la littérature mondiale nous apprend aisément que la majorité des prosateurs, et donc des écrivains, ont commencé d’abord à écrire et à publier de la poésie avant de se lancer dans le domaine de la prose. Je me contenterai de citer la France et le Congo, pour illustrer mon propos. En France, Victor Hugo, le plus grand écrivain français de tous les temps, s’est fait d’abord connaître en tant que poète de talent dans les Odes et ballades, les Contemplations, avant de s’affirmer comme prosateur et dramaturge. Au Congo, on ne saurait évidemment parler de la poésie moderne sans évoquer le nom de Tchicaya UTamsi dont la première œuvre littéraire saluée par la critique est un recueil de poèmes intitulé Le Mauvais Sang. D’autres exemples peuvent agréablement être cités pour corroborer ce que j’affirme, à l’instar de Sully Prudhomme, Césaire et Senghor. La liste n’est pas exhaustive. Par ailleurs, il sied de noter que la poésie est l’essence même de la vie, et par voie de conséquence il est naturel qu’un écrivain soit poète à la base, car la poésie est la première source d’inspiration par excellence.

 

Que peut représenter un écrivain pour une société ?

Au delà de la diversité de rôles que l’on peut assigner à un écrivain, je considère qu’un écrivain est un mage qui, par l’entremise de la création artistique, a pour mission cardinale d’éclairer la société, pour l’aider à marcher vers le beau, le bon et le juste. Une société sans écrivain est morte, et un écrivain sans société est stérile. Toutefois, je suis profondément indigné et sidéré de constater que la littérature du XXI siècle soit une littérature quasiment pornographique, immorale, impudique et indigeste. Dès lors, il s’ensuit que l’écrivain n’est plus qu’un monstre car, au lieu d’éclairer et de conscientiser la société, il contribue en revanche à sa déchéance morale et spirituelle.

 

Parle-nous en quelques lignes de « Mélodie des larmes »...

Mélodie des larmes est un recueil de poèmes publié chez Chapitre.com à Paris en 2016. Il constitue mon acte de naissance littéraire d’autant plus que c’est grâce à ce livre que j’ai signé mon existence sur la scène littéraire. C’est un recueil de 65 poèmes en vers libres.  La majorité a été écrite avec mes larmes intérieures entre le collège et le lycée, pour exprimer mes sentiments intérieurs dans tous les sens de la vie. Ils sont répartis sur six parties portant chacun un titre : Sur l’Afrique ; Poèmes divers ; Sur la mer ; Á ma mère ; Sur le pays ; Sur l’enfance et la jeunesse. Á travers ce recueil de 118 pages, je fustige les maux qui minent l’Afrique, le rôle macabre de la traite négrière et du colonialisme, mais j’évoque également la mer, l’amour maternel, l’amour de la patrie avec ses corollaires comme la ville et le natal, l’enfance et la jeunesse, mes sentiments de joie, de bonheur, de tristesse, d’angoisse, mes craintes, mes espoirs et désespoirs etc. En somme, ce recueil de poèmes revêtus de sonorités musicales, dramatiques mais également joviales, est un extraordinaire cri de douleur continental et universel, un cri universel de douleur, un cri d’appel au vivre ensemble, un hymne aux morts et un hommage aux vivants. C’est dans ces choses que je me regarde en tant que poète, comme  l’affirme Jean Baptiste Tati Loutard que « Le poète ne regarde jamais les choses ; il se regarde dans les choses».

 

Quel est l'auteur qui te fascine actuellement ? Pourquoi ?

Alain MABANCKOU parce qu’il a apporté un souffle nouveau dans la littérature congolaise et africaine en particulier, et mondiale en général. C’est le signe des grands écrivains.

 

Quelle vision portes-tu pour la littérature congolaise ?

Une vision positive, noble et évolutive. La littérature congolaise se porte bien de par sa production abondante et sa qualité. Il faut d’ailleurs souligner qu’elle est l’une des plus belles littératures d’Afrique à laquelle la critique se consacre toujours avec une satisfaction inouïe, en découvrant, de génération en génération, de nouveaux talents qui viennent rehausser sa place et son rôle sur le Continent, et confirmer l’idée selon laquelle la mission léguée par les aînés est accomplie avec succès.

 

Que peuvent être les difficultés auxquelles font face les écrivains congolais dans la publication de leurs œuvres ?

C’est un secret de polichinelle que les écrivains congolais sont confrontés à moult difficultés pour la publication de leurs œuvres. Il s’agit, par exemple, du manque notoire des maisons d’édition, du coût exorbitant des frais d’édition, et les quelques rares maisons d’édition qui existent ne sont pas trop de qualité, car au lieu de viser la qualité de l’œuvre, elles cherchent plutôt à s’enrichir sur le dos des auteurs et à leur détriment. Dans ces conditions, elles ne favorisent pas la publication des manuscrits qui traînent dans la plupart des maisons. Car il est judicieux de relever que si au Congo il est vrai que chaque concession dispose au moins d’un arbre, il est aussi vrai que chaque famille a un écrivain en herbe. Néanmoins, je me réjouis fortement du fait que ces obstacles n’empêchent pas la littérature congolaise de rayonner de ses mille et un feux, ni aux auteurs d’écrire et de trouver des solutions alternatives pour publier, notamment dans les maisons d’édition en ligne.

 

Un message aux écrivains en herbe...

Je leur dirai qu’on naît écrivain mais on devient auteur. Á ce titre, ils doivent primo croire en leur destin d’écrivain, et en dépit d’obstacles, continuer à écrire et à persévérer. Secundo, ils ne doivent pas être pressés à publier leurs manuscrits sans les avoir au préalable muris et passés au tamis de la critique objective pour lecture, correction, réécriture afin de donner au texte la qualité finale et convenable. Car un écrivain est un artiste qui doit veiller à la qualité de ses œuvres avant de les rendre publiques. Et il est honteux de mettre sur le marché un livre dont la qualité laisse à désirer. Cette honte ne touche pas seulement l’auteur, mais aussi altère l’image de toute la nation à laquelle il appartient.

 

Propos recueillis par Juvénale Obili

 

 

 

   
 

 

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Conversation avec Hem' Sey Mina : Le monde est mon destin

14 Novembre 2018, 03:29am

Publié par Nathasha Pemba

Depuis la publication de son premier livre, « J’ai rêvé d’une entreprise quatre étoiles », Hem’ Sey Mina explore les relations Nord-Sud à travers les rencontres entre les personnes et les cultures. À cet effet, il a été, à plusieurs reprises, invité à parler de son expérience et de ses écrits. Comme il le dit dans cette conversation, c’est dans des lieux inattendus, à travers des voyages et des rencontres ordinaires, que se joue la vie des hommes, qu’ils soient Africains, Américains, Asiatiques ou Européens. Passionné par ce qu’il réalise, Hem' Sey écrit et enchante, chaque jour, de nouveaux lecteurs. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre... Rencontre avec un jeune homme libre qui considère « le monde comme son destin ».

***

 

1-Bonjour Hem’Sey, après un récit et un roman, vous publiez un recueil de nouvelles, comment expliquez-vous cette mutation ?

 

Il était temps de changer de registre et de style d’écriture. J’avais en tête ces histoires sur le Danemark et le Canada depuis un petit bout de temps. Cependant, il était difficile d’en faire un roman, car les personnages, les lieux et les histoires ne s’alignaient pas. Alors, je me suis lancé ce défi d’essayer de raconter plusieurs petites histoires et de surprendre mon public.

 

2-Pouvez-vous nous raconter le parcours qui vous a amené à devenir écrivain ?

 

Plus jeune, j’avais l’habitude d’écrire des poèmes. Ensuite, j’ai écrit des chansons. Dans ma jeunesse, tout le monde voulait être artiste, tout le monde s’imaginait devenir célèbre. Avec des amis, nous écrivions des textes et les chantions pour nous-mêmes ou pour des artistes renommés. Parallèlement, je me suis remis à la littérature africaine et ai découvert « Le cœur des enfants léopards », de Wilfried N’Sondé, auteur franco-congolais, qui avait, auparavant, fréquenté mon lycée et mon établissement supérieur. Partant du principe qu’il ne faut pas se sentir honteux d’imiter le bon exemple, j’ai décidé d’écrire. Après cela, j’ai participé à mon premier concours littéraire « Les après-midi de Saint-Flo » sous le thème « voyages ». Je n’ai pas remporté ce prix, mais cette tentative m’a conforté dans mon idée.

 

Quelques années plus tard, une série d’évènements m’a poussé naturellement à écrire sur le rapport entre les jeunes de la banlieue française et le monde professionnel. C’est ainsi que fut publié mon 1er livre « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles », qui reste le plus connu à ce jour.

 

Cependant, écrire un livre ne faisait pas de moi un écrivain. Pour le devenir, je me suis lancé dans la rédaction de « Sur la photo, c’était presque parfait », roman évocateur du retour des jeunes français de la diaspora africaine au bercail, dans laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir.

 

Je dirais donc que j’ai écrit un livre par curiosité, pour devenir écrivain par passion. 

 

3-Le titre de votre recueil porte incontestablement un message… lequel ?

 

Les histoires de mon recueil se déroulent entre l’Occident et l’Afrique. Elles évoquent l’hiver et le soleil, et donc des personnages qui sont ou qui tendent à vivre « l’entre-deux », c’est-à-dire qui naviguent entre deux mondes, deux cultures, deux réalités, deux avions et deux vies. Le titre porte un message d’alliance, de complémentarité et d’union entre l’Afrique et le monde occidental, en réponse aux dilemmes identitaires qui plombent la jeunesse afropéenne que je considère d’abord noire et donc africaine, mais aussi occidentale par adoption ou intégration. Elle n’a alors pas besoin de choisir une identité, de renoncer à une autre ou de l’ignorer. Elle peut simplement voguer entre deux identités sans se trahir.

 

4-Les migrations font partie de la vie humaine. Et d’ailleurs à ce propos, le pape François a dit un jour « Nous sommes tous des migrants ». Cette trame traverse votre recueil, mais un ressenti demeure : le mal être de certains immigrants. Comment expliquez-vous cela ? Vivez-vous cette réalité aussi ?

 

La première nouvelle raconte la vie d’un nigérian qui s’est forgé une vie dans un pays froid. Cette nouvelle m’a été inspirée par un noir, extrêmement mélancolique, que j’avais rencontré au cours d’un voyage.

 

La vie m’a permis de voyager et de rencontrer toutes sortes de personnes, heureuses, malheureuses ou encore indifférentes. La misère, la peur du lendemain, la précarité sont des situations transversales qui ne sont pas exclusives aux pays pauvres. J’ai pensé à tous ces migrants à la recherche d’une vie meilleure, ces jeunes filles africaines prêtes à tout pour se faire une place dans ce monde et ces jeunes occidentaux en mal d’identité, malgré leurs situations matérielles confortables. Alors, j’ai voulu leur rendre hommage.

 

Ce ressenti demeure, car au contact de l’autre, on apprend à mieux considérer sa situation personnelle comparée à ce que vit notre prochain. C’est donc un ressenti que j’ai insufflé dans le recueil. 

 

Comme de nombreuses personnes de couleur, j’ai été parfois confronté au rejet en France, en Afrique ou ailleurs, notamment en raison de mon accent, mes origines ou encore la culture dégagée par mon état d’esprit.

 

5-Depuis votre premier livre, la question de l’immigration, de diverses manières, reste présente, pourquoi ?

 

Elle demeure, car le sujet est vaste.  Toutefois, ce livre apporte une fraction de conclusion sur cette question et en induit une trilogie. En effet, il s’agit de mon troisième livre et il est constitué de trois nouvelles. Il représente en lui-même un triptyque sur la question de l’immigration. 

 

6-La France est-elle votre destin ou bien est-ce le Congo ?

 

Je me sens aussi bien à Dolisie, au Congo, qu’à Belfort en France. Le Congo m’a conduit en France et cette dernière m’a ouvert au monde. Après l’avoir parcouru, j’en suis donc devenu un citoyen qui ne peut plus se cantonner à deux pays. Le monde est mon destin.

 

7-Quel est l’écrivain congolais qui vous inspire le plus et pourquoi ?

 

J’ai apprécié « Une enfant de Poto-Poto » d’Henri Lopès, le bouleversant « Photo de groupe au bord du fleuve » d’Emmanuel Dongala, et « Une vie et demi »  de Sony Labou Tansi. L’auteur qui m’inspire le plus est Alain Mabanckou en raison de sa notoriété, laquelle dépasse largement les frontières. La lecture de son roman « Verre cassé » était jouissive dans le métro parisien. « Mémoires de porc-épic » a été une traduction littéraire des contes racontés par les anciens. « Black Bazar » rappelle la vie de certains dandys en France. Quant à « Demain, j’aurai vingt ans », ce fut impressionnant de revivre son enfance à travers les turbulences du petit Michel.

 

 

8-On dit souvent que le premier roman est généralement autobiographique, si c’est aussi le cas pour le second, me permettez-vous dire que votre recueil de nouvelles c’est votre histoire ou plutôt, disons, l’histoire de vos rencontres?

 

Les pays évoqués dans ce recueil de nouvelles sont le Danemark, le Nigéria, l’Allemagne, l’Angleterre, la France, la Belgique, le Luxembourg, les pays d’Afrique Centrale et le Canada. Cette histoire est le fruit de nombreuses rencontres et des échanges qui en ont découlé. 

 

9-Pour écrire un bon livre, par où faut-il commencer ?

 

En général, le premier paragraphe du prologue détermine si le livre sera captivant, la première page écrite permettra de convaincre le lecteur s’il doit lire le livre.

 

10-S’il y a des souhaits pour les années à venir, ce seraient lesquels ?

 

L’adaptation à l’écran de mes livres « Sur la photo, c’était presque parfait » et « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles » par de brillants réalisateurs, pourquoi pas congolais ou français. 

 

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture

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Elikia-Espoir d'Eveline Mankou

5 Novembre 2018, 17:13pm

Publié par Juvénale Obili

Le destin nous fait emprunter parfois d'étranges circuits sans trop savoir vers quelle issue nous déboucherons .

Page 5, Elikia-Espoir.

 

Cette assertion d'Eveline Mankou interpelle le lecteur dès les premières pages de son ouvrage. Née à Dolisie dans le Département du Niari au Congo, cette auteure est romancière, essayiste et nouvelliste. Elle innove avec un genre qu'elle appelle ''Nouvelat'', une sorte de short-story au rythme vif et accrochant. Ce genre est exploité dans ce sixième ouvrage intitulé « Élikia-Espoir », paru aux Éditions Amazon en 2014.

 

Dans cet ouvrage de 204 pages subdivisées en seize parties, il y a deux personnages narrateurs qui par un dialogue continu et alternatif, racontent leur histoire amoureuse assez originale.

 

Cette histoire amoureuse lie deux congolais qui vivent en France. Seho (Lui ) est accroché à ses valeurs intrinsèques et Miamona ( Elle ) aspire à l'émancipation de la gente féminine sans trop faire attention aux réalités découlant de ses origines. ''Elle'' s'est occidentalisée alors que ''Lui'' est resté africain. Malgré cette divergence s’apparentant au jour et à la nuit, les deux protagonistes se mettront ensemble et s'aimeront malgré les préjugés . Cependant, au milieu de tout l'amalgame qu'il y a entre les deux, se trouve un sujet à cheval sur le féminisme et l'exaltation de la femme par la galanterie. Seho, n'est pas un adepte de cette vision du monde. Miamona s'y met en plein dedans, l'assume et le réclame. Ceci se présente aux pages 29, 31, 63, 67. Par ailleurs, cette situation l'agace et l'accroche en même temps. Nous le découvrons à la page 69 dont l'extrait que voici :

 

 Nous étions vraiment différents. Il était en extase devant Wemba, alors que moi, j'aimais Wawanco. J'adorais des excursions en péniche ou des visites culturelles, il préférait les retrouvailles et réunions communautaires. Il raffolait du foufou, moi du fromage. Pourtant, je ne pouvais le nier, nos vies s'étaient déjà accordées. C'est l'impression que j'avais. Nous étions attachés par un lien invisible, je le sentais, je le savais, du fond de mon intime conviction. Comment allais-je donc trouver un compromis au-delà de nos différences qui semblaient creuser un énorme fossé entre nous ? 

 

La thématique que l'auteur aborde ici est à caractère social et informatif. Elle traite des questions du célibat et de ses inconvénients ; du vivre ensemble ; du rapport entre le traditionalisme et le modernisme ; du rapport entre la femme et la société dans laquelle elle vit ; le déni de grossesse qui est devenu courant en Europe et ici en Afrique où des mères maltraitent leurs propres enfants à cause de cette maladie ancrée dans leur psychologie. Miamona est victime de cette maladie.

 

Le message qui se dégage de ce livre passe par cette problématique de l'auteur : doit-on rester soi ou perdre ses racines pour mieux s'intégrer lorsqu'on a choisi de vivre hors son pays ?

En outre, Eveline Mankou nous fait comprendre que les préjugés que l'on peut avoir sur autrui, quand on ne le connaît pas, n'est nullement une bonne attitude. C'est le cas des préjugés qu'ont les Africains sur les Européens ou de leurs compatriotes vivant en Europe et vice-versa.

 

Après la lecture de cet ouvrage, la première impression que j'ai eu s’est traduite en une interrogation : pourquoi l'auteure a choisi pour titre Élikia-Espoir ?

In fine, j'ai trouvé intéressant que Kani soit le prénom du bébé qu'aura Miamona et Seho à la fin de l'histoire. C'est le porte-bonheur qui vient annoncer la paix et la prospérité dans ce couple ! De plus, je pense que le titre de l'ouvrage met ensemble deux cultures : congolaise (Elikia ) et européenne ( Espoir ). « Elikia-Espoir » accentue donc le thème général centré sur l'amour et l'espoir de pouvoir s'accepter, se tolérer, pour ensuite, vivre ensemble.

 

Nous l'appellerons Kani, pensais-je : Kani Dihina, en d'autres termes : Matumaini, Hope, Elikia, Esperanza, Espoir... 

Lui, page 203.

 

Vous vous imaginerez sans doute que le vert de la couverture et le titre ''Elikia'' rappellerait la marque « Voumbouka ( VMK ) » de l'entrepreneur congolais Vérone Mankou. Cette couverture nous montre également une série d'émotions dans un fourre-tout où sont mêlées inquiétude, dépression et finalement, l'espoir traduit par la couleur verte.

 

Juvénale Obili

 

 

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