Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Sanctuaire de la Culture

Errance de Mattia Scarpulla

27 Juin 2020, 23:10pm

Publié par Nathasha Pemba

« Durant mon entretien, Mark a la mine contrariée, comme s’il se méfiait lui aussi de sa méthode psychanalytique. Qui ne me plaît pas. Je me protège par le silence quand Mark aborde mon passé italien. Silence, résistance, mauvaise foi, blagues sarcastiques. Là, c’est fini, Mark m’élimine instantanément du concours du meilleur chômeur. Il conclut notre entretien par :

-Que tu le veuilles ou non, tu es Italien. Tu devrais l’écrire dans ton curriculum vitae. Sinon, durant les entrevues, ils seront étonnés par ton accent »

 

L’accent... c’est ce qui demeure quand on est immigré. Il est constitutif de notre être originel. L’accent c’est notre matrice culturelle. Dans le cas de Stefano ici, l’accent rejoint tout le tumulte intérieur qu’il vit. Changer de nom, de ville, de pays ou de nationalité, partir sans dire au-revoir, n’enlève rien de ce que nous sommes fondamentalement. 

 

Avoir des mots et la méthode de dire l’exil intérieur, ce peut-être pour un écrivain, l’itinéraire d’une vie, mais aussi une catharsis. Certains essaient et n’y arrivent pas toujours. Ce n’est pas le fait d’une défaillance de talent ou d’inspiration, mais c’est parce que dans la situation d’exilé, le risque de tomber dans la victimisation nous guette souvent et l’écriture peut devenir le lieu de la mauvaise colère où en tant qu’exilés, nous ne nous sentons pas accueillis, alors qu’il n’y a pas d’accueil sans volonté d’intégration. Et il n’y a pas d’intégration sans enracinement dans sa culture originelle. Un immigrant heureux, c’est celui qui n’a pas cherché à effacer ses origines.

 

Pourtant, il existe plusieurs manières de narrer l’expérience de l’immigration. Dans Préparation au Combat[1], une ode à la province du Québec où habite l’auteur, tout en mentionnant son expérience italienne, il touche les points essentiels sur la possibilité de coexister dans un positionnement multiculturel. Ce recueil de nouvelles est une autre voix, toute positionnée que l’on retrouve chez Mattia Scarpulla, une voix qui s’impose au fil de chaque nouvelle. Ce qui n’est pas le cas avec Errance où le problème de l’exil est plus individuel, plus intimiste, plus ancré, plus douloureux, plus sensible. C’est une persécution comme le signifie Pasquale Guaragnella dans un article que je cite dans la langue d'origine :

 

 

« una persecuzione di natura personale, politica, etnica, religiosa, economica, non solo per chi decide di andarsene, ma anche per chi sceglie di non fuggire dalla propria terra, costretto a vivere in un regime che lo rende senza patria nella propria patria di origine »[2]

 

 

Avant de s’exiler, Stefano a vécu comme un apatride dans son pays et c’est là qu’a commencé son exil intérieur. Son expérience d’exilé est une profonde souffrance parce que tout le monde rêve de vivre en paix dans sa propre contrée et partir pour une injustice sociale est souvent difficile à digérer. Certains s’en sortent, d’autres demeurent hors d’eux jusqu’à la fin de leur vie. C’est donc une lutte interne entre l’identité originelle et l’identité "à venir" qui reste difficile à ingérer, à lier dans un autre part non désiré.

 

Errance est un roman de 338 pages qui se lit avec délectation et un profond questionnement. Surprenant... on peut le dire de ce roman qui se structure de manière assez particulière entre le passé, le présent, le passé passé, et l’avenir à venir. Un labyrinthe comme le stipule la quatrième de couverture. Ce qui semble saisissant dans cette pérégrination extérieure, c’est la fixation (par une instabilité apparente) intérieure, car en réalité Stefano (ou Bruno) n’a jamais quitté l’Italie hanté qu’il est par Erica, l’histoire politique de son pays et la mort précipitée de ses parents.

 

Sophie, comme une transition, est présente dans l’histoire, mais elle demeure consciente que l’amour qu’elle ressent pour Stefano demeurera pour elle à travers leur fille Élisa. Sophie, c’est un peu comme la Nausicaa dans l’Odyssée lorsqu’elle accueille Ulysse et lui ouvre non seulement la porte de son cœur, mais aussi celle de sa famille (des secrets d’une famille de gangsters à Marseille). Courageuse et généreuse comme Nausicaa, Sophie accueille Stefano. Elle comprend que Stefano n’est pas encore prêt parce qu’il doit faire la paix avec lui-même. Il y a dans son attitude et dans ses paroles une manière de prouver à Stefano qu’elle sera toujours là pour lui.

 

« Bon voyage, notre hôte ! Au pays de tes pères, quand tu seras rentré, garde mon souvenir ! Car c'est à moi d'abord que devrait revenir le prix de ton salut. »[3]

 

 

La toile de fond du roman

 

L’Italie : Turin.

La France : Paris d’abord, puis le havre, puis Brest.

Le Canada : Québec et la communauté italienne.

L’histoire italienne qui continue de malmener Stefano malgré sa position et son changement d’identité.

***

 

Stefano s’interroge intérieurement sur son rôle et sur sa part d’engagement. Entre souvenirs et incertitude du futur, il tente une existence pour essayer d’être avant tout lui-même. C’est avec tout le courage certainement que Stefano presque dépité, découragé, mais pas fermé sur l’avenir, rapporte son histoire : son adolescence turinoise entre l’engagement de ses parents et leur mort ; la fuite de l’Italie avec Érica, l’engagement d’Érica, la rencontre de Rebecca et la volonté de puissance de ses parents ; la rencontre de Sophie, le changement d’identité ; la naissance d’Élisa le désir de retourner sur le banc de l’école… Et le Québec.

L’amour de Sophie, la naissance d’Élisa et la vie de famille, la fille à la recherche de son père illumine l’arrière-plan du roman et lui donne, malgré les difficultés de l’exil, un pouvoir romanesque.

 

Stefano exhume dans son itinéraire, l’expérience intime et familiale dont il demeure nostalgique. Demeure constant chez lui cette impression de n’avoir pu rien faire et une certaine mélancolie.

 

Heureux qui comme Ulysse : Retour à Turin

 

Au fil de sa pérégrination, Stefano décide de rentrer à Turin. Ce retour à la patrie (quoique temporaire) est très importante dans la vie de tout exilé parce que c’est comme un lieu de re-naissance pour se fixer vers d’autres objectifs. Homère l’illustre très bien avec Ulysse (L’Odyssée) dont le retour symbolise la réconciliation, la reconnaissance, la re-fondation, l’humanisme, mais aussi la bravoure et surtout l'à venir. En effet, il a fallu du courage à Stefano pour oser re-faire la route de Turin.

 

Stefano est-il obsédé par ses origines ou bien lutte-t-il simplement pour que son essentiel ne meure point ? Au Québec, va-t-il continuer à habiter le passé en fermant la porte au présent ?

 

 

Le père et la fille

 

Le père et la fille renouent sans colère et sans rancune. À travers leurs échanges téléphoniques et épistolaires, ils comprennent tous les deux que la présence physique est nécessaire pour repartir sur de nouvelles bases. Élisa traverse le monde pour aller à la rencontre du père. Le rôle est certes inversé, mais cette étape fait partie de la re-naissance et de la rédemption des deux. Ce dernier chapitre est très intime, très personnel parce qu’on retrouve des lieux empreints de culture italienne comme un restaurant chargé d’histoire : le restaurant Pizzéria Da Pasquale.

***

 

Mattia Scarpulla est un écrivain des origines, de l’enracinement, de l’empreinte et du vivre-ensemble. Il est une figure importante de la littérature québécoise parce qu’il pose l’une des questions les plus importantes qui structurent cette province : être avec. L’être avec ou le vivre-ensemble est constitutive de l’écriture de Mattia Scarpulla de même que l’est son style. J’aimerais pouvoir (oser) dire qu’en plus d’être très italien, il est aussi très québécois, proche du monde de la diversité comme on le découvre dans les lignes de ce roman. Il essaie de trouver ce qui d’aujourd’hui pourrait apporter la lumière à hier. Il écrit pour conserver le passé, mais aussi pour transmettre parce que la vocation du passé est toujours d’éclairer le présent, un peu comme avec l’Ancien et le Nouveau Testament. On retrouve dans ses écrits, à travers Errance, une utopie intelligente, comme chez la plupart des écrivains : cette volonté d’enseigner en relatant le temps, pour lui attribuer une immortalité.

 

Je recommande ce roman.

 

Nathasha Pemba

Références du roman

Mattia Scarpulla, Errance, Montréal, Anika Parrance éditeur, 2020, 26$.


[1] Mattia Scarpulla, Préparation au Combat, Montréal, Hashtag, 2019.

[2] « une persécution personnelle, politique, ethnique, religieuse, économique, non seulement pour ceux qui décident de quitter leur pays, mais aussi pour ceux qui choisissent de ne pas le fuir, tout en étant obligés de vivre sous un régime qui les rend apatrides dans leur propre terre d’origine », (P. Guaragnella, « Fulvio Tomizza e la scrittura dell’Esodo » dans G. Baroni et C. Benussi (dir.), L’esodo giuliano-dalmata nella letteratura, Actes de la conférence internationale, Trieste, 28.2-1.3.2013, Pisa, Roma, Fabrizio Serra Ed., 2013, (pp.15-22), p. 15).

 

[3] Homère, L’Odyssée, VI, 133-37 (Trad. Victor Bérard)

Voir les commentaires

Rita Amabili : Monde

27 Juin 2020, 06:29am

Publié par Nathasha Pemba

Monde a un regard magnifique

Lorsqu’il le porte vers le haut

Il y voit sans cesse une parcelle d’éternité

 

Il peut être né un matin, qu’importe qu’on ne le sache pas.

Il porte une liberté bien à lui, si lourde qu’il ne la sent guerre et la cherche,

Cherche.

 

Monde a le cœur immense. Parfois il en est inconscient,

Parfois ses vieilles peurs lui reviennent

Le font haïr, envier, s’agresser lui-même et les autres

 

Ses yeux bleus étudient tout et ses bras enlacent

Une vie qu’il ne comprend pas mais qui toujours le cherche,

Cherche.

 

Alors les remords le tiennent, la douleur le tord

Et lui donne un aspect horrible, une action terrible

Un intérieur de combats, de guerre

 

Monde, Monde, tu es fait pour aimer ne l’oublie pas

Garde ton cœur ouvert et ton souffle long, irréel qui cherche

Cherche.

 

La laideur l’oppresse et finit par l’étouffer

Si fort. Si entièrement. Si terriblement.

Puis, son angoisse le déserte ensuite lentement

 

De blonds qu’ils étaient, ses cheveux foncent
Deviennent flamboyants, embroussaillés alors que Monde cherche,
Cherche…

Son identité. Ses yeux sont maintenant obscurs
Il a toutes les génitalités, il est parfaitement universel
Sa complexion gradue de marron-foncé au mat clair

 

Naturellement. Sa beauté naturelle va au-delà
De sa nature physique. Il est Monde mais inlassablement se cherche,

Cherche…

Il ne sait pas que sa valeur est autre.
Que son âme n’a d’avenir que dans le don
Sa puissance est si grande dans l’amour

Sa profondeur n’a de sens que dans l’amour
Dans le miroir de vie où il voit l’autre et le reconnait et puis le cherche
Cherche.

Pourquoi se combat-il, ne se reconnait-il pas
Dans la psyché que lui renvoie sans cesse son évolution?
Pourquoi ne s’aime-t-il pas Monde,

Monde? Tu es pourtant l’ensemble de l’humanité.
Tu es le tout, créé avec ferveur par l’Autre que tu as évacué de ta vie et que tu cherches
Cherche.

 

Rita Amabili

 

 

Qui est Rita Amabili ?

 

Rita Amabili détient une maitrise en théologie avec une pratique en vulgarisation et en féminisme; une expérience de plus de quinze années comme infirmière, accompagnante en fin de vie; son travail d’écrivaine l’a amenée à travailler les droits des enfants, la situation des enfants dans les conflits armés ou vivant  l’oppression; et également sur l’immigration.

 

Rita Amabili, auteure & théologienne
ritaamabili.com
rita.amabili@sympatico.ca

Voir les commentaires

Les aubes brumeuses de Doris Kelanou

16 Juin 2020, 06:50am

Publié par Nathasha Pemba

De retour dans son pays, après plusieurs années passées en France, Marie-Ève est confrontée à des croyances traditionnelles qu’elle juge dépassées et injustifiées dans un univers globalisé. Elle organise sa vie autour de son travail et sa famille, jusqu’au jour où elle rencontre Tomi, un homme assez particulier et mystérieux dont elle tombe éperdument amoureuse. Particulier parce qu’il ne sort qu’à partir de 22 h et mystérieux, parce qu’ils doivent se séparer dès quatre heures du matin. Tout fonctionne normalement jusqu’au jour où Tomi Mfumu-Nsi annonce à Marie-Ève qu’il voyage, le lendemain, pour une semaine. Malheureusement, il oublie ses lunettes dans la voiture de Marie-Ève. Qui décide donc, le lendemain, de s’aventurer dans le quartier de son petit ami qu’elle ne connaît vraiment pas espérant le trouver avant son voyage. Tomi était surnommé Tchingui-mutu dans son quartier, ce qui donne un certain sens en vili (On pouurait dire Kou Tching'=attendre ; mutu : personne. La personne qui attend ou la personne qu'on attend; presque impotent. Cela dépend de la prononciation et du sens que l'auteure donne aussi). C’est un surnom particulier qui traduit une certaine réalité et qui peut éventuellement avoir un autre sens. Devant l’étonnement de la maman de Tomi, et à la vue de celui-ci, elle se rend compte qu’elle a été victime d’une machination surnaturelle, un arnaque mystique… de la part d’un enfant malformé qui avait le don d’ubiquité. Un mystère, en somme, car Tomi (Tchi-tomi) en vili signifie «enfant portant une malformation» avec pour caractéristique principale, une tête spécialement énorme et un corps chétif ; un corps rachitique, en plus d’être un attardé.

***

 

Dès la première page, on découvre le style de Doris Kelanou : sonore, gracieux et poétique. La poésie ce n’est pourtant pas ce que l’on retrouve dans les manières de traiter Marie-Ève, atteinte de démence et qui doit obéir aux ordres du prophète sans rechigner. Rechigner, c’est ce qu’a toujours fait Marie-Ève face aux croyances traditionnelles. Cependant, ayant perdu l’essentiel pour rechigner (la voix), elle observe et obéit.

 

 

«Ma mère m’a toujours mise en garde contre mon incroyance face aux réalités d’ici, contre mon culot démesuré pour oser la juger doctement et tenter de les corriger, mais je ne l’ai jamais prise au sérieux (…). Je trouvais d’ailleurs ridicule que tout le monde ici se laisse embrigader dans une espèce de paranoïa collective dans laquelle ils se complaisaient.»

 

 

Le premier chapitre de ce roman qui s’ouvre sur un titre détonnant, Babel, nous plonge dès le départ dans un suspense intenable, tant on a envie de tout lire rapidement pour connaître le fin mot de l'histoire.

 

Portant ses propres soucis comme la non-connaissance de son vrai géniteur ou la trahison de son petit ami (Tomi), Marie-Ève a toujours vécu en femme libre d’esprit. Avant cette histoire de prise de bec avec les mystères de la tradition, la narratrice vivait tranquillement sa vie et s’accommodait de son existence entre son travail et sa vie normale de jeune femme. Et voici qu’après avoir sombré dans les irrationalités, le prophète qui la délivre lui révèle qu’elle est porteuse d’une mission : écrire pour conserver le patrimoine pour les générations futures.

 

La narratrice prend la tradition par sa matrice ; c’est-à-dire par là où la tradition se tient dans sa culture : le matriarcat. Dans cette culture, la femme-mère est essentielle (elle est Dieu), c’est l’Omnipotente, l’Omnisciente. C’est ce que lui rétorque sa mère lorsqu’elle lui demande qui est son véritable père :

 

 

«Laisse les choses comme elles sont, ma fille. La quête de la vérité n’a pas toujours les vertus escomptées. La paternité n’est pas importante en soi».

 

 

Les aubes brumeuses conte l’itinéraire d’une jeune femme souvent arrimé à celui de sa mère, de la révolte intérieure à la soumission où une autre vie n’est possible que si elle se laisse porter par la tradition. Marie-Ève raconte ainsi toute sa vie, de sa conception hasardeuse, de sa naissance lors d’un voyage et de ses deux pères ex æquo ; une histoire liée à celle de sa mère qui a toujours obtenu ce qu’elle voulait, même la liberté de sa fille.

 

Avec une légitimité vigoureuse, ce roman interroge la crédibilité des hommes dit de Dieu, pasteurs, prophètes et consorts qui s’imbriquent dans une spiritualité du hasard impossible à gérer. Il survole la question de l’éducation de la jeune fille et la puissance du féminin dans certains clans. On y retrouve aussi, au troisième chapitre, la question du racisme. Après ses études, Marie-Ève se voit refuser un poste dans une étude notariale à cause de son nom qui est étranger. Sans gêne, et sur le seul critère de la couleur de sa peau, le recruteur propose de la recommander auprès d'une compagnie d’entretien.

 

La marginalisation venant de la part de ses tuteurs, les froides passions de son compagnon... Tout cela avait fini par mettre Marie-Ève en face d’une vérité qu’elle s’était souvent refusée à voir : tout n’était qu’illusion. Quand le racisme s’empare de l’amour, rien n’est plus possible :

 

«Marc Leblanc me passait au crible à longueur de journée et me trouvait soudain pleine de défauts. J’étais subitement devenue trop noire pour lui. Mon nez plat le dérangeait. (…) Mon derrière était trop rebondi et charnu pour Marc…»

 

Au-delà de l’histoire, l’auteure de ce roman questionne la relation entre la tradition et la modernité. Elle montre que parfois l’indifférence à l’égard des traditions peut signifier la rupture avec ce que nous sommes fondamentalement. Elle l’explique avec sagesse, douceur et franchise. Son écriture séduit le lecteur. Cependant, l’essentiel ne doit pas être perdu de vue : l’équilibre dans tous les domaines de la vie est nécessaire pour vivre. Ce roman qui peut être lu d’un trait happe son lecteur par son histoire à la fois émouvante, prodigieuse, éducatrice et révoltante. On s’y mire : cette histoire de démence et cette mission de commémorer l’histoire constituent l’existence singulière de la narratrice, mais c’est une existence qui pourrait aussi être la nôtre entre désespérances et espérances, entre recours et retours à l’authenticité. Ce sentiment d’avoir été manipulés, trahis dès notre conception…

 

 

heartLe salut par l’écritureheart

«C’est un livre qui parle du choc des cultures. Avec quels yeux nos enfants africains mondialisés regardent nos réalités africaines, nos mœurs? Quelle est leur perception de nos traditions, de notre culture?» confie Doris Kelanou dans une vidéo. Elle a écrit l’histoire pour la postérité, un peu comme Marie-Ève la narratrice qui a reçu la mission de pérenniser la mémoire. Dans une culture souvent taxée d’exclusivement orale, cette histoire est essentielle, parce qu’elle invite les Africains à ne pas se contenter de raconter oralement, mais aussi d'écrire. Dans certaines situations, l’écriture peut être une voie de salut et parfois seuls les livres peuvent nous aider à sortir des situations. Si la culture s’inscrit en nous en toute éternité, les origines ne doivent jamais être effacées. Il faut écrire la tradition pour sensibiliser, rappeler, mais aussi pour éviter que certaines tragédies ne se répètent.

Je vous recommande la lecture de ce roman

Nathasha Pemba

Doris Kelanou, Les aubes brumeuses, Pointe-Noire, Les lettres mouchetées, 2020, 14 euros.

Voir les commentaires

Marilynne Robinson en douze citations

10 Juin 2020, 06:38am

Publié par Nathasha Pemba

heartComme je le dis à mes étudiants : le langage est musique. L’écriture s’apparente à la notation musicale. La musique d’un texte de fiction révèle la façon dont on doit le lire, et, au sens le plus large, ce qu’il signifie. Il est essentiel de ne pas oublier que les personnages eux-mêmes ont une musique, une tonalité et un tempo, exactement comme les personnes réelles. Pour les rendre crédibles, vous devez toujours sentir ce qu’ils diraient ou ne diraient pas.

(Quand j'étais enfant, je lisais des livres)

 

heartTous les auteurs que je connais, lorsqu’on leur demande comment on devient écrivain, répondent par un seul mot : Lisez.

(Quand j'étais enfant, je lisais des livres)

 

heartLe sommeil est bel et bien une miséricorde. On le sent approcher, on se prépare à être emporté [...]. Il fallait faire confiance au sommeil, sinon il vous laissait là, à attendre...

(Lila)

 

heartJe t'ai dit hier soir que je partirais peut-être un jour. Tu m'as demandé : Où ? Je t'ai répondu : Rejoindre le Seigneur. Alors, tu m'as demandé : Pourquoi ? Et je t'ai répondu : Parce que je suis vieux. Tu m'as dit : Je ne te trouve pas vieux. Tu as mis ta main dans la mienne et tu m'as dit : Tu n'es pas très vieux - comme si le problème était réglé.

(Gilead)

 

heartJ'ai toujours aimé l'expression "nourrir un ressentiment", car beaucoup de gens prennent soin de leur ressentiment comme s'il leur tenait particulièrement à coeur.

(Gilead)

 

heartIl y a mille millions de raisons de vivre cette vie, et chacune d'entre elles est pleinement suffisante.

(Gilead)

 

heartIl y a beaucoup de choses sous la surface de la vie, tout le monde le sait. Beaucoup de malveillance, de peur, de culpabilité, et beaucoup, beaucoup de solitude, là où on ne s'attendrait pas en trouver, d'ailleurs.

(Gilead)

 

heartQuand les gens viennent me parler, peu importe ce qu'ils me disent, je suis frappé par une sorte d'incandescence en eux, ce "je" dont le prédicat peut être "aime", "crains" ou "veux" et dont l'objet peut être "quelqu'un" ou "rien" sans que cela ait vraiment d'importance, car la beauté réside dans cette simple présence, qui prend forme autour du "je" comme une flamme autour d'une mèche et qui se diffuse sous forme de souffrance ou de culpabilité ou de joie ou de n'importe quoi d'autre. Mais toujours vive, et pleine de désir et de ressources. Contempler cet aspect de la vie est un privilège du saint ministère que l'on mentionne rarement.

(Gilead)

 

heartL'expérience leur avait appris que la vérité était pourvue de rebords coupants et d'angles aigus, et pouvait entrer sévèrement en contradiction avec la gentillesse.

(Chez nous)

 

heartEt il y avait aussi ce silence exaltant dont elle n’avait jamais éprouvé nul besoin de parler. Son père avait toujours dit : Dieu n’a pas besoin de notre culte. Nous faisons nos dévotions pour élargir notre sens du sacré, afin de sentir et connaître la présence du Seigneur, qui est avec nous toujours. Il avait dit : C’est d’amour dont il s’agit, d’un amour plus élevé, et du plaisir que procure une présence aimante.

(Chez nous)

 

heart​​​​​​Ça fait tellement longtemps que le monde existe, c’est comme si tout avait un sens. On sait jamais exactement ce qu’on prend entre les mains, donc va falloir que tu fasses très attention.

(Lila)

 

heartJ’ai dans l’idée que je ne te verrai plus jamais. Dans cette vie. Je te dirais bien de prendre soin de toi, mais j’ai peur que, ça non plus, tu ne le fasses pas. Enfin, n’hésite jamais…

(Chez nous)

 

Le Sanctuaire de la Culture

Voir les commentaires

Ailleurs d'Alain Tito Mabiala

8 Juin 2020, 06:43am

Publié par Nathasha Pemba

Ce sont des instants de vies bouleversées, des vies qui tanguent, que le Congolais épingle en l’espace de 170 pages, comme des suspenses de séries télévisées que la plume essaie d’éterniser.

 

Ces hommes, Alain Tito Mabiala les dépeints avec leur être, leurs passés, leurs mal-être, leurs indignations, leurs blessures, leurs secrets, leurs espérances, au fil d’intrigues difficiles à résumer parce qu’elles se morcellent et rejaillissent à chaque instant. La question principale que vivent ces personnages tourne autour de l’immigration.

 

Comme dans Les rêveries d’un promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau, les narrateurs des différentes nouvelles sillonnent…

 

Ce recueil de nouvelles n’est pas exclusivement pour les immigrants, il est pour toutes les personnes qui s’intéressent à la vie, à la situation de l’être humain en société. Il y a des humains qui ont du mal à accepter que d’autres sur terre, puissent immigrer non pas parce qu’ils envient la terre qui les accueillent, mais simplement parce qu’ils veulent juste vivre.

 

Vivre, c’est ce que cherche justement le narrateur de la nouvelle : «Dans mon palace de Préverenges sous la terre humide». L’homme, poète, au cœur d’une précarité sans nom, tente de survivre grâce à la beauté de l’environnement suisse. L’hiver, le lac, la montagne. Cette admiration de la nature se dissout dans l’évocation de son lieu d’habitation qui, par ses bâtisses, transpire une certaine froideur qui n’incarne l’hospitalité que de nom.

 

«Elle (la bâtisse) nous rappelait les parias que nous étions, de la vermine qui ne pouvait se loger que sous terre loin des attributs des gens normaux».

 

Il s’agit certes d’un cri d’alarme, mais dans le fil de la pensée, ce lieu devient finalement pour ces étrangers le lieu de la solidarité, le lieu du soutien sans failles. Être étranger devient le lieu de l’unité, de l’amitié, de la réciprocité… Le lieu où il faut tenir malgré la précarité, malgré les traitements parfois inhumains.

 

Ce pour quoi Ailleurs d’Alain Tito Mabiala est un livre pour l’humain, ce n’est pas seulement parce qu’il parle de l’humain ou des méditations d’un immigrant solitaire, mais c’est parce que les narrateurs sans être extrémistes, dévoilent le mystère de l’Immigré, le fond de leurs cœurs, leurs intimités. Il n’y a ni jugement moral ni injonction, il y a juste des faits, un constat, un secret. Les narrateurs ne jugent ni ne condamnent une quelconque institution, mais ils disent leurs désirs de vivre mieux, d’être traités comme des humains, d'être considérés.

 

Le narrateur de la nouvelle «Une barbiche qui ramène à l’Orient», par exemple, constate et relate le destin d’un immigrant portant une barbiche; une barbiche qui l’assimile à un certain Ben Laden, à toute sa troupe et à son idéologie. À travers le destin du barbu qui n’est pas musulman, il y a aussi le destin du vrai musulman qui finalement ne peut pas être accepté, parce que dans ce pays, on a peur des musulmans.

 

Ce recueil rappelle que parfois le destin des personnes happées par la fuite et tentées de reprendre leur vie ailleurs n’est pas toujours un lieu de paix. On fuit souvent la guerre pour aller vers une autre guerre, celle de la stigmatisation, comme si la liberté de religion ou de conscience n’était que de vains mots, de vaines déclarations.

 

«— Cette barbe abondante sur ton menton, existe-t-elle depuis toujours ou elle est le fruit d’une conviction philosophique? (…). Es-tu musulman?»

 

 

Les hommes que l’on rencontrera dans ce recueil ne sont pas des méchants. Ce sont des hommes ayant choisi la vie, à travers l’exil. Ce ne sont donc pas des voyous ou des partisans du moindre effort; ce ne sont pas des personnes dépourvues d’humanité ou des Oisifs. Ce sont des personnes dont la vie s’est arrêté dans un autre monde, des personnes qui ont failli perdre leurs vies ou qui ont perdu tous les membres de leurs familles : femmes, enfants, père ou mère/pères et mères. Des gens qui ont parfois perdu l’amour, des ambitions, leurs biens… Tous portent des blessures, des blessures d’impuissance, des blessures de colère, et tous sont convaincus que ce pays d’exil peut leur donner des occasions d’espérer.

 

Malgré son caractère intimiste, nostalgique et parfois révoltant, on pourrait dire d’Ailleurs qu’il est un livre sur l’espoir et sur le réalisme sur la condition de l’exilé. Non que ces hommes suivraient un destin prédéterminé, mais que, à force de se sacrifier, de vivre des situations précaires, de développer une solidarité entre eux, ils ont construit des valeurs importantes qui les conduit par exemple à s’inquiéter d’une situation injuste ou d’une difficulté que vivrait l’un d’entre eux. On voit par exemple dans la nouvelle «Dans mon palace de Préverenges sous la terre humide», l’immigrant congolais proposer à l’immigrant d’une autre nationalité de l’accompagner à l’hôpital.

 

Il y a chez l’être humain une grandeur et une misère. C’est ce qui me semble essentiel dans ce recueil : cette peinture de l’immigrant d’une part, et celle des hôtes suisses d’autre part. Avec une sensibilité très originale, Alain Tito Mabiala fait entrer ses lecteurs dans quelque chose que l’on pourrait désigner comme le crime de Caïn : qu’as-tu fait de frère? Une fraternité qui rester à épurer de ses jalousies, de ses arrogances, de ses haines et de ses préjugés.

 

Nathasha Pemba

 

 

Alain Tito Mabiala, Ailleurs, Genève, 5 Sens éditions, 2019.

Voir les commentaires

Lis ça, Claude-Emmanuelle Yance

6 Juin 2020, 09:40am

Publié par Nathasha Pemba

CLAUDE-EMMANUELLE YANCE - L'Ère des enfants tristes - Romans ...heart"La prochaine, ce sera avec un livre. Je ne pourrai pas m'en empêcher, je crois aux livres. "Lis ça", je lui dirai. Elle répondra que l'école lui a pourri la vie. Qu'elle a toujours haï ça. Je lui dirai que les livres, c'est pas l'école. C'est une voix. Que quelqu'un parlera dans ce livre. Elle me regardera d'un oeil incrédule, soupçonneux. Je n'arrêterai pas de tendre le livre jusqu'à ce qu'elle se décide à le prendre. Après, je pourrai parvenir, en me sentant un peu mieux, parce que je l'aurai laissée avec quelqu'un de fiable. Elle ne le saura pas encore, mais une brèche viendra de s'ouvrir dans sa prison.

Il faut que je choisisse le livre avec soin.

Le Journal d'Anne Franck, peut-être ? Un livre qui lui fasse juste assez de mal et juste assez de bien. C'est difficile, il n' y a pas de recette. Il faut le bon livre pour la bonne fille, une espèce de mariage. Sinon, ça peut foutre en l'air son goût de lire pour des années. Je le sais, j'ai raté mon coup avec bien de filles. Je le saurai dès les premières lignes, dès la première page. Elle pourrait se reconnaître dans cette Anne privée de liberté et si vivante en même temps... Mais ça fait propre, trop propre peut-être.

 

Il faudrait quelque chose de plus violent, qui l'attaque dès le début. Mais doit-elle être prise en douceur, presque sournoisement, ou de front ? Elle est si petite dans sa tête. Commencer par un livre qui n'ait rien à voir avec elle ? Du moins en apparence, à l'autre bout complètement de son existence. Juste pour voir comment elle réagira. Oui, mais c'est quoi son existence ? Elle vient d'où ?

(...)

Les livres. Lequel, pour elle ? Tout à fait pour elle.

Margaret Atwood. La servante écarlate ? Peut-être. Non, trop froid. Ou bien Le comte de Monte-Cristo ? Il faudra bien que je me lance, au moins pour tâter le terrain. Ou alors, Les misérables... Oui, mais dans les classiques abrégés. Un enfant de douze ans peut lire ça. Ça pourrait fouetter son sentiment d'injustice. Elles ont toute tendance à crier l'injustice. C'est un bon début. Il faut que ça sorte!

(...)

Oui, un livre. Le bon.

Vendredi ou les limbes du pacifique ? Pourquoi pas. La prison apparente, la liberté apparente. S'en sortir. En créant un nouveau monde. Une si belle écriture. Le salut par l'écriture.

(...)

Un livre peut faire ça, un seul, nous jeter en bas de tout. Puis nous réparer. Comme on répare une vieille dentelle avec lenteur et délicatesse.

Aujourd'hui, on discute de L'héritage des cathares. Qui veut prendre la parole ? "Moi. J'avais jamais lu un livre au complet avant, crie presque une Emma essoufflées par son enthousiasme. Ces quatre cents pages-là, je les ai dévorées. Je lisais même aux toilettes, les autres frappaient à coups de poing dans la porte pour que je sorte. " Tout le monde rit. Et la discussion s'engage. On fonce, on oublie qu'on est en dedans. Les clôtures tombent, le monde s'ouvre."heart

 

Extrait de la nouvelle " L'amour des livres" in "L'ère des enfants tristes" de Claude-Emmanuelle Yance, publié chez Lévesque éditeur (2019).

Claude-Emmanuelle Yance — Questionnaire - La Recrue - Medium

Voir les commentaires

Calixte Beyala en douze citations

5 Juin 2020, 06:07am

Publié par Nathasha Pemba

*Calixthe Beyala raille la "République y a bon camembert" de l'UMP ...

heartTu sais ce que je crains le plus au monde ? C'est que chacun prenne ce qu'il y a de pire chez l'autre et perde le meilleur de lui-même. C'est ce qui se passe en ce moment, n'est-ce pas ? Les Noirs sont en train de devenir de mauvais Blancs.

(La plantation)

 

heartL'homme n'a besoin des autres que parce qu'ils donnent un sens à sa vie

​​​​​​(Seul le diable le savait)

 

heartLa laideur appartient à ceux qui la définissent

(Seul le diable le savait)

 

heartUne mauvaise graine est une mauvaise graine, il faut la jeter, sinon elle vous pourrit la récolte.

(Seul le diable le savait)

 

​​​​​heartLa sagesse du monde est la seule rigueur qui vaille.

(Maman a un amant)

 

heartCe n'est pas en jetant un seau d'eau dans la mer qu'on fait remonter la marée.

(Seul le diable le savait)

 

heartVous verrez : mes mots à moi tressautent et cliquettent comme des chaînes. Des mots qui détonnent, déglinguent, dévissent, culbutent, torturent ! Des mots qui fessent, giflent, cassent et broient ! Que celui qui se sent mal à l’aise passe sa route.

(Femme nue, femme noire)​​​​​​

 

heartChaque humain a le choix de son propre destin. Il doit le tenir fermement entre ses dents pour ne pas le perdre.

(Le roman de Pauline)

 

heart[...] il y a tant d'horreurs dans la vie qu'il vaut mieux de temps à autre se décréter aveugle pour ne pas les voir...

(Le roman de Pauline)​​​​​​

 

heartJe dis et j'affirme : en Afrique, tandis que les hommes s'exhibent à tous les niveaux de la hiérarchie sociale, cultivent leur ego à travers leur solidarité dans les clubs, les cafés ou les bars, s'éblouissent de leur propre puissance jusqu'à en perdre la cervelle, manipulent des armes meurtrières et se gonflent de leurs futiles et éphémères victoires, les femmes, sans ostentation, font tourner l'Afrique.

(Lettre d'une africaine à ses soeurs occidentales)

 

heartComme disait grand mère : " Chaque fois que tu grimperas dans l'arbre, il y aura toujours un imbécile en dessous qui criera : Regardez, elle a un trou dans sa culotte-eu ! T'auras deux solutions : soit tu te retourneras et tu tomberas - soit tu continueras à grimper à l'arbre !
(La petite fille du réverbère)
 
 
heartTu sais l'ami, l'exclusion érigé en système. Non, tu ne peux pas savoir, trop occupé par les tiens. Je te vois qui souris à la vie. Tu parles tendresse, étourdi du même parfum. Une seule et unique femme. Même ses trahisons te comblent. Mais ces chemins faciles me sont refusés. Alors écoute : la haine, la violence, ou l'indifférence. Le travail qui vole la vie de chaque instant. les crimes, les rafles.  lls fouillent. Ils ne tuent pas, ils humilient, ils abîment.
(Le petit prince de Belleville)
 
Le Sanctuaire de la culture
 
 

​​​​​Photo: Site de POETAS SIGLO XXI

Voir les commentaires

Un film français de Zogo Awoundza

2 Juin 2020, 23:25pm

Publié par Nathasha Pemba

Il y a des titres qui font sourire.

Le titre de ce roman en fait partie.

Un film français…

Il faut être ressortissant d’une ex-colonie française pour comprendre le sens d’un tel titre. J’ai le souvenir de mes amies qui, adolescentes, se moquaient souvent des films français : la table, les vins, le fromage… mais aussi les causeries.

Les films français, de notre enfance, avaient cela de particulier : l’art de la table et de la causerie.

 

Cependant, on n’oublie pas les grands succès du cinéma français avec de grands acteurs comme Louis de Funès, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon…

Fausse idée…?

 

«Un film français» est un roman qui a été publié en 2019 aux éditions Iwari. Il s’agit d’une histoire d’amitié autour d’une bande de cinq amis : Kate, Elessa, Patrick, Ada et Chantou. Cette amitié est née autour de leur intérêt commun pour la danse traditionnelle «Medzang». Ils se sont rencontrés au cours d’un atelier autour de cet art. Depuis lors, ils ne se séparent plus. La séance mensuelle de cinéma est devenue le lieu de l’affermissement de leur amitié. Ils se réunissent tous les derniers samedis du mois, pour visionner ensemble un film. L’un d’entre eux, Elessa, celui qui possède une fibre high-tech est chargé de préparer le film et de le télécharger sur Internet.

 

Pour la réussite de cette rencontre, chaque membre du groupe a une tâche à accomplir.

 

L’histoire se déroule dans la ville de Yaoundé.

Comme la plupart des jeunes de leur environnement, leur préférence en matière de cinéma s'oriente vers les fictions américaines. Pourtant, le jour du rendez-vous, alors que tout le monde est psychologiquement prêt, Elessa se rend compte que le dossier du film est vide.

 

«Les regards de ses quatre amis montraient qu’ils étaient complètement abasourdis, décontenancés. Jamais une telle situation ne s’était présentée. Elessa gardait toujours pour lui, jusqu’au dernier moment, le secret des films à regarder. Bien évidemment, Kate, son conseil cinéma était dans la confidence. Très rarement, les cinéphiles avaient été déçus par ce processus de sélection. Il est vrai que le secret échappait parfois au dieu Elessa qui le révélait après moult supplices d’Ada, douée et très perspicace au jeu de la torture émotionnelle.»

 

Des discussions s’en suivent pour décider de la suite à donner à la soirée, même sans film. Kate propose un film français qui se trouve dans sur sa clé USB : Deux poids deux mesures. Devant l’hilarité de ses compères, elle est obligée de se justifier sur la présence d’un fil français dans ses fichiers :

«Ce n’est pas moi. Je ne regarde pas ces films français, nia-t-elle. Je lui ai prêté ma clé l’autre jour (…); elle aime les films français contrairement aux gens normaux».

 

Tout le monde est d’accord sur une chose : personne n’aime les films français.

 

Avec une aisance affable, Zogo Awoundza définit ses personnages par ce qu’ils sont dans la société. La majorité est issue de familles moyennes, et  Chantou, est la seule qui est issue d’une famille riche. Son père est Général dans l'armée camerounaise. Il les définit aussi par leurs discours. Si le titre du film français ne semble pas intéressant au départ, la discussion qu’il finit par susciter est d’une vérité implacable : la question de la femme. L’auteur soulève des questions importantes sur la condition de la femme dans la société africaine, notamment de la manière dont elle se perçoit elle-même et de la manière dont elle est perçue par les hommes. L’écriture vive met en face du lecteur plusieurs conceptions de l’émancipation de la femme.

 

En effet, pour certains personnages masculins du roman, la femme camerounaise est elle-même responsable de sa non-considération par l’homme, car le fait de dépendre financièrement de l’homme fait d’elle une esclave potentielle, car comme le dit l’adage «la bouche qui mange ne parle pas».

 

 Le rôle de l’homme dans l’émancipation de la femme est également sondé. Ces hommes qui vivent avec des femmes, mais qui les subissent et ont du mal à tolérer la réussite de ces femmes. Ces hommes qui demeurent des ennemis des femmes : l’inimitié dans le mariage ou dans les relation professionnelles. Les discours sont édifiants :

 

«Vous voulez vous mettre au même niveau que les hommes, c’est ça? Commencez par refuser d’être achetées comme des marchandises sous le fallacieux prétexte d’une dot. C’est bien connu, celui qui paie décide. (…) Nous y voilà. Une femme sur le même pied d’égalité qu’un homme. Et puis quoi encore ?! Ça sonne même mauvais français ça : égalité des sexes. (…). D’abord nous l’avons plus longue, plus utile et plus forte. La nature ne s’est pas trompée dessus. Les chromosomes X et Y ça te dit quelque chose? (…). Pour ta gouverne, une femme n’a d’intelligence que celle de son homme.»

 

Les filles présentes ont beau se défendre, les hommes, en l’occurrence Patrick, les chosifient et les ramènent à une réalité parfois vraie, parfois méprisante. Elles le traitent de misogyne. Il pense qu’il a raison. Il pense qu’un homme qui a de l’argent peut disposer d’une femme comme il le veut. Pourtant Chantou qui est la fille d’un homme riche pense qu’elle doit largement profiter de la chance d’aller à l’école pour trouver un travail et devenir une femme indépendante.  Ada par contre affirme : «Je ne suis pas prête à rester assise à attendre qu’un homme me donne tout, sans me montrer qu’une quelconque utilité en retour. Je ne suis pas une assistée».

 

Bientôt, la discussion devient passionnée. Néanmoins, si les cinq amis ont l’art de passer de l'état de douceur à l'état d'agressivité dans le langage, ils ont aussi le pouvoir de se calmer pour s’écouter sans forcément s’accorder.

 

La thématique de la femme  occupe une place essentielle dans ce roman. Les avis sont partagés certes, mais la porte demeure ouverte à la réflexion, car il est difficile de tout rendre à partir d’un court texte comme celui-ci. Zogo Awoundza raconte ça et là des histoires qui éclairent les positions des uns et des autres sur la question de la responsabilité féminine dans la société. Les expressions camerounaises sont très présentes dans le roman.

 

L’habileté et l’art du détail sont appropriés, la construction, explicite et bien définie, de protagonistes très sûrs d’eux caractérisent la plume de Zogo Awoundza : dialogues, portraits, introspections, querelles, possibilités. Tout est précis et chaque épisode est à sa place. Les cinq amis, au-delà de leur divergence, conservent ce qu’ils ont de plus précieux : l’amour des uns et des autres. À partir d’un fait divers, l’auteur invite son lecteur à une réflexion profonde sur la question de la femme, du couple, de la famille et de l’amitié.

 

Je vous recommande la lecture de ce roman.

 

                                                                     Nathasha Pemba

 

Références:

Zogo Awoundza, Un film français, Paris, Iwari, 2019.

 

Voir les commentaires

Claude-Emmanuelle YANCE : L’ère des enfants tristes

25 Mai 2020, 06:35am

Publié par Nathasha Pemba

« L’ère des enfants tristes » : un cri sur la condition des enfants dans le monde ? Un espoir ou une volonté de faire bouger les choses en faveur du bien-être de ceux et celles qui sont l’avenir de toute société ? Les réponses se trouvent certainement dans la lecture de ce recueil…

 

Avec ses 15 nouvelles, Claude-Emmanuelle Yance a certainement voulu attirer l’attention des gens sur la violence quotidienne dont sont victimes les enfants du monde. Elle est consciente de la capacité de la lecture à relier les personnes et à les transformer. Opération réussie pour cette écrivaine engagée, qui prouve, une fois de plus, combien la question de la personne humaine sera toujours sa préoccupation première.

 

Il y a dans le titre de ce recueil à la fois une colère, qui peut sembler révoltante, mais aussi le fondement d’un désir de voir les choses changer un jour. Le propos est clair. Il éveille la curiosité, réveille la colère et fait prendre conscience sur notre propre « être au monde ». S’il m’était donné de scruter l’état d’esprit de l’auteure lorsqu’elle écrivait ce recueil, je répondrais : lisez la nouvelle « l’amour des livres ». Pour moi, cette nouvelle résume la mission de ce recueil :

 

« Moi je pense qu’il faut qu’elle s’arrête d’elle-même. C’est le premier pas vers sa libération. Que personne ne prenne la décision à sa place. (…) Accompagner quelqu’un qui a mal et avoir mal en même temps. Sans rien dire. Juste rester là. »

 

C’est le cri du cœur d’une accompagnatrice qui souhaite que la jeune détenue se réveille. Ce cri du cœur, pour ma part, est celui qui rejoint l’ensemble de ce recueil de nouvelles, car si l’auteure décrit des histoires, il y a un appel implicite à une prise de conscience sur le traitement des enfants. Elle interpelle tout le monde et nous invite à comprendre que devant une démission universelle sur l’éducation des enfants, il ne faut vraiment pas attendre longtemps, il ne faut surtout pas attendre.

 

« C’est souvent une enfant qui arrive. Quel que soit l’âge du corps. Comme si l’enfance était restée bloquée quelque part. Toujours une enfant blessée, meurtrie. Et la croissance s’est arrêtée. Un mystère ça, pour moi. Le corps continue, il grandit, les seins se développent, les poils, le désir, tout, comme une vraie femme. Mais à l’intérieur, une enfant. Bien petite ».

 

C’est de cela dont il est question dans ce livre : Libérer l’enfant et l’aider à croître normalement.

 

Auteure de deux romans, Claude-Emmanuelle Yance en est à son quatrième recueil de nouvelles. La couverture de ce recueil sur l’enfance mêle l’ombre à la lumière, comme pour souligner que l’espoir dans toute situation sombre n’est jamais perdu. On pourrait même la considérer (l’image) comme un éloge à la possibilité. Elle l’affirme d’ailleurs dans la nouvelle « L’amour des livres » : « Je ne cesse de croire qu’il y a une vie possible ailleurs (…). Essayer de vivre. Pour ça aussi, faut du courage, mais c’est à petite dose, chaque jour ».

 

En lisant Claude-Emmanuelle Yance, j’ai immédiatement imaginé qu’elle a travaillé dans un organisme international sur les droits humains ou bien qu’elle a eu une expérience de terrain sur le traitement des enfants. J'ai imaginé, mais ce n'est pas le cas. C’est le premier livre d’elle que je lis et je pense que ses lecteurs ne seront pas déçus. Chaque nouvelle nous fait découvrir un pan de la réalité du monde, une dimension de ce que les médias voilent ou dévoilent d’une certaine manière : enfants soldats, incestes, pédophilie, gang de rue, orphelins, enfants esclaves, enfants maltraités, enfants adoptés, terrorisme… des lieux de la déflagration de l’enfance.

 

Une humaniste consciente de l’être ? Ou pas...

 

C’est quoi un écrivain ? Ai-je envie de m’interroger. Et je répondrais aussitôt pour dire qu’un écrivain, c’est celui qui questionne la condition humaine, d’une certaine manière. Celui qui touche la conscience humaine. Un écrivain, c’est celui qui interpelle sans accuser.

 

Nous sommes, avec ces 15 nouvelles d’une efficacité exceptionnelle, aux antipodes du bouleversement palpable ou des propos savants que l’on possède actuellement sur le sujet. Claude-Emmanuelle Yance est une éducatrice, c’est sûr, mais est-elle une humaniste qui s’ignore ou pas ?

 

Les principaux personnages qui traversent chaque nouvelle sont des enfants naïfs, sacrifiés, fidèles, rêveurs… Des enfants qui acceptent la loi sociale du pouvoir de l’adulte sur l’enfant. Des enfants captifs moralement, mentalement et socialement. Ils subissent. Des enfants qui sacrifient tout ce qui fait d’eux des enfants : l’espoir et la joie simple. Nous le remarquons dans la nouvelle « Ni sains ni saufs ». Dans cette nouvelle, deux frères sont contraints par leurs parents de partir, de quitter les lieux d’origines parce que l’avenir y est incertain. Trop vieux et désespérés, les parents donnent de l’argent à leurs enfants pour qu’ils s’en aillent. Devant les pleurs de leurs enfants, les parents se sentent obligés de leur dire que la seule issue, dans leurs dispositions, c’est de partir. Partir en Europe. Pleurs, route, montagne, galère, pour se rendre en Angleterre quand on n’a même pas huit ans. Et voir son grand-frère, son protecteur finir en prison. Tel est souvent le destin de la plupart de ceux et celles qui partent là où l’herbe paraît plus verte.

 

Des enfants dévoués qui croient rencontrer Dieu à l’Église et qui finissent abusés par le curé comme dans la nouvelle intitulée « Miserere nobis ». Cette nouvelle suscite la colère. Elle est énervante parce qu’elle étale l’abus, la manipulation dont sont victimes des enfants par ceux qui sont censés les éduquer. Blasphème !

 

Des enfants à qui on impose le port d’explosifs pour détruire la vie des autres et prétendre à une meilleure vie dans un paradis imaginaire.

 

« C’est facile, tu verras. Tu attaches cette ceinture sous ta robe et tu vas te promener au marché. Il y aura beaucoup de monde, n’aie pas peur. Je serai là, pas très loin de toi. Tu n’auras rien à faire. Quand le moment sera venu, je ferai ce qu’il faut, de loin. Et toi, tu gagneras le ciel, comme un bel oiseau. Tu aimerais être oiseau ?

-Oui… Peut-être »

 

Un peut-être qui indique toute l’incertitude de la kamikaze.

 

Des enfants soldats comme dans « La guerre n’a pas un visage d’enfant » au service des dictateurs, exploités par les armées. Des enfants parfois enrôlés dès l’âge de six ans et qui meurent trop tôt parce qu’ils ont perdus goût à la vie.

 

Il y a des enfants qui ont de la « chance » ; qui finissent par s’en sortir après une misère sans nom. C’est le cas de Miguel, victime d’une gang guatémaltèque malsaine, qui finit par rejoindre sa mère, après moult tracasseries, aux Etats-Unis.

 

Ailleurs, les silences des mères et des pères qui se dépossèdent temporairement  de leur paternité ou de leur maternité pour les prêter à leur progéniture. Des enfants qui deviennent adulte trop tôt…

 

La puissance du propos de Claude-Emmanuelle Yance tient aussi dans son souhait à faire bouger les choses, de réveiller la conscience des organisations qui défendent les droits humains et les droits de l’enfance, des familles et des éducateurs de tous les bords.

 

Chaque nouvelle de ce recueil est essentielle parce qu’elle révolte, elle fait pleurer, elle fait grandir, elle fait espérer. Elles sont toutes attachantes. Et ces enfants, finalement héros du quotidien, finissent par l’être aussi. Elles (les nouvelles) sont formidables, accomplies et les chutes sont magnifiques.

 

Claude-Emmanuelle Yance manie l’art de raconter, de saisir le lecteur, dans sa capacité à agencer les particularités à travers les nationalités et l’histoire de chaque pays; dans sa manière de planter le décor et de placer son lecteur dans l’ambiance du sujet. Elle surprend à chaque lever de rideau et guide le lecteur vers la découverte de la prochaine nouvelle.

 

Comme Grégoire Delacourt avec Mon père, Larry Tremblay avec L’orangeraie, Fabienne Brugère( et Emmanuel Le Blanc) avec La fin de l’hospitalité qui essaient de faire bouger les choses- Claude Emmanuel Yance conçoit une humanité agissante en proie aux plus douces requêtes existentielles. Je me permets donc de conclure en osant affirmer qu’elle a pris la plume pour dénoncer et rompre le silence en faisant écho à ce que rappelait déjà Grégoire Delacourt lors de la parution de Mon père :

« Je crois que l’art doit être engagé, révolté pour changer les choses, et avec ce livre, j’ai essayé de toucher tous les parents, tous les gens responsables d’une transmission de parole. »

 

Peut-on espérer lire un jour : l’ère des enfants joyeux ?

 

Je vous recommande la lecture de ce recueil.

 

Je remercie Dominique Lalande et Lévêsque éditeur pour la collaboration.

 

Références du livre:

Claude-Emmanuelle Yance, L’ère des enfants tristes, Montréal, Lévesque Éditeur, 2019.

Voir les commentaires

Citations inspirantes du Cardinal Joseph Albert Malula

20 Mai 2020, 06:30am

Publié par Nathasha Pemba

heartPour devenir « quelqu’un »  dans la vie, il faut mettre à la base de la vie la loi de l’effort, condition sine qua non de tout développement et de tout progrès.

 

heartEn tant que principe de vie, l’Émergence (…) offre de larges possibilités dans le domaine de l’auto-éducation. En effet, elle comporte deux aspects. Dans son aspect négatif, le principe de l’émergence signifie qu’on opte pour un refus catégorique de la médiocrité. Il faut refuser de mener une vie quelconque, une vie vulgaire, terre-à-terre. Refuser de penser comme tout le monde, d’agir comme tout le monde, de réagir comme tout le monde. Refuser de mener une vie sans relief. Avoir l’ambition de percer par son rayonnement moral, intellectuel et spirituel. Dans son aspect positif et dynamique, l’idéal d’émergence signifie la volonté dans l’homme d’aller toujours en avant, toujours plus haut, dans la conquête des hautes valeurs de l’esprit où l’on respire l’air frais de la liberté ; la volonté permanente d’ascension morale, intellectuelle et spirituelle.

 

heartLe vrai progrès et la vraie grandeur de l’homme se mesurent non pas avant tout par « son avoir plus » mais par « son être plus  consciencieux.

 

​​​​​​​​​​​​heartLa maîtrise des passions libère les énergies intellectuelles et les facultés spirituelles de l’homme. La pureté, l’amour de la vérité, la conscience de son devoir élèvent l’homme et l’ennoblissent.

 

heartLibéré des tiraillements et de la servitude des passions, l’homme acquiert un sens aigu du devoir et de ses responsabilités. Il devient capable de renoncer, de se donner à son devoir, de préférer, s’il le faut, l’utile à l’agréable. La conscience de votre devoir vous donnera l’amour du travail, l’amour du travail fini, du travail bien fait.

 

heartLa libération que l’homme attend et cherche n’est pas n’importe quelle libération mais celle qui est au service de tout homme et de tout l’homme et ouvre les horizons de l’au-delà pour la plénitude béatifiante de l’être : l’homme doit donc donner un sens à sa liberté et à sa libération.

 

heartL​​a liberté doit toujours s’accompagner à la fidélité au principe d’émergence: « (…) La fidélité au principe d’Émergence se vit toujours dans une tension continuelle entre « être un citoyen comme tout le monde » et « être un citoyen pas comme tout le monde ». La vraie élite d’un peuple se recrute parmi les citoyens  « comme tout le monde.»

 

heartLe mensonge n’a pas les mêmes droits que la vérité.

 

heartPriver l’homme de la vérité pour emprisonner son esprit par des mensonges est un manque de respect et un attentat  à sa dignité d’homme libre.

 

heartLa vérité n’est ni noire ni blanche, elle dépasse et domine les individus, le temps et l’espace. Elle est indépendante de ceux qui l’attaquent et de ceux qui la défendent. Nous y avons tous droit, car elle est la vie de notre esprit. La vérité nous délivre de l’esclavage, de l’erreur et du mensonge.

 

heartLes hommes d’élite sont ceux qui dans leur vie, cherchent toujours ce qui est le meilleur, ce qui élève l’homme. Ils refusent catégoriquement la médiocrité. Ils ont pour ainsi dire fait alliance avec le meilleur. On dira Ad Majora natus sum: Le meilleur est ma destinée.

 

heartQuand on regarde les hommes vivre, on peut distinguer grosso modo trois catégories d’hommes :

1-Des hommes qui n’ont aucune personnalité et qui font comme tout le monde, pensent comme tout le monde et vivent comme tout le monde. Ils ont en quelque sorte “pactisé” avec la médiocrité;

2-des hommes qui croient qu’être personnel signifie refuser tout conseil; ils font comme eux-mêmes pensent et veulent; leur point de référence est eux-mêmes. Eux aussi, sous certaines apparences de bien, vivent dans la médiocrité parce que, au fond, ils s’enferment dans leur égoïsme;

3-des hommes qui, par leurs efforts continuels et persévérants, cherchent toujours à s’élever ou ce qui élève, à agir selon ce qui est meilleur, ce qui est bien, (...) ce qui est parfait. Ce sont des gens qui refusent la médiocrité parce que le meilleur est leur destinée.

 

​​​​​​heartAvoir confiance en quelqu’un, (...) c’est croire en la bonté de quelqu’un croire en son désir de faire le bien, en sa volonté et en sa puissance de faire du bien. Alors on peut se donner à lui, on se remet et on s’abandonne à lui, parce qu’on sait qu’il veut et qu’il peut faire du bien.

 

heartAu fil des années j’ai compris que seuls les hommes de principe sont capables de réaliser des choses durables et utiles à la société. C’est pourquoi plutôt que de chercher à paraître, j’ai opté pour « être ». Paraître est une chose facile mais ça ne dure pas. Tandis que « être », c’est difficile à acquérir, mais ça dure. J’ai opté donc pour ce qui dure, avec comme idéal : émergence, science, conscience et transparence. Cet idéal est, certes, difficile à poursuivre ; il exige un effort constant. Je ne réussis pas toujours. Mais je persévère parce que je sais que mon idéal trace mon itinéraire et donne un sens à ma vie. Il me donne aussi la joie de vivre parce que j’ai conscience de faire quelque chose de bien, d’utile et de durable pour les autres.

 

heartDans la vie, j’ai toujours craint une chose : Être en dessous de ma tâche.

 

heartLa science est un grand bien, mais la science sans la conscience est désastreuse. La conscience est cette voix intérieure qui rappelle à l’homme la vérité sur lui-même. Elle lui dit ce qui est bien et mal ; elle le renseigne sur ce qu’il doit faire et sur ce qu’il ne doit pas faire. La conscience bien formée donne à l’homme le sens du devoir et le sens des responsabilité.

 

​​​​​heartSe faire toujours une grande idée de sa tâche et de ses responsabilités dans la société rend l’homme consciencieux et le stimule à se hisser toujours à la hauteur de ses tâches.

 

heartDe la manière dont vous accomplirez  votre devoir dépendront le bien et le bonheur des autres. Efforcez-vous de joindre la conscience à la science et à la compétence. Efforcez-vous de vous faire surtout une idée grande de votre devoir.

 

heartCe qui fait la vraie valeur de l’homme, c’est avant tout la force de volonté, son caractère trempé qui le fait entreprendre une tâche dure et la mener à bonne fin avec une conscience professionnelle à toute épreuve.

 

Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture

 

Ces extraits proviennent des oeuvres complètes du Cardinal Malula, plus précisément du Volume 6.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>