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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Une deuxième chance pour Adam de Felicia Mihali

27 Février 2019, 02:23am

Publié par Nathasha Pemba

Felicia Mihali est la romancière polyglotte de la matérialité du vivre-ensemble. Elle sillonne, à partir de ses mots, le ciel, la terre, les relations intersubjectives… tout l’univers. 

 

Adam malade, dépendant de son épouse se laisse presque déposséder de toutes ses facultés. Il lui donne tout. Elle, lui donne toute l’attention possible au fil des jours. Elle semble consciente ou peut-être pas que la relation est devenue à sens unique, car si Adam semble malade, il lui arrive aussi parfois de se dire des choses au fond de lui. Elle aussi d’ailleurs. Adam souffre-t-il réellement d’un mal cérébral ? A-t-on envie de demander à l’auteure. Ou bien, ce choix de la maladie est une décision personnelle pour faire table rase du passé sans volonté de s’ouvrir à l’avenir ?

 

La narratrice qui est l’épouse du personnage principal raconte. Elle décrit la vie difficile de son époux depuis son accident vasculaire cérébral. Il a désormais le raisonnement d’un enfant de dix ans. Et elle ne peut rien faire pour l’aider à retrouver son âge d’antan. Elle est donc devenue une mère pour lui. Une mère qu’il est obligé de supporter. Ni vacances ni autre type de détente, leur vie se limite désormais à regarder la télévision sauf à Noël où la fille de la narratrice et son époux les rejoignent.

 

Un couple pas comme les autres.

 

Dans cette intrigue particulière, on a le loisir de découvrir la culture roumaine dont est originaire l’auteure. On le découvre lors de l’anniversaire de Marta, l’amie de la narratrice. Adam l’a accompagné. Il est là et à l’instar de toute personne qui porte un stigmate, il fait, l’objet de curiosité dans un silence particulier puisque si tout le monde est conscient de son état de dépendance, personne n’ose le dire à haute voix. Mais pourtant se repose la question de cet état mental d’Adam : est-il réellement malade ou cela est-il un choix pour avoir la paix du cœur et bénéficier de la minutie extrême de son épouse ?

 

Sont présentes dans le roman d’autres questions comme celle de la laïcité. Cela fait penser au débat toujours de la question de la laïcité dans une province comme le Québec. On fait aussi allusion au Communisme. Mais aussi et surtout la question de l’immigration : pourquoi les gens partent-ils ? Pourquoi beaucoup de roumains quittent-ils leur pays ?

 

L’exploration climatique, culinaire, la sollicitude de la narratrice et certains évènements douloureux la ramènent à des souvenirs d’il y a quelques années. Le tableau se relie à une anxiété tantôt réaliste tantôt surréaliste On en vient à se demander si leur situation présente n’est en quelque sorte pas le fruit de ces souvenirs passés : L’infidélité d’Adam ou encore la relation un peu floue entre la narratrice et Peter.

 

Un jour ou l’autre, les épouses cessent d’être des déesses pour devenir des sorcières. Plus tôt ou plus tard, elles commencent à se sentir exploitées, dupées. Était-ce mon cas ?

 

Le chapitre 7 qui m’a paru tout particulier déroule une histoire selon le temps, l’espace, la culture et les goûts… mais aussi une volonté de la narratrice de ne plus subir les goûts d’un époux devenu désormais impotent.

 

« Une deuxième chance pour Adam » est un titre masqué comme le ton de tout le livre, il n’annonce pas la détresse, à peine un désenchantement, le couteau s’enfonce insensiblement au fil des pages, la cassure au cœur d’un amour devenu formel, personne n’ose le dire. L’un se contente d’être materné, l’autre se plait à materner. C’est l’image actuelle de la société qui y est également peinte.

 

J’espère que tous ceux qui liront pourront y trouver des éléments nécessaires pour mieux encadrer le vivre ensemble. Tout y est. Il faut juste oser lire.

 

Merci aux Éditions Hash#ag

 

Nathasha Pemba

 

Références:

Felicia Mihali, Une deuxième chance pour Adam, Montréal, Éditions Hashtag, 2018.

 

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À la rencontre de Noël Ramata Kodia, critique littéraire congolais

23 Février 2019, 01:33am

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Noël Kodia Ramata,

Vous êtes essayiste, écrivain et poète, vous venez de publier aux Editions Cécile Langlois, votre dernier ouvrage intitulé Anthologie analytique de la Nouvelle Génération des écrivains congolais. La Nouvelle Génération commence quand ? Qui sont les auteurs de cette nouvelle génération?

J’ai parlé de nouvelle génération à partir du premier Dictionnaire des Œuvres Littéraires Congolaise, j’avais parlé des œuvres qui partaient de 1953 avec Jean Malonga à 2005, près d’une cinquantaine d’années. C’est là où j’ai parlé des Jean Malonga, Sylvain Bemba, Emmanuel Dongala, presque tous les romanciers. Ensuite, je me suis dit qu’il faut que je continue et j’ai pris des romans qui partaient de 2006 à 2016. Dans cette génération, je ne parle pas de l’âge des auteurs mais de l’âge des ouvrages. Ce qui fait que dans la Nouvelle Génération, vous trouverez des écrivains comme Benoît Moundélé-Ngollo, Claude-Ernest Ndalla et dans le premier dictionnaire, vous trouverez des vieux-jeunes comme Alain Mabanckou qui avait déjà publié il y a longtemps. La Nouvelle Génération c’est au niveau de l’âge des ouvrages non de l’âge des auteurs.

 

Vous avez sélectionné 80 ouvrages de 80 auteurs différents. Comment s’est faite la sélection? Quels sont les critères ?

Il n’y a pas eu véritablement de critère. J’ai pris les livres qui me sont tombés dans la main et je les ai mis dans l’Anthologie. Depuis un certain moment, les auteurs qui publient m’envoient des exemplaires de leurs livres pour essayer de les analyser. C’est le cas de Marie-Louise Abia, Marie Léontine Tsibinda ou Nathasha Pemba. Quand je reçois ces livres, je suis obligé de les intégrer dans le dictionnaire.

 

Vous êtes critiques littéraire, vous une personne qui suit de près la Littérature congolaise. Comment se porte-t-elle ?

Elle se porte très bien, elle est en mouvement. Une spécificité : les femmes sont entrées dans la danse, elles écrivent beaucoup et même mieux que les hommes.

 

Qu’est-ce qui explique cette présence très remarquée des femmes ?

Les femmes ont eu le courage de dire tout haut ce que les autres femmes pensaient tout bas. Dans les romans de femmes, elles parlent des problèmes de femmes : mariage, polygamie, les relations homme-femme ou l’immigration. Il ne faut pas oublier que beaucoup des auteures ont voyagé, ont vu le monde et ont découvert les problèmes des foyers au niveau de l’immigration. Elles parviennent à mettre cela en exergue à travers des textes.

 

Si les femmes sont préoccupées par les questions de société, quelles sont les préoccupations des hommes ?

Les hommes sont préoccupés par la politique. Il y a quelque chose qu’il faut remarquer, il y a eu métamorphose. Si chez les anciens, il y eu cette critique de la colonisation, l’effervescence des problèmes posés par la révolution des 13, 14 et 15 août 1963, actuellement c’est le problème des guerres, de la démocratie, des dictatures qui préoccupent des auteurs congolais.

 

A quels moments est-on critique littéraire ? Quelle est sa mission principale ?

La mission principale d’un critique littéraire c’est d’amener l’œuvre vers les lecteurs et très souvent la critique littéraire demande un certain savoir universitaire parce qu’il y a chroniqueur littéraire et critique littéraire. Le critique littéraire essaie de travailler à fond les œuvres et de donner un point de vue sur le style pour permettre à l’auteur de s’améliorer.

 

Y a-t-il un parcours unique pour devenir critique littéraire ? Y a-t-il une formation ou c’est lié simplement au fait qu’on aime la littérature ?

Très souvent le fondement vient des enseignants de Lettres. L’enseignant de la littérature est obligé d’analyser une œuvre. Or, l’analyse est déjà un point de départ de la critique littéraire parce que la critique littéraire se fonde sur la science des textes, la grammaire des textes. Je pense qu’une bonne formation universitaire est nécessaire. On peut être chroniqueur littéraire c’est-à-dire qu’on présente une œuvre. La différence entre le chroniqueur et le critique est que le chroniqueur présente et le critique analyse

 

Est-ce qu’il existe des principes de base que tout critique doit nécessairement appliqué. Si on empruntait le langage religieux, on parlerait des commandements. Y en a-t-il dans la critique littéraire ?

Dans la critique littéraire, il n’y a pas tellement de commandements. Mais, tout simplement, il faut utiliser les principes élémentaires appris à l’université pour analyser une œuvre littéraire au niveau de la structure, de la grammaire des textes, historique et linguistique.

 

Vous avez plusieurs casquettes, auteur, critique ou essayiste. Qu’est-ce qui vous fascine dans la Littérature congolaise ? Y a-t-il une chose que vous cherchez continuellement dans les œuvres d’auteurs congolais ?

Les auteurs congolais me fascinent,  la littérature congolaise est comme du théâtre transformé en prose. Dans nos œuvres, on fait beaucoup des personnages. Nous sommes plus proches du théâtre que du roman. C’est l’héritage de l’oralité. Nous transformons l’oralité en écrit.

 

Les défis qui se posent actuellement à la Littérature congolaise sont-ils les mêmes que ceux qui s’étaient posés à la génération des Jean Malonga, Tchicaya U Tam’Si ou Sylvain Bemba ?

Au niveau de la thématique, chaque génération a ses problèmes. Quand vous lisez Jean Malonga et les romans de Dongala d’avant la démocratie, les romans de Jean-Baptiste Tati-Loutard ou Sylvain Bemba, vous sentez qu’il y a la révolution, la lutte contre le colonialisme. Chez les jeunes, le pont crée entre le pays natal et la diaspora apporte d’autres problèmes. Ils ont voyagé et sont conscients des difficultés liés à l’immigration. On a le cas Rêve d’ailleurs (Edilivre) d’Huguette Nganga-Massanga qui parle d’immigration.

Maintenant, il faut savoir que la première génération a eu des difficultés au niveau de la publication parce qu’on ne comptait pas beaucoup de maisons d’édition. C’était un petit groupe (Présence Africaine et L’Harmattan) et il y avait une petite sélection à ce niveau. Aujourd’hui, la jeunesse est gâtée. Il y a même des maisons d’édition qui demande des manuscrits à publier, il y a l’internet. Ce qui fait qu’un jeune qui veut être publié n’aura pas les mêmes difficultés que les anciens.

 

En parlant des maisons d’édition justement. Que pensez-vous de la politique de certaines qui exigent de l’argent pour être publié ?

Vous faîtes sans nul doute allusion à un article que j’ai écrit et dans lequel je disais que ce procédé était tout à fait aberrant. Je le pense toujours.

Il faut savoir qu’il y a l’auteur qui a pondu l’œuvre et l’éditeur qui a publié et qui doit faire la promotion de l’œuvre. Mais, il y a des maisons qui demandent de l’argent pour la promotion du livre. Par exemple, il demande l’achat d’un certain nombre d’exemplaires que l’auteur doit vendre lui-même. A ce niveau, rien d’anormal car je le fais souvent avec mes publications. Quand je publie mon œuvre, j’achète mes 50 exemplaires, je vends lors des séances de dédicace et je récupère mon argent en même temps que je fais ma promotion. Chaque année, l’éditeur me verse mes droits d’auteur. Or, il y a des maisons d’édition ici qui n’ont jamais versé des droits d’auteur et il y a des maisons d’édition qui vous exigent que les droits d’auteur soient payés à partir de la vente de 300 ou 400 exemplaires. C’est quasiment impossible pour un jeune écrivain qui n’a pas de nom. A ce niveau, c’est anormal et c’est là mon problème.

 

Depuis quelques années, nous assistons à l’émergence des ouvrages collectifs. Plusieurs auteurs se mettent ensemble pour écrire un livre sur un thème donné. En tant que critique littéraire, que pensez-vous de ce type de collaboration ?

Je pense que les deux formes (individuelle et collective) sont à encourager. On peut écrire son roman de 200 pages ou écrire une nouvelle de 2 ou 3 pages et comme on ne peut pas publier sa nouvelle de 2 ou 3 pages car c’est tellement minime, si on peut rassembler une dizaine de nouvelles et les publier ensemble c’est une bonne chose. Cette façon de publier permet aussi aux auteurs de se découvrir et de s’échanger des idées.

 

Dans cette chose, il a des atouts et des faiblesses. Quels sont les atouts et les faiblesses de la Littérature congolaise ?

Paradoxalement, la faiblesse congolaise est le fait que nous sommes trop nombreux à écrire. C’est un peu comme le cas Brésil au football, trop de bons joueurs et le niveau baisse parce qu’ils sont éparpillés. Je trouve que la Littérature congolaise est formidable. Il y a des jeunes talents dans l’ombre. Il y a des romans et des textes, si l’on masque la couverture et le nom de l’auteur, quand vous les lisez, vous avez l’impression de lire des auteurs de la trompe de Mabanckou ou Dongala. A un certain moment, il y a un paradoxe entre le texte qui est bien écrit et le nom qui n’est pas connu.

 

A ce moment-là, Noël Kodia Ramata, que faut-il faire ?

A ce niveau c’est le travail des critiques et des chroniqueurs qui doivent parler des œuvres. Vous savez, je vais vous donner un exemple, il y a quatre ou cinq ans au salon du livre, pendant que je préparais mon dictionnaire, j’avais rencontré l’éditeur Alain Kounzillat qui m’avait tendu un roman écrit par une certaine Marie-Louise Abia. Je me suis dit c’est qui encore celle-là. Mais, quand j’ai lu le roman, j’ai été obligé de chercher les autres livres de cette auteure et dans mon dictionnaire, il y a 3 ou 4 œuvres de cette femme. C’est pour vous dire que le nom ne suffit pas à justifier la qualité d’une œuvre. Donc, c’est à nous autres critiques d’essayer un peu de sortir ces noms-là de l’ombre.

 

A côté des atouts et faiblesses, peut-on aussi parler des préjugés liés à la littérature congolaise ? Lesquels ?

La littérature congolaise est engagée et engageante. Quand on lit l’œuvre d’un congolais, on sent de la colère, de la revendication et surtout le côté politique.

 

Selon vous, c’est un préjugé ?

Je peux dire oui. Depuis que notre littérature existe il y a toujours ce côté revendicatif. Même aujourd’hui, lisez les œuvres, vous sentez qu’à travers les lignes c’est le pouvoir qui est presque fouetté.

 

Si je vous comprends bien, il serait peut-être temps que la Littérature congolaise s’ouvre à quelque chose de moins colérique ou moins revendicateur ?

Non c’est difficile parce que la littérature est le miroir de la société. Donc, on n’y peut rien. Ce qui se passe dans le pays, inspire les écrivains. Je vais vous donner un exemple. J’avais connu la guerre de 1997, j’en ai sorti un roman Au-delà des maux (LC Editions), c’est presque cette guerre qui je raconte. Quand vous voyez mon recueil de poème, Fragment d’une douleur au cœur de Brazzaville (L’Harmattan), c’est la même guerre. La littérature ne montre que ce que vit la société.

 

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre parcours ? On vous connaît critique littéraire, romancier, poète et essayiste mais nous ne savons pas par où vous êtes passés.

Vous savez qu’au lycée, on lisait des livres de Tchicaya U Tam’Si et Sylvain Bemba. Avec Jean-Blaise Bilombo Samba et Matondo Kubu Turé, mes amis de classe, nous lisons et côtoyons les auteurs tels Sylvain Bemba et Jean-Baptiste Tati-Loutard qui était mon professeur et qui m’a initié à la poésie (j’ai même écrit un livre sur lui). La passion de la littérature est venue à partir de l’UNEAC et des doyens comme Maxime Ndébéka. Vous savez que, le premier à mettre la culture en valeur au Congo est Maxime Ndébéka, le premier Directeur des Affaires culturelles, le ministère n’existait pas encore. Nous avons presque baigné dans ce moule à l’université et après on a fait la Maîtrise, on a enseigné, on est venu en France faire des doctorats tout en lisant et voilà comment nous sommes arrivés à la critique.

 

Que diriez-vous à un jeune qui veut être critique littéraire ? Quel conseil lui donneriez-vous ?

Je lui dirais de beaucoup lire et surtout de lire des livres scientifiques au niveau des textes. Les livres qui traitent de la grammaire des textes, des livres qui traitent de la linguistique, de la poétique et lire aussi des grands critiques comme Jacques Chevrier ou Bernard Magnier.

 

Quels sont pour vous les contournables de la Littérature congolaise?

Les incontournables ce sont les grands auteurs actuels. On ne peut pas se passer d’un Alain Mabanckou, d’un Emmanuel Dongala ou d’un Wilfried Nsondé. Mais, je dirais qu’en dehors de ces grands-là, il y a des génies dans l’ombre, des héros dans l’ombre au niveau de la Littérature congolaise. Je vous donne un conseil, lisez l’anthologie et vous découvriez des jeunes qui ont du talent.

 

Noël Kodia Ramata, merci !

 

 

Entrevue réalisée par Anthony Mouyoungui, journaliste

 

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Le livre, une douce chaine qui nous relie à l'autre

5 Février 2019, 15:27pm

Publié par Nathasha Pemba

Depuis Ponton, engagée dans un emploi administratif à temps plus que plein, je n’ai plus le temps de lire comme avant. La preuve, j’ai une pile de livres à chroniquer qui me fait des clins d'oeil tous les matins. Cependant, je reste attachée au livre mon ami de toujours, l’artisan de mes rapports humains.

En ce mois de février, je voudrais t’encourager toi, abonné et visiteur du sanctuaire à te rapprocher encore un peu plus du livre, retrouver la douceur du livre même lorsqu’il est recouvert d’un papier rude… dure. Retrouver la douceur du livre non pas comme moyen de faire impression devant le monde, mais comme moyen de détente… comme un instrument de voyage… juste pour le fun.

Pourquoi lire ?

Quel intérêt y a t-il à lire.

 

Je lis parce que j’aime lire.

L’intérêt qu’il y a à lire… c’est justement de lire <3

Dany Laferrière dit à Propos de l’écriture et de la lecture : « Apprendre à écrire permet de mieux lire ».

Pour ceux qui écrivent, je trouve cela essentiel parce que sans lire on ne peut pas écrire. 

Et moi, je pense qu’il y a dix raisons de lire :

  1. Lire est une œuvre de modestie
  2. Lire n’est pas un luxe
  3. Lire est à la portée de tout le monde
  4. Chacun de nous au moins s’il est allé à l’école doit faire l’expérience du livre
  5. Le livre nous vient en aide car il ouvre nos horizons
  6. Lire signifie qu’on a accepté de sortir de son autosuffisance pour aller à la recherche d’un monde plus grand que soi
  7. Lire aide à évacuer le stress
  8. Lire fait du bien à notre vocabulaire
  9. Elève l’esprit
  10.  Lire permet de mieux écrire

 

 

Comme disait saint Augustin : « Tolle lege »

 

Nathasha Pemba

 

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Édito de janvier 2019 : Lettre à l'Amie

6 Janvier 2019, 03:39am

Publié par Nathasha Pemba

 

Chère Amie,

 

J’espère que tout se passe bien pour toi.

 

Juste un petit clin d’œil au début de cette année 2019, pour te remercier de ton amitié. Après notre dernière discussion, je ne peux pas prétendre avoir beaucoup évolué, mais je reste dans une optique qui est celle de fournir des efforts et d’aller toujours de l’avant… Au moment je me prépare sur une deuxième édition de mon livre sur l'amitié, je me permets de te redire mon amitié à partir de ces mots que tu connais très bien... 

 

On dit souvent que « dans la vie, c’est le premier pas qui compte » et je crois que j’ai posé mon premier pas, je reste confiante pour le reste… Merci de ton soutien multiforme. Sache que je ne regrette rien de ce que j’ai dit ou fait, si c’était dans une optique édifiante. J’ai été heureuse d’apprendre des choses sur ta culture qui est si différente de la mienne. J’imagine que dans une relation d’amitié, il est fondamental de se parler, de s’écouter et de dialoguer, parce que cela permet d’avancer et de rechercher ensemble le Bien et le Vrai. Mais j’apprécie aussi nos contradictions qui me font marrer quand je suis toute seule, parce qu’en fait, je pense que c’est bien de savoir qu’on n’accepte pas tout ce que notre amie dit ou pense, et que cela n’a rien à voir avec l’amitié. En effet, comme l'a écrit Karl Barth :

 

  Nous sommes éduqués à l’humanité par l’amitié, et non seulement par les amitiés réussies et profondes, mais également par celles qui sont manquées, et même par le désir que nous ressentons de l’amitié [1].

 

 Je crois que dans la vie, quand on aime véritablement une personne, quelque soit l’orientation que peut prendre cette relation, on continue d’aimer la personne du fond de son cœur, parce que dès le départ c’était une amitié fondée sur la vérité et l’amour véritable. Je crois aussi que je t’aime d’amitié de tout mon cœur, depuis que je t’ai vue pour la première fois, et c’est ce qui compte pour moi. Un amour d’amitié qui grandit d’ailleurs et qui enrichit ma personne dans son être au monde. Tu sais ! Ce que j’ai saisi premièrement de toi lorsque je t’ai vue pour la première fois, c’était ton regard, symbole de ton corps, de ton être au monde, un regard qui restera gravé en moi, parce qu’il m’a marqué, et parce qu’il te représente toi et me permet de savoir que tu n’es ni une idée ni une formule mathématique, mais un être humain présent avec son corps et son esprit, un être qui a une identité et surtout… Bref, que tu es unique. Unique pour moi.  Dans ta personne, il y a le corps qui trouve dans le visage sa spiritualité et ses lettres de noblesse. C’est pourquoi ton visage est pour moi l’un des lieux essentiels de mon rapport à toi.

 

Chère Amie,

Merci de m’aider par tes conseils et par ton exemple à aller toujours de l’avant. Merci pour notre amitié qui donne un sens à mon être au monde. Merci d’être là ! Tout simplement.

 

Tu es dans ma pensée et je te remercie de m’avoir éclairé sur certaines réalités que j’ai toujours eu du mal à comprendre : cela ne m’a jamais gênée, au contraire c’est toujours avec joie que j’apprends tout ce qui m’est étranger, car pour moi la reconnaissance et l’acceptation de la différence sont importantes dans une relation d’amitié. À ce sujet d’ailleurs, Marie Dominique Philippe écrit :

 

L’amour d’amitié nous donne un sens tout à fait différent de l’autre : dans chaque homme, dans chaque personne humaine, il y a quelque chose que personne d’autre ne possède pas ; nous ne sommes pas le fruit d’un travail en série, mais d’un labeur unique, à commencer par notre mère dans le don de la vie et notre éducation. L’éveil de notre intelligence a quelque chose d’unique et, dans l’amour d’amitié, nous découvrons ce quelque chose d’unique à chaque personne. Nous comprenons alors que s’isoler dans la recherche de la vérité n’est pas juste, n’est pas vrai. Nous  avons besoin d’un autre, [] En réalité, nous avons toujours besoin d’un autre pour nous agrandir et nous dépasser. Dans l’amour d’un autre nous nous dépassons toujours, parce que l’amour spirituel est extatique. En aimant, nous sortons de nous-mêmes pour rencontrer l’autre, nous sommes vers l’autre et par là, nous nous dépassons. L’amour d’amitié exige donc de nous cet effort perpétuel d’extase consciente et aimante, volontaire. Nous découvrons alors que nous ne sommes vraiment nous-mêmes qu’en aimant l’autre, que dans cette sortie de nous-même, dans cette extase d’amour, dans ce don. La recherche de la vérité est très importante, mais nous devons sortir de nous-même pour être nous-même [] Dans tout amour d’amitié, deux amours se rencontrent, Et plus on aime vraiment, plus on grandit, plus on permet à l’autre d’aimer vraiment : il y a une coopération étonnante, d’agrandissement mutuel[2]

 

En effet, Si on est pareil, il y a une monotonie (une sorte de routine) qui s’installe et puis, bon ! On a l’impression d’avoir soi-même en face de soi-même, alors que l’amitié est faite pour nous enrichir dans notre personne et dans notre manière d’être au monde. Je ne regrette pas de m’être ouverte à toi, même dans mes moments de fragilité en te disant certaines choses qui ont dû te choquer ou te gêner, mais que tu as essayé d’accepter, parce que tu es quelqu’un de bien et tu penses qu’il est important, dans l’amitié de se soutenir et d’éviter de juger l’autre. Sache aussi que dans notre marche ici sur terre, je suis là, et que tu peux toujours compter sur moi en toute circonstance.

 

Cher Amie,

Merci pour les partages scientifiques, spirituels et même existentiels (religion, philosophie, société, musiques, dvd)... Cela me fait  toujours un grand bien de discuter sur autre chose que ce que je connais déjà. Te dire merci, mais aussi te dire que j'ai été heureuse de faire ta connaissance. Quand on arrive pour la première fois dans un milieu, on est tous étrangers au départ, et même quand deux regards se croisent, on sourit certes, mais chacun reste réservé... Je l’ai ressenti la première fois que je t’ai vue, mais après, en tant qu’amie, j’ai apprécié la richesse de cette relation, et que d’ailleurs, j’apprécie toujours ; En réalité, tous les moments partagés ensemble de loin ou de près constituent une richesse qui n’est pas prête d’être épuisée… une richesse que j’ai reçue, grâce à tous, mais un peu beaucoup plus grâce à toi...

 

Que notre rapport au monde soit pour nous une occasion de rechercher ce qui est meilleur et de révéler à l’humanité la grandeur de l’amitié. On me reproche souvent de dire ce que je pense, mais je suis de celles qui pensent que c’est bien dommage de ne pas dire aux gens qu’on les aime et qu’ils sont des gens bien. Je dis souvent ce que je pense quand c'est positif (même quand c’est négatif), mais je privilégie le positif, parce que je pense que chacun de nous a besoin de le savoir pour aller un peu plus loin. Plus l’Amie nous fait confiance, plus on a envie de lui plaire... plus nos proches nous font confiance... plus nous voulons mériter cette confiance pour ne pas les décevoir. C'est pourquoi chère amie, je voudrais que tu saches que pour moi, tu es simplement une fille formidable... tu es vraiment quelqu'un de bien : tu es très ouverte et tu allies bien ta culture d’origine et la culture universelle... tu es ouverte... tu es intelligente et gentille... tu sais t’adapter aux différents situations qui se présentent. Tu es respectueuse et à l'écoute de tous... Tu es dotée d'une âme délicate... âme humaine, de philosophe, d'historienne, d'artiste et de poétesse. Tes  qualités de cœur attirent la sympathie et cimentent les solides affections... c'est une si bonne chose. Si je n'ai cité là que quelques unes de tes qualités morales et intellectuelles, tu dois savoir que tu es vraiment quelqu’un de bien.

 

Si j'ai considéré le fait de t’avoir rencontrée comme un don, c'est parce que je n'ai pas pu trouver le concept exact pour le dire et aussi parce que notre amitié, ne peut pas être réduit à un concept ou à une idée... peut-être aurais-je pu parler de don ou de mystère? Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c'est que notre amitié est l’un des meilleurs présents que j’ai reçu depuis bien longtemps. Je te remercie aussi pour ta simplicité... les préjugés font quelques fois que l'on croie certains froids et d'autres plus chaleureux, mais on oublie souvent que chaque personne est unique et qu'au-delà des habitudes culturelles ou traditionnelles, chacun fournit toujours des efforts dans son être au monde. Te partager quelques unes de mes expériences m'a beaucoup réconforté, car si les personnes à qui parler ne manquent pas, il n'est pas toujours possible de discuter avec tout le monde... il faut un ou une amie. Tu es vraiment un Don de l’Amitié, une étoile... un ange… un Trésor…

 

Quelqu’un me disait un jour :

 

Un ami, c’est comme une étoile…l’étoile est toujours dans le ciel, mais il n’est pas toujours évident de la voir, pourtant elle est toujours là !  

 

Je voudrais juste te dire aujourd’hui que t’avoir trouvée sur mon chemin est l’une des belles choses qui m’est arrivée. Dès que nos regards se sont croisés, j’ai su qu’on allait devenir amies. Je voudrais encore te remercier pour tout, pour tout ce que nous faisons tous les deux afin que vive cette amitié, mais surtout pour le respect que nous avons l’une de l’autre et vis à vis des autres. Quelquefois quand on se rencontre pour la première fois, on rêve tout pour son amie et, il arrive qu’on tende vers la possession. Mais grâce à ta présence-distance, j’ai toujours su équilibrer cette amitié, en écartant toute forme d’exclusivité. Mais cette présence distance ne signifie rien, puisque même en étant éloignées, je sais que nous sommes présents l’une à l’autre, à travers la lecture, l’art et la recherche de la vérité.

 

Chère Amie,

Je t’écris ceci pour te dire que je t’aime d’un amour d’amitié comme au premier jour, et je sais que cet amour évolue chaque fois que nous avons l’occasion de communiquer et d’échanger, pour son plus grand bien et de celui de l’humanité. Quand je t’ai rencontrée, je ne me suis pas posée la question de savoir jusqu’où irait notre amitié, quand est-ce qu’elle allait s’arrêter, parce que pour moi, c’est une amitié inscrite dans le temps, une amitié qui n’évitera certainement pas des oppositions, parce que le conflit est inhérent à toute existence humaine. Cependant je garde une conviction : par notre confiance mutuelle dans cette amitié, on laissera le temps la gérer sans trop se poser de questions…Notre amitié est une aventure dont ni toi, ni moi ne pouvons anticiper la fin.

 

Chère Amie,

Je vais devoir te laisser. Tu as compris que je voulais juste te dire que ta joie, ton regard, mais aussi ton silence que j’aime beaucoup resteront toujours dans mon esprit. À chaque fois que je changerai de lieu d’habitation, je penserai toujours à toi. Tu es pour moi, un véritable don, une chance que j’ai trouvée sur le chemin de mon existence.

 

Prends bien soin de toi Amie

 

(Lettre tirée dans "La place du corps dans l'amitié", publié en 2013)

 

#TraverséedeVenise

 

 

Nathasha Pemba

 

[1] Cité par Jean-Marie Gueullette, L’amitié : une épiphanie..., p. 292.

[2] Marie-Dominique Philippe, Retour à la source..., p. 399.

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Le fruit défendu de Ives Loukson S. Loukson

28 Décembre 2018, 13:22pm

Publié par Nathasha Pemba

Le roman de Ives Loukson fait partie de ces livres dont à la seule lecture du titre, notre curiosité s’émancipe. Le fruit  défendu ? De quoi s’agit-il ? Du récit de la création ? On ne saurait le dire si on n’a pas ouvert le roman pour le lire.

 

Pour comprendre ce roman, il faut se replacer dans le contexte des démocraties africaines. L’histoire se passe en Philombie, pays imaginaire d’Afrique noire francophone certes, mais surtout- et c’est ce qui m’a semblé intéressant- pays dont la terminologie est issue du nom d’un écrivain camerounais René Philombe.

La Philombie se situerait donc en Afrique centrale.

 

« La philombie est le pays de naissance de René Philombe. Très imaginatif dès son plus jeune âge, cet ami à moi découpa le nom que lui donnèrent ses parents à la naissance, le réorganisa afin d’obtenir cette admirable combinaison. Ce nouveau patronyme était le symbole de sa désapprobation envers le comportement du pays auquel il appartenait. Celui-ci tuait impunément ses propres enfants. Pour lutter contre cette auto criminalité, Philombe investit ses efforts dans la recherche d’un nouvel ordre, où l’homme ouvrirait sa porte aux autres hommes tout simplement parce qu’ils lui ressembleraient ».

 

Ainsi dans l’esprit de Bambara le griot, la Philombie ici est le pays à venir, pays à construire à l’Ouest de l’Afrique centrale, un peu vers l’Équateur. En expliquant l’histoire de ce pays à Essama et Ouandié, le griot note que la caractéristique principale de la Philombie, c’est le verbe attendre. Bref, c’est le pays de l’attente sur terre. Pour mieux expliquer à ces deux jeunes l’histoire de leur pays, il met en scène deux personnages : Biya et son professeur d’Allemand, Monsieur Théno.

 

Biya est le symbole de la liberté et de l’émancipation. Dans le texte, elle est présentée comme l’avenir de la Philombie, celle-là qui étudie et lutte pour devenir la première femme-prêtre (disons prêtresse) de Philombie. Elle critique à ciel ouvert le gouvernement en place, ceux-là qu’elle appelle « les ennemis du progrès  qui aiment faire attendre».

 

On notera qu’à travers le visage de Biya se dessine aussi la situation de la femme dans ce coin de l’Afrique. Bafouée, abandonnée à elle-même, la femme philombienne est une femme qui doit se battre pour s’en sortir. En témoigne le cas de la maman de Biya qui après l’abandon de son mari est obligée de prendre en charge ses enfants, jusqu’à ce que celui-ci revienne un jour avec la proposition de marier Biya à son ami. Après le rejet de sa fille, le père se « lave les mains ».

 

Monsieur Théno incarne dans le roman, la victime, l’homme honnête en quelque sorte qui subit l’égoïsme des autorités du pays. Dans un monologue assez particulier, il déverse sa colère sur la société et ses bourreaux, se questionne sur la manière de réveiller la conscience de ses étudiants.

 

On retrouve dans le texte des injonctions critiques comme « ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut », réponse de Mokala président de la Philombie à un journaliste belge. Il fait allusion à François-Xavier Verschave pour illustrer la « France à fric »; critique le président de la Philombie qui travaille d’abord et avant tout pour l’intérêt de la France.

 

Bambara le griot arriva donc à la fin de son récit. Son objectif était d’amener Essama et Ouandié à se questionner sur leur engagement, continuer à réécrire l’histoire de la Philombie

 

Un roman considérable, mais qui demande beaucoup de concentration

Le roman de Yves Loukson révèle des aptitudes littéraires manifestes. Dans un style précis, sa langue et son écriture retiennent l'attention. La narration est maîtrisée. Elle porte le lecteur de dialogue en dialogue à découvrir la misère dans laquelle est plongée le peuple de la Philombie. Dès les premières pages, l’auteur nous rappelle l’histoire tragique des dictatures d’Afrique centrale. Roman social et politique, Le fruit défendu est un roman qui interpelle. En mettant en avant un enseignant, une fille cultivée qui veut devenir prêtresse, l’auteur traduit avec brio toute la marginalisation subie par les intellectuels et les femmes dans les dictatures africaines. Le rôle parfois hypocrite de la Religion est soulevée, sans oublier la France complice des dictateurs.

 

En somme, Le fruit défendu est un roman à lire et je vous le recommande vivement.

 

Nathasha Pemba

 

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Édito de Noël : Une Civilisation de l'Amour

23 Décembre 2018, 02:52am

Publié par Nathasha Pemba

Au moment où je m’apprête à écrire le mot de Noël du Sanctuaire de la Culture, j’ai envie de dire beaucoup de choses. Tout d’abord, j’ai une pensée pour vous qui depuis bientôt huit ans, avez choisi de suivre nos publications ici sur ce Blog. Un super grand merci à vous tous. Comme on dit chez nous au Québec : « C’est apprécié ». En fait, c’est parce que vous êtes là que nous sommes motivés. Ensuite, j’ai envie de crier le mot « Paix » sur tous les toits du monde parce que la fête de la Nativité c’est la fête de la Paix.

 

La Paix, c’est ce que nous recherchons tous. Chacun la recherche parce que toute personne, tout monde, tout lieu, toute rencontre, toute relation veut la Paix.

La Paix, nous le savons tous, est reliée à l’Amour.

 

Si j’étais politicienne, je dirais « pas de paix sans amour ». C’est le style des slogans favoris des femmes et hommes politiques d’aujourd’hui : Pas de ceci sans cela. Et ça s’arrête là.

 

Cependant je ne suis pas politicienne. Alors, je dis simplement : Aimons-nous. L’Amour c’est aussi, on ne le dira jamais assez, apprendre à convertir son regard sur l’autre. Il s’agit d’une éthique de la conversion du regard sur soi et sur l'autre qui nous inviterait à bien regarder la poutre qui est dans notre œil avant d'indexer et de chercher à tout prix, à ôter la paille se trouvant dans l'œil d'autrui. La conversion du regard comme gage de l’Amour : n’est-ce pas un beau challenge ?

 

Aimons-nous parce que l’Amour est l’un des plus beaux sentiments… l’un des plus beaux ai-je dit ? Non. L’Amour, c’est Tout. Il conduit à considérer l’autre comme un humain, comme un frère… un frère, une sœur en humanité. Je ne sais pas vous, mais moi j’aime l’Amour. Je suis amoureuse de l’Amour. L’Amour brille, l’Amour régénère, l’Amour rend bienveillant… D’ailleurs l’Apôtre Paul le dit si bien dans sa lettre au peuple de Corinthe :

 

J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais[1].

 

Difficile de ne pas aimer l’Amour surtout lorsque l’on est conscient de l’avoir reçu gratuitement. Comment ne pas le transmettre quand on l’a reçu ?

Sans Amour, le don ne peut être agréable ; sans Amour il n’y a pas de relation vraie. L’Amour supporte tout. Là où il y a l’Amour, il y a la Vie. Aimer donne du sens à Aider.

 

Sara, Élie, Thérèse de Lisieux, Helder Camara, Martin Luther King, Karol Wojtyla, Joseph Albert Malula et biens d’autres avaient compris que dans l’amour, il faut le sacrifice. Justement, il faut beaucoup aimer pour se sacrifier. Et ils ont aimé, aimé au point de sacrifier, de se sacrifier, d’aider, d’accorder de l’importance à autrui, de mourir par amour, de pardonner à un agresseur, de rechercher le meilleur, de redonner le sourire à un désespéré.

 

Aujourd’hui, ils et elles sont nombreux. Dans un monde, dans ce monde, le nôtre… Ils et elles acceptent de se donner et de donner. Juste par amour. Juste à travers le don de leur sourire, à travers un regard, un geste qui sauve… ils redonnent de l’espoir. Ce sont des êtres ordinaires certes mais leur intérieur est extraordinaire.

 

"Bien tard je t’ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée !"

 

SaintAugustin

 

Accueillir ou vivre Noël, c’est Aimer. Et donc, c’est passer une belle journée, c’est donner, c’est aider, c’est sourire, c’est être attentif ou envoyer un petit mot à un ami. Lui dire qu’on l’aime ou qu’on l’apprécie. Tout simplement. Noël, c’est dire du Bien de l’autre. C’est aussi J Prendre soin de soi. Et oui… prendre soin de soi n’a rien à voir ici avec l’égoïsme. Il faut être capable de prendre soin de soi pour oser prendre soin d’autrui. Bref il s’agit de s’aimer pour Aimer… Il y en a qui sont exaspérés lorsqu’on leur dit : « prends bien soin de toi ». Non. Il ne faut pas s’exaspérer pour ça. Pourquoi on doit prendre soin de soi ? Parce que ceux et celles qui nous aiment très fort ont besoin de nous savoir en paix. Parce que nous sommes Précieux pour eux. Parce qu’ils savent que nous prenons souvent soin des autres et que prendre soin de soi est la condition pour prendre soin des autres. Parce qu’ils veulent que nous fassions attention et que nous soyons prudent. Parce que nous travaillons beaucoup et nous devons nous reposer. Parce que nous pouvons compter sur leurs pensées positives. Parce que c'est important de garder une harmonie entre notre corps et notre âme. Parce que cela donne l'audace d'espérer. N’oublions pas que la vie est un Don... et tous les jours il faut l'entretenir... en commençant par prendre soin de soi-même. Prendre soin de soi c'est en quelque sorte recréer tous les jours l'existence.

 

Bref quand je te dis prends soin de toi cela signifie que tu m’es précieux… que je t’Aime.

 

L’année qui s’en va a été une année de richesse, d’humeur et d’humour. Débutée par la joie, elle se termine par le regard… dans mon cas. Merci à Toi que j’ai rencontré sur les routes de Québec. Merci à Toi de m’avoir permis d’expérimenter durant ces jours que je t’ai côtoyé l’expérience de la communication des silences. Merci d’être Toi et merci d’avoir compris que l’homme de bien n’a besoin ni de tapage ni de bouffissure pour exister. Merci à Toi d’être un Noël pour ceux et celles qui te rencontrent.

 

2018 s'en va!

C'est peut-être le moment pour ceux et celles qui le peuvent ou le veulent de faire un petit examen de conscience.

 

2019 s'en vient!

Il faut penser aux projets. C'est inéluctable, puisque l'avenir se conjugue toujours au présent. Entre livres lus, films regardés, musiques écoutées, expériences vécues, Joie, musées visités, Tristesse et malheur, la vie doit continuer. Ce matin je lisais ceci dans le roman Gilead : « Je sais qu'il y a une bénédiction quelque part dans tout cela ». C'était la réponse d'une épouse à son mari qui par son regard lui reprochait son scepticisme. J'ai beaucoup aimé cet échange silencieux où une seule voix s’impose. J'ai écrit avec la mine de mon crayon sur la marge de droite : La félicité des calamités, à méditer. Dans chaque calamité se cache une bénédiction pour ceux qui croient. « Tout est grâce ». En effet tout est dit. Ni fatalisme, ni déterminisme, ni pessimisme, ni résignation. Juste la foi, l'amour et la ferme résolution d'avancer en faisant le bien.

 

En 2019, le Blog Le Sanctuaire de la Culture continue avec vous son bout de chemin : les chroniques et analyses littéraires, les diverses cultures, les conversations qui nous nourrissent, les expériences de terrain, la vision du monde.

 

Abreuvons-nous au Sanctuaire !

 

D’autres belles découvertes vous attendent à l’intérieur de nos lignes.

 

Joyeux Noël à mes collaborateurs, à vous qui nous suivez et merci de votre fidélité.

 

Nathasha Pemba

 

 

[1] (1 Cor 13, 1-13)

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Immatériel de Dieudonné Niangouna

9 Décembre 2018, 03:07am

Publié par Juvénale Obili

 

« Immatériel » est une pièce de théâtre parue aux Éditions Cana en juin 2016. Son auteur est le créateur du Festival International de Théâtre de Brazzaville Mantsina sur scène. Dieudonné Niangouna, fils du Congo, a été fait chevalier des Arts et des Lettres de la République Française en 2015.

 

Dans cette pièce, Dieudonné Niangouna invite son lecteur à visiter son imaginaire. Il est en train de bâtir une histoire et son lectorat l'assiste dans son cerveau. Même si d'un moment à l’autre, il revient dans le réel sans trop savoir ce qu'il a déjà retenu comme histoire à écrire. L'œuvre en elle-même n'est que simple imagination où l'auteur se donne l'exercice de concevoir le matériel et donc sa pièce de théâtre. La mise en scène est jusqu'à lors insaisissable et immatérielle. En effet, il est en lui-même l'imaginaire, l'acteur, le metteur en scène et le public dans l'œuvre.

 

En parcourant l'ouvrage, le lecteur entre donc dans le cerveau de Dido, soit le surnom de Dieudonné Niangouna, où il s'adonne à son travail d'artiste dans lequel il veut confectionner une œuvre matérielle. Mais, il s'avère que cela reste immatériel jusqu'à la fin. Pourtant, tout au long de la lecture, le lecteur est témoin de tout ce que raconte une troupe d'acteurs qui constituent l'ensemble des protagonistes de la pièce. Sylvain, Armelle, Doris, Hermione, Becky, venus de l'imaginaire, dans le but de créer une histoire en partant des éléments puisés dans une, deux, trois autres histoires commentées et soumis à un tout nouveau exercice de ''performance théâtrale'' inspirée du bouquin de Joseph Danan « Entre Théâtre et Performance : la question du texte ». On peut croire que la création de l'auteur part de cette idée embrouillée, artistique et audacieuse. Dido, assis dans son bureau se sert des œuvres immatérielles d'autres auteurs pour s'inspirer dans la narration de sa pièce qui jusque-là se passe dans sa tête, où se trouve Dieudo, sa muse et son interlocuteur.

 

Par ailleurs, cette pièce livre une thématique tant soit peu surréaliste. Elle aborde des questions sur  la violence faite aux femmes naïves, le narcissisme aigu exprimé par les hommes pervers, le racisme et toute la désolation que fabriquent les sociétés, suivi de l'esprit cynique affecté à l'être humain.

 

En réalité, l’œuvre est un bouillon de l'environnement social qui s'est servi des faits sociaux quels qu'ils soient comme condiments afin d’exposer la consistance de la bêtise au milieu des sociétés où la politique polititicienne constitue un poison chronique.

 

À la page 31, par exemple, l'auteur écrit suit :

 

  « La science moderne n'a rien avili de cette Afrique mystique du début à la fin. On a juste changé les interprétations des choses. Mais les choses ne se sont pas déplacées. Nous avons déplacé notre regard. Nous avons regardé ailleurs. Le tableau des ancêtres est resté intact. Les choses sont bien à leur place. Sauf que ça n'intéresse aucun enfant. Aucun jeune ne pense s'y frotter. Aucun parent ne veut enterrer son fils dans un passé dont il a honte parce que le civilisateur lui aurait fait croire que sa science est une espèce animale dépassée depuis peu. Sauf que le civilisateur est resté un être avancé sans avancement dans sa vie : sa science a les bras liés autour du cou et les fesses à l'air. »

 

La couverture de cet ouvrage montre un homme qui semble être à la recherche de quelque chose qui lui est vital. Chercherait-il une source d'eau ? Est-il plutôt à la quête d'un idéal ? Que cherche t-il ? Lorsqu'une personne réalise une course dans le temps et dans l'espace en mettant en jeu toute son énergie et son effort physique, c'est qu'il va à la recherche ou à la capture du réel, du matériel... sans quoi, il se serait perdu.

Au-delà de tout, quel serait le but principal ou encore le message dont l'auteur a voulu faire véhiculer à travers cette pièce de théâtre immatérielle ?

 

« Rendre au Théâtre son territoire de langage déserté par l'imaginaire et trop nourri par un B.A BA de faux réalisme quotidien. Dire que le Théâtre est ivresse des matières. Il est choc et éclaboussement des mondes. Faire en sorte que le je de l'auteur disparu dans le soupçon des personnages soit le fil brisé de la dramaturgie. Par association d'idées, par invention de la mémoire, par provocation de sens. Voilà en quelques pauvres lignes ce qui m'a emmené à écrire IMMATÉRIEL ». Dixit, Dieudonné Niangouna.

 

Dans l'épilogue de la pièce, Monsieur Niangouna est tenté de faire naître une pensée pointilleuse, pour ne point mentionner une philosophie qui serait, à mon sens, sans forme au travers de ce qu'il appelle par l'homme du petit h et la femme de la petite f. Tous deux influencés par l'Homme, puissant, intelligent et manipulateur. Lui, être supérieur qui maîtrise toute la géographie du monde et croit en donner une partie à qui veut en posséder. D'où naquit l'autorité, les conflits armés et la célèbre théorie du dominant-dominé... Le désordre social tient donc ses origines de quelque part...

 

                 Juvénale Obili

Références:

Dieudonné Niangouna, Immatériel, Paris, Éditions Cana, 2016.

Prix : 12 Euros.

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Alain Mabanckou en douze citations

1 Décembre 2018, 15:27pm

Publié par Nathasha Pemba

crédit photo Bozar

1-Vous êtes indépendants depuis bientôt un demi siècle et tu me dis qu’il n’y a qu’une seule route ? Qu’est-ce que vous avez foutu pendant tout ce temps ?

(Black Bazar)

2-Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l'écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l'imaginaire serait aussi bariolé que l'arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question. Le défi consiste à rapporter de nos différentes "appartenances" ce qui pourrait édifier positivement un destin commun et assumé.

(Le monde est mon langage)

 

3-J' ai choisi depuis longtemps de ne pas m'enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l'oreille à la rumeur du monde.
je ne suis pas devenu écrivain parce que j'ai quitté mon pays natal. En revanche, j'ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m'en suis éloigné. (...). Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création: on écrit peut-être parce que "quelque chose ne tourne pas rond", parce qu'on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chat d'une aiguille. L'écriture devient alors un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l'horizon..

(Le monde est mon langage)

 

4-Shakespeare a dit "Etre ou ne pas être", c'est la question", et le chef des nègres a dit "non, c'est pas bon, nous n'en sommes plus à nous demander si nous sommes ou ne sommes pas, nous avons déjà résolu la question puisque nous sommes au pouvoir depuis vingt-trois ans".

(Verre cassé)

 

5-L'Afrique n'est plus seulement en Afrique. En se dispersant à travers le monde, les Africains créent d'autres Afriques, tentent d'autres aventures peut-être salutaires pour la valorisation des cultures du continent noir. (...) Nous avons besoin d'une confrontation, d'un face à face des cultures. Peu importe le lieu. 

(Le sanglot de l'homme noir)

 

6-Dans le dernier paragraphe de ton courrier tu me demandes pourquoi j'écris, j'ai pris cette question comme un appel au secours. Un écrivain ne doit pas chercher à comprendre pourquoi il écrit, comme s'il cherchait des excuses pour se faire pardonner les audaces de sa vision du monde; t'es-tu par exemple demandé pourquoi tu marches ? Et lorsque tu marches , contrôles-tu tes pas ? L'écriture est une marche, sauf qu'on a une multitude de jambes, et on ne sait jamais à quelle destination on arrivera.. 

(Le monde est mon langage)

 

7-D'ailleurs, il y a des périodes ou nous sommes traversés par une idée d'éternité. Nous nous disons que nous avons le temps de tout accomplir. Et puis le corbillard qui passe, la mort du voisin, le crime entendu à la radio ou lu dans le journal nous rappellent notre condition de passager sur terre ...

(African psycho)

 

8-Si vous voyez un sourd courir, mes petits, ne vous posez pas de questions, suivez-le car il n'a pas entendu le danger, il l'a vu.

(Mémoires de Porc-épic)

 

9-Chaque enfant du continent noir dessine au fond de lui cette terre lointaine où tombe la neige. Une terre d'abondance, de bonheur. Et ce rêve est sans doute la source de la fascination aveugle qui possède les migrants africains aux aventures les plus tragiques. Le chemin d'Europe devient alors un chemin de croix.

(Le sanglot de l'homme noir)

 

10-Alors n’ouvre ta bouche que lorsque ce que tu dis est plus beau que le silence, merde !

(Petit piment)

 

11-Les vieilles mamans n'ont jamais tort, elles ont un nez qui sent les ennuis venir de loin, de très loin...

(Les cigognes sont immortelles)

 

12-Le péché arrive souvent en blaguant.

(Petit piment)

 

Le sanctuaire de la Culture

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Bob Kanza: Un artiste est une éponge

30 Novembre 2018, 13:14pm

Publié par Juvénale Obili

 

Bonjour Bob Kanza. Vous allez bien ?

Oui, ça va par la grâce de Dieu.  Par contre c’est bientôt  l’hiver et c’est la saison que j’aime le moins.

 

Vous êtes un illustrateur d’excellence, vous portez beaucoup de cordes à votre arc…, illustrateur, scripteur, joueur d’instruments de Musique… On se demande quelle était l’ambiance chez les Kanza, pour faire naître un tel talent…

Mon grand-père était dessinateur en bâtiment. Le dessin vient peut-être de là… Mon père dessinait lui-même ses logements. Il jouait quelques accords de guitare et fredonnait les lignes de basses de ses rumbas préférées. Un vrai Bantu de la Capitale. Je crois qu’il a reporté ses rêves de musiciens sur mes frères et moi en nous inscrivant au solfège alors que nous étions adolescents. Je n’ai jamais lâché la musique depuis.

Après toutes ces années, j’ai un répertoire de chansons personnel. Peut-être qu’un jour je les enregistrerai...

Ma sœur aînée est “couturière” comme on dit au pays.  “Couturière” mais couturière de génie. Elle n’a pas fait d’école de stylisme mais elle créée des robes de soirée sur-mesure d’une qualité et d’une originalité remarquable à Pointe Noire. Les femmes de la “haute société” se bousculent pour porter ses créations.

En effet je crois avoir bénéficié d’un environnement favorable à l’expression de l’art en général.

 

Devenir Illustrateur était-il dans vos plans depuis toujours ?

Oui j’ai toujours voulu être dessinateur. Je voulais en fait devenir Architecte. Dessiner des bâtiments comme mon père et mon grand-père. Mais comme beaucoup de parents africains, il fallait à tout prix que leur fils devienne médecin ou avocat. C’était non-négociable!  J’ai donc commencé des études de médecine à Brazzaville. La guerre civile de 1997 a tout chamboulé. J’ai dû prendre le chemin de l’exil comme de milliers de jeunes congolais de cette époque. J’ai trouvé refuge à Abidjan où j’ai suivi une tout autre branche (l’informatique) au grand dam de mes parents.

Mon diplôme de Technicien en Informatique en poche, j’ai été embauché par Gbich!, un hebdomadaire Ivoirien. C’est à Gbich! que j’ai véritablement été façonné. J’y ai appris la satire, la bande dessinée et la mise en page. Merci à mes mentors :  Zohoré Lassane, Illary Simplice et Bledson Mathieu.

 

Parlez-nous un peu de vous… vos différentes œuvres…

Je suis de nature très timide mais je me soigne. Aujourd’hui je suis partagé. Je cours plusieurs lièvres à la fois. Je suis Développeur Web au quotidien. Je design et code des interfaces web à longueur de journées. C’est mon gagne-pain. Après ma journée de bureau, tel un super-héro de Marvel ( j’aime bien l’analogie) je revêts mon costume de dessinateur. Je travaille sur des commandes d’illustration, et sur ma prochaine bande dessinée.

Je travaille bien entendu en musique et forcément, mon synthétiseur est à portée de main. Entre 2 encrages, je joue du Gospel, du Zouk et de la Rumba Congolaise. Avec mes différents groupes de musique nous apportons un peu de soleil chaque fois que nous sommes engagés pour animer un mariage ou un anniversaire en Normandie. Ma plus grande oeuvre, je l’ai faite pour le compte du journal Gbich! Il y a bientôt vingt ans! J’y ai créé la BD Sergent Deutogo, la chronique Le syndicats des Chefs d’Etats Africains avec Illary Simplice et Karlos Guede Gou.

J’ai également réalisé des BD de communication comme “SAM SAM et le masque volé” pour le journal Hollandais SAM SAM,  “Ne me coupez pas!” une BD de sensibilisation sur les méfaits de l’excision avec l’association ASIFA de Rouen.

 

Quel est votre rapport au dessin ?

Comme disait Napoléon Bonaparte: “un bon croquis vaut mieux qu’un long discours”.Le dessin reste mon moyen d’expression favori. Je regarde ce qui se fait de bien sur les sites de partages (Pinterest, Facebook, Instagram…). J’ai encore beaucoup à apprendre: l’anatomie, les décors, la perspective, la mise en couleurs, la narration. Le travail est immense mais cela ne me fait pas peur. Je m’améliore dessin après dessin. Comme dans toutes les disciplines, il faut beaucoup de patience et de pratique. La répétition, c’est le fondement de la réussite.

 

Il y a un personnage qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux, on dit que vous en êtes le fondateur… Babette Motuka… pouvez-nous dire en quelques mots en quoi consiste ce projet… Comment il est né ? Y a t-il un message particulier derrière la personnalité de Babette Motuka ?

Babette Motuka? C’est moi. C’est ma projection, mon histoire. Celle du migrant qui a dû partir loin de chez lui, forcé par l’histoire et les évènements. Arrivé à l’étranger (tout le monde n’a malheureusement pas cette chance) il essaie de “s’intégrer”, de trouver une place.  Trouver sa place sans se renier. Plutôt que de me dessiner moi-même j’ai créé un prisme. D’où le personnage féminin. Cela me donne la distance nécessaire pour aborder de nombreux thèmes sociétaux. La condition d’une jeune femme dans une grande métropole comme Paris (Babette est Parisienne), le droit d’asile, les problèmes de logement, la nostalgie, les rondeurs (Babette est une BBW), le pouvoir de l’identité capillaire (NappyHair), l’amour, le métissage, la diversité, la mode (Babette est coquette), le langage (Elle parle en argot Africain), la musique, la dance, l’utilisation des réseaux sociaux... Babette Motuka, c’est donc un bon prétexte pour dire et raconter ma vie d’exilé. Ce qui me passionne, ce qui me fait peur, ce qui me surprend.

La BD est en cours de réalisation. Je ne vais pas aussi vite que je l’aurai souhaité en raison des difficultés évoquées plus haut. Mais patience, “Babette Motuka, Reine des Nappy” sera bien dans les bacs dans quelques mois. Un artiste est une éponge. L’éponge absorbe tout. Je suis donc en plein essorage. Moi, Bob l’éponge ! (rires)

 

Quels sont vos moyens de travail… Comment vous appropriez vous vos instruments de travail ?

J’ai une planche à dessin. Format A3. Je peux l’incliner jusqu’à 45°. J’utilise des crayons de couleurs pour faire mes crayonnés de volume. Surtout le bleu, c’est ma couleur préférée. Je passe ensuite les détails au crayon noir. J’aime les crayons à dureté moyenne (HB). Je déteste gommer. C’est physique et ça encrasse toute la table. Je réalise l’encrage au feutre noir ou à la plume (encre de chine). Cela dépend de la commande. Je me suis mis au digital art (dessin directement à l’ordinateur). On utilise un stylet plutôt qu’un crayon à papier. Avec l’informatique les possibilités graphiques sont immenses. Je combine donc les deux méthodes. Le digital art me sert surtout pour les décors (bâtiments, véhicules) et la mise en couleur. Je conserve la méthode traditionnelle pour les contours des personnages et les vêtements.

 

Illustrer, dessiner, c’est en quelque sorte être un créateur, pensez-vous être un messager de l’Éternité lorsque vous créez  à travers le dessin?

Certains dans le 9e art ont réussi à imposer leur style. Oui, je souhaiterais que mon œuvre, Babette Motuka surtout, me survive. J’y travaille. Ce n’est pas gagné d’avance.

 

D’où peut venir en l’humain ce besoin de créer ?

Je crois que l’artiste est un simple médium. Il est connecté à des forces métaphysiques. Si toutes les planètes s’alignent et qu’il est dans de bonnes dispositions, il est submergé par une envie irrésistible de créer. Il n’y a pas de formule mathématique.

 

Vous êtes passé par plusieurs formations, mais aujourd’hui on remarque que le message de vos illustrations sollicite un regard vers les diversités, vers les différences. Que représente pour vous, le monde, la diversité, les cultures…

Mon travail va dans le sens du métissage. On vient tous de quelque part. Cela ne doit pas nous empêcher de vivre ensemble. On doit accepter la personne en face de nous avec ses différences. “Il faut de tout pour faire un monde” disait le générique de la série Arnold & Willy. Par contre on n’est pas obligé de tout accepter de l’autre. Il faut faire le tri. Prendre le nécessaire. Ne pas renier ses propres valeurs, sa propre éducation. La vie est faite d’équilibres, de moyennes à trouver.

 

Qu’est-ce que le beau selon vous ?

Le beau c’est un sourire, une attention, un accord de musique mélodieux, une courbe de guitare classique, un coucher de soleil.

 

Vous êtes un passionné du foot…

Aaaah le foot, c’est ma deuxième religion! Un jeu de stratégie qui n’a pas d’égal. Un vecteur puissant de cohésion. Quelque soit la couleur de peau, le sexe, la religion ou la classe sociale, il permet de réunir les individus, les familles, les nations. Le foot nous offre des moments de communion exceptionnels. C’est pourquoi je suis accroc. Mon équipe de cœur c’est l’Olympique de Marseille et je suis également fan de l’équipe de France de Football.

Je suis pratiquant. Je joue à la fois avec mes collègues de bureau et avec une association de vétérans en Normandie. Je manque de technique alors je joue en défense et mes collègues me disent que je joue trop dur.

 

Votre modèle dans le monde l’illustration…

J’aime bien le travail de El Carna (Ghana), Pierre Chevelin (Haïti) et Barli Baruti (RDC).

 

Quel regard portez-vous sur les Cultures d’Afrique et des îles ?

Ce sont des cultures fortes qui perdurent. L’Afrique reste une source inépuisable pour la musique, la danse, la mode, le cinéma.

 

Le mot héritage vous dit-il quelque chose ?

L’héritage c’est la responsabilité. Chaque acte que je pose sur cette terre engage mes ascendants. Pour être dignes d’eux je dois être exemplaire. Je dois également transmettre toutes les valeurs que j’ai reçu. C’est un devoir.

 

 

Propos recueillis par Juvénale Obili,

Le Sanctuaire de la Culture

 

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Les passants de Québec sur le Blog d'Alfoncine

20 Novembre 2018, 17:21pm

Publié par Nathasha Pemba

Les passants de Québec par Nathasha Pemba | Littérature | Nouvelles/Lettres  | Leslibraires.ca Alfoncine Nyelenga Bouya parle de "Les passants de Québec" de Nathasha Pemba sur son blog.

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