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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Dany Laferrière en douze citations

30 Janvier 2020, 01:08am

Publié par Nathasha Pemba

Crédit photo: Lapresse.ca

1-"Il arrive toujours ce moment où l'on ne se reconnaît plus dans le miroir à force de vivre sans reflet"

(L'énigme du retour)

 

2-"Aujourd'hui à cinquante-six ans, je réponds non à tout. Il m'a fallu plus d'un demi-siècle pour retrouver cette force de caractère que j'avais au début. La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation"

(L'énigme du retour)

 

3-Ma mère, elle, ne crie jamais. Elle n'élève jamais le ton, mais si on la connait bien, on peut facilement entendre ses hurlements. Elle a simplement converti les cris en sarcasmes. Cela fait moins de bruit, mais plus de mal.-

(Le goût des jeunes filles)

 

4- "Il y a des écrivains qui nous apprennent des choses. Certains deviennent des amis. Des gens proches de notre sensibilité. Dans la littérature ou dans la vie. Dans la littérature on peut avoir un ami qui vit au Moyen-âge "​​​​​​

(Journal d'un écrivain en pyjama)

 

5- "Chacun porte en soi la même somme d'énergie à dépenser sauf que la flamme est plus vive quand son temps pour brûler est plus bref"

(L'énigme du retour)

 

6-"Ce n'est pas toujours simple pour celui qui vient d'un pays d'été où tout le monde est noir
de se réveiller dans un pays d'hiver où tout le monde est blanc.
Certains jours on ne voit les choses qu'en noir et blanc"

(Chronique de la dérive douce)

 

7-"Eviter d'écrire en nouveau riche qui veut étaler tout ce qu'il sait. Il faut permettre au lecteur de découvrir qui on est. Et c'est par le style que cela est possible. Moins vous faites de littérature, plus vous êtes dans l'écriture. Il faut écrire au plus près de soi, c'est la seule façon d'être original"

(Journal d'un écrivain en pyjama)

 

8-"L’exil est pire que la mort pour celui qui reste"

(Le cri des oiseaux)

 

9-"Je reste convaincu que la meilleure école d'écriture se fait par la lecture. C'est en lisant qu'on apprend à écrire. Les bons livres forment le goût. Nos sens sont alors bien aiguisés. On sait quand une phrase sonne juste parce qu'on en a lu souvent de bonnes. Le rythme et la musique finissent par courir dans nos veines. Le juge est invisible, car il est tapi en nous. Il est impitoyable. Déjà il critique nos choix de lectures, nos goûts, nos idées, nos intentions. Rien ne lui échappe. C'est une identité nouvelle. Et le talent s'infiltrera en nous à notre insu. Pour le reste, il s'agit de persévérer. Mais il faut savoir qu'on est un écrivain. C'est avant d'écrire qu'on est un écrivain"

(Journal d'un écrivain en pyjama)

 

10-"On sait ce qu'on a écrit, mais le résultat reste quand même surprenant. Ecrire est une opération différente de celle de lire. Quand j'écris, j'y mets le fond de mon âme, et voilà que je lis tout à fait autre chose"

(Le goût des jeunes filles)

 

11- "Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment"

(Je suis un écrivain japonais)

 

12-"La langue est un vêtement, et l’élégance suprême, pour moi, c’est plutôt quand on ne remarque pas le costume. Je n’essaie pas de la cacher, je tente de l’éliminer. La culture m’intéresse, pas la langue. c’est pour cela que la francophonie me laisse totalement froid. La langue vulgaire me suffit amplement. Si le musicien est mauvais, tu peux lui donner un Stradivarius que ça ne changera rien. Je regrette de ne pas avoir connu l’anglais au moment où j’écrivais Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, sinon je l’aurais écrit en anglais"

(J'écris comme je vis)

 

Le Sanctuaire de la Culture

 

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Rue des rêves brisées de Guy Bélizaire

18 Janvier 2020, 20:13pm

Publié par Nathasha Pemba

Dans les milieux littéraires francophones ontariens, on ne présente plus Guy Bélizaire. En 2018, il a publié sa première œuvre de fiction : À l’ombre des érables, finaliste du prix des enseignants de français 2019.

 

Rue des rêves brisés est son premier roman.

 

Avec Rue des rêves brisés, Guy Bélizaire revient sur les thème de l’immigration et de l’exil amorcés dans son recueil de nouvelles. Il y est question des personnes qui arrivent au Canada et qui, bien au-delà de l’idée de s’installer dans un pays ou de s’acclimater à un environnement, doivent essayer de s’en approprier la culture et parfois de subir certaines réalités qui leur rappellent constamment leur condition d’étrangers.  

 

Ici, dans ce roman, l'action se passe à Longueuil, puis à Montréal. L’histoire au cœur du roman est le retour vers la terre d’origine. 

 

Christophe, le personnage principal du roman est âgé de 17 ans. Il est né à Montréal. Ses parents sont venus d’Haïti pour immigrer au Québec. Un jour alors qu’il regardait un match à la télé, son père vint s’assoir à ses côtés et lui parla en ces termes:

 

“-Hummm, tu sais, il se passe plein de choses ces temps-ci. Des choses qui vont changer notre vie à tous, et je crois bien, pour le mieux”.

 

Au fil de la discussion il lui annonça qu’ils devaient peut-être rentrer en Haïti. Les choses avaient changé, Les Duvalier n’étaient plus au pouvoir et le moment était venu de réaliser leur projet de retour

 

C’est maintenant ou jamaislui confia-t-il.

 

Le plan consistait à vendre la maison, à déménager, puis à faire des économies en vue de réaliser le rêve du retour. Ce premier départ sera très dur pour Christophe parce qu’il se séparera pour la première fois de ses amis d’enfance Contre son gré, il suivra ses parents dans leur nouvel appartement et se fera de nouveaux amis dont Jimmy le Caïd. 

 

“Après tout, c’est peut-être ça l’existence, quitter ceux qu’on aime pour en aimer d’autres”

 

Toute L’enfance de Christophe consiste en un intérêt particulier et une fascination précise pour Haïti, le pays de ses parents. Pourtant, manifester de l’intérêt et être fasciné n’a rien à voir avec résider dans un lieu. Avec le temps et la pression, cette histoire de départ finit par déranger toute son existence. Il pense à ses parents, à ses amis et à sa nouvelle copine.

 

Néanmoins, en dehors de l’idée de partir ou de ne pas partir, Haïti représente tout un monde aux yeux de Christophe.

Il y a tout d’abord les réunions dominicales au sous-sol de la maison de ses parents quand ils étaient à Longueuil. Nous y rencontrons Marcellin ancien professeur en Haïti, qui se référait toujours au passé pour éclaircir une idée du présent. Il y a aussi Philomé et sa légendaire bouteille de Rhum. Alphonse, Youyou et Olga s’y trouvent aussi. Ces réunions ressemblent à un club de personnes qui rêvent de repartir en Haïti mais qui malheureusement ont du mal à poser le premier pas.

 

D'autres personnages émergent de cette histoire, tels que l’Oncle François qui refuse d’adhérer à ces idées de retour vers la Terre promise qui empêchent de s’intégrer complètement à la culture du lieu d’immigration

 

Être immigré, une vie exaltante, mais parfois triste et misérable. Triste et misérable du point de vue mental voire moral. Les espoirs de rentrer et les désespoirs de ne pas rentrer s'enchaînent avec les nouvelles que l’on reçoit continuellement du pays. Rester pour certaines personnes ressemblera, de ce fait, à une croix. Une croix qui malheureusement ne sera pas à l’avantage des enfants qui vogueront entre deux cultures parfois difficilement conciliables.

 

C'est tout au long du livre que l'on assiste à des rencontres amicales, à des conflits en familles ou encore à des  scènes plus que douloureuses comme la mort de Jimmy.

 

Guy Bélizaire raconte cette histoire de l’exil sans jamais tomber dans les affects. L’écriture est simple, fluide et accessible à tous.

 

Derrière toute cette histoire, il y a des questions que l’on finit par se poser :

Est-ce qu’après avoir vécu plus de trente ans sur une terre d’immigration, rentrer sur le lieu des origines est une bonne décision ? Peut-on vivre toute sa vie privée en restant rivé au passé ? », Entre la culture d’origine et la culture d'accueil, comment les parents doivent-ils éviter de tomber dans la confusion ?

 

Le Canada, Terre Promise où certains migrants, malgré les conditions de vie soutenables, ont des difficultés à trouver ce qu'ils recherchent. Mais que cherchent-ils en fait ? Une identité ? Une reconnaissance ?  Un répit partiel ou un répit complet à leurs souffrances ? Immigrer est-ce une illusion ?

 

Rue des rêves brisés est un roman magnifique sur l’immigration. Il pose la question de savoir si l’on est obligé de refaire le voyage-retour pour retrouver ses racines. Il place le lecteur entre l'idée d'enracinement, de déracinement et de ré-enracinement.

 

Christophe, ses parents et beaucoup d’autres Haïtiens de leur entourage l'apprendront à leurs dépens.

 

Repartir, quitter sa terre d'accueil pour retrouver ses racines, 

Repartir, quitter une vie parfois paisible, faite de hauts et des bas comme partout, pour retrouver ses racines,

Repartir, et rester car il y a différentes façons de demeurer soi sans repartir: Rester, adopter la culture de la terre d’accueil, conserver ses origines, 

Repartir n’est pas la seule voie qui conduit à la conservation de l’identité. De ce fait, il ne peut jamais être une finalité. C’est une possibilité, une éventualité. On peut rester et conserver son identité.

 

Ce roman dont le narrateur principal est un jeune de dix-sept ans parle aux immigrants et aux personnes de la terre d’accueil. Bref, il parle à l’humanité et à ce monde multiculturel qui continue à se fermer à l’appel de l’Autre.

 

Quelquefois, pour conserver ses rêves, il suffit de créer son bonheur autour de soi, là où l’on vit avec les moyens que l’on possède.

 

Rester peut ainsi devenir l’acceptation de notre identité, l’exercice de notre liberté…

Rester, au risque de son identité et de sa culture d’origine...

 

Lorsque rester devient « adopter une culture », se souvenir de ses origines, conserver sa culture, s’enraciner, prend le visage de l’accueil.

 

Rue des rêves brisés est une prise de conscience sur l’immigration et un appel à plus d’humanité et de tolérance envers soi-même et envers les autres. 

 

La frontière est nette entre Haïti et le Canada, et elle l'est entre espoir et désespoir, entre désir et désillusion, entre oppression et flamme, entre les équivoques sur l'identité et l’aspiration à une vie enracinée dans la liberté, ici ou ailleurs.

 

Je vous recommande la lecture de ce roman.

 

Nathasha Pemba

Références,

Guy Belizaire, Rue des rêves brisées, Ottawa, L’interligne, 2019, 26, 95$

 

 

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Petit Piment d’Alain Mabanckou :  peinture d’une Afrique précaire...

5 Janvier 2020, 20:42pm

Publié par Boris NOAH

« Tout avait débuté à cette époque où, adolescent, je m’interrogeais sur le nom que m’avait attribué Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat de Loango : Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko. Ce long patronyme signifie en lingala « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres », et il est encore gravé sur mon acte de naissance… »

Ce sont ces mots-prémices, et ce long patronyme du narrateur susceptible d’interrogations, qui nous mènent vers « l’univers du roman » Petit Piment d’Alain Mabanckou, publié en 2015, aux éditions du Seuil.

Ce roman éponyme s’étalant sur 274 pages, nous fait part de l’histoire d’un nourrisson retrouvé devant la porte d’un orphelinat, alors qu’il n’est âgé que d’une semaine. L’orphelinat de Loango est situé à quelques encablures de Pointe-Noire. Il est dirigé par un certain Dieudonné Ngoulmoumako, un directeur austère, tribale et surtout corrompu, mal-aimé par les pensionnaires de son institution. Malgré cela, la vie va bon train dans l’orphelinat. Le jeune garçon qui commence à grandir ne connaît ni son père, ni sa mère, mais bénéficie de la douceur maternelle de Sabine Niangui, une employée de l’asile, devant lequel elle l’avait retrouvé ; et de l’attention particulière que lui porte Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat. Soudain, arrive la Révolution socialiste du Congo à la veille de laquelle le prêtre est évincé ; ce qui sonne comme le début du chaos dans l’institution. N’ayant pas encore digéré le départ d’un homme à qui il vouait un amour profond, le jeune garçon communément appelé Moïse, est aussi frappé par le départ brusque et surtout non-averti de « Niangui ».

 

Il a désormais treize ans, tout comme son meilleur ami Bonaventure Kokolo. Au nom de cette amitié, Moïse décide de venger celui qu’il considère comme son frère, en mettant de la poudre de petits piments dans la nourriture des jumeaux, leurs aînés de quatre ans, qui l’avaient au préalable supplicié. Malheureusement, Moïse est démasqué par ces jumeaux délinquants, dont la gémellité couvait beaucoup de mystères et, est obligé de les rejoindre pour peur de représailles. C’est ainsi que les trois garçons décident de fuir l’orphelinat, sans Bonaventure. Aussitôt à Pointe-Noire,  le  nom « Moïse » disparaît au détriment de « Petit Piment », recommandé par Tala-Tala, l’un des jumeaux, parce qu’il avait fait ses preuves avec du piment, déclare-t-il. Désormais, le quotidien des trois fugitifs, rejoints par d’autres errants, est alimenté par de nombreux actes de délinquance, jusqu’au jour où, le jeune adolescent rencontre Maman Fiat 500, portant plusieurs sacs de courses et décide de l’aider à les transporter. Maman Fiat 500, de son vrai nom Maya Lokito, une proxénète et prostituée très réputée, éprise par la gentillesse de « Petit Piment », lui trouve un travail de manutentionnaire au port et lui offre une cahute.

 

Quelques années après,  le  maire  de  Pointe-Noire,  François  Makélé  lance  l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises ». « Petit Piment » allant rendre visite à Maya Lokito, comme à l’accoutumé, est surpris de constater que le camp qu’occupaient la prostituée et ses filles, a été mis en ruine, brûlé par les policiers. Il les cherche en vain. Elles ont disparu. Un choc de plus qui le conduit sans ambages à la démence. Finalement, à l’âge de quarante ans, comme le prophète Moïse envoyé par Dieu pour libérer son peuple qui croupissait dans la misère  en  Egypte, « Petit  Piment »  le  Moïse  noir,  décide  de  libérer « le  peuple  de Pointe-Noire de François Makélé, [en assassinant] ce maire véreux qui n’avait pas le souci des conditions de vie des Ponténégrins et qui avait peut-être fait disparaître Maman Fiat 500 et ses filles dans les gorges de Diosso » (p 272). Par un coup de destin, « Petit Piment » est transféré dans une prison construite au même endroit où se situaient les locaux de l’orphelinat de Loango, où il a passé les treize premières années de son existence. Et dans cette prison, il a un ami du nom de Ndeko Nayoyakala, lui aussi atteint « des problèmes dans le cerveau » et âgé d’une quarantaine d’années. Ce codétenu avec qui il s’entend bien, serait probablement son meilleur ami d’enfance Bonaventure Kokolo, qu’il avait laissé avec beaucoup de regret dans l’orphelinat, lors de sa fugue qui le conduisait à Pointe-Noire.

 

AU DELÀ DES MOTS !

Alain Mabanckou écrit ce roman pour rendre « hommage à ces errants de la Côte sauvage qui, pendant [son] séjour à Pointe-Noire, [lui] racontèrent quelques tranches de leur vie, et surtout à « Petit Piment » qui tenait à être un personnage de fiction parce qu’il en avait assez d’en être un dans la vie réelle… ». Avec ce roman, l’auteur renoue avec la terre de son enfance, qu’il retrouve vingt et trois ans après. Il nous met en plein dans son Congo natal ; à travers  tous  ces  espaces (Pointe-Noire, Tchimbamba, Loango, Ngoyo…), ces noms de personnages (Ngoulmoumako, Ngutu Ya Mpangala, Oyo Ngoki, Mouyondzi…) puisés dans le sociotope congolais, dont la manipulation (la maîtrise, la prononciation) cause pas mal de difficultés le temps d’une lecture. Néanmoins, c’est un choix loin d’être fortuit dans la mesure où il traduit une intention manifeste de l’auteur, de vendre et vanter ses origines congolaises en particulier et africaines en général.

 

Derrière cette description portant le sceau de l’humour, le romancier peint et dépeint le quotidien des jeunes ressortissants de Pointe-Noire, qui vivent dans la peur du lendemain, la promiscuité et la précarité. Sans doute, un clin d’œil chaleureux à ces enfants, communément appelés « enfants de la rue » et surtout aux orphelins, qui pour la plupart n’ont pas choisi de se retrouver dans cette posture mais, sont parfois obligés de subir les affres et les vicissitudes de la vie, et par conséquent, ne sont que de pauvres victimes de ce sort qui leur est dévoué. Mais, attention ! Le personnage orphelin ici, n’est qu’une vue de surface, il ne doit pas être pris dans son sens premier, c’est-à-dire celui ayant perdu au moins l’un de ses deux parents. Car, en réalité, d’une manière subtile, ce personnage symbolise la jeunesse africaine toute entière, orpheline de meilleures conditions de vie ou mieux, en quête d’un parcours existentiel agréable ou tout au moins acceptable. A cet effet, Pointe-Noire et l’orphelinat de Loango sont une métaphore de plusieurs pays africains, où la démocratie bat encore de l’aile, ayant à leurs têtes des dirigeants qui s’érigent en démiurges et pensent être les seuls capables d’assurer l’autorité et la bonne marche d’un pays. Le cas patent est celui du directeur de l’orphelinat qui dans un discours, s’exprime en ces mots : « Est-ce que vous vous rendez compte de la gravité de la situation ? Si je ne suis plus le directeur de cette institution ce sera la pagaille, le chaos, la fin du monde, la nuit totale, et vous aussi vous perdrez vos postes ! » (p 117).

 

Par ailleurs, l’image de Bonaventure qui ne cesse de dessiner les avions, tant qu’il ne verra pas un avion réel venir le chercher et le sortir de l’asile où il se trouve, est celle d’un homme ayant perdu tout espoir, hanté par le désenchantement de son cadre de vie naturel et pense que seul l’avion pourrait lui redonner le sourire, en l’extirper de là pour l’amener ailleurs, le paradis du Nord, où la vie sera rose, et la souffrance restera un triste souvenir. Par contre, Moïse se considère plutôt comme un héros national en affrontant directement le bourreau, seule  solution  pour  libérer  le  peuple  des  déboires  qui  l’accablent.  Ce  qui  se  dresse cordialement comme un combat contre une certaine dictature politique dont le port étendard ici est : le Maire François Makélé.

Ce discours du président de la République et chef du Parti congolais du travail prononcé devant les dirigeants de la Confédération syndicale congolaise (p 82), est parlant et n’interpelle pas seulement le Congo, mais toute l’Afrique qui, aujourd’hui, est déchirée par les guerres ethniques et interreligieuses. Nous connaissons tous le douloureux événement du génocide rwandais en 1994, entre Les Hutus et les Tutsis, tous originaires Rwanda ; sans oublier plusieurs autres foyers de tensions qui ne cessent de se constituer. Au-delà, l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises » lancée par le maire Makélé remet à l’ordre du jour « la haine qui existe entre notre pays [le Congo] et le Zaïre et que les politiciens attisent à la veille de chaque élection. » (p 272).  Ces querelles brûlantes entre ces deux pays-frères séparés par un fleuve (le fleuve Congo), qui pourtant formaient à la base, un même pays, devront emprunter la voie de l’évanescence. Parce que, comme on a coutume de le dire, l’unité constitue le socle et même le levier d’impulsion d’une nation qui aspire à l’émergence. Malgré tout, il faudrait vivre dans le respect des différences qui caractérisent les uns et les autres, car, la diversité n’est pas une faiblesse mais plutôt une richesse.

 

Pour ce qui est de l’espace du roman, l’écrivain congolais nous a proposé une sorte de « retour à la case départ spatiale », l’image d’un serpent se mordant la queue, qui se résume sur la capacité de l’auteur à ficeler l’action de son roman qui commence à Loango, à l’orphelinat, se poursuit à Pointe-Noire et revient s’achever à Loango, là, plutôt dans une prison  qui  curieusement  a  été  construite  au  même  endroit  où  se  situait  l’orphelinat. Certainement, une manière pour lui de nous montrer non seulement le mal-être et le statu quo que vivent les congolais, mais aussi la négligence et l’insouciance de l’ordre gouvernant qui s’arrange à faire exactement le contraire de ce que pensait Victor Hugo: “Ouvrir une école, c’est fermer une prison”.

 

Mais, en refermant ce livre, on a eu comme un gout d’inachevé, un pincement au cœur de ne pas savoir ce que sont devenus Sabine Niangui, et surtout Papa Moupelo qui avait prédit le sort de « Petit Piment », en lui donnant ce long patronyme qui a fortement influencé son existence. 

 

Boris NOAH.

Université de Yaoundé I. boris.noah52@gmail.com

 

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