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Le Sanctuaire de la Culture

8clos de Djhamidi Bond : au cœur d’un féminisme d’émasculation.

19 Octobre 2019, 17:55pm

Publié par Boris NOAH

 

A l’aune de la modernité, les failles que présentent plusieurs us et coutumes de l’aire géographique du septentrion camerounais et ses corollaires tapis dans le reste de l’Afrique, du monde, sont indubitablement légions. Entre la non-scolarisation de la jeune fille, le mariage précoce et forcé, l’oppression masculine, en passant par la mutilation génitale, tout se mêle et s’entremêle dans 8clos de Djhamidi Bond. Après son premier roman qui l’a révélé au grand public : Amour et préjugés qu’elle publie chez L’Harmattan en 2014, Djhamidi Bond revient on ne peut plus virulente avec un deuxième roman, 8clos, paru aux éditions Ifrikiya en 2016.

 

En effet, le livre s’ouvre sur les symptômes d’une mystérieuse grossesse de la narratrice. Un véritable mystère. Car, cette jeune fille qui n’a que quatorze ans, ne sort jamais de la grande et belle maison où elle vit avec ses parents jusqu’ici aimables et, des employés, émasculés, dévoués à sa guise. Comment cela serait-il arrivé, d’autant plus qu’elle ne va même pas à l’école, et se contente de prendre des cours à la maison ? Toute naïve, la narratrice serait enceinte de « son grand frère Saïd », parfois en compagnie de son ami Moctar, qui venait expérimenter ses leçons de sciences avec elle. Face à cette situation, sa mère, Nazirah est sans voix. Elle craint le courroux de son mari ; et décide d’envoyer sa fille en vacances dans le village de Zénabou, la ménagère, sous le fallacieux prétexte d’un simple voyage d’acquisition de bonnes manières pour savoir gérer un foyer. Ce qui se passe comme prévu et la jeune fille finit par mettre au monde un enfant qu’elle ne reverra plus jamais. 

 

Quelques mois plus tard, l’adolescente, de retour à la maison familiale, décide de se venger de son « bourreau » de frère Saïd, en lui plantant « férocement » un couteau dans son membre dur (son sexe), qui sera amputé par la suite, pour cause d’une infection. La jeune fille ne regrette pas son acte, malgré l’inimitié désormais régnante entre sa mère et elle, qui la poussera dans les bras d’un homme, Karim, un choix de ses parents, qu’elle est obligée d’accepter pour enfin vivre sa liberté, le dernier avatar qui manquerait à son bonheur. Une peine perdue parce que, son mariage est un véritable « enfer ». Non seulement Karim n’est pas l’homme qu’elle pensait pouvoir dompter, mais aussi, elle ne peut plus faire d’enfant à cause de son accouchement secret qui se serait mal passé ; et pourtant on la croyait encore vierge avant son mariage. Un pot aux roses qui est découvert par le docteur Umar, son « beau-père » qu’elle adule presque. Un secret pouvant en cacher d’autres, tout s’écoule comme un château de cartes autour de l’héroïne qui est obligée de constater que sa famille couvait plein de secrets et de mensonges depuis des lustres : Umar est son père géniteur et par conséquent, Saïd n’est pas son frère, Karim non plus.

 

                                                             UN CONSTAT ! 

 

Ce roman se dresse comme un miroir que Djhamidi Bond traîne le long des sociétés d’obédience musulmane, pour nous présenter l’image et la place de la jeune fille. Déjà, nous pouvons la percevoir à travers le titre « 8clos », entendu non seulement comme un « huis-clos », qui pré-visage et prédéfinit une vie dans un enclos, dans un lieu fermé ; mais aussi comme l’expression de cette vie traduisant la nature des relations qu’entretiennent « 8 » personnages (la narratrice, Ally, Nazirah, Saïd, Zenabou, le cuisinier, le gardien et le chauffeur) vivants dans une maison close. De fond en comble, il s’avère que, dans plusieurs familles musulmanes traditionnelles, la jeune fille est frappée par une vacuité caractérisée de maints privilèges (la scolarisation, la liberté entre autres) qui pourtant sont la chasse gardée de « l’oppresseur », le sexe opposé. De manière ponctuelle et assidue, des actes de violence palpables de tout bord (psychologiques, morales, physiques) qui lui sont copieusement servis au quotidien, contribuent à consolider et à raviver la flamme de la « stéréotypation idéelle » qui s’accoude sur la conception surannée de l’existence d’un être au sexe faible (la femme), dont la toile de réussite est tissée par l’homme. Autrement dit, il s’agit là de la configuration d’une « phallocratisation béante » où l’avenir-devenir de la femme devrait être drainé par l’homme, à qui tous les droits et pouvoirs sont légués de facto. C’est ainsi qu’elle reste reléguée au second plan, joue toujours les seconds rôles même lorsqu’il est question des décisions cruciales et intrinsèques à son existence. Et pourtant, il est clair que, les conséquences sont innombrables. La preuve, l’héroïne jouit d’une naïveté indescriptible qui la rend vulnérable à toute intempérie masculine jusqu’au point où elle tombe enceinte sans s’en rendre compte, ce qui aurait été différent si elle était scolarisée. Tout cela démontrant que la solution pour la garder vierge et forger son éducation matrimoniale, n’est pas de la laisser enfermée. Ce d’autant plus que, ce qu’on redoute tant peut toujours arriver de la manière la plus insoupçonnable, car, « l’homme est condamné à être libre » (une pensée chère à Jean Paul Sartre) et il peut l’être même dans les geôles.

 

 

                                                             UN MOYEN !

 

L’écriture se voulant une arme contre la marginalité, l’auteure s’en sert à bon escient, comme un speaker, pour faire entendre sa voix. La voix des minorités. La voix des opprimées. La voix des femmes qui, parfois, se cachent pour pleurer. La voix de celles qui pleurent en silence. La voix de toutes celles qui, apeurées, n’ont pas le courage d’avouer tous les viols dont elles sont victimes. La voix de toutes celles dont les cœurs sont inondés de larmes invisibles à cause des meurtrissures de la stigmatisation. 

 

En effet, l’un des plus grands mérites de ce fait littéraire, c’est son intimisme. L’auteure, en toute minutie, parvient à nous tremper dans le vaste océan, au combien dédaléen, de l’intimité féminine à travers notamment l’enfantement avec toute sa souffrance et ses manifestations, la vie dans un mariage polygamique où le Walaande, l’art de partager un mari (premier roman de Djaïli Amadou Amal) est loin d’être une prairie fleurie. Et ce, dans la mesure où il égrène un long chapelet de frustration, de traumatisme et même de banalisation du corps féminin qui, faudrait-il le rappeler, est certes différent du corps masculin dans sa constitution, mais a les mêmes réclamations sensationnelles et pulsionnelles.

 

Par ailleurs, la narration de ce roman est portée par « un nom personnel » (Benveniste) : « je », dénudé et dépouillé de toute référence dénominative. C’est-à-dire, tout le narré durant, on n’aperçoit nulle part le nom de celle qui raconte l’histoire ; tout ce qu’on sait c’est qu’il s’agit d’une adolescente de quatorze-quinze ans. Ce « je-narratrice », est en réalité une non-personne, non pas dans le sens benvenistien (absence de subjectivité), ce qui serait d’ailleurs contradictoire, mais plutôt dans une mesure où il ne renverrait pas à une personne imputable à un espace précis. Loin d’être un simple fait de hasard, ce procédé stylistique et esthétique se pose plus comme une intention plausible de la romancière camerounaise, d’universaliser son acte d’écriture, en le débarrassant des carcans frontaliers et spatiotemporels.

 

Le portrait que l’auteure fait des personnages masculins de l’œuvre (Ally, Umar, Karim) nous laisse entrevoir la figure du personnage Djibril, le mari de Mina, dans Sous la cendre le feu d’Evelyne Mpoudi Ngollé. Tout comme Djibril, ils sont des « sous la cendre le feu », c’est-à-dire qu’ils présentent une image aimable et adorable qui se trouve véritablement aux antipodes de ce qu’ils sont au fond. Tout simplement une caractérisation de l’hypocrisie.

 

 

                                                          UNE SOLUTION !

 

Ce fait littéraire est loin d’être un caillou jeté dans la mer, au contraire. Elle vient s’ajouter à la longue liste des écrits littéraires qui gravitent autour de la revendication d’une meilleure condition féminine.  Djhamidi Bond emboîte le pas à plusieurs autres Écrivaines africaines taxées de féministes (Mariama Bâ, Calixthe Beyala et autres) dont l’intérêt majeur est de redorer l’image de la femme. Au milieu de la beauté scripturale indéniable de ce livre, on a pu déceler entre les lignes, une once de vengeance contre le phallus. Il semblerait, selon l’auteure, que le sexe masculin est une arme d'assujettissement et d’aliénation qu’il faudrait éliminer pour un monde meilleur et équitable pour tous. À cet effet, l’émasculation serait donc la solution idoine pour mettre fin à cette domination masculine qu’elle décrie. C’est ce qui justifie les nombreux cas d’émasculation visibles dans le texte (Saïd, Ally, les employés), à travers lesquels nous parvenons à la conclusion selon laquelle, subtilement, l’auteure milite pour un féminisme d’émasculation. 

 

En conclusion, 8clos est par conséquent un roman cathartique marqué par une thématique à travers laquelle chaque âme en détresse se représente et se reconnaît. C’est une glace, qui reflète l’image des uns et des autres, devant laquelle chacun se reconnaîtra et décidera, pourquoi pas, de porter sa pierre à l’édifice de construction d’un monde où le son du glas de la vassalisation de la femme retentira de fort belle manière. 

 

Boris NOAH

Université de Yaoundé I

                                                                                                     

 

 

 

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Le View-Master de Louis-Philippe Hébert

14 Octobre 2019, 05:43am

Publié par Nathasha Pemba

Louis-Philippe Hébert est un écrivain québécois qu’on ne présente plus. Auteur de plus de trente livres et récipiendaire de plusieurs prix du Québec et du Canada, Louis-Philippe Hébert est une mémoire vivante dont l’écriture fait parler d’elle-même. Le View-Master est son tout dernier livre publié aux Éditions de La Grenouillère.

 

Dans ce long poème narratif, l'auteur pose un regard sur la société d’hier mais aussi de la société d’aujourd’hui.

 

Le View-Master est le produit d’une expérience et d’une observation de la société des années 60.  C’est un imaginaire qui trouve son ancrage dans la réalité et s’inscrit dans l’actualité. En font partie les questions de folie, de vieillissement, de jugement, de la mort, du genre, de l’amour…

 

La vie est l’élément central de cette œuvre, la vie dans ses diverses manifestations. En vue de matérialiser cette œuvre dans ses diverses épiphanies, l’auteur s’est appuyé d’un personnage : Maxime parent.

 

Comme une légende, l’histoire se laisse dérouler et  tente de convaincre les lecteurs que dans la vie, dans la société d’hier et d’aujourd’hui, il y  a des choses qui n’ont pas tellement changé même si on note une certaine évolution dans la manière de poser le regard sur autrui ou encore sur la manière de vivre notre liberté dans les relations avec autrui.

 

Entre souvenir et hommage à tous ceux qui portent les mêmes noms, à Louis Philippe Hébert le sculpteur l’homonyme de l’auteur, l’auteur soulève des questions pertinentes qui ramènent au vivre ensemble dans toutes ses dimensions.

 

En effet oui, Le View-Master est le roman de l’humanité. Il y a au cœur de l’intrigue, une femme, Maxime Parent, qui vit le souvenir de sa jeunesse. Jeune, jolie et pleine de vie à l’époque de sa jeunesse, elle vit son temps avec ses contemporains. Malheureusement, souvent dans certaines histoires, on cherche un bouc émissaire, celui ou celle sur qui il faut faire reposer la faute. Ici c’est Maxime parent qui est désignée. On veut lui faire payer pour une faute qu’elle dit ne pas avoir commis. À travers son monologue, elle soulève plusieurs thématiques. La tolérance, l’écoute et l’amour sont celles qui ont le plus retenu mon attention.

 

Maxime Parent veut être écoutée. Et les deux policiers devront l'écouter pour connaître la vraie histoire de l'histoire.

 

À certains endroits, il m’a semblé me trouver en face de la femme adultère de l’évangile de saint Jean qui a failli être lapidé par les aînés, les anciens, les voisins qui avaient eux-mêmes certainement aussi une expérience sur la question de l’adultère. Et cette parole de Jésus de Nazareth : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Ce qui est intéressant dans la suite de cette histoire de l’évangile, c’est que tout le monde va se retourner, en commençant par les plus anciens.

 

C’est cette dimension qui m’a paru intéressant car Maxime Parent qui se sent rejetée, critiquée et même humiliée, est une femme ; la femme d’une génération et d’une culture différente de celle de la femme adultère. Elle a le droit de parler, de demander qu’on l’écoute, de répondre à cette accusation. Maxime se sent indexée accusée. Elle veut être écoutée, elle veut se justifier sur cette accusation portée sur elle. Parfois elle préfère le mystère du silence, mais elle pense qu’elle a quand le droit de se défendre. Elle veut un autre regard, un autre traitement.

 

Dans ma lecture, je me suis un peu perdue entre la folie et la vieillesse. Il m’a semblé que l’auteur souligne une question sur le traitement dans les asiles. Il m’a semblé à la fois reconnaître un asile de fous et une résidence de personnes âgées. Maxime a-t-elle perdu la raison ? Ou bien est-elle dans le vieillissement profond ?

 

Tenant compte de mon regard j’ai choisi de parler du vieillissement. On pourrait parler de l’éloge de la vieillesse si on veut être positive, mais il apparaît clairement que pour l’héroïne du roman, il y a un malaise, un malaise dans le traitement des personnes en résidences, qu’elles soient des personnes âgées ou des personnes dépourvue temporairement de leur raison aujourd’hui, que ce soit dans leur ordinaire familiale ou dans les résidences. Elle dénonce le comportement de certains préposés s’occupant de personnes seules. : leur manque d’empathie, leur intérêt pour l’argent seul.

Mais alors : devrait-on poser un regard marginal sur les personnes en asile ou en résidence ? Il semble que ce soit non pour la narratrice dont le raisonnement semble tout aussi  clair et ferme. Sauver l’humain en chaque homme et sauvegarder la différence de chacun. Mais pourquoi sauver et sauvegarder ? Et que sauve-t-on et que sauvegarde-t-on ? Sauver l’humanité, d’abord, parce que c’est l’essentiel c’est le cœur. En ce sens, l’œuvre de Louis-Philipe Hébert transcende non seulement l’espace, mais aussi le temps. On ne peut pas dire qu’il a écrit ce roman poème exclusivement pour une période donnée ou pour une catégorie de personnes. L’auteur s’adresse à l’humain au sujet de l’humaine condition.

 

Le problème de la maltraitance des personnes âgées que la narratrice soulève paraît, à mon sens, comme l’un problème que pointe l’auteur : On reconnaît une société à la manière dont elle traite ses aînés, pourrait-on conclure. Telle est la véritable question au niveau sociétal. Au niveau individuel, c’est la question même de l’humanité et de l’amour du travail.

 

 Pourquoi choisit-on d’exercer un emploi qu’on n’aime pas ?

 

Madame chose on ne rajeunit pas

On l’entend souvent celle-là

Chez les gens qui viennent ici

Même s’ils ne pensent jamais à eux autres quand ils disent ça

Parce que c’est  toujours les autres qui sont vieux 

 

Il y a aussi la question du genre. L’idée d’une famille dont les parents s’appellent tous les deux Maxime de même que l’enfant qu’ils mettront au monde rappelle que le prénom peut être asexué et intergénérationnel. Maxime, catégorisé comme un prénom pour hommes… suscite des questionnements dans le livre et dans le milieu de l’héroïne.

 

Je suis Maxime Parent

Drôle de nom pour une fille !

Et toi donc drôle de nom

Pour un garçon mon gars ! 

 

Ce roman est aussi une histoire d’amour entre Maxime et Maxime. De cet amour naîtra Maxime. Une histoire normale qui suit tous les codes de l’amour en partant de l’attrait à l’acte. Un amour très fort.

 

On retrouve aussi la thématique de la mort… La mort, c’est comme l’amour, c’est comme la vieillesse… Tous sont des passages obligés.

 

On meurt si facilement

de nos jours

en prenant son bain

ou en glissant sur le trottoir

ou en se séchant les chevaux

il vaut mieux faire attention

la vie c’est si dangereux

mais on se dit qu’on serait mieux mort des fois 

Alors, Le View-Master prend d’autres significations. L’amour, pour Maxime Parent, est quelque chose de fondamental. Ce qui reste, un peu comme la culture, lorsqu’on a tout oublié. L’amour c’est désormais le lieu, l’existence, le souvenir, la mémoire, la vie, la liberté, l’humanité. La narratrice narre son quotidien en réfléchissant sur l’autre. Si le monde pointe le doigt sur elle, Maxime Parent démontre qu’elle n’est pas une déracinée, une criminelle. Elle montre que l’émotion est le lieu de la vie car c’est elle qui est au fondement de la relation. Elle peut prendre plusieurs couleurs, complexes, radicales et ouvrir à une quête de l’existence profonde sur soi, sur les autres et sur la société. L’amour, l’enfance des lieux parfois d’où nous devenons des exilés.

 

Le View-Master de Louis-Philippe Hébert est une école de la vie qui n’impose pas le passé, mais qui invite à regarder l’avenir. La force, à mon sens, de ce roman-poème, c’est qu’elle intègre à la fois l’individualité et l’altérité.

Je recommande la lecture de ce roman-poème.

 

Nathasha Pemba

 

 

 

 

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Le cimetière des abeilles- Alina Dumitrescu

6 Octobre 2019, 20:46pm

Publié par Nathasha Pemba

 

Une roumaine, femme, immigrée au Québec dans la ville de Montréal, immigrée de toutes ses origines et obligée par le conditionnement d’essayer d’oublier la langue des origines. Privée de la langue avec de nouveaux amis, privée de la langue parce qu’elle doit aider ses enfants à intégrer la nouvelle société. Frappée par le souvenir des origines et les précarités de l’exil, elle s’exprime dans un français au départ approximatif, teinté de roumain. Plus tard, cette langue française devient obsessionnelle, comme un nouvel amour. Elle s’exprime en français, écrit en français. Elle est amoureuse du français.

 

 

La narratrice qui évolue dans un univers imaginaire fait d’abeilles, dans une nouvelle ville, une nouvelle langue exprime son regret de ne plus pouvoir parler sa langue d’origine et d’être incapable de jouer le rôle de la mère qui est, traditionnellement, celui de la transmission de la langue. Il faut non pas transmettre une langue ici, mais il faut l’apprendre en même temps que sa progéniture. Cette narratrice fait penser à Alina Dumitrescu qui a grandi au sein d’une culture où la langue et le livre avaient une certaine importance. Il s’agit, dans les cimetières de son enfance, de la petite fille, qui recueille des cadavres d’insectes.

 

Le mot langue revient très souvent dans ce récit, notamment dans les premières lignes. Ce soliloque qui traverse toutes les lignes du livre montre que pour la narratrice, la langue française demeure essentielle, malgré tout. C’est la langue de l’espoir, la langue du neuf, la langue, on va dire « de tous les possibles ».

 

Le Cimetière des abeilles, c’est l’histoire de l’exil.

Dès les premières lignes, la narratrice évoque les lieux, la langue française symbolisée par Paris la capitale de la culture, le lieu de l’expression du français par excellence.

 

Les Français ont été, depuis des siècles, ceux qui savaient ; ils savaient pour Dieu et les cathédrales, pour les tissus et les mariages morganatiques,, les bateaux, les lois et l’art, la mémoire et l’extraordinaire sens de la formule 

 

On comprend, de ce fait, que la langue française est mise en avant dans le récit. La langue est un prodige et la narratrice lui donne une certaine configuration, une énergie et un lieu. On retrouve ainsi dans son récit, une référence constante à la langue qui devient un élément du salut, un tisseur de lien, une possibilité d’intégration.

 

Maintenant, c’est dans le français que je m’abrite 

 

Le cimetière des abeilles est incontestablement un hommage à la langue. Ici langue peut signifier le roumain ou bien le français. La langue roumaine est désormais dans le souvenir ou plutôt dans les origines; mais elle reste pour la narratrice une assise de langue française : c’est le roumain qui lui a permis de parler le français.

 

Atterrie dans une province francophone, la narratrice est consciente qu’il faut intégrer et la langue est l’élément fondamental de cette intégration. Les enfants s’expriment en français. Ce qui conduit leur maman à s’appliquer non simplement pour son intégration extérieure mais aussi pour son intégration au sein de sa propre famille.

 

Mes fils ne peuvent pas goûter aux subtilités de la langue qui m’a bercée et par laquelle j’ai eu accès aussi au français. Mes fils me sont devenus étrangers pour une vie meilleure, un avenir radieux. Je suis sortie du rang, de ma lignée, je suis sortie aussi de mon continent. Émigrer, l’énorme blague, je me cherche ailleurs pour voir si j’y suis. Et la plupart du temps, je n’y suis pas 

 

Le français, langue de l’exil, devient donc l’identité de l’immigrée.

 

Le processus d’immigration sous-entend toujours la question de la langue (qui peut aussi se manifester par l’accent). La narratrice se sent obligée de migrer même quand il lui faut parler. Cette immigration de la langue concerne en général toute personne qui quitte ses origines pour vivre dans un autre lieu. La langue devient donc aussi le lieu de la rencontre avec une culture et avec autrui. C’est pour cela qu’en tant que mère, elle essaie de sauver la langue d’origine sans grand espoir. Elle perçoit le manque, mais elle se sait limitée, et elle ressasse. L’imaginaire, le souvenir devient le lieu des origines. La langue française devient un pays, le pays de l’immigration

 

Si Le cimetière des abeilles aborde d’autres thématiques, celle de la langue m’a semblé la plus présente. Parler comme on vit et comme parle ceux qui nous ont accueillis.

 

Coupée en amont et en aval de ma langue d’origine, la langue maternelle rétrécit jusqu’à devenir uniquement la langue de la mère. (…)

De ma mère, je suis orpheline linguistique, de mes enfants endeuillée.

Une situation inextricable, la langue se tarit faute d’être utilise. Les souvenirs se tarissent aussi faute d’être revisités.

La langue maternelle devenue langue de la mère, deviendra entre nous langue morte. Nul autre cataclysme que celui de l’émigration.

 

Dans Le cimetière des abeilles, parler c’est s’unir, se libérer, adopter un état d’esprit. La narratrice fait aussi l’éloge de la culture française : liberté, fraternité, luxe, mode, écritures :

 

Je m’endors chez moi et je me réveille en Occident, en français de surcroît. Le français, c’est la culture, la grande. On parle histoire, on parle humanité et transcendance 

 

Le français dans le récit est personnifié et assimilé à « une grande dame ».

 

Le cimetière des abeilles indique que les mots ont une importance capitale dans la vie de tous les jours :

 

Je vis avec le luxe des mots. Guerlain, parfumeur, évanescence, entre la poire et le fromage, apéritif, incongru

 

Bénie soit la langue ! Bénis soient les mots !

 

Le style particulier de l’auteure ne fera certainement pas l’unanimité, mais n’est-ce pas dans son originalité que l’on reconnait la force d’un auteur ? Dans une langue vive, puissante et imagée, Alina Dumitrescu dessine un récit d’apparence complexe, mais très accessible si l’on essaie de faire comme elle :  faire vibrer les mots avec les mots, les silences avec les silences.

 

 

L’intérêt de lire une œuvre fictive c’est qu’elle nous tient par le côté le plus sensible. Ainsi en est-il de l’œuvre d’Alina Dumitrescu, écrivaine québécoise d’origine roumaine. Elle a publié en 2016 ce récit autobiographique intitulé Le cimetière des abeilles. Un titre certainement significatif pour elle, mais que l’on peut interpréter de plusieurs manières. Les abeilles n’ont rien d’imaginaire. Elles existent bel et bien. On les lie souvent au miel et le miel symbolise la douceur et la saveur. Cependant plusieurs personnes ignorent que toutes les abeilles ne produisent pas de miel. C’est d’ailleurs la majorité, celles qui se nourrissent du nectar des fleurs. Il existent aussi des abeilles d’hiver qui vivent plus longtemps et celle d’été qui ne résistent pas au delà d’un mois. Parmi elles, il y en a des solitaires, des sociales et des domestiques. La première question que je me suis posée en tant que lectrice c’est exactement de quel type d’abeilles parle l’auteure et pourquoi le cimetière comme lieu alors que l’on sait que le cimetière c’est le symbole de la mort, une vie qui n’existe plus, une désespérance. Au delà du cimetière il n’y a plus d’espoirs sur le plan humain :

 

Nos pommiers en fleurs courent de la rue jusqu’au fond du jardin. Les ruches en enfilade suivent cette ligne parfumée et bourdonnante. Notre clôture et celle de nos voisins forment, au point de rencontre, un coin d’ombre humide et secret.

 

C’est précisément là que chaque été, pendant les grandes vacances, je fais un cimetière pour mes abeilles.

 

J’en trouve souvent par terre, mortes d’épuisement, pendant la période la plus intense de la récolte. Elles ont beaucoup de bras en croix, les yeux fermés et des dards inoffensifs.

 

Je me mets près d’elles des fleurs de camomille, une par tombe, et des croix en allumettes. 

 

En conclusion, deux idées me viennent en tête.

En ce qui concerne la première, je dirai qu’Alina Dumitrescu, comme tous les écrivains de l’exil, comme Ionesco, comme Kundera, comme Perec, Malraux ou Manoukian, pose une question pertinente qui concerne tous les immigrants de la terre: comment un exilé peut-il naître à son nouveau monde sans renier ses origines ? Il y a, en outre, cette autre question fondamentale de l’immigration : Comment passer d’émigrant à immigrant et demeurer intact ? Comment penser le vivre ensemble ?

 

Et la deuxième idée ?

Je vous invite à découvrir cet extrait de Andrés Trapiello dans Les cahiers de Justo Garcias :

 

(…) tous ces liens imaginaires que tu serais parfois tenté de tisser avec le passé, eh bien tout cela n’est bien entendu qu’une gigantesque supercherie mortelle. Renoncer à ses origines, il faut absolument renoncer et même se retourner systématiquement contre ses propres origines renchérissait Roman. (…) Dès que tu auras franchi les frontières considère-toi plutôt comme une sorte d’apatride qui se réjouit de n’appartenir à rien ni à personne (c’est ce que je m’efforce de penser jusqu’à aujourd’hui), dis-toi qu’un renégat, qu’un ingrat ou qu’un amnésique déterminé valent toujours mieux qu’un idiot sentimental que le souvenir de la patrie fait chavirer, un idiot qui participe donc sans le savoir à son propre anéantissement. 

 

 

Merci à l’éditeur pour cette collaboration et merci à tous les lecteurs et lectrices du Blog.

 

Nathasha Pemba

 

Références

 

Alina Dumitrescu, Le cimetière des abeilles, Montréal, Triptyque, 2017

 

 

 

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Comme un chapelet de Nkul Beti

5 Octobre 2019, 19:09pm

Publié par Alain Atouba Foti

Baltazar Atangana Noah, dit Nkul Beti, est écrivain, critique littéraire et chercheur au département de français de l'université de Yaoundé I. Comme un chapelet est son troisième fait littéraire après Mixture (2014) et Aux Hommes de tout... (2016).

 

Le titre du recueil renvoie au chapelet, objet de dévotion religieuse, composé de cinq dizaines de grains séparés par de grains, un peu plus gros que les autres, qui sont enfilés sur un cordon qui forme un cercle. Les extrémités de la chaîne s’unissent à une médaille à l’effigie de la vierge Marie, et de cette médaille pend une chaîne courte, avec une croix. Il est important de savoir, en outre, qu’au sein de la récitation du Rosaire, il y a une série de prières qui sont chargées de le dérouler. Nous nous référons au “NotrePère”, au “Ave Maria”, au“Gloria”, aux appels jaculatoires, au“Je vous salue Marie” et à l’ensemble des Mystères. Ces derniers se divisent en quatre grands groupes: les Mystères douloureux, les Mystères joyeux, les Mystères lumineux et les Mystères glorieux. Au regard de tous ces éléments, peut-on dire que l’auteur de Comme un chapelet nous livre-t-il une poésie religieuse?

 

Il est vrai qu’il y’a une forte présence des motifs religieux dans le recueil mais il peut facilement s’établir un parallèle entre le chapelet et les thématiques abordées dans le livre. La trajectoire vitale de l’individu intègre naissance (et dans le livre tout naît: personnes, amour, amitié, joie, rencontres, tristesse, maladie, etc.) et la fin avec la mort (aussi tout meurt dans le recueil: personnes, amour, amitié, joie, rencontres, tristesse, maladie, etc.). Comme récitant du rosaire, la voix lyrique du poète se situe dans topos-espace du poème et se meut dans tous les lieux de l’action. Les pronoms personnels sujets ou compléments, les pronoms et adjectifs possessifs renvoient à la première personne du singulier:

 

« Moi, tout emmailloté

Par la chaleur de ses seins reposants,

Ses bons sentiments parfument de jasminum

Le jardin de mon philanthrope péricarde,

Je glousse d’amour!

(Page 13).

 

Les premiers mots (chant de douceur et promesse de sensualité) gagnent en intensité et insistent auprès de la femme aimée pour qu’elle s’abandonne à l’étreinte de l’amant. Voilà donc la naissance d’un amour; mais tout commence avec la venue d’un enfant au monde qui est bercé et veillé par les parents:

 

« De ma patoche, me voilà qui

Essuie ses larmes, me voilà qui

La prends dans mes bras, me voilà qui

Passe mes doigts sur sa couenne

Comme si je lui passais de l’huile d’olive! »

(Page 15)

 

La berceuse est l’un des rares types de chansons pour enfants où le rôle d’émetteur est celui d’un adulte. Dans la tradition camerounaise, ce rôle est assumé par les femmes: mères, tantes, grand-mères, nourrices qui jouent le rôle de berceuses en chantant pendant le sommeil de l’enfant. Ce, afin de faire sentir leur présence. Il faut remarquer que même dans les cas où cette présence n’est pas explicite dans le texte, il est difficile de douter que la personne qui chante la berceuse soit  une femme. Chez Nkul Beti on observe une rupture dans la tradition et c’est le père qui va chanter au creux de l’oreille de son enfant:

 

« Toi,

Adorable gueule,

Si bien cagoulée,

Dors...Dors

Sans sanglots

Pionce! »

(Page 53).

 

  Le chant constitue une modalité qui intègre ruptures et subversions. Dans un premier temps, le personnage du poème continue de chanter les charmes de sa bien-aimée et l'invite à vivre l’amour: “-Ce matin, comme jamais, /Viens-là que je te sers contre mon cœur” (page 17). Le côté transgressif va ressortir et s’intensifier dans la chanson à travers l’évocation de l’homosexualité. Le sujet homosexuel émerge dans les poèmes, dans un contexte dominé par des dispositifs disciplinaires. La diversité sexuelle devrait être acceptée et tolérée par les autres dans la société: “Je sais que tu sauras boire et accepte mon nouveau genre, /Mon entre-deux sexuel, /Le voir” (page 21). Le couple homosexuel cherche sa place au soleil et se sent prêt à défier le regard moralisateur et réprobateur plein de rejet et de mépris: “Nous regarderons les foules rouspéter sur la sexualisation de/ nos intimités” (page 23). L’homophobie est source de persécutions : “Je ressens ton infortune/ Et j'ai honte de mon adynamie/ Devant cette houe mâle homophobie” (page 79). Cependant, cela n’empêche pas de vivre ces amours que la société trouve bizarre: “Cachons-nous, /Pour mieux nous caracoler d'amour/ Comme ces cul-de-jatte” (page 25).

 

Le tissu poétique recrée la rencontre de l’altérité homosexuelle qui porte dans son corps les marques d’une transgression intolérable pour les pouvoirs hégémoniques qui cherchent à réguler les comportements sexuels.

 

Le chant s’accompagne aussi de quelques instruments tels que le tam-tam (page 71), le balafon (page 69), le Djembé (page 29). C’est un concert de louanges qui s’élèvent en l'honneur d’un monument de la littérature africaine, Bernard Dadié: “hommes de tous les continents/ nous te célébrons!” (Page 57). Auteur d’une production littéraire considérable parmi laquelle on peut citer des titres comme Afrique debout (1950), La ronde des jours(1956), Climbié (1956), Un nègre à Paris (1959), Béatrice du Congo (1970), Les jambes du fils de Dieu (1980), Bernard Dadíé est décédé en 2019. Pour conserver la mémoire de ce grand écrivain dans le panthéon de la littérature universelle, Nkul Beti fait recours, dans une démarche intertextuelle, aux noms et titres des écrivains africains et afrodescendants qu’ill combine avec des phrases et des livres de l’auteur ivoirien:

 

« Les soufflent s’envolent et s’enchantent...

Le sanglot de l’homme noir se meurt tout doucement,

Il fait un temps de chien dans cette ville cruelle:

Heureusement

Dans ton cahier d'un retour au pays natal,

Wa-toi, l’enfant noir,

Condamne les testaments trahis de la petite bijou! »

(Page 63)

 

Si dans cet extrait l’on identifie les allusions à Mongo Beti, Aimé Césaire, Toni Morrison, Camara Laye, etc., le lecteur retrouve d’autres phrases et titres associés à Alain Mabanckou, Francis Bebey, Hemley Boum, Engelbert Mveng, Aké Loba, entre autres. Il s’agit d’un bouquet de voix qui se hissent pour dire à René Dumont que l’Afrique noire n'est pas mal partie.

 

La société est mise en examen et les problèmes qu’on y rencontre sont passés au fil comme les grains d’un chapelet: d’abord l’incompétence des dirigeants politiques qui ne se soucient guère du bien-être des populations. Lors des campagnes électorales, le changement est souvent promis aux populations, mais après les élections, on se rend compte que “Rien a changé/ Même pas les sifflements/ Des palinodies des poltichiens et gouvernuls qui déglinguent” (page 73). La poésie se sert de son souffle créateur pour instaurer un jeu de mots qui sert à dire le manque de vision et de projets des politiques pour leurs nations. Parfois, ce sont ces dirigeants qui détruisent même leurs propres pays. L’autodestruction qui culmine avec le suicide est considérée comme “Auto-euthanasie” (page 43). L’hypocrisie dans les relations humaines peut aussi causer des préjudices: “Dans ce monde, /Tout n’est que arlequinade humaine/ Où le faux-semblant se taille la part du dragon” (page 49). Il semble y avoir une association malsaine entre le pouvoir politique et la religion. Ces deux institutions s’associent pour défendre des intérêts et ne se préoccupent en aucun cas des gens: “Devant l'idylle incestueuse/ Du politique et du religieux” (page 95).

La violence est un travers dénoncé avec l’assassinat d’un prélat:

 

« Dans l'eau...

Monseigneur le Benoît,

Corps ivre-vide, poumons secs

Thèse mutilée, soutane immergée

Sandales inversées, bras-jambes cassés

Cabinet non moins ouvert-saccagé,

Assassinat, noyade »

(Page 85)

 

Cet assassinat dont on ignore les véritables motifs et circonstances reflète un peu la part de mystère que contient la mort: “J’ai demandé aux fumerolles et à la mousson,/Où tu es partie après ta mort,/ Tous ignorent!” (Page 35). La mort des êtres chers provoque la tristesse et la fin de l’amour plonge le poète dans la mélancolie qui s’apparente dans son esprit à la mort: “Fausse quiétude, /Mort dans les reins, /Mort dans les os” (page 93). La vie n’a plus de saveur et les jours se déroulent dans l’amertume: “La vie, sans toi, / N’a plus le même goût sucré de l’ananas” (page 91). Malgré le chapelet de difficultés rencontrées dans la vie, le poète croit aux lendemains meilleurs car il porte en lui la vision: “D’un monde chantant espoir et résilience” (page 77). C’est bien avec la fin de tout, la mort qu’on comprend que le titre du recueil de Nkul Beti ne traite pas vraiment de poésie religieuse. Le chapelet est juste un symbole sur le quel l’auteur prend appui pour développer son humanisme.

 

La mort n’est pas la fin de tout: dans la mémoire des survivants, il restera le souvenir de ceux qui sont partis: “Ton adorable visage et ton sourire chatouilleux/ Tant que je vivrai encore!” (Page 39). La vie et la mort se rejoignent donc, comme dans ce cycle, ce cercle qui se trouve dans le chapelet. Il est hors de question de croire ou d’attendre le salut de la part d’un hypothétique sauveur. Pour inviter le lecteur à sortir du sommeil de la résignation et de l’inaction, il est rappelé que: “Tout ce que Dieu fait n’est pas bien, et tout n’est pas grâce!” (Page 9). Pour l’homme il est impossible de saisir l’essence de Dieu dans son immensité et il faut donc s’approcher de lui de manière personnalisée. Sur le chemin de la dévotion, chacun s’adresse à Dieu comme il peut, comme il veut et comme il préfère. Alors il revient à chaque personne de prendre son destin en main. La foi est une affaire personnelle, il faut donc chercher ses propres voix pour le salut de son âme. Le secret se trouve dans les lignes de Comme un chapelet:

 

« Tiens:

Sauve-toi de bas en bas

Christ ne reviendra pas demain

Sauve-toi seul...

Ni prières ni onction nécessaires

Sauve-toi en solo! »

(page 97)

 

Alain Atouba Foti

 

Nkul Beti: Comme un chapelet. Paris:Le Lys bleu Éditions, 2019.

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