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Le Sanctuaire de la Culture

Blaise Ndala: comme n’importe quel écrivain, mes textes sont nourris par mes sensibilités qui sont tout, sauf monochromes

29 Juin 2019, 09:24am

Publié par Nathasha Pemba

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Crédit photo: Pascale Castonguay

Le 10 mai dernier, le roman Sans capote ni Kalachnikov de l’écrivain canadien (d’origine congolaise) Blaise Ndala remporte le combat national des livres 2019. Dans cette causerie,  il revient sur certains sujets comme la Francophonie, l’espoir porté par l’écriture, le sens du mot écrivain aujourd’hui…

 

 

Bonjour cher Blaise. Il y a plus d’un mois, votre roman Sans capote ni Kalachnikov a remporté le combat national des livres 2019. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ? Pouvez-vous nous dire en quelques mots c’est quoi le combat national des livres ?

 Le combat national des livres de Radio-Canada – Canada Reads pour la version anglaise - est un concours radiophonique qui repose sur des débats d’une heure autour d’œuvres littéraires présélectionnées parmi les meilleures des lettres canadiennes. Pendant une semaine, cinq panélistes qui défendent chacun un titre discutent, argumentent et répliquent aux critiques de leurs adversaires afin de faire valoir la « supériorité » de leur livre, tandis que les auditeurs votent pour couronner « le livre que tout le Canada devrait lire ». Les panélistes ou « combattants » dont les livres sont éliminés continuent de prendre part aux joutes après s’être rangés derrière le livre de leur choix parmi ceux restés en lice. Le but premier est de promouvoir la littérature grâce à un « happening » autour de ce qui est devenu, au fil des années, le plus grand rendez-vous littéraire sur les ondes de Radio-Canada. Avant la victoire de Sans capote ni kalachnikov défendu brillamment par la journaliste d’enquête Marie-Maude-Denis à qui j’aimerais réitérer ici ma gratitude tout en saluant ses talents exceptionnels de débatteuse et de lectrice, le concours avait déjà eu à couronner les œuvres d’écrivains de renom dont Gil Courtemanche avec Un dimanche à Kigali en 2004, Réjean Ducharme avec L’Avalée des avalés l’année suivante ou Dany Laferrière avec L’Énigme du retour en 2010.

 

 

Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la victoire ?

D’abord par une gratitude profonde à l’égard de la journaliste Marie-Maude Denis qui permettait ainsi au roman d’atteindre un public encore plus large à travers le Canada. Gratitude également à l’égard des dizaines de milliers de personnes qui avaient voté pour mon livre, témoignant par là que les sujets que j’y aborde ainsi que la manière de le faire en font, à leurs yeux, un texte important. Il va sans dire que le fait que Marie-Maude Denis ait réussi ce pari face à quatre œuvres littéraires de haute facture grâce au vote populaire procurait à la victoire une saveur particulière. Le moment de surprise passé, j’étais donc heureux de ce résultat que je prends comme le signe d’une rencontre réussie, à un moment de ma carrière littéraire, entre le public et une certaine idée de la satire.

 

 

Que signifie pour vous être écrivain aujourd’hui ?

Je ne crois pas que le rôle ou le statut de l’écrivain ait fondamentalement changé depuis que Homos Sapiens a inventé les idéogrammes pour diffuser ses idées. Sans prétendre réinventer la roue, je vous dirais qu’à mon sens est écrivain celui ou celle qui, convaincu à tort ou à raison d’avoir quelque chose de singulier à dire, se donne le droit de quitter sa forteresse intérieure pour solliciter l’attention des autres au moyen de ses écrits, assume le rôle - ô combien présomptueux - de celui ou de celle qui croit avoir un savoir à partager, et qui accepte par le fait même de se remettre continuellement en question au fil des discours qui font écho à ses propres publications. Cela me semble valable quelles que soient la portée et l’incidence que lesdites publications peuvent avoir au plan politique, social, économique ou religieux.

 

 

La première de couverture de J’irai danser sur la tombe de Senghor incarne tout un symbole. J’ai adoré la couverture avant d’aimer le Contenu. D’où vous est venue cette inspiration ?

L’inspiration venait tout simplement des deux personnages secondaires du roman que sont la boxe et la rumba congolaise, puisqu’il s’agit là de deux personnages à part entière au cœur de cette fiction. Pour la petite anecdote, j’avais rendez-vous dans le marché By d’Ottawa avec un photographe professionnel et un ami artiste qui avait accepté de prêter son visage au chanteur Modéro, le narrateur dans J’irai danser sur la tombe de Senghor. Une fois sur le lieu, nous avons attendu l’ami comme on attendrait Godot. C’est alors que le photographe m’a lancé : « Au fait Blaise, cela a dû t’échapper, mais il se trouve que tu es Noir comme ton personnage. Pourquoi tu n’attraperais pas cette guitare pour donner corps à Modéro ? » J’en ai d’abord rigolé parce que pour moi il était hors de question que je me voie sur la couverture de mon propre roman. J’ai suffisamment d’occasions de voir quotidiennement ma silhouette dans un miroir, tout de même ! Mais comme je ne trouvais pas d’alternative et que le temps nous était compté, je me suis prêté au jeu. Au point que mon père, lorsqu’il a reçu sa copie du livre à Kinshasa, n’a pas cru au premier abord que le visage qui se cachait derrière le chapeau était mien. Même quand je confirmais ce que ma sœur lui avait dit et redit, il doutait encore.

 

 

Vous êtes Canadien certes, mais avant tout et aussi congolais… alors, peut-on dire que lorsqu’on fait partie de deux fratries différentes, la place que l’on y occupe compte beaucoup ? Comment pouvez-vous définir comme complètement écrivain canadien et complètement écrivain congolais ?

Votre question se résume me semble-t-il à celle, plus générique, de l’identité, et qui est la même que l’on soit écrivain, joueur de basket-ball ou plombier. Je ne vous surprendrais pas en disant que le fait d’avoir passé près des deux-tiers de ma vie au Congo fait en sorte que je suis pétrie de culture africaine, plus exactement congolaise. Parce que cette culture constitue le noyau de mon être, parce qu’elle nourrit à la fois mon rapport à la vie et mon imaginaire, elle ne peut que se refléter dans mes écrits. Mais que l’on me montre un seul africain qui, après avoir été « à l’école européenne », après avoir eu la chance de rouler sa bosse loin de la terre qui l’a vu naître, serait resté inchangé. Je suis donc forcément dans une sorte de transculturalité en étant à la fois africain et nord-américain, riche d’une culture afropéenne et judéo-chrétienne indéniablement, toutes choses qui font de moi un être qui habite les frontières tout en sachant très exactement d’où il vient. Après, je n’ai pas d’objection aux qualificatifs que les uns et les autres pourraient choisir pour me désigner : écrivain congolais, canadien, franco-ontarien, je suis tout cela, et bien plus, sans aucun doute. 

 

 

Vos personnages… disons les personnages de vos romans… Le petit Che, Fourmi rouge par exemple ou Jean Le Gourou ont-il une existence dans le réel ?

Si aucun parmi eux n’a réellement existé, je confesse n’avoir pas dérogé à ce dans quoi tous les écrivains excellent depuis que la littérature permet de dire et d’interroger le monde : piquer dans la vie de mes contemporains ce que je trouve de beau ou de laid, de limpide ou d’énigmatique, pour le leur rendre sous le fallacieux prétexte de la fiction. L’important pour moi est et sera toujours de nous donner à revisiter la seule chose que nous partageons sans l’ombre d’une nuance : l’universelle condition humaine.

 

 

L’écriture de Blaise Ndala : L’intertextualité, les images qui occupent une place importante ainsi que le détail, la place de l’humour pour dire les choses… On a l’impression que cela vous permet d’assouplir une certaine colère et de montrer qu’un écrivain a toujours des auteurs de référence. Le style est fluide même si on note une certaine culture. Est-ce un travail conscient ?

Mes textes, cela ne vous aura pas échappé, frisent souvent la satire. Or l’humour est à la satire ce que la musique est à la mélancolie : un exutoire à une certaine forme d’impuissance dans le champ du réel. Un réel qui peut parfois, je vous l’accorde, générer colère et désenchantement, mais aussi joie et exaltation. Et je ne pourrais dire cela sans faire aussitôt un lien avec l’intertextualité que vous évoquez. D’abord pour mentionner que l’écrivain qui m’aura le plus marqué, étant jeune, en la personne de Sony Labou Tansi, est un diable de la satire et donc de l’humour le plus décapant qu’il m’ait probablement été donné de savourer comme lecteur. Ensuite pour confirmer ce que vous suggérez dans votre question : l’intertextualité m’a souvent permis de rendre hommage à des auteurs, hommes et femmes, qui occupent une place de choix dans mon esprit et dont les imaginaires influencent ou ont influencé ma perception du monde. Ce qui veut dire qu’il y a à la fois une part consciente dans ce que le lecteur découvre dans mes livres et une autre, inconsciente celle-là, dont je ne saurais circonscrire les contours.

 

 

Quand je vous lis et écoute vos interventions, je pense à Julien Benda. Dans La trahison des clercs, ce dernier affirme affirme ce qui suit : « Les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la justice et la raison, et que j'appelle les clercs, ont trahi cette fonction au profit d'intérêts pratiques ». Êtes de vous de cet avis ? Les écrivains, notamment en Afrique résistent-ils à l’oppression de la politique qui leur impose la soumission de leur plume et de leur conscience ?

Julien Benda nous a laissé cet ouvrage qui est en fait un manifeste de méfiance face aux tenants des idéologies qui ont dominé les 19ème et 20ème siècle. Il est bon de rappeler que le philosophe et écrivain pensait tout particulièrement aux intellectuels fascistes, nationalistes et communistes de l’entre-deux guerres, ainsi qu’aux écrivains dit « engagés » à qui il reprochait de servir non pas des valeurs comme la vérité ou la justice, mais une idéologie. Être de son avis, c’est s’adjuger un rôle de procureur que je trouve bien encombrant et peu glorieux du reste. Une chose est de romancer les travers de mes contemporains – du juge qui se laisse corrompre à l’humanitaire qui louvoie avec la belle mission de l’organisme qui l’envoie « sauver le Tiers-Monde » -, une autre est de reprocher à une catégorie d’écrivains de sacrifier les valeurs désintéressées au profit d’intérêts pratiques, pour reprendre les mots de Brenda. Encore qu’il n’y ait pas que la politique ou l’idéologie pour asservir une plume, des considérations bien plus mesquines et pernicieuses comme la soumission à l’argent, le conformisme ou le simple désir de plaire peuvent entraîner leur part d’inhibition et d’autocensure. Ma responsabilité, si tant est que j’en aie une, serait plutôt de prendre à bras le corps les enjeux que je juge importants et au sujet desquels j’ai des choses à dire ou des actes à poser. Cela m’occupe assez pour ne pas avoir à en rajouter. 

 

 

Blaise Ndala, juriste fonctionnaire dans les bureaux d’Ottawa et dans les prisons fédérales le jour, écrivain le soir. Cela habite et séduit… une humanité, un défenseur des droits humains… Vos romans ont aussi une dimension politique… quel est le message de votre engagement littéraire ?

Il est vrai que l’acte d’écrire est un engagement en soi, indépendamment de ce que tel ou tel auteur convoque dans ses écrits, de ce qu’il est ou n’est pas à la ville. Après, je pense que la notion de politique dans le champ de la création littéraire est bien plus complexe qu’il n’y paraît : une histoire d’amour entre deux filles dans une fiction signée par une romancière iranienne ou un poème écrit par un jeune sénégalais sur les tribulations d’un polygame de Ziguinchor peuvent être jugées plus politiques qu’une pièce de théâtre sur la corruption dans l’Italie du 21ème siècle. Mais pour répondre plus directement à votre question, je dirais tout simplement que comme n’importe quel écrivain, mes textes sont nourris par mes sensibilités qui sont tout, sauf monochromes. Partant, les expériences intellectuelles et socio-professionnelles que vous avez rappelées y jouent certainement un rôle, que cela se passe de manière consciente ou non. Aux lecteurs et aux critiques de se farcir la tâche d’identifier un message d’un texte à l’autre, si message il y a.

 

 

J’irai danser sur la tombe de Senghor sera adapté au Cinéma. Comment cela s’est-il passé ?

Rachid Bouchareb, le réalisateur franco-algérien que l’on ne présente plus, qui travaille depuis quelques années entre Paris et Los Angeles, était à la recherche d’une fiction qui aborde de façon décalée et originale « le combat du siècle » d’octobre 1974 à Kinshasa entre Mohamed Ali et George Foreman. C’était il y a bientôt trois ans, au moment du décès de l’homme qui fit vibrer Kin-la-belle aux cris d’ «Ali boma ye ! » C’est au bout d’une petite recherche sur le web, me dira-t-il, qu’il tombera sur mon premier roman et en fera la commande. Un an plus tard, après qu’il en avait acquis les droits en vue d’une adaptation cinématographique, il m’invitait à Hollywood pour travailler sur le scénario que nous avions commencé à écrire à quatre mains. Il s’agit là d’un projet de longue haleine qui suit tranquillement son bonhomme de chemin et dont l’aboutissement resterait difficilement dans le registre du secret.  

 

 

J’irai danser sur la tombe de Senghor est… très original, une marque de notre temps. Qu’est-ce qui vous l’a inspiré ?

Le roman est né d’une idée qui m’a longtemps habité, en réalité depuis la fin de mon adolescence au Congo, alors Zaïre. Pour faire court, je vous dirais que c’est mon oncle Eustache que nous appelons Abou Nidal, grand amoureux de boxe et grand danseur de rumba devant l’Eternel, qui, sans le vouloir, m’a mis dans la tête l’idée de ce livre qui lui est d’ailleurs dédié. C’est qu’à force de l’entendre me rabattre les oreilles sur le combat épique qui sanctionna le grand retour de Mohamed Ali, événement qu’il associait au « paradis perdu » du grand Zaïre dont il faisait le deuil entre deux concerts de Zaïko Langa-Langa, je m’étais fait une promesse : un jour, lorsqu’en moi se sera cicatrisée la blessure du mobutisme, je convoquerai les anges et démons de ce grand soir que nous promettait l’homme à la toque de léopard, Mobutu Sese Seko pour ne pas le nommer. Vous connaissez la suite.

 

Le thème de Sans capote ni kalachnikov est une critique du Néo-colonialisme, des Dictatures et de l’humanitaire comme business… Mais c’est aussi un éloge à l’espérance. Peut-on dire que la rédaction de ce roman vous a rapproché de vous-même, de vos aspirations profondes ?

Ce que je sais, c’est que chaque texte que j’écris constitue un moyen de poser des questions que font naître en moi les différentes déclinaisons de la condition humaine. Comme pour mon premier livre, il a fallu des années entre la RDC, la Belgique, le Canada et Haïti, pour que l’idée assez confuse de ce que j’appellerais plus tard « l’égocharité » se cristallise dans mon esprit. Il a fallu ce temps pour que j’en glane suffisamment au Sud comme au Nord avant de me sentir prêt à donner forme à une fiction inspirée en partie du sort des femmes du grand Kivu, dans l’est du Congo. Je ne sais pas si écrire ce livre m’a rapproché de mes aspirations profondes. Je sais en revanche qu’il aura été un beau prétexte pour enclencher une discussion avec des hommes et des femmes que j’ai eu le bonheur de rencontrer sur différents continents, autour des thèmes qui sous-tendent la tragédie relatée par les cousins et ex-soldats Fourmi Rouge et Petit Che.    

 

 

Quel est le sujet qui vous inquiète le plus en ce moment ?

Sans hésiter, le retour en force des idées nauséeuses d’une époque que nous croyions révolue, époque qui fut témoin des crimes les plus odieux dont des êtres humains puissent se rendre coupables : trafic d’êtres humains fuyant la détresse vers des terres inconnues, nationalisme exalté à la limite du fascisme, repli sur soi sur fond des politiques visant ni plus ni moins à assigner à résidence les deux tiers de l’humanité, racisme et sexisme décomplexés y compris dans des sociétés qui aiment à se présenter en parangons de vertu sur la scène internationale… La liste, hélas, est bien longue et affligeante. Mais si je suis inquiet, je suis également optimiste. Je le suis car partout se lèvent des voix de la résistance, se multiplient des gestes d’humanité de la part d’hommes et de femmes qui, de Lampedusa à San Diego, choisissent la prison plutôt que de laisser crever à la belle étoile ou dans le vendre de l’océan leurs semblables.

 

 

J’ai lu quelque part… Dany Laferrière a fait découvrir Haïti, Kim Thuy a fait découvrir le Vietnam, Blaise Ndala fait découvrir le Congo. En dehors de l’immigration, qu’avez-vous de commun avec ces deux écrivains ?

Ce sont là les mots de Marie-Maude Denis prononcés le soir de la victoire au Combat national des livres. Je n’avais jamais pensé à ce que je pourrais avoir en commun avec Kim Tuy dont j’ai savouré avec délectation les livres, jusqu’à ce que vous me posiez la question. Me revient alors à l’esprit le fait que nous avions tous les deux fait des études de droit et étions passés par la case barreau. Quant à Dany Laferrière, eh bien, regardez comment le grand frère abuse de « l’art presque insolent du titre » pour comprendre qu’ayant signé tour à tour J’irai danser sur la tombe de Senghor et Sans capote ni kalachnikov, je pourrais difficilement jeter la première pierre à l’auteur de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, grand amoureux, comme moi,  du café et des mangues juteuses d’Haïti.

 

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Crédit photo: Etienne Ranger

La francophonie a –t-elle un avenir en Ontario ?

Le fait francophone, contre vents et marrées, a plus de 400 ans en Ontario. Nous sommes nombreux à croire qu’il sera encore là à la fin de ce siècle et bien au-delà, que des hommes et des femmes se lèveront d’Ottawa à Thunderbay en passant par Hearst chaque fois que la résurgence des forces hostiles à la diversité le menacera. Ce ne sont pas ceux qui ont vu les Franco-ontariens remporter une bataille à la David contre Goliath pour sauver l’hôpital francophone Monfort d’Ottawa en 1997 qui me contrediront.

 

 

Un roman en préparation ?

Un roman historique qui n’arrivera pas avant 2020.

 

Merci Blaise

 

  

Propos recueillis par Nathasha Pemba,

 

 

 

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Robinson Ngametche: Être intégré ou développé ne veut pas dire nier sa culture encore moins l’oublier

23 Juin 2019, 20:47pm

Publié par Nathasha Pemba

Amoureux du patrimoine et spécialiste sur la question, Robinson Ngametche, Québécois d’origine camerounaise, PRIX DU PATRIMOINE DES RÉGIONS DE LA CAPITALE-NATIONALE (QUÉBEC) ET DE LA CHAUDIÈRE-APPALACHES". Catégorie "Interprétation et diffusion"  a accepté de nous rencontrer.

 

En cette belle soirée de Juin, nous voici aux Plaines d’Abraham situées dans le Vieux-Québec à côté du Parlement, non loin du Château Frontenac. Il y a six siècles environ, ce lieu avait été trouvé par un colon écossais pécheur et pilote. Au XVIII siècle, durant la guerre de Sept ans, ces terres sont la scène de la bataille des Plaines d’Abraham au cours de laquelle l’armée britannique escalade les parois abruptes de la colline de Québec dans la nuit. Il surprend les Français et les bat. Cette bataille laisse le contrôle du verrou de Québec aux Britanniques, ce qui leur donne une année plus tard le contrôle de la Nouvelle-France et la capitulation de Montréal.

 

Nous avons choisi ce lieu parce que Les Plaines d’Abraham comme lieu historique nous parlent et aussi parce que c’est un lieu qui inspire la paix et la quiétude. Quand on est à cet endroit, on a l’impression qu’on a déjà vu tout Québec.

 

Bonjour Robinson, comment vas-tu ?

Je vais très bien. Merci

 

Alors Robinson, comment décrirais-tu ton parcours ?

J’ai un parcours classique… ordinaire. J’ai étudié l’Histoire au Cameroun avant de voyager à l’université Senghor d’Alexandrie où je suis allé faire le programme du Master en développement option gestion du patrimoine culturel. De là, je suis allé en France pour réaliser mon stage au musée Aquitaine de Bordeaux. La question du patrimoine culturel immatériel m’intéressait et à partir de là, j’ai eu une ouverture pour la recherche au Canada comme stagiaire. Je suis venu à Québec.

 

Découvrir ma cité… de quoi s’agit-il exactement ?

C’est un projet d’innovation sociale et culturelle né à l’été 2017. Il vise à faciliter l’installation et l’intégration des nouveaux immigrants dans la ville de Québec à travers les principaux éléments de son patrimoine culturel. Le projet est constitué de deux activités principales : Un circuit dans le vieux Québec et un souper interculturel. Il faut noter que les circuits empruntés ont un lien avec l’immigration: la colline parlementaire, l’édifice Price, le séminaire de Québec, le château Frontenac, la place royale et le musée de la civilisation

 

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Une vue de la ville de Québec

 

 

 

Tu as fait de la connaissance de l’art et de la culture de Québec ton cheval de bataille, notamment avec la connaissance du patrimoine et de l’histoire pour les immigrants… Quel objectif espères-tu atteindre avec cette implication ?     Penses-tu qu’il est possible de faciliter l'installation et l'intégration sociale et culturelle des immigrants dans la société québécoise avec ce moyen ? Quelles sont les stratégies ?

L’immigrant peut découvrir l’histoire de Québec et l’histoire des immigrants qui l’ont précédé… connaître l’histoire des autres immigrants est important. Cela permet de comprendre comment ils se sont organisés.

 

 Découvrir ma cité c’est un moyen qui facilite l’intégration des migrants 

 

Le projet « Découvrir ma cité » est comme un pont entre deux cultures. Le projet vient rallier la culture de la communauté d’accueil et de la communauté immigrante. Lorsque cela met en valeur le patrimoine culturel de la ville et des québécois. Cela met aussi en valeur le patrimoine culturel des immigrants parce que ce patrimoine est appelé à être conservé, à être transmis aux générations futures. Cela facilite l’intégration et développe un sentiment d’appartenance à la ville.

 

 

Il y a une phrase qui dit presque tout de la ville de Québec : « l’accent d’Amérique ». Pour moi cela signifie beaucoup de choses, pas seulement l’Amérique, mais le monde dans mon imaginaire. Alors dans quels musées de Québec notamment as-tu eu l’impression d’être dans une dimension totalement universelle ?

Bien évidemment. Quand je visite par exemple le Musée de la civilisation, il y a des exposés qui renvoient non seulement à la culture québécoise mais aussi à la culture des autres communautés. En 2017, il y a eu une exposition qui portait sur l’Égypte ancienne. Pourtant cela n’a rien à voir avec la culture québécoise, mais le musée c’est un temple du savoir. Il ne représente pas seulement la culture de la localité. Il représente aussi la culture du monde entier, la recherche… Dans chaque musée il y a toujours un volet recherche que l’on met en valeur et tout le monde peut s’y retrouver… Lorsqu’on se promène dans la ville de Québec, on a l’occasion de voir les marques des autres communautés. Il y a par exemple, la rue des Poètes, une rue intégrée dans le circuit « Découvrir ma cité ». C’est une rue réservée aux poètes internationaux… bien au-delà. Ce sont des poètes de renom… ce ne sont pas des poètes québécois mais des poètes du monde… À la place de l'Assemblée Nationale au pied de la porte Saint-Louis, il y a le buste de Gandhi… Nous connaissons tous l’histoire de Gandhi démocrate et apôtre de la non-violence. Et quand on arrive à Québec, cela nous donne un sentiment d’appartenance à une certaine culture de la Paix, de l'amitié, de la fraternité et de la non-violence… et Québec c’est un peu cela

Musée de la Civilisation à Québec

 

 

Nous avons tous droit à un lieu qu’on aime, qui nous remet les pendules à l’heure, alors quel est pour toi le Musée où le patrimoine qui te parle le plus ici à Québec ? Et pourquoi ?

 

La ville de Québec est une ville patrimoniale, une ville classée sur la liste du patrimoine mondial. C’est un label, un objet précieux que les spécialistes du patrimoine aimeraient découvrir. J’ai découvert la ville de Québec avant d’être à Québec. Quand j’étais à l’université Senghor d’Alexandrie, nous travaillions surs les patrimoines mondiaux de l’UNESCO. Il y a notamment le Musée de la civilisation qui est un musée avec une renommée mondiale…

Ce qui m’attire dans la ville de Québec, c’est premièrement son caractère patrimonial, deuxièmement c'est le Musée de la civilisation qui renferme les collections des objets de la culture pas seulement des québécois mais aussi de toutes les communautés culturelles qui sont passées par ici.

 

https://www.youtube.com/watch?v=8G-JC77ipi8

 

Immigrants et Culture… Cela me fait penser à une citation qui revenait sans cesse au lycée : « La culture c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout oublié »… C’est d’Émile Henriot je crois… quel lien ferais-tu ?

 

Chacun est libre d’adopter sa culture d’origine ou la culture de sa communauté ou de sa ville d’accueil. Je dirai que la communauté en général c’est quelque chose qui est spécifique à quelqu’un. J’ai une culture, tu as la tienne, le Québécois a la sienne. Une personne qui quitte son pays et qui arrive dans un nouveau pays est libre d’adopter entièrement la culture du lieu qui l’accueille ou faire la cohésion de deux cultures… ne pas se détacher entièrement de ses origines mais garder des marques ou bien s’intégrer dans la culture de l’autre. Les deux ne sont pas incompatibles. Être intégré ou développé ne veut pas dire nier sa culture encore moins l’oublier.

La culture c’est la manière de comprendre le monde, de fabriquer des faits sociaux… Dans chaque culture il y a des points positifs et négatifs.

 

Robinson nous parle de sa philosophie de vie et de bien d’autres choses encore… Cliquez sur la vidéo…

 

https://www.youtube.com/watch?v=kfG1iIsDDZM

 

Les projets de Robinson… Cliquez sur la vidéo ci-dessous

 

https://www.youtube.com/watch?v=72xCrZfezjg

 

 

Interview réalisée par Nathasha Pemba

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Suzanne Kemenang, éditrice francophone dans le paysage ontarien

9 Juin 2019, 18:32pm

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Suzanne, comment allez-vous ?

Bonjour Nathasha, je vais très bien merci.

 

Qui est Suzanne Kemenang ?

Suzanne Kemenang est une jeune femme entrepreneure, fondatrice des Éditions Terre d’Accueil, une maison d’édition francophone basée dans la grande région de Toronto, en Ontario. Je suis originaire du Cameroun et je vis au Canada depuis 2007.

 

Une éditrice francophone dans le paysage ontarien…  Quels sont vos défis ?

 

Je n’ai jamais vécu ma francophonie en Ontario comme un handicap, bien au contraire ! Être francophone en Ontario, pouvoir vivre et travailler en français, permet de développer rapidement un sentiment d’appartenance à une grande et belle famille. Il y a aussi beaucoup plus d’ouverture et d’accessibilité à bien des égards, ce que je n’ai pas toujours retrouvé au Québec, c’est pourquoi je parlerais plus d’opportunités que de défis d’après ma propre expérience. Opportunités parce que les Éditions Terre d’Accueil viennent combler un besoin de représentation d’une bonne partie de la population francophone, ontarienne et même canadienne issue de l’immigration et mettre l’accent sur les auteurs et les sujets qui se rapprochent de leur réalité.

 

L’Ontario et le Canada en général étant une terre d’immigration par excellence, les sujets qui pourraient être traités autour de l’immigration et dont aucune autre maison d’édition francophone hors Québec ne parle, sont infinis. De même, les individus issus de ce mouvement de population au Canada ou ailleurs et qui contribuent à l’avancement de leur terre d’accueil ont beaucoup de choses à partager parce qu’en fin de compte, on vient tous de quelque part et on a toujours quelque chose à apprendre de l’autre dans sa différence et sa singularité.

 

***

Je n’ai jamais vécu ma francophonie en Ontario comme un handicap, bien au contraire !

***

 

 

Terre d’Accueil est votre maison d’édition : Quels sont les domaines explorés par votre maison d’édition… les sujets de prédilection ?

 

La maison d’édition a choisi de ne pas publier des ouvrages de fiction, mais de se concentrer sur les biographies, les guides pratiques, les beaux livres ou encore des ouvrages en spiritualité et croissance personnelle. De cette façon, la possibilité sera donnée aux auteurs de mettre en avant leurs compétences et les faire connaître au moyen d’un livre. Nous espérons aussi révéler des talents, donner une plateforme à des personnes qui ne sont pas nécessairement tournées vers la fiction et qui ont des histoires à raconter, des expériences à partager ou des connaissances à transmettre.

 

Il existe aussi au sein des Éditions Terre d’Accueil une section dédiée aux projets spéciaux qui permettra à la maison d’offrir des services clé en main. Ces projets seront des occasions d’accompagner des organismes ou des particuliers dans leur travail éditorial à des fins de publication.

 

 

La francophonie, parlons-en… La francophonie a-t-elle un avenir en Ontario ? Et au Québec ? Et dans le monde ?

 

L’avenir de la francophonie repose sur la capacité des pays comme le Canada qui accueillent les francophones en provenance du monde entier, de miser sur la pluralité et la diversité des différentes cultures francophones pour garantir l’avenir de cette belle langue ici et ailleurs.

 

Imaginez-vous en face d’un enseignant à l’oral qui vous dit ceci : « Le meilleur est ma destinée », dites-moi en deux phrases ce que vous en pensez…

Suivre sa voie. Avoir confiance en l’avenir.

 

Des projets ?

 

Plein la tête ! Dont quelques-uns qui me tiennent particulièrement à cœur et que j’espère lancer très bientôt, mais aussi de belles collaborations à venir. Restez à l’affût pour plus de détails !

 

Notre site internet : www.terre-daccueil.com

Facebook : @editionsterredaccueil

 

Merci

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

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Préparation au combat de Mattia Scarpulla

1 Juin 2019, 08:00am

Publié par Nathasha Pemba

Préparation au combat est le quatrième ouvrage de Mattia Scarpulla, auteur québécois d’origine italienne.

 

Dans ce recueil, on apprend que la vie est un combat et pour y demeurer, il faut être prêt, se préparer à la confrontation, aux différences, aux joies, aux peines, aux rencontres et aux séparations… On n’obtient rien sans combat. Ce recueil de nouvelles, à mes yeux, fait écho à ces vers de Victor Hugo :

 

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.

Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.

Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime ».

 

La vie est un combat. Il faut s’y préparer pour se maintenir en vie, continuer à vivre et s’ouvrir aux possibilités réalisables. Vivre, expérimenter, lutter, combattre, se battre. L’autre, apparemment adversaire ne le devient que si nous aussi nous nous posons en adversaires devant lui. C’est la question de l’altérité.

 

Dans ce recueil, l’auteur associe une certaine autobiographie à une fiction à partir des lieux réels et des souvenirs communs. Les histoires aussi diverses les unes que les autres mettent en lien des personnes dont la première caractéristique est leur différence visible. Scarpulla invite ses lecteurs à aller au fond des choses de la vie pour comprendre que sans autrui, la vie n’est pas possible.

 

S’il y a plusieurs personnages dans ce recueil de nouvelles, il y en a deux assez insolites qui reviennent du début à la fin du livre : Le Québec et l’Italie. Ce qui  se comprend aisément car l’auteur est italien d’origine et habite le Québec. Tous les autres personnages varient en fonction des nouvelles. Il y a, par exemple, Éric, Geneviève, Barbara dans la nouvelle qui donne son nom au titre du recueil.

 

Ces personnages d’origine, de religion et d’orientation sexuelle différente se baladent à travers le Québec et notamment dans la ville de Québec.

 

Dans la nouvelle qui donne au recueil son titre, Préparation au combat, il est question de la disparition d’une trentaine d’enfants. Personne ne sait où ils se trouvent. Cette disparition occasionne un retour à la fraternité dans les quartiers. En effet, lors des enquêtes, les populations ressentent le besoin de se ressouder autour de cette cause. Il neige, il ne fait pas beau du tout, mais cela n’empêche pas les gens de se mettre ensemble afin de trouver des solutions. Éric découvre la saveur de la bière dans chaque maison qu’il visite. La bière lui donne du tonus et le réchauffe dans ce froid hivernal parfois plombant.

 

Au fil de la nouvelle, Scarpulla laisse entrevoir une histoire d’amour assez complexe. Éric et sa sœur Geneviève sont amoureux d’une même femme : Barbara l’Italienne. Tous les trois vivent une relation amoureuse et chacun ou chacune, sans pourtant être possessif ou possessive, se contente de ce qui lui revient. Ce type de relation revient aussi dans la nouvelle intitulée : « Laura, Andrea, Daria, et Pietro n’habitent plus en Italie ». Dans cette dernière nouvelle, il est davantage question de relation homosexuelle entre les différentes personnes qui vivent des déceptions et qui se partagent l’amour d’une façon très simple.

 

Si Éric n’envisage pas de quitter son Québec natal pour Barbara qui doit bientôt rentrer en Italie, Geneviève elle, pressent qu’il s’agit là d’un amour éternel. Pour Barbara elle est prête à tout… même tuer, affirme-t-elle à son frère. Elle se crée des amis italiens, elle apprend l’italien et se teint les cheveux comme Barbara, elle adule Venise et envoie sa candidature dans des universités italiennes. Elle prend des risques…

 

Dans la plupart des nouvelles de ce recueil, l’amour qu’il soit charnel, spirituel ou platonique est au rendez-vous. Il se décline de plusieurs manières.

 

Dans la première nouvelle, par exemple, Diversité culturelle, diversité religieuse et diversification de sentiments sont au rendez-vous. Chaque prénom, chaque personnalité traduit une réalité humaine. Comme le monde est divers, les relations entre les personnages durant ce voyage en auto laisse défiler les réalités du passé, l’amour, la séparation, les préjugés, les conflits, les sous-entendus et l’amour…

 

Préparation au combat ou l’éloge de la rencontre ?

À n’importe quel moment, une rencontre peut nous surprendre parce qu’elle peut nous ouvrir à la vie ou nous fermer la porte de la Vie.

 

À certains endroits de ce recueil, Scarpulla m’a fait penser à Alice Munro (la souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine) non point dans le style, mais dans les thèmes qui ont trait à l’intersubjectivité et qui vous plongent, juste en quelques descriptions, dans un univers comme si vous vous trouviez dans un restaurant où il vous faut décider de votre choix.

 

Ce qui m’a aussi charmé dans ce recueil de nouvelles, ce sont d’abord les histoires. Je suis très sensible à la question du Vivre-ensemble et la manière de souligner les différences des gens qui malgré tout partagent le même univers est assez remarquable. Il y a aussi la question du terrorisme qui n’est peut-être pas très présente au Québec mais qui reste une question tout de même… Il y a aussi le style, discontinu, aiguisé et confiant qui interpelle le lecteur vigilant.

 

« J’ouvre une armoire et déverse le contenu de mon estomac sur les vêtements de Carlo. Ma main trouve l’interrupteur. Je contemple avec plaisir le dommage causé. Carlo devra s’offrir de nouveaux habits de luxe. En remettant le meuble, je sursaute. Une présence dans mon dos ».

 

 Toutes les nouvelles de Préparation au combat, traduisent les rapports humains, lieu de la rencontre, du conflit et de l’harmonie aussi. Il y a notamment les Origines. Scarpulla traduit l’amour des origines en lien avec l’exil comme pour dire que l’exil ne nous déracine pas toujours complètement… bien au contraire, il nous rapproche très souvent de ce que nous sommes en réalité et d’où nous venons. Dans la nouvelle « Un arbre dans la rue », Margherita repense à son Italie natal après cinq ans de vie à Québec. Tous les souvenirs remontent et elle n’en peut plus, elle veut rentrer chez elle à Bologne. « Les apéros sur la place, les après-midi à la plage de Porto Venere, la musique de son adolescence, les manifestations à l’université »… Tout cela lui manque à Québec. Mais elle veut surtout sauvegarder le patrimoine italien que la dictature est en train d’avaler par faux amour des traditions :

 

« Nous devons rentrer en Italie

Nous devons donner l’exemple aux autres expatriés

Nous devons partager nos expériences à l’étranger

Nous devons essayer de changer les choses, avant que la dictature ne s’installe définitivement »

 

Cette nouvelle à elle seule transporte le lecteur dans l’Italie traditionnelle et moderne. On y retrouve des questions politiques mais aussi des situations ambiguës où finalement on ne sait pas qui sont réellement nos proches : des espions, des membres de la mafia ?

 

L’origine et l’exil constituent ce qu’il y a de plus complexe dans le monde. L’origine comme l’exil laisse un vestige, une marque. Cela peut être une cicatrice, un souvenir, un amour, une déception, un goût, une mélodie comme on le voit dans tout le recueil où la chanson italienne demeure le point de repère pour ceux qui sont partis. C’est tout cela qui définit ces immigrants, ce qui fonde leur richesse tant individuelle que collective.

On ne quitte vraiment jamais chez soi, même si on décide de partir un jour. La migration ou le déplacement des personnes n’est jamais anodine. Il y a comme cette idée d’éternel recommencement car il faut toujours se réinstaller physiquement d’abord ( on reste longtemps chez soi mentalement, même après le déplacement surtout lorsqu’il n’est pas voulu). Et c’est un enjeu fondamental parce que l’on risque de rater son intégration et passer à côté du bonheur. L’éternel recommencement de vies déplantées volontaire ou involontaire. Partir oui, mais pour quoi ? Scarpulla essaie de montrer ici que si partir c’est mourir un peu comme dit la chanson, il faut bien renaître quand on arrive au lieu d’immigration, construire, s'organiser et penser l’avenir. Effectivement, l’exil ne peut se penser sans terre d’accueil. Et ici dans le recueil de nouvelles, Québec, Montréal, Rivière du loup et d’autres lieux forment la terre d’accueil avec tout ce qu’il y existe de complexe.

 

 J’ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles de Mattia Scarpulla. Les histoires et la construction traduisent sans doute quelque chose de l’auteur lui-même. Les chemins sont inattendus, les chutes sont bonnes. Les souvenirs font voyager et l’idée du futur fait entrevoir quelque chose de meilleur. Toutefois, on ne manquera pas de mentionner que si les rencontres sont apparemment extérieures, elles demeurent éminemment intérieures. Dans la vie, il n’ y a pas de hasard.

Je vous recommande ce recueil et souhaite bon vent à Mattia Scarpulla !

Un grand merci au service Presse des éditions Hashtag.

 

Nathasha Pemba

 

Références du livre

Mattia Scarapula, Préparation au combat, Montréal, Hashtag, 2019.

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