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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Le fruit défendu de Ives Loukson S. Loukson

28 Décembre 2018, 13:22pm

Publié par Nathasha Pemba

Le roman de Ives Loukson fait partie de ces livres dont à la seule lecture du titre, notre curiosité s’émancipe. Le fruit  défendu ? De quoi s’agit-il ? Du récit de la création ? On ne saurait le dire si on n’a pas ouvert le roman pour le lire.

 

Pour comprendre ce roman, il faut se replacer dans le contexte des démocraties africaines. L’histoire se passe en Philombie, pays imaginaire d’Afrique noire francophone certes, mais surtout- et c’est ce qui m’a semblé intéressant- pays dont la terminologie est issue du nom d’un écrivain camerounais René Philombe.

La Philombie se situerait donc en Afrique centrale.

 

« La philombie est le pays de naissance de René Philombe. Très imaginatif dès son plus jeune âge, cet ami à moi découpa le nom que lui donnèrent ses parents à la naissance, le réorganisa afin d’obtenir cette admirable combinaison. Ce nouveau patronyme était le symbole de sa désapprobation envers le comportement du pays auquel il appartenait. Celui-ci tuait impunément ses propres enfants. Pour lutter contre cette auto criminalité, Philombe investit ses efforts dans la recherche d’un nouvel ordre, où l’homme ouvrirait sa porte aux autres hommes tout simplement parce qu’ils lui ressembleraient ».

 

Ainsi dans l’esprit de Bambara le griot, la Philombie ici est le pays à venir, pays à construire à l’Ouest de l’Afrique centrale, un peu vers l’Équateur. En expliquant l’histoire de ce pays à Essama et Ouandié, le griot note que la caractéristique principale de la Philombie, c’est le verbe attendre. Bref, c’est le pays de l’attente sur terre. Pour mieux expliquer à ces deux jeunes l’histoire de leur pays, il met en scène deux personnages : Biya et son professeur d’Allemand, Monsieur Théno.

 

Biya est le symbole de la liberté et de l’émancipation. Dans le texte, elle est présentée comme l’avenir de la Philombie, celle-là qui étudie et lutte pour devenir la première femme-prêtre (disons prêtresse) de Philombie. Elle critique à ciel ouvert le gouvernement en place, ceux-là qu’elle appelle « les ennemis du progrès  qui aiment faire attendre».

 

On notera qu’à travers le visage de Biya se dessine aussi la situation de la femme dans ce coin de l’Afrique. Bafouée, abandonnée à elle-même, la femme philombienne est une femme qui doit se battre pour s’en sortir. En témoigne le cas de la maman de Biya qui après l’abandon de son mari est obligée de prendre en charge ses enfants, jusqu’à ce que celui-ci revienne un jour avec la proposition de marier Biya à son ami. Après le rejet de sa fille, le père se « lave les mains ».

 

Monsieur Théno incarne dans le roman, la victime, l’homme honnête en quelque sorte qui subit l’égoïsme des autorités du pays. Dans un monologue assez particulier, il déverse sa colère sur la société et ses bourreaux, se questionne sur la manière de réveiller la conscience de ses étudiants.

 

On retrouve dans le texte des injonctions critiques comme « ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut », réponse de Mokala président de la Philombie à un journaliste belge. Il fait allusion à François-Xavier Verschave pour illustrer la « France à fric »; critique le président de la Philombie qui travaille d’abord et avant tout pour l’intérêt de la France.

 

Bambara le griot arriva donc à la fin de son récit. Son objectif était d’amener Essama et Ouandié à se questionner sur leur engagement, continuer à réécrire l’histoire de la Philombie

 

Un roman considérable, mais qui demande beaucoup de concentration

Le roman de Yves Loukson révèle des aptitudes littéraires manifestes. Dans un style précis, sa langue et son écriture retiennent l'attention. La narration est maîtrisée. Elle porte le lecteur de dialogue en dialogue à découvrir la misère dans laquelle est plongée le peuple de la Philombie. Dès les premières pages, l’auteur nous rappelle l’histoire tragique des dictatures d’Afrique centrale. Roman social et politique, Le fruit défendu est un roman qui interpelle. En mettant en avant un enseignant, une fille cultivée qui veut devenir prêtresse, l’auteur traduit avec brio toute la marginalisation subie par les intellectuels et les femmes dans les dictatures africaines. Le rôle parfois hypocrite de la Religion est soulevée, sans oublier la France complice des dictateurs.

 

En somme, Le fruit défendu est un roman à lire et je vous le recommande vivement.

 

Nathasha Pemba

 

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Édito de Noël : Une Civilisation de l'Amour

23 Décembre 2018, 02:52am

Publié par Nathasha Pemba

Au moment où je m’apprête à écrire le mot de Noël du Sanctuaire de la Culture, j’ai envie de dire beaucoup de choses. Tout d’abord, j’ai une pensée pour vous qui depuis bientôt huit ans, avez choisi de suivre nos publications ici sur ce Blog. Un super grand merci à vous tous. Comme on dit chez nous au Québec : « C’est apprécié ». En fait, c’est parce que vous êtes là que nous sommes motivés. Ensuite, j’ai envie de crier le mot « Paix » sur tous les toits du monde parce que la fête de la Nativité c’est la fête de la Paix.

 

La Paix, c’est ce que nous recherchons tous. Chacun la recherche parce que toute personne, tout monde, tout lieu, toute rencontre, toute relation veut la Paix.

La Paix, nous le savons tous, est reliée à l’Amour.

 

Si j’étais politicienne, je dirais « pas de paix sans amour ». C’est le style des slogans favoris des femmes et hommes politiques d’aujourd’hui : Pas de ceci sans cela. Et ça s’arrête là.

 

Cependant je ne suis pas politicienne. Alors, je dis simplement : Aimons-nous. L’Amour c’est aussi, on ne le dira jamais assez, apprendre à convertir son regard sur l’autre. Il s’agit d’une éthique de la conversion du regard sur soi et sur l'autre qui nous inviterait à bien regarder la poutre qui est dans notre œil avant d'indexer et de chercher à tout prix, à ôter la paille se trouvant dans l'œil d'autrui. La conversion du regard comme gage de l’Amour : n’est-ce pas un beau challenge ?

 

Aimons-nous parce que l’Amour est l’un des plus beaux sentiments… l’un des plus beaux ai-je dit ? Non. L’Amour, c’est Tout. Il conduit à considérer l’autre comme un humain, comme un frère… un frère, une sœur en humanité. Je ne sais pas vous, mais moi j’aime l’Amour. Je suis amoureuse de l’Amour. L’Amour brille, l’Amour régénère, l’Amour rend bienveillant… D’ailleurs l’Apôtre Paul le dit si bien dans sa lettre au peuple de Corinthe :

 

J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais[1].

 

Difficile de ne pas aimer l’Amour surtout lorsque l’on est conscient de l’avoir reçu gratuitement. Comment ne pas le transmettre quand on l’a reçu ?

Sans Amour, le don ne peut être agréable ; sans Amour il n’y a pas de relation vraie. L’Amour supporte tout. Là où il y a l’Amour, il y a la Vie. Aimer donne du sens à Aider.

 

Sara, Élie, Thérèse de Lisieux, Helder Camara, Martin Luther King, Karol Wojtyla, Joseph Albert Malula et biens d’autres avaient compris que dans l’amour, il faut le sacrifice. Justement, il faut beaucoup aimer pour se sacrifier. Et ils ont aimé, aimé au point de sacrifier, de se sacrifier, d’aider, d’accorder de l’importance à autrui, de mourir par amour, de pardonner à un agresseur, de rechercher le meilleur, de redonner le sourire à un désespéré.

 

Aujourd’hui, ils et elles sont nombreux. Dans un monde, dans ce monde, le nôtre… Ils et elles acceptent de se donner et de donner. Juste par amour. Juste à travers le don de leur sourire, à travers un regard, un geste qui sauve… ils redonnent de l’espoir. Ce sont des êtres ordinaires certes mais leur intérieur est extraordinaire.

 

"Bien tard je t’ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée !"

 

SaintAugustin

 

Accueillir ou vivre Noël, c’est Aimer. Et donc, c’est passer une belle journée, c’est donner, c’est aider, c’est sourire, c’est être attentif ou envoyer un petit mot à un ami. Lui dire qu’on l’aime ou qu’on l’apprécie. Tout simplement. Noël, c’est dire du Bien de l’autre. C’est aussi J Prendre soin de soi. Et oui… prendre soin de soi n’a rien à voir ici avec l’égoïsme. Il faut être capable de prendre soin de soi pour oser prendre soin d’autrui. Bref il s’agit de s’aimer pour Aimer… Il y en a qui sont exaspérés lorsqu’on leur dit : « prends bien soin de toi ». Non. Il ne faut pas s’exaspérer pour ça. Pourquoi on doit prendre soin de soi ? Parce que ceux et celles qui nous aiment très fort ont besoin de nous savoir en paix. Parce que nous sommes Précieux pour eux. Parce qu’ils savent que nous prenons souvent soin des autres et que prendre soin de soi est la condition pour prendre soin des autres. Parce qu’ils veulent que nous fassions attention et que nous soyons prudent. Parce que nous travaillons beaucoup et nous devons nous reposer. Parce que nous pouvons compter sur leurs pensées positives. Parce que c'est important de garder une harmonie entre notre corps et notre âme. Parce que cela donne l'audace d'espérer. N’oublions pas que la vie est un Don... et tous les jours il faut l'entretenir... en commençant par prendre soin de soi-même. Prendre soin de soi c'est en quelque sorte recréer tous les jours l'existence.

 

Bref quand je te dis prends soin de toi cela signifie que tu m’es précieux… que je t’Aime.

 

L’année qui s’en va a été une année de richesse, d’humeur et d’humour. Débutée par la joie, elle se termine par le regard… dans mon cas. Merci à Toi que j’ai rencontré sur les routes de Québec. Merci à Toi de m’avoir permis d’expérimenter durant ces jours que je t’ai côtoyé l’expérience de la communication des silences. Merci d’être Toi et merci d’avoir compris que l’homme de bien n’a besoin ni de tapage ni de bouffissure pour exister. Merci à Toi d’être un Noël pour ceux et celles qui te rencontrent.

 

2018 s'en va!

C'est peut-être le moment pour ceux et celles qui le peuvent ou le veulent de faire un petit examen de conscience.

 

2019 s'en vient!

Il faut penser aux projets. C'est inéluctable, puisque l'avenir se conjugue toujours au présent. Entre livres lus, films regardés, musiques écoutées, expériences vécues, Joie, musées visités, Tristesse et malheur, la vie doit continuer. Ce matin je lisais ceci dans le roman Gilead : « Je sais qu'il y a une bénédiction quelque part dans tout cela ». C'était la réponse d'une épouse à son mari qui par son regard lui reprochait son scepticisme. J'ai beaucoup aimé cet échange silencieux où une seule voix s’impose. J'ai écrit avec la mine de mon crayon sur la marge de droite : La félicité des calamités, à méditer. Dans chaque calamité se cache une bénédiction pour ceux qui croient. « Tout est grâce ». En effet tout est dit. Ni fatalisme, ni déterminisme, ni pessimisme, ni résignation. Juste la foi, l'amour et la ferme résolution d'avancer en faisant le bien.

 

En 2019, le Blog Le Sanctuaire de la Culture continue avec vous son bout de chemin : les chroniques et analyses littéraires, les diverses cultures, les conversations qui nous nourrissent, les expériences de terrain, la vision du monde.

 

Abreuvons-nous au Sanctuaire !

 

D’autres belles découvertes vous attendent à l’intérieur de nos lignes.

 

Joyeux Noël à mes collaborateurs, à vous qui nous suivez et merci de votre fidélité.

 

Nathasha Pemba

 

 

[1] (1 Cor 13, 1-13)

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Immatériel de Dieudonné Niangouna

9 Décembre 2018, 03:07am

Publié par Juvénale Obili

 

« Immatériel » est une pièce de théâtre parue aux Éditions Cana en juin 2016. Son auteur est le créateur du Festival International de Théâtre de Brazzaville Mantsina sur scène. Dieudonné Niangouna, fils du Congo, a été fait chevalier des Arts et des Lettres de la République Française en 2015.

 

Dans cette pièce, Dieudonné Niangouna invite son lecteur à visiter son imaginaire. Il est en train de bâtir une histoire et son lectorat l'assiste dans son cerveau. Même si d'un moment à l’autre, il revient dans le réel sans trop savoir ce qu'il a déjà retenu comme histoire à écrire. L'œuvre en elle-même n'est que simple imagination où l'auteur se donne l'exercice de concevoir le matériel et donc sa pièce de théâtre. La mise en scène est jusqu'à lors insaisissable et immatérielle. En effet, il est en lui-même l'imaginaire, l'acteur, le metteur en scène et le public dans l'œuvre.

 

En parcourant l'ouvrage, le lecteur entre donc dans le cerveau de Dido, soit le surnom de Dieudonné Niangouna, où il s'adonne à son travail d'artiste dans lequel il veut confectionner une œuvre matérielle. Mais, il s'avère que cela reste immatériel jusqu'à la fin. Pourtant, tout au long de la lecture, le lecteur est témoin de tout ce que raconte une troupe d'acteurs qui constituent l'ensemble des protagonistes de la pièce. Sylvain, Armelle, Doris, Hermione, Becky, venus de l'imaginaire, dans le but de créer une histoire en partant des éléments puisés dans une, deux, trois autres histoires commentées et soumis à un tout nouveau exercice de ''performance théâtrale'' inspirée du bouquin de Joseph Danan « Entre Théâtre et Performance : la question du texte ». On peut croire que la création de l'auteur part de cette idée embrouillée, artistique et audacieuse. Dido, assis dans son bureau se sert des œuvres immatérielles d'autres auteurs pour s'inspirer dans la narration de sa pièce qui jusque-là se passe dans sa tête, où se trouve Dieudo, sa muse et son interlocuteur.

 

Par ailleurs, cette pièce livre une thématique tant soit peu surréaliste. Elle aborde des questions sur  la violence faite aux femmes naïves, le narcissisme aigu exprimé par les hommes pervers, le racisme et toute la désolation que fabriquent les sociétés, suivi de l'esprit cynique affecté à l'être humain.

 

En réalité, l’œuvre est un bouillon de l'environnement social qui s'est servi des faits sociaux quels qu'ils soient comme condiments afin d’exposer la consistance de la bêtise au milieu des sociétés où la politique polititicienne constitue un poison chronique.

 

À la page 31, par exemple, l'auteur écrit suit :

 

  « La science moderne n'a rien avili de cette Afrique mystique du début à la fin. On a juste changé les interprétations des choses. Mais les choses ne se sont pas déplacées. Nous avons déplacé notre regard. Nous avons regardé ailleurs. Le tableau des ancêtres est resté intact. Les choses sont bien à leur place. Sauf que ça n'intéresse aucun enfant. Aucun jeune ne pense s'y frotter. Aucun parent ne veut enterrer son fils dans un passé dont il a honte parce que le civilisateur lui aurait fait croire que sa science est une espèce animale dépassée depuis peu. Sauf que le civilisateur est resté un être avancé sans avancement dans sa vie : sa science a les bras liés autour du cou et les fesses à l'air. »

 

La couverture de cet ouvrage montre un homme qui semble être à la recherche de quelque chose qui lui est vital. Chercherait-il une source d'eau ? Est-il plutôt à la quête d'un idéal ? Que cherche t-il ? Lorsqu'une personne réalise une course dans le temps et dans l'espace en mettant en jeu toute son énergie et son effort physique, c'est qu'il va à la recherche ou à la capture du réel, du matériel... sans quoi, il se serait perdu.

Au-delà de tout, quel serait le but principal ou encore le message dont l'auteur a voulu faire véhiculer à travers cette pièce de théâtre immatérielle ?

 

« Rendre au Théâtre son territoire de langage déserté par l'imaginaire et trop nourri par un B.A BA de faux réalisme quotidien. Dire que le Théâtre est ivresse des matières. Il est choc et éclaboussement des mondes. Faire en sorte que le je de l'auteur disparu dans le soupçon des personnages soit le fil brisé de la dramaturgie. Par association d'idées, par invention de la mémoire, par provocation de sens. Voilà en quelques pauvres lignes ce qui m'a emmené à écrire IMMATÉRIEL ». Dixit, Dieudonné Niangouna.

 

Dans l'épilogue de la pièce, Monsieur Niangouna est tenté de faire naître une pensée pointilleuse, pour ne point mentionner une philosophie qui serait, à mon sens, sans forme au travers de ce qu'il appelle par l'homme du petit h et la femme de la petite f. Tous deux influencés par l'Homme, puissant, intelligent et manipulateur. Lui, être supérieur qui maîtrise toute la géographie du monde et croit en donner une partie à qui veut en posséder. D'où naquit l'autorité, les conflits armés et la célèbre théorie du dominant-dominé... Le désordre social tient donc ses origines de quelque part...

 

                 Juvénale Obili

Références:

Dieudonné Niangouna, Immatériel, Paris, Éditions Cana, 2016.

Prix : 12 Euros.

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Alain Mabanckou en douze citations

1 Décembre 2018, 15:27pm

Publié par Nathasha Pemba

crédit photo Bozar

1-Vous êtes indépendants depuis bientôt un demi siècle et tu me dis qu’il n’y a qu’une seule route ? Qu’est-ce que vous avez foutu pendant tout ce temps ?

(Black Bazar)

2-Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l'écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l'imaginaire serait aussi bariolé que l'arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question. Le défi consiste à rapporter de nos différentes "appartenances" ce qui pourrait édifier positivement un destin commun et assumé.

(Le monde est mon langage)

 

3-J' ai choisi depuis longtemps de ne pas m'enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l'oreille à la rumeur du monde.
je ne suis pas devenu écrivain parce que j'ai quitté mon pays natal. En revanche, j'ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m'en suis éloigné. (...). Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création: on écrit peut-être parce que "quelque chose ne tourne pas rond", parce qu'on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chat d'une aiguille. L'écriture devient alors un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l'horizon..

(Le monde est mon langage)

 

4-Shakespeare a dit "Etre ou ne pas être", c'est la question", et le chef des nègres a dit "non, c'est pas bon, nous n'en sommes plus à nous demander si nous sommes ou ne sommes pas, nous avons déjà résolu la question puisque nous sommes au pouvoir depuis vingt-trois ans".

(Verre cassé)

 

5-L'Afrique n'est plus seulement en Afrique. En se dispersant à travers le monde, les Africains créent d'autres Afriques, tentent d'autres aventures peut-être salutaires pour la valorisation des cultures du continent noir. (...) Nous avons besoin d'une confrontation, d'un face à face des cultures. Peu importe le lieu. 

(Le sanglot de l'homme noir)

 

6-Dans le dernier paragraphe de ton courrier tu me demandes pourquoi j'écris, j'ai pris cette question comme un appel au secours. Un écrivain ne doit pas chercher à comprendre pourquoi il écrit, comme s'il cherchait des excuses pour se faire pardonner les audaces de sa vision du monde; t'es-tu par exemple demandé pourquoi tu marches ? Et lorsque tu marches , contrôles-tu tes pas ? L'écriture est une marche, sauf qu'on a une multitude de jambes, et on ne sait jamais à quelle destination on arrivera.. 

(Le monde est mon langage)

 

7-D'ailleurs, il y a des périodes ou nous sommes traversés par une idée d'éternité. Nous nous disons que nous avons le temps de tout accomplir. Et puis le corbillard qui passe, la mort du voisin, le crime entendu à la radio ou lu dans le journal nous rappellent notre condition de passager sur terre ...

(African psycho)

 

8-Si vous voyez un sourd courir, mes petits, ne vous posez pas de questions, suivez-le car il n'a pas entendu le danger, il l'a vu.

(Mémoires de Porc-épic)

 

9-Chaque enfant du continent noir dessine au fond de lui cette terre lointaine où tombe la neige. Une terre d'abondance, de bonheur. Et ce rêve est sans doute la source de la fascination aveugle qui possède les migrants africains aux aventures les plus tragiques. Le chemin d'Europe devient alors un chemin de croix.

(Le sanglot de l'homme noir)

 

10-Alors n’ouvre ta bouche que lorsque ce que tu dis est plus beau que le silence, merde !

(Petit piment)

 

11-Les vieilles mamans n'ont jamais tort, elles ont un nez qui sent les ennuis venir de loin, de très loin...

(Les cigognes sont immortelles)

 

12-Le péché arrive souvent en blaguant.

(Petit piment)

 

Le sanctuaire de la Culture

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