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Le Sanctuaire de la Culture

Bob Kanza: Un artiste est une éponge

30 Novembre 2018, 13:14pm

Publié par Juvénale Obili

 

Bonjour Bob Kanza. Vous allez bien ?

Oui, ça va par la grâce de Dieu.  Par contre c’est bientôt  l’hiver et c’est la saison que j’aime le moins.

 

Vous êtes un illustrateur d’excellence, vous portez beaucoup de cordes à votre arc…, illustrateur, scripteur, joueur d’instruments de Musique… On se demande quelle était l’ambiance chez les Kanza, pour faire naître un tel talent…

Mon grand-père était dessinateur en bâtiment. Le dessin vient peut-être de là… Mon père dessinait lui-même ses logements. Il jouait quelques accords de guitare et fredonnait les lignes de basses de ses rumbas préférées. Un vrai Bantu de la Capitale. Je crois qu’il a reporté ses rêves de musiciens sur mes frères et moi en nous inscrivant au solfège alors que nous étions adolescents. Je n’ai jamais lâché la musique depuis.

Après toutes ces années, j’ai un répertoire de chansons personnel. Peut-être qu’un jour je les enregistrerai...

Ma sœur aînée est “couturière” comme on dit au pays.  “Couturière” mais couturière de génie. Elle n’a pas fait d’école de stylisme mais elle créée des robes de soirée sur-mesure d’une qualité et d’une originalité remarquable à Pointe Noire. Les femmes de la “haute société” se bousculent pour porter ses créations.

En effet je crois avoir bénéficié d’un environnement favorable à l’expression de l’art en général.

 

Devenir Illustrateur était-il dans vos plans depuis toujours ?

Oui j’ai toujours voulu être dessinateur. Je voulais en fait devenir Architecte. Dessiner des bâtiments comme mon père et mon grand-père. Mais comme beaucoup de parents africains, il fallait à tout prix que leur fils devienne médecin ou avocat. C’était non-négociable!  J’ai donc commencé des études de médecine à Brazzaville. La guerre civile de 1997 a tout chamboulé. J’ai dû prendre le chemin de l’exil comme de milliers de jeunes congolais de cette époque. J’ai trouvé refuge à Abidjan où j’ai suivi une tout autre branche (l’informatique) au grand dam de mes parents.

Mon diplôme de Technicien en Informatique en poche, j’ai été embauché par Gbich!, un hebdomadaire Ivoirien. C’est à Gbich! que j’ai véritablement été façonné. J’y ai appris la satire, la bande dessinée et la mise en page. Merci à mes mentors :  Zohoré Lassane, Illary Simplice et Bledson Mathieu.

 

Parlez-nous un peu de vous… vos différentes œuvres…

Je suis de nature très timide mais je me soigne. Aujourd’hui je suis partagé. Je cours plusieurs lièvres à la fois. Je suis Développeur Web au quotidien. Je design et code des interfaces web à longueur de journées. C’est mon gagne-pain. Après ma journée de bureau, tel un super-héro de Marvel ( j’aime bien l’analogie) je revêts mon costume de dessinateur. Je travaille sur des commandes d’illustration, et sur ma prochaine bande dessinée.

Je travaille bien entendu en musique et forcément, mon synthétiseur est à portée de main. Entre 2 encrages, je joue du Gospel, du Zouk et de la Rumba Congolaise. Avec mes différents groupes de musique nous apportons un peu de soleil chaque fois que nous sommes engagés pour animer un mariage ou un anniversaire en Normandie. Ma plus grande oeuvre, je l’ai faite pour le compte du journal Gbich! Il y a bientôt vingt ans! J’y ai créé la BD Sergent Deutogo, la chronique Le syndicats des Chefs d’Etats Africains avec Illary Simplice et Karlos Guede Gou.

J’ai également réalisé des BD de communication comme “SAM SAM et le masque volé” pour le journal Hollandais SAM SAM,  “Ne me coupez pas!” une BD de sensibilisation sur les méfaits de l’excision avec l’association ASIFA de Rouen.

 

Quel est votre rapport au dessin ?

Comme disait Napoléon Bonaparte: “un bon croquis vaut mieux qu’un long discours”.Le dessin reste mon moyen d’expression favori. Je regarde ce qui se fait de bien sur les sites de partages (Pinterest, Facebook, Instagram…). J’ai encore beaucoup à apprendre: l’anatomie, les décors, la perspective, la mise en couleurs, la narration. Le travail est immense mais cela ne me fait pas peur. Je m’améliore dessin après dessin. Comme dans toutes les disciplines, il faut beaucoup de patience et de pratique. La répétition, c’est le fondement de la réussite.

 

Il y a un personnage qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux, on dit que vous en êtes le fondateur… Babette Motuka… pouvez-nous dire en quelques mots en quoi consiste ce projet… Comment il est né ? Y a t-il un message particulier derrière la personnalité de Babette Motuka ?

Babette Motuka? C’est moi. C’est ma projection, mon histoire. Celle du migrant qui a dû partir loin de chez lui, forcé par l’histoire et les évènements. Arrivé à l’étranger (tout le monde n’a malheureusement pas cette chance) il essaie de “s’intégrer”, de trouver une place.  Trouver sa place sans se renier. Plutôt que de me dessiner moi-même j’ai créé un prisme. D’où le personnage féminin. Cela me donne la distance nécessaire pour aborder de nombreux thèmes sociétaux. La condition d’une jeune femme dans une grande métropole comme Paris (Babette est Parisienne), le droit d’asile, les problèmes de logement, la nostalgie, les rondeurs (Babette est une BBW), le pouvoir de l’identité capillaire (NappyHair), l’amour, le métissage, la diversité, la mode (Babette est coquette), le langage (Elle parle en argot Africain), la musique, la dance, l’utilisation des réseaux sociaux... Babette Motuka, c’est donc un bon prétexte pour dire et raconter ma vie d’exilé. Ce qui me passionne, ce qui me fait peur, ce qui me surprend.

La BD est en cours de réalisation. Je ne vais pas aussi vite que je l’aurai souhaité en raison des difficultés évoquées plus haut. Mais patience, “Babette Motuka, Reine des Nappy” sera bien dans les bacs dans quelques mois. Un artiste est une éponge. L’éponge absorbe tout. Je suis donc en plein essorage. Moi, Bob l’éponge ! (rires)

 

Quels sont vos moyens de travail… Comment vous appropriez vous vos instruments de travail ?

J’ai une planche à dessin. Format A3. Je peux l’incliner jusqu’à 45°. J’utilise des crayons de couleurs pour faire mes crayonnés de volume. Surtout le bleu, c’est ma couleur préférée. Je passe ensuite les détails au crayon noir. J’aime les crayons à dureté moyenne (HB). Je déteste gommer. C’est physique et ça encrasse toute la table. Je réalise l’encrage au feutre noir ou à la plume (encre de chine). Cela dépend de la commande. Je me suis mis au digital art (dessin directement à l’ordinateur). On utilise un stylet plutôt qu’un crayon à papier. Avec l’informatique les possibilités graphiques sont immenses. Je combine donc les deux méthodes. Le digital art me sert surtout pour les décors (bâtiments, véhicules) et la mise en couleur. Je conserve la méthode traditionnelle pour les contours des personnages et les vêtements.

 

Illustrer, dessiner, c’est en quelque sorte être un créateur, pensez-vous être un messager de l’Éternité lorsque vous créez  à travers le dessin?

Certains dans le 9e art ont réussi à imposer leur style. Oui, je souhaiterais que mon œuvre, Babette Motuka surtout, me survive. J’y travaille. Ce n’est pas gagné d’avance.

 

D’où peut venir en l’humain ce besoin de créer ?

Je crois que l’artiste est un simple médium. Il est connecté à des forces métaphysiques. Si toutes les planètes s’alignent et qu’il est dans de bonnes dispositions, il est submergé par une envie irrésistible de créer. Il n’y a pas de formule mathématique.

 

Vous êtes passé par plusieurs formations, mais aujourd’hui on remarque que le message de vos illustrations sollicite un regard vers les diversités, vers les différences. Que représente pour vous, le monde, la diversité, les cultures…

Mon travail va dans le sens du métissage. On vient tous de quelque part. Cela ne doit pas nous empêcher de vivre ensemble. On doit accepter la personne en face de nous avec ses différences. “Il faut de tout pour faire un monde” disait le générique de la série Arnold & Willy. Par contre on n’est pas obligé de tout accepter de l’autre. Il faut faire le tri. Prendre le nécessaire. Ne pas renier ses propres valeurs, sa propre éducation. La vie est faite d’équilibres, de moyennes à trouver.

 

Qu’est-ce que le beau selon vous ?

Le beau c’est un sourire, une attention, un accord de musique mélodieux, une courbe de guitare classique, un coucher de soleil.

 

Vous êtes un passionné du foot…

Aaaah le foot, c’est ma deuxième religion! Un jeu de stratégie qui n’a pas d’égal. Un vecteur puissant de cohésion. Quelque soit la couleur de peau, le sexe, la religion ou la classe sociale, il permet de réunir les individus, les familles, les nations. Le foot nous offre des moments de communion exceptionnels. C’est pourquoi je suis accroc. Mon équipe de cœur c’est l’Olympique de Marseille et je suis également fan de l’équipe de France de Football.

Je suis pratiquant. Je joue à la fois avec mes collègues de bureau et avec une association de vétérans en Normandie. Je manque de technique alors je joue en défense et mes collègues me disent que je joue trop dur.

 

Votre modèle dans le monde l’illustration…

J’aime bien le travail de El Carna (Ghana), Pierre Chevelin (Haïti) et Barli Baruti (RDC).

 

Quel regard portez-vous sur les Cultures d’Afrique et des îles ?

Ce sont des cultures fortes qui perdurent. L’Afrique reste une source inépuisable pour la musique, la danse, la mode, le cinéma.

 

Le mot héritage vous dit-il quelque chose ?

L’héritage c’est la responsabilité. Chaque acte que je pose sur cette terre engage mes ascendants. Pour être dignes d’eux je dois être exemplaire. Je dois également transmettre toutes les valeurs que j’ai reçu. C’est un devoir.

 

 

Propos recueillis par Juvénale Obili,

Le Sanctuaire de la Culture

 

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Prince Arnie Matoko: on naît écrivain mais on devient auteur

19 Novembre 2018, 20:46pm

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Prince, comment vas-tu ? Peux-tu nous parler de toi ?

Je suis Prince Arnie MATOKO, né à Pointe-Noire le 05 juin 1982 d’un père congolais et d’une mère congolaise d’origine angolaise. Orphelin très tôt de père, notamment à l’âge de 12 ans, j’ai été élevé, depuis ma tendre enfance, par ma grand-mère maternelle auprès de laquelle j’ai grandi. J’ai fait mon cycle primaire et secondaire dans ma ville natale à l’école primaire 8 février 1964 de Mbota, au collègue Les Trois Glorieuses, et enfin au Lycée Pointe-Noire II. Après l'obtention en 2005 de mon Baccalauréat Série A4 Lettres, je m’étais inscrit, la même année, à la Faculté de droit de l’Université Marien-Ngouabi. Titulaire en 2009 d’un Master en droit public en Etudes Internationales et communautaires, je suis sélectionné la même année Major par le CICR Congo, parmi les quatre lauréats, pour représenter la République du Congo à Niamey à la 3ème édition du Concours régional francophone de plaidoirie sur le Droit International Humanitaire. En 2011, j’obtiens en tant que Major de la promotion le concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), filière magistrature. Depuis 2014, j’exerce mes fonctions de magistrat. Je suis auteur d’une production féconde en qualité de poète, moraliste et nouvelliste. Mon œuvre est aujourd’hui saluée par la critique. Depuis 2018, je suis consacré dans l’Anthologie analytique de la nouvelle génération des écrivains congolais, de l’écrivain et critique littéraire Noel Kodia-Ramata. Je ne puis oublier de dire que je suis père de trois enfants.

 

Quel rapport as-tu développé avec les Lettres depuis le collège ?

Je dois en effet avouer que j’éprouve une grande passion pour la littérature depuis les bancs du collège. Cette passion est d’une telle voracité que j’écris depuis l’âge de 13 ans. Et depuis lors, je n’ai cessé de lire et d’écrire, tout en conciliant à merveille mes devoirs estudiantins et ma passion littéraire. Ce serait sans prétention si je puisse dire que, grâce à cela, j’ai noué de rapports très harmonieux avec la plupart de mes professeurs de littérature. Récemment, en fouillant dans mes vieilles archives, j’ai découvert avec bonheur mes premiers manuscrits datant de cette époque.

 

Partages-tu l'avis selon lequel tout écrivain serait poète à la base ?

La réponse est oui et non mais je me pencherai davantage sur le oui. En effet, l’histoire de la littérature mondiale nous apprend aisément que la majorité des prosateurs, et donc des écrivains, ont commencé d’abord à écrire et à publier de la poésie avant de se lancer dans le domaine de la prose. Je me contenterai de citer la France et le Congo, pour illustrer mon propos. En France, Victor Hugo, le plus grand écrivain français de tous les temps, s’est fait d’abord connaître en tant que poète de talent dans les Odes et ballades, les Contemplations, avant de s’affirmer comme prosateur et dramaturge. Au Congo, on ne saurait évidemment parler de la poésie moderne sans évoquer le nom de Tchicaya UTamsi dont la première œuvre littéraire saluée par la critique est un recueil de poèmes intitulé Le Mauvais Sang. D’autres exemples peuvent agréablement être cités pour corroborer ce que j’affirme, à l’instar de Sully Prudhomme, Césaire et Senghor. La liste n’est pas exhaustive. Par ailleurs, il sied de noter que la poésie est l’essence même de la vie, et par voie de conséquence il est naturel qu’un écrivain soit poète à la base, car la poésie est la première source d’inspiration par excellence.

 

Que peut représenter un écrivain pour une société ?

Au delà de la diversité de rôles que l’on peut assigner à un écrivain, je considère qu’un écrivain est un mage qui, par l’entremise de la création artistique, a pour mission cardinale d’éclairer la société, pour l’aider à marcher vers le beau, le bon et le juste. Une société sans écrivain est morte, et un écrivain sans société est stérile. Toutefois, je suis profondément indigné et sidéré de constater que la littérature du XXI siècle soit une littérature quasiment pornographique, immorale, impudique et indigeste. Dès lors, il s’ensuit que l’écrivain n’est plus qu’un monstre car, au lieu d’éclairer et de conscientiser la société, il contribue en revanche à sa déchéance morale et spirituelle.

 

Parle-nous en quelques lignes de « Mélodie des larmes »...

Mélodie des larmes est un recueil de poèmes publié chez Chapitre.com à Paris en 2016. Il constitue mon acte de naissance littéraire d’autant plus que c’est grâce à ce livre que j’ai signé mon existence sur la scène littéraire. C’est un recueil de 65 poèmes en vers libres.  La majorité a été écrite avec mes larmes intérieures entre le collège et le lycée, pour exprimer mes sentiments intérieurs dans tous les sens de la vie. Ils sont répartis sur six parties portant chacun un titre : Sur l’Afrique ; Poèmes divers ; Sur la mer ; Á ma mère ; Sur le pays ; Sur l’enfance et la jeunesse. Á travers ce recueil de 118 pages, je fustige les maux qui minent l’Afrique, le rôle macabre de la traite négrière et du colonialisme, mais j’évoque également la mer, l’amour maternel, l’amour de la patrie avec ses corollaires comme la ville et le natal, l’enfance et la jeunesse, mes sentiments de joie, de bonheur, de tristesse, d’angoisse, mes craintes, mes espoirs et désespoirs etc. En somme, ce recueil de poèmes revêtus de sonorités musicales, dramatiques mais également joviales, est un extraordinaire cri de douleur continental et universel, un cri universel de douleur, un cri d’appel au vivre ensemble, un hymne aux morts et un hommage aux vivants. C’est dans ces choses que je me regarde en tant que poète, comme  l’affirme Jean Baptiste Tati Loutard que « Le poète ne regarde jamais les choses ; il se regarde dans les choses».

 

Quel est l'auteur qui te fascine actuellement ? Pourquoi ?

Alain MABANCKOU parce qu’il a apporté un souffle nouveau dans la littérature congolaise et africaine en particulier, et mondiale en général. C’est le signe des grands écrivains.

 

Quelle vision portes-tu pour la littérature congolaise ?

Une vision positive, noble et évolutive. La littérature congolaise se porte bien de par sa production abondante et sa qualité. Il faut d’ailleurs souligner qu’elle est l’une des plus belles littératures d’Afrique à laquelle la critique se consacre toujours avec une satisfaction inouïe, en découvrant, de génération en génération, de nouveaux talents qui viennent rehausser sa place et son rôle sur le Continent, et confirmer l’idée selon laquelle la mission léguée par les aînés est accomplie avec succès.

 

Que peuvent être les difficultés auxquelles font face les écrivains congolais dans la publication de leurs œuvres ?

C’est un secret de polichinelle que les écrivains congolais sont confrontés à moult difficultés pour la publication de leurs œuvres. Il s’agit, par exemple, du manque notoire des maisons d’édition, du coût exorbitant des frais d’édition, et les quelques rares maisons d’édition qui existent ne sont pas trop de qualité, car au lieu de viser la qualité de l’œuvre, elles cherchent plutôt à s’enrichir sur le dos des auteurs et à leur détriment. Dans ces conditions, elles ne favorisent pas la publication des manuscrits qui traînent dans la plupart des maisons. Car il est judicieux de relever que si au Congo il est vrai que chaque concession dispose au moins d’un arbre, il est aussi vrai que chaque famille a un écrivain en herbe. Néanmoins, je me réjouis fortement du fait que ces obstacles n’empêchent pas la littérature congolaise de rayonner de ses mille et un feux, ni aux auteurs d’écrire et de trouver des solutions alternatives pour publier, notamment dans les maisons d’édition en ligne.

 

Un message aux écrivains en herbe...

Je leur dirai qu’on naît écrivain mais on devient auteur. Á ce titre, ils doivent primo croire en leur destin d’écrivain, et en dépit d’obstacles, continuer à écrire et à persévérer. Secundo, ils ne doivent pas être pressés à publier leurs manuscrits sans les avoir au préalable muris et passés au tamis de la critique objective pour lecture, correction, réécriture afin de donner au texte la qualité finale et convenable. Car un écrivain est un artiste qui doit veiller à la qualité de ses œuvres avant de les rendre publiques. Et il est honteux de mettre sur le marché un livre dont la qualité laisse à désirer. Cette honte ne touche pas seulement l’auteur, mais aussi altère l’image de toute la nation à laquelle il appartient.

 

Propos recueillis par Juvénale Obili

 

 

 

   
 

 

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Conversation avec Hem' Sey Mina : Le monde est mon destin

14 Novembre 2018, 03:29am

Publié par Nathasha Pemba

Depuis la publication de son premier livre, « J’ai rêvé d’une entreprise quatre étoiles », Hem’ Sey Mina explore les relations Nord-Sud à travers les rencontres entre les personnes et les cultures. À cet effet, il a été, à plusieurs reprises, invité à parler de son expérience et de ses écrits. Comme il le dit dans cette conversation, c’est dans des lieux inattendus, à travers des voyages et des rencontres ordinaires, que se joue la vie des hommes, qu’ils soient Africains, Américains, Asiatiques ou Européens. Passionné par ce qu’il réalise, Hem' Sey écrit et enchante, chaque jour, de nouveaux lecteurs. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre... Rencontre avec un jeune homme libre qui considère « le monde comme son destin ».

***

 

1-Bonjour Hem’Sey, après un récit et un roman, vous publiez un recueil de nouvelles, comment expliquez-vous cette mutation ?

 

Il était temps de changer de registre et de style d’écriture. J’avais en tête ces histoires sur le Danemark et le Canada depuis un petit bout de temps. Cependant, il était difficile d’en faire un roman, car les personnages, les lieux et les histoires ne s’alignaient pas. Alors, je me suis lancé ce défi d’essayer de raconter plusieurs petites histoires et de surprendre mon public.

 

2-Pouvez-vous nous raconter le parcours qui vous a amené à devenir écrivain ?

 

Plus jeune, j’avais l’habitude d’écrire des poèmes. Ensuite, j’ai écrit des chansons. Dans ma jeunesse, tout le monde voulait être artiste, tout le monde s’imaginait devenir célèbre. Avec des amis, nous écrivions des textes et les chantions pour nous-mêmes ou pour des artistes renommés. Parallèlement, je me suis remis à la littérature africaine et ai découvert « Le cœur des enfants léopards », de Wilfried N’Sondé, auteur franco-congolais, qui avait, auparavant, fréquenté mon lycée et mon établissement supérieur. Partant du principe qu’il ne faut pas se sentir honteux d’imiter le bon exemple, j’ai décidé d’écrire. Après cela, j’ai participé à mon premier concours littéraire « Les après-midi de Saint-Flo » sous le thème « voyages ». Je n’ai pas remporté ce prix, mais cette tentative m’a conforté dans mon idée.

 

Quelques années plus tard, une série d’évènements m’a poussé naturellement à écrire sur le rapport entre les jeunes de la banlieue française et le monde professionnel. C’est ainsi que fut publié mon 1er livre « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles », qui reste le plus connu à ce jour.

 

Cependant, écrire un livre ne faisait pas de moi un écrivain. Pour le devenir, je me suis lancé dans la rédaction de « Sur la photo, c’était presque parfait », roman évocateur du retour des jeunes français de la diaspora africaine au bercail, dans laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir.

 

Je dirais donc que j’ai écrit un livre par curiosité, pour devenir écrivain par passion. 

 

3-Le titre de votre recueil porte incontestablement un message… lequel ?

 

Les histoires de mon recueil se déroulent entre l’Occident et l’Afrique. Elles évoquent l’hiver et le soleil, et donc des personnages qui sont ou qui tendent à vivre « l’entre-deux », c’est-à-dire qui naviguent entre deux mondes, deux cultures, deux réalités, deux avions et deux vies. Le titre porte un message d’alliance, de complémentarité et d’union entre l’Afrique et le monde occidental, en réponse aux dilemmes identitaires qui plombent la jeunesse afropéenne que je considère d’abord noire et donc africaine, mais aussi occidentale par adoption ou intégration. Elle n’a alors pas besoin de choisir une identité, de renoncer à une autre ou de l’ignorer. Elle peut simplement voguer entre deux identités sans se trahir.

 

4-Les migrations font partie de la vie humaine. Et d’ailleurs à ce propos, le pape François a dit un jour « Nous sommes tous des migrants ». Cette trame traverse votre recueil, mais un ressenti demeure : le mal être de certains immigrants. Comment expliquez-vous cela ? Vivez-vous cette réalité aussi ?

 

La première nouvelle raconte la vie d’un nigérian qui s’est forgé une vie dans un pays froid. Cette nouvelle m’a été inspirée par un noir, extrêmement mélancolique, que j’avais rencontré au cours d’un voyage.

 

La vie m’a permis de voyager et de rencontrer toutes sortes de personnes, heureuses, malheureuses ou encore indifférentes. La misère, la peur du lendemain, la précarité sont des situations transversales qui ne sont pas exclusives aux pays pauvres. J’ai pensé à tous ces migrants à la recherche d’une vie meilleure, ces jeunes filles africaines prêtes à tout pour se faire une place dans ce monde et ces jeunes occidentaux en mal d’identité, malgré leurs situations matérielles confortables. Alors, j’ai voulu leur rendre hommage.

 

Ce ressenti demeure, car au contact de l’autre, on apprend à mieux considérer sa situation personnelle comparée à ce que vit notre prochain. C’est donc un ressenti que j’ai insufflé dans le recueil. 

 

Comme de nombreuses personnes de couleur, j’ai été parfois confronté au rejet en France, en Afrique ou ailleurs, notamment en raison de mon accent, mes origines ou encore la culture dégagée par mon état d’esprit.

 

5-Depuis votre premier livre, la question de l’immigration, de diverses manières, reste présente, pourquoi ?

 

Elle demeure, car le sujet est vaste.  Toutefois, ce livre apporte une fraction de conclusion sur cette question et en induit une trilogie. En effet, il s’agit de mon troisième livre et il est constitué de trois nouvelles. Il représente en lui-même un triptyque sur la question de l’immigration. 

 

6-La France est-elle votre destin ou bien est-ce le Congo ?

 

Je me sens aussi bien à Dolisie, au Congo, qu’à Belfort en France. Le Congo m’a conduit en France et cette dernière m’a ouvert au monde. Après l’avoir parcouru, j’en suis donc devenu un citoyen qui ne peut plus se cantonner à deux pays. Le monde est mon destin.

 

7-Quel est l’écrivain congolais qui vous inspire le plus et pourquoi ?

 

J’ai apprécié « Une enfant de Poto-Poto » d’Henri Lopès, le bouleversant « Photo de groupe au bord du fleuve » d’Emmanuel Dongala, et « Une vie et demi »  de Sony Labou Tansi. L’auteur qui m’inspire le plus est Alain Mabanckou en raison de sa notoriété, laquelle dépasse largement les frontières. La lecture de son roman « Verre cassé » était jouissive dans le métro parisien. « Mémoires de porc-épic » a été une traduction littéraire des contes racontés par les anciens. « Black Bazar » rappelle la vie de certains dandys en France. Quant à « Demain, j’aurai vingt ans », ce fut impressionnant de revivre son enfance à travers les turbulences du petit Michel.

 

 

8-On dit souvent que le premier roman est généralement autobiographique, si c’est aussi le cas pour le second, me permettez-vous dire que votre recueil de nouvelles c’est votre histoire ou plutôt, disons, l’histoire de vos rencontres?

 

Les pays évoqués dans ce recueil de nouvelles sont le Danemark, le Nigéria, l’Allemagne, l’Angleterre, la France, la Belgique, le Luxembourg, les pays d’Afrique Centrale et le Canada. Cette histoire est le fruit de nombreuses rencontres et des échanges qui en ont découlé. 

 

9-Pour écrire un bon livre, par où faut-il commencer ?

 

En général, le premier paragraphe du prologue détermine si le livre sera captivant, la première page écrite permettra de convaincre le lecteur s’il doit lire le livre.

 

10-S’il y a des souhaits pour les années à venir, ce seraient lesquels ?

 

L’adaptation à l’écran de mes livres « Sur la photo, c’était presque parfait » et « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles » par de brillants réalisateurs, pourquoi pas congolais ou français. 

 

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture

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Elikia-Espoir d'Eveline Mankou

5 Novembre 2018, 17:13pm

Publié par Juvénale Obili

Le destin nous fait emprunter parfois d'étranges circuits sans trop savoir vers quelle issue nous déboucherons .

Page 5, Elikia-Espoir.

 

Cette assertion d'Eveline Mankou interpelle le lecteur dès les premières pages de son ouvrage. Née à Dolisie dans le Département du Niari au Congo, cette auteure est romancière, essayiste et nouvelliste. Elle innove avec un genre qu'elle appelle ''Nouvelat'', une sorte de short-story au rythme vif et accrochant. Ce genre est exploité dans ce sixième ouvrage intitulé « Élikia-Espoir », paru aux Éditions Amazon en 2014.

 

Dans cet ouvrage de 204 pages subdivisées en seize parties, il y a deux personnages narrateurs qui par un dialogue continu et alternatif, racontent leur histoire amoureuse assez originale.

 

Cette histoire amoureuse lie deux congolais qui vivent en France. Seho (Lui ) est accroché à ses valeurs intrinsèques et Miamona ( Elle ) aspire à l'émancipation de la gente féminine sans trop faire attention aux réalités découlant de ses origines. ''Elle'' s'est occidentalisée alors que ''Lui'' est resté africain. Malgré cette divergence s’apparentant au jour et à la nuit, les deux protagonistes se mettront ensemble et s'aimeront malgré les préjugés . Cependant, au milieu de tout l'amalgame qu'il y a entre les deux, se trouve un sujet à cheval sur le féminisme et l'exaltation de la femme par la galanterie. Seho, n'est pas un adepte de cette vision du monde. Miamona s'y met en plein dedans, l'assume et le réclame. Ceci se présente aux pages 29, 31, 63, 67. Par ailleurs, cette situation l'agace et l'accroche en même temps. Nous le découvrons à la page 69 dont l'extrait que voici :

 

 Nous étions vraiment différents. Il était en extase devant Wemba, alors que moi, j'aimais Wawanco. J'adorais des excursions en péniche ou des visites culturelles, il préférait les retrouvailles et réunions communautaires. Il raffolait du foufou, moi du fromage. Pourtant, je ne pouvais le nier, nos vies s'étaient déjà accordées. C'est l'impression que j'avais. Nous étions attachés par un lien invisible, je le sentais, je le savais, du fond de mon intime conviction. Comment allais-je donc trouver un compromis au-delà de nos différences qui semblaient creuser un énorme fossé entre nous ? 

 

La thématique que l'auteur aborde ici est à caractère social et informatif. Elle traite des questions du célibat et de ses inconvénients ; du vivre ensemble ; du rapport entre le traditionalisme et le modernisme ; du rapport entre la femme et la société dans laquelle elle vit ; le déni de grossesse qui est devenu courant en Europe et ici en Afrique où des mères maltraitent leurs propres enfants à cause de cette maladie ancrée dans leur psychologie. Miamona est victime de cette maladie.

 

Le message qui se dégage de ce livre passe par cette problématique de l'auteur : doit-on rester soi ou perdre ses racines pour mieux s'intégrer lorsqu'on a choisi de vivre hors son pays ?

En outre, Eveline Mankou nous fait comprendre que les préjugés que l'on peut avoir sur autrui, quand on ne le connaît pas, n'est nullement une bonne attitude. C'est le cas des préjugés qu'ont les Africains sur les Européens ou de leurs compatriotes vivant en Europe et vice-versa.

 

Après la lecture de cet ouvrage, la première impression que j'ai eu s’est traduite en une interrogation : pourquoi l'auteure a choisi pour titre Élikia-Espoir ?

In fine, j'ai trouvé intéressant que Kani soit le prénom du bébé qu'aura Miamona et Seho à la fin de l'histoire. C'est le porte-bonheur qui vient annoncer la paix et la prospérité dans ce couple ! De plus, je pense que le titre de l'ouvrage met ensemble deux cultures : congolaise (Elikia ) et européenne ( Espoir ). « Elikia-Espoir » accentue donc le thème général centré sur l'amour et l'espoir de pouvoir s'accepter, se tolérer, pour ensuite, vivre ensemble.

 

Nous l'appellerons Kani, pensais-je : Kani Dihina, en d'autres termes : Matumaini, Hope, Elikia, Esperanza, Espoir... 

Lui, page 203.

 

Vous vous imaginerez sans doute que le vert de la couverture et le titre ''Elikia'' rappellerait la marque « Voumbouka ( VMK ) » de l'entrepreneur congolais Vérone Mankou. Cette couverture nous montre également une série d'émotions dans un fourre-tout où sont mêlées inquiétude, dépression et finalement, l'espoir traduit par la couleur verte.

 

Juvénale Obili

 

 

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