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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Le coeur qui a bu du sang de Boris Mackayat

27 Octobre 2018, 18:28pm

Publié par Nathasha Pemba

Pour sa première oeuvre littéraire éditée, Boris Mackayat a choisi le genre de la nouvelle. Je découvre donc ce jeune auteur gabonais âgé de moins de 20 ans dans “Le coeur qui a bu du sang”, recueil composé de cinq nouvelles publié aux Éditions La Doxa en juin 2018.  Cinq nouvelles ou plutôt quatre nouvelles plus un hommage à son père. On y retrouve des thématiques diverses comme la sorcellerie, la stérilité, le délitement du lien familial, l'amour, la pauvreté… la jalousie. L’écrivain Boris Mackayat ancre ses nouvelles au Gabon, à Port-Gentil, à Mayoumba, à Libreville, mais aussi en Afrique du Sud, pays qu’il a eu l’occasion de visiter. Si l’oeuvre est une fiction, les histoires sont tirés de la vie quotidienne.

 

Le recueil commence avec la nouvelle “Owali” qui met à nue la misère d’une fille dépendante qui incarne la débauche et la misère sociale. Owali finit par sacrifier la liberté et l'autonomie de la femme sur l’autel de la débauche .

Cette nouvelle est une pépite qui se termine sur une chute géniale. Une réussite du point de vue des caractéristiques propres à la nouvelle.

 

La question de la stérilité masculine est un thème que l’on ne rencontre presque pas dans la littérature africaine. Boris Mackayat l’évoque sans tabou, avec les mots qu’il faut. La question est traitée dans la nouvelle “Un serpent dans mon lit” Dans cette nouvelle, il est question d’un amour fou entre Emmanuel et Laurianne: amour scolaire, ensuite amour-amour, puis mariage. Laurianne abandonne tout pour Emmanuel. Toutefois, l’on constate que l’amour ne semble pas assez fort pour que l’homme ose faire confiance à son épouse et lui confier ses soucis. Cet amour, ou disons ce faux amour revêtu désormais de la recherche d'honneurs rend Emmanuel fou au point de droguer son épouse pour la soumettre à un viol, juste pour ses honneurs. Honneurs qui feront certainement de lui un homme, un père aux yeux du monde alors qu’en réalité, il est stérile. Stérile, un adjectif pour femmes. En Afrique noire, un homme n’est jamais stérile. Encouragé par sa mère qui considère sa belle-fille, la fille de l'autre, comme une stérile, une moins que rien, Emmanuel va jusqu’au bout de sa logique… le suicide car il a compris qu’au stade où il est arrivé, il vaut mieux pour lui disparaître. Avant de se donner la mort, il décide d’écrire un mot à celle qu’il a aimé pour la dédouaner aux yeux de sa famille:

 

“ Tous les problèmes que nous avons eu pour avoir des enfants n’étaient pas de ta faute. Le problème ne venait pas de toi, mais de moi, je suis stérile (...) je n’ai jamais eu le courage de te le dire, encore moins de l’avouer à qui ce soit. Être un homme stérile dans notre société est honteux, je ne voulais pas faire face aux regards durs des gens ou encore être le sujet des moqueries des uns et des autres”

 

Au moment où Laurianne lit ce testament, elle ne peut plus rien faire. Il n’est plus là, le coeur a bu du sang.

 

Dans la nouvelle, “La mariée du pont”, une tragédie se dessine depuis le début. Une mère qui rejette sa fille. C’est le conflit mère-fille qui conduira la fille à la folie, non pas parce qu’elle l’aura cherché, mais parce qu’elle sera toujours étrangère à elle-même et étrangère aux autres. Sous l’emprise des puissances maléfiques et de la jalousie humaine, elle apportera la poisse à son entourage. Une histoire tragique qui nous conduit à réfléchir sur la qualité de l’amour. En effet, un amour raté produit toujours de mauvais fruits et détruit tout l’édifice émotionnel, affectif et relationnel.

 

Il est aussi à noter que Boris Mackayat peint de superbes portraits de femmes dans ce qu’elles peuvent avoir de beau ou de laid, du point de vue intérieur ou extérieur. En dehors de la nouvelle où il rend hommage à son père, toutes les nouvelles tournent autour de la femme. Ange et démon comme Owali; douce, fidèle et patiente comme Lauréanne, méchante comme la maman d’Emmanuel ou encore ultra méchante comme Alphonsine Simbou.

 

Comme je l’ai déjà dit ici sur mon blog, si j’aime les nouvelles, je suis consciente qu’écrire une chronique sur un recueil de nouvelles n’est pas du tout aisé. C’est pourquoi, en dehors des deux nouvelles mentionnées plus haut, j’invite chaque lecteur intéressé par l’oeuvre de ce jeune écrivain à se laisser guider par sa plume.

 

Bonne découverte,

 

Nathasha Pemba

Le Sanctuaire de la Culture

 

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Entretien avec Félicia Mihali, directrice des Éditions Hashtag

15 Octobre 2018, 03:20am

Publié par Nathasha Pemba

©Crédit photo: Martine Doyon

-Bonjour Félicia, pouvez-vous nous présenter à nos lecteurs ? Qui êtes vous ? Quel est votre parcours ? Le public des Éditions Hashtag ?

 

Née en Roumanie, je vis au Québec depuis 18 ans. J’ai commencé à écrire en roumain, ensuite j’ai renoncé à ma langue maternelle pour passer à la création en français et en anglais. Jusqu’à présent, j’ai publié neuf romans en français et deux en anglais, avec Éditions XYZ, respectivement Linda Leith Publishing. En parallèle, je me suis aussi consacrée au journalisme, en tant qu’éditeur en chef du magazine Terra Nova, et à l’enseignement du français et de l’histoire. Présentement, je relève un nouveau défi, celui d’éditrice, avec une maison d’édition que j’ai fondée avec une équipe formée de collègues et d’amis littéraires.

 

 

On vous connaît comme auteure, aujourd’hui vous êtes éditrice, comment fait-on pour passer d’auteure à éditrice ?

 

Je suis encore à mes débuts comme éditrice et cela peut être une bonne et une mauvaise chose en même temps. Le bon côté est le fait que, en tant que lectrice avisée, je demande aux autres ce que j’omets de faire comme écrivain. Comme écrivain, on est souvent désordonné avec nos idées et la manière de les exprimer, on fait des concessions aux longueurs inexpressives qui embourbent l’action. Comme éditeur, on apprend à couper dans le gras sans pitié. Et ceux qui ne veulent pas accepter cette manière impitoyable de travailler le texte ne peuvent pas publier chez Hashtag.  Le côté moins glamour est que ce travail dévore tout mon temps. J’ai le sentiment que pour les quelques années à venir, je vais pouvoir me consacrer moins à mes propre projets littéraires. J’espère toutefois que cette expérience sera des plus enrichissantes, et qu’elle va m’aider à devenir un meilleur écrivain. 

 

 

Pourquoi êtes-vous devenue éditrice ? En quoi consiste le métier d’éditeur ?

 

Mon initiative est partie d’un état de mécontentement quant à la production littéraire québécoise et canadienne dans le sens large. Malgré notre grande ouverture spirituelle vers le monde, en matière de culture nous restons, je pense,  assez provinciaux, prisonniers des modes, des tendances, des amitiés, des voisinages, des traditions littéraires. On risque ainsi de rater un bon nombre d’auteurs moins publicisés à cause de leur faible rentabilité en matière de ventes. Des auteurs comme James Joyce, Marcel Proust ou Virginia Wolf, qui sont justement les fondateurs de la modernité littéraire, ne pourraient jamais publier de nos jours. D’ailleurs Virginia Wolf elle-même a fondé sa maison d’édition pour publier des textes qui n’avaient pas beaucoup d’appeal pour les éditeurs britanniques à l’époque. Je ne dis pas que ce qu’on publie au Québec et au Canada est mauvais, bien au contraire, sauf que le paysage manque cruellement de diversité. Et par diversité je ne dis pas seulement diversité ethnique mais aussi bien sexuelle ou générationnelle. Il est rare de voir un début à soixante ans, par exemple, ou à vingt ans. Et comme formation, on se fie surtout aux ressortissants des départements de création littéraire, ce qui donne des œuvres bien écrites mais sans trame narrative. Comme vous voyez, il y a beaucoup de lacunes à remplir, des espaces que peu d’éditeurs veulent explorer de ce côté-ci de l’océan. Nous voudrions donner voix aux bons auteurs et rester autant que possible loin du star-system qui domine la littérature tout comme le cinéma.  Allain Robe-Grillet disait qu’un éditeur publie des livres pour faire de l’argent, alors qu’un BON éditeur publie des livres que personne ne lit. Lorsque son roman Les gommes avait été publié dans la décennie cinquante, il s’était vendu à 400 exemplaires dans toute la francophonie. En même temps, la vague du nouveau roman, dont il faisait partie, avait rendu les Éditions de Minuit d’une petite maison débutante dans ce qu’elle est devenue maintenant, une des plus grandes institutions culturelles. Nous ne sommes pas aussi braves pour publier ce que personne ne lit, mais nous espérons cependant faire des découvertes toute aussi intéressantes que le nouveau roman dans les années cinquante.

 

 

Comment, selon vous, doit être la relation d’un éditeur avec ses écrivains ?

 

Pour le moment, mon expérience est assez limitée mais elle a été enrichissante des deux côtés. Si les jeunes écrivains que j’ai accompagnés se sont découverts comme auteurs, moi aussi j’ai appris à devenir éditrice et travailler sur un manuscrit qui n’est pas le mien. Pendant cette démarche, j’ai eu la chance de travailler avec des auteurs qui m’ont fait confiance et ont écouté jusqu’au bout les suggestions de réécriture. Avec les écrivains en général,  la tâche la plus difficile est de les convaincre qu’ils n’ont pas créé l’œuvre parfaite. Leur demander des changements est synonyme pour eux d’un harakiri. Ils faut accepter que les modifications ne sont qu’une chirurgie douloureuse pour le bien-être du corps entier.  Il y a certainement des exceptions à cette règle et nous sommes très ouverts pour publier l’œuvre parfaite, sans avoir à travailler dessus. Cela va nous sauver du temps et de l’argent. Ce que nous espérons fortement est de ne jamais être obligés de faire des concessions et commencer à publier les œuvres des amis, des personnes influentes, des ceux avec connections dans le milieu culturel. C’est cela qui tue l’industrie du livre et aucun éditeur ne peut échapper à ce système de réseautage.  

 

 

Quel type d’auteur souhaiteriez-vous avoir dans votre maison d’édition ?

 

Nous sommes intéressés par la bonne littérature d’abord dans le sens un peu désuet si vous voulez. Nous aimons l’encyclopédisme, l’érudition, l’aventure spirituelle. Nous voulons fouiller dans les communautés ethniques, celles qui n’intéressent pas les autres éditeurs. Pour beaucoup, diversité ethnique veut dire minorité visible, alors qu’il y a une grande diversité ethnique blanche, complètement invisible. Ou sont les auteurs en provenance de la communauté bulgare, tchèque, polonaise, serbe, portugaise, ukrainienne, russe, iranienne, irakienne, syrienne, etc ? Dans le cas d’un écrivain, ce qui fait la différence n’est pas la peau mais la langue, or cela s’avère parfois un défi de taille. Les auteurs qui écrivent en français ou anglais, alors qu’à la maison ils parlent une autre langue, doivent faire face à beaucoup d’obstacles avant d’aboutir à la publication. Face à un tel manuscrit, un éditeur hésite pour des bonnes raison : leur manuscrit nécessite un travail de correction plus poussé et, de plus, la publicité sera entravée par l’accent d’un tel auteur. C’est tout à fait compréhensible, mais cela réduit vraiment les chances des auteurs migrants. Tout aussi désavantagées sont certaines minorités sexuelles comme les travestis ou les gens avec un handicap physique. On accepte les homosexuelles, mais on trouve encore que les queers sont un peu trop forts pour notre goût un peu bourgeois, quoi qu’on dise. Il y a aussi les très jeunes, des gens sortis de nulle part, avec un grand talent mais qui ne font par partie des castes et de groupes littéraires, qui ne se trouvent sous l’aile d’aucun grand écrivain qui ait dirigé sa thèse de maitrise ou de doctorat. En règle générale, on publie les professeurs d’université, les enseignants au collégiale, les journalistes, les gens de l’édition, les traducteurs, les animateurs, et d’autres acteurs de l’industrie du livre. Mais, selon les manuscrits qu’on reçoit, il y a une jeune génération québécoise si talentueuse et si peu visible, aussi peu visible que certaines minorités ethniques.

 

 

 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un écrivain qui veut voir son texte accepté ?

 

Qu’il soit sincère dans son écriture, indifférent aux modes et courants littéraires.  Qu’il lise chaque jour après avoir fini sa période d’écriture. Qu’il soit humble, ouverte à la critique. Qu’il lise d’abord les livres de ceux qui dirigent Hashtag. Publier ce n’est pas tout. Si un auteur vient chez nous, c’est parce qu’il nous fait confiance : il veut publier avec nous parce qu’il nous aime et non pas parce qu’il a été refusé ailleurs. On ne publie pas ce qui est refusé ailleurs, à moins qu’on tombe sur des auteurs qui soient refusés justement parce qu’ils sont trop originaux ou parce qu’ils ne font pas partie des amis de la maison. Le livre peut être mal écrit ou achevé en proportion de 60%. Si on voit le potentiel, on est disposé à travailler avec l’auteur. Ce qu’on bannit chez nous ce sont les idées communes, la banalité, le bavardage, la platitude.

 

 

Quel est votre écrivain (e) préféré (e) et pourquoi lui ou elle et pas un (ou une) autre ?

 

J’en ai une panoplie, mais avec l’âge je me réfère toujours aux classiques qui restent aussi modernes et complexes. J’ai commencé mon apprentissage littéraire sous l’influence de Gogol, Tchekhov, Gombrowicz, Kadaré, Thomas Mann, Cervantès, Flaubert, Hesse, Pavese, Faulkner, Miller, Mailer, Berberova. Depuis mon arrivée au Canada, je me suis spécialisée en littérature postcoloniale où je suis tombée en amour avec des auteurs comme Salman Rushdie, VS Naipaul, Hanif Kureishi, Zadie Smith. Leurs œuvres font preuve d’une grande complexité toute en ayant un langage simple. On apprend, tout en se divertissant.  

 

 

Le livre papier a-t-il encore de la valeur dans un monde hypernumérisant ?

 

Apparemment, oui. Les dernières études et statistiques montrent que le livre papier est plus en santé que jamais. Après des heures passées devant l’ordinateur ou l’écran du cellulaire, les gens ont vraiment envie de s’étendre au lit avec un livre dont les lignes ne glissent pas devant leurs yeux. La lecture est récemment devenue un moyen de repos contre l’agression cybernétique.

 

 

Que pensez-vous de l’autoédition ?

 

Je ne fais pas trop de confiance à l’autoédition, justement à cause du manque d’esprit critique et de la deuxième opinion. Je connais tellement d’auteurs qui s’auto-publient, mais leurs livres sont tout simplement illisibles. Je ne dis pas que cela ne peut donner de temps en temps de bons livres, sauf que je n’en ai pas encore rencontrés.

 

Un mot sur les prix littéraires ?

 

J’ai souvent été membre des jurys pour des prix ou des bourses littéraires, et j’ai toujours agi dans la bonne fois, essayant de ne jamais me laisser influencer par mes goûts littéraires ou mes sympathies personnelles. Je veux espérer que tous ceux et celles qui sont invités pour décider du sort d’un livre gardent en tête qu’on fait un travail pour l’avenir et non pas pour nos amis. Je n’ai pas été souvent déçue par les prix littéraires octroyés au Québec ou au Canada, à quelques exceptions près. Pour cela, je veux espérer que les jurys sont toujours formés des gens compétents et de bonne foi.

 

 

13-Est-ce que des écrivains pourront vous envoyer des livres pour traduction aussi ?

 

Nous ne publions que des œuvres originales, écrites en français. Les traductions se font à partir des œuvres publiées dans d’autres langues et cultures, ainsi que du Canada anglais.

 

 

 

Entretien réalisé par Nathasha Pemba,

Le Sanctuaire de la Culture

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Être un certain type de personne… être simplement soi-même, sans isolement.

1 Octobre 2018, 06:15am

Publié par Nathasha Pemba

Être un certain type de personne… être simplement soi-même, sans isolement , sans suffisance…

Être une personne qui s'intéresse aux autres. Nos références académiques, sociales et professionnelles ne doivent pas prendre le dessus sur la qualité de notre relation avec les autres…

Nos capacités doivent nous aider à comprendre qu'en gérant un groupe de personnes ou encore qu'en appartenant à une communauté humaine, nous appartenons à quelque chose de plus important que nous, que notre suffisance, que notre moi. Il est clair que tout le monde peut se faire remarquer…

Il suffit, par exemple de s'habiller différemment… ou encore de se négliger… ou encore de crier dans la rue… oui, tout le monde peut se faire remarquer en grandes oeuvres comme en bêtises…

Il m'arrive souvent, dans le métro d'observer nos attitudes quand un chanteur de reggae entre avec sa guitare ou encore quand un sdf s'asseoir sur un banc… Tout le monde le remarque et le regarde... Mais la personnalité, la capacité à vivre avec les autres… demande encore de la personnalité, de l'amour, de l'attention… pouvoir enthousiasmer les autres et leur faire comprendre qu'ensemble on peut faire de grades choses… et ça, ce n'est pas donné à tout le monde… Il faut au moins avoir un coeur… un coeur qui aime et qui est capable non point seulement de supporter mais de porter les autres…

Nathasha Pemba

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