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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

La danse de Pilar de Charline Effah: Toutes les histoires familiales ont les fesses entre deux chaises: l'amour et la haine.

30 Juillet 2018, 17:32pm

Publié par Nathasha Pemba

La danse de Pilar aborde la question des relations familiales. À partir d’une narration remémorative, il est question des bons et des mauvais souvenirs vécus au sein de la famille Emane. Comme dans « N’Être » le premier roman de Charline Effah, il y a au fondement de ce récit un problème de repères familiaux où se dessine une fragmentation des liens.

 

C’est au début du roman, à partir du chapitre intitulé « Ruines » que le souvenir refait surface. Paterne est assis sur une chaise dans la chambre de sa mère. Il contemple l’immobilité dispersée autour de lui.  Il y a une photo qui rappelle le  temps où tout allait encore bien. Il se souvient et s’interroge. L’histoire dans ce roman est dans le souvenir, le souvenir qui en tisse la trame essentielle ; le souvenir des lieux, le souvenir de l’amour, le souvenir de la haine…

 

Le texte est marqué par la prédominance d’un « Je » narrateur qui s’adresse  à un « Tu » explicite, bigarré et responsable. Il n’y a pas d'accusation ciblée certes, mais il y a comme une commune culpabilité qui essaie de rappeler à chacun sa part de responsabilité. Il s’adresse simultanément et directement aux personnages. En même temps qu’il interpelle le lecteur, il s’adresse à tour de rôle au père, à la mère et au frère : Salomon, Pilar, Jacob… C’est ce qui forme d’ailleurs les différentes séquences titrées du texte auxquelles s’ajoutent le prologue et l’épilogue. Le « Tu » est ici le personnage sur qui on raconte l’histoire. Il n’y a pas dialogue.

 

Devant les yeux et dans le souvenir de Paterne défile une histoire, celle de leur famille ; un fratricide, celui qu'il a commis. Il vient d’ôter la vie à celui avec qui il avait signé un pacte de sang, son frère Jacob. Comment a-t-il pu en arriver là ? Comment de l’amour, on peut facilement arriver à la haine et au mépris de l’autre ?

 

Paterne se souvient de sa mère Pilar alias Queen-P., une danseuse professionnelle à Nlam, pays imaginaire d’Afrique subsaharienne. Si elle est une danseuse professionnelle, elle n’est pas n’importe quelle danseuse. Elle danse pour le parti au pouvoir, donne et reçoit des faveurs au/du Grand Camarade. Pourtant, la richesse matérielle et son carnet d’adresse ne lui suffisent pas. Elle veut une certaine notoriété. Et cela, seul un homme peut la lui donner. Au cours d’une cérémonie, elle fait la connaissance de Salomon. Ce dernier, ancien étudiant au chômage, est à la recherche d’une situation sociale qui lui donnerait une certaine place dans la société. C’est alors l’occasion rêvée pour tous les deux de réaliser leur dessein intime. Le narrateur le traduit en ces termes :

 

Tu espérais qu’elle allait finir un jour par te propulser dans les hautes sphères de la vie faste pour laquelle tu bavais. Elle t’avait dit que chauffeur de salle, porteur de sacs et tout ça, là c’était pour un temps

 

Homme responsable à la maison, Salomon assume ses responsabilités de chef de famille. Au fil du temps, ne trouvant pas gain de cause sur le plan social et politique, il intègre le parti de l’opposition et en devient le chef de file. C’est chez Jézabel, la concurrente de Pilar, que lui et ses amis élisent domicile. Entre temps Salomon a une aventure avec une des prostituées de Jézabel,  Oyane, qui tombe enceinte et donne un fils à Salomon, Jacob. Malgré les réticences de Pilar, Jacob rejoindra la grande famille Emane.

 

Dans sa relation avec Pilar, ce qui compte pour Salomon c’est son ascension sociale qu’il obtiendra grâce à la double vie que mène sa femme. Ainsi par la volonté « toute puissante » de cette dernière, il parvient à obtenir un poste. Dans ce couple, seul l’intérêt compte. Le narrateur le rappelle d’ailleurs :

 

Mais en réalité, tu n’étais pas un opposant. Tu possédais juste des envies d’une autre vie qui était possible, si tu parvenais à renverser le régime en place et ; à te hisser sur le fauteuil présidentiel

Salomon Emane, tu incarnais l’image du politique amovible. Mû par ta soif de réussir, tu étais occupé à retourner ta veste pour te donner plus de chances. D’un côté comme d’un autre, seule ta réussite te guidait.

 

Ici, on constate, en réalité, que Paterne et son frère Jacob  n’ont jamais eu d’importance aux yeux de leurs géniteurs qui étaient mus par leurs propres intérêts. Malgré cela, ils ont lutté, essayé de s’aimer en dépit de la haine qui transparaissait dans les relations entre leurs deux parents, deux assoiffés du désir de paraître.

 

Dans chaque ligne du roman, la remémoration de Paterne révèle les dépendances et interdépendances familiales, les influences, les trahisons, les dispersions, les penchants de Pilar, les fausses réconciliations et la mort. Après l’exécution de ses amis, Salomon est retrouvé mort dans son bureau. Pilar fait enlever son corps par les services de la morgue. Elle organise les obsèques manu-militari pour faire disparaître cet homme de sa vie. Elle n’a jamais aimé Salomon puisqu’elle l’a haï jusqu’à la mort. Elle l’a non seulement fait tuer, mais elle a refusé de lui donner une existence au-delà de la mort; elle a interdit aux fossoyeurs de marquer une inscription sur sa tombe. Elle a replacé Salomon dans l’anonymat dans lequel elle l’avait trouvé. N’est-ce pas elle qui l’a créé socialement et politiquement? Ne devait-elle pas décider de son existence même après la mort ? Seulement, elle avait oublié Jacob, le souvenir vivant de Salomon. Jacob le frère de son fils Paterne.

 

Ne pouvant pas supporter Jacob, Pilar finit par le chasser de la maison. Après avoir été chassé de la maison familiale, le fils mal-aimé disparaît sans donner des nouvelles. Dans son pays d’accueil, il a eu un coup de foudre pour Leslie, une européenne. Il revient à Nlam pour montrer qu’il a réussi sa vie, qu’il est marié et qu’il mène une vie stable. Il revient s’installer chez sa mère Pilar. Néanmoins, cette réussite n’est qu’une façade, car Paterne retrouve un frère violent, broyé par le souvenir d’une enfance malmenée. Jacob bat Leslie et la violente selon son gré. Ce que Paterne a du mal à cautionner car au premier regard il était tombé amoureux de Leslie. Il demande constamment à son frère d’être plus clément envers sa femme. Le souvenir de la haine entre leurs parents refait surface car Jacob estime que si son père Salomon est mort, c’est parce qu’il a été faible devant Pilar. Il n’est donc pas question pour lui d’être tendre avec Leslie.

Tu étais, d’après tes dires, un mari irréprochable. Jamais de tendresse. Toujours des paroles fortes. Violentes. Toujours tu recadrais. Toujours tu dictais et il fallait qu’elle t’obéisse.

 

Ce jour-là, en retrouvant Leslie et Paterne, Jacob était en colère car il soupçonnait quelque chose entre son frère et son épouse. On aurait même dit qu’il l’avait amenée exprès dans cette maison pour amener son frère à la faute. La culture de la haine inoculée par leurs parents a beaucoup contribué à cette chute. Pilar désormais convertie n’était pas capable de grand-chose puisqu’après avoir été sous la protection du Grand Camarade, c’est désormais sous celle du pasteur Mayombo qu’elle tentait d’exister.

Les deux frères se sont livrés au combat. Victimes du dressage de leurs parents, victimes de leur amour. Le crime eut pour nom Paterne qui en réalité voulait se protéger de la colère de son frère. C’est lorsque Jacob a touché aux cheveux de Leslie que Paterne a saisi une bouteille et l’a frappé sur le bras de son frère. Il voulait aider Leslie à s’enfuir. Malheureusement Jacob l’a suivie. Et c’est là que tout est arrivé, très vite. C’est là l’ultime héritage de Paterne : Qu’as-tu fait Jacob ? Qu’as-tu fait de ton frère ? Cette voix, Celle du sang de son frère comme celle d’Abel le Juste qui crie dans le désert pour questionner Caïn. Qu’as-tu fait ?

 

Seul devant sa conscience, Paterne réalise que lui et son frère Jacob ont reçu la haine en héritage. Pilar sa mère leur a transmis la haine car elle était « rancunière jusqu’aux limites des ténèbres». Il cherche à comprendre comment il est arrivé à devenir « un monstre aux mains sales », lui qui, réunis avec son frère étaient plus forts que Pilar ?

 

Il médite dans son cœur :

 

On dit que le cœur d’un enfant ne possède aucune once de haine. On l’imagine, ce cœur, éclatant d’amour et de candeur, débordant d’altruisme, dénudé de mal. Mais il arrive que la haine et la méchanceté poussent quand on sait s’y prendre pour les planter, quand on les arrose régulièrement et qu’elles prennent racine, telles des mauvaises herbes, étouffant toute la pureté des bons sentiments

 

En introduisant l’épisode de Genèse 4, 8-10, j'ai voulu souligner que le roman de Charline Effah accorde une place essentielle à la fratrie et que c’est cet aspect qui a d’abord retenu mon attention. Elle déroule une fratricide qui rappelle celle de Caïn contre Abel, une rivalité entre les doubles. À la convergence de divers héritages, Charline Effah l’est également dans son écriture. Après avoir montré dans « N’Être » le conflit entre la mère et la fille, elle revient dans « La danse de Pilar » sur la question du dysfonctionnement familial à travers l’hypocrisie des parents, mais aussi à partir de l’amour entre deux frères qui finit en haine viscérale. Elle montre que toutes les histoires du monde ont, au fondement tourné autour des conflits. Les premières relations fraternelles en général vont de la perfection à la destruction ou à la rivalité, mais elles sont toujours des meurtres fondateurs. Ce qui reste assez marquant c’est qu’il y a, presque toujours, au fondement un amour quasiment inséparable (pacte de sang). Sur le plan de la symbolique d’un autre ordre, on peut dire que Paterne et Jacob symbolisent la réalité politique actuelle car en général, les opposants et les partisans de la majorité au pouvoir sont au départ des frères.

 

Paterne est là, il attend que la police vienne le chercher. Il observe la photo de ses parents sur la table, se souvient et se remémore. Il cherche à comprendre à quel moment l’amour avait cessé d’être le moteur de leur vie. Il tente de reconstituer l’histoire familiale, nous invitant presque à écrire la nôtre pour notre propre cheminement. Comme cette photo posée sur la table, Paterne essaie de retisser le lien alors qu’il sait que dans quelques heures la police viendra le chercher… Heureusement qu’il lui reste l’amour de Leslie :

 

 (…) Ici la loi des hommes est dure certes, mais il reste l’amour. L’amour que les faibles et les lâches ne connaitront jamais et ne sauront pas qu’il est le lieu où les femmes brisent les barreaux de toutes les prisons du monde et qu’avec cet amour, elles savent, l’espoir dans le cœur, telle une flamme qu’elles entretiennent, attendre le retour de l’être cher 

 

Ce qui rend ce roman particulièrement émouvant et attrayant pour le lecteur que je suis, c’est le choix fait par Charline Effah d’une narration assez particulière qui se situe dans le souvenir d’un ordonnancement par effets dans une sorte d’aller et retour entre le « Je » et le « Tu », d’une écriture à la fois évocatrice, réflexive, allégorique et participative. Dès la page 22, le narrateur invite le lecteur à embarquer avec lui dans le roman :

Récurer les souvenirs jaunis pour faire renaître l’histoire familiale telle qu’on me l’a racontée avec les mots des autres, mais aussi telle que je l’ai vécue, sentie, traversée. Raconter la famille au cas où quelqu’un se demanderait le pourquoi du drame. Convoquer la mémoire saturée des origines des heurts et des blessures d’une fratrie morcelée. C’est peut-être la seule manière de comprendre que la fascination que j’ai éprouvée pour mon frère était si honteusement douloureuse pour Pilar, car, à ses yeux, j’ai toujours représenté tout ce qu’elle ne voulait pas d’un fils.

(…)

Toutes les histoires familiales du monde ont les fesses entre deux chaises : l’amour et la haine.

 

Même en mettant un point final à ma note de lecture, j’ai le sentiment de n’avoir pas assez exploré le roman de Charline Effah. Je me suis notamment demandée sur les choix des noms. Paterne par exemple, est un nom qui signifie « appartient au père ». Pourquoi l’auteure a-t-elle choisi ce prénom. Est-ce pour dire que Paterne en fin de compte est celui qui refondera la famille, la société de Nlam ?

 

 

Nathasha Pemba

Références

Charline Effah, La danse de Pilar, Ciboure, La Cheminante, 2018.

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A l'ombre des érables et des palmiers de Guy Bélizaire

21 Juillet 2018, 02:28am

Publié par Nathasha Pemba

Guy Bélizaire, d’origine haïtienne offre un recueil de Nouvelles d’une richesse extraordinaire. Composé de quatorze nouvelles, « À l’ombre des érables et des palmiers », un titre très révélateur, situe le lecteur entre deux mondes : le Canada représenté par l’érable et Haïti symbolisé par le palmier. Il y parle des Haïtiens d’ici et de là-bas.

 

Si les symboles ont un sens très fort à partir de la première de couverture, l'on constate que les nouvelles telles qu’elles sont présentées expriment en profondeur l’état d’esprit d’un immigré qui vit toujours entre la culture d’origine et la culture de la terre d’accueil. Ce qui, à mon sens, s’illustre de manière assez puissante dans la nouvelle intitulée « Vengeance », où lorsqu'après avoir été licencié de son travail, le père de famille ne pense qu’à une seule chose : rentrer chez lui. 

 

Rentrer chez soi ici apparaît comme une renaissance car le lieu des origines qu’on a jadis quitté pour des raisons diverses devient comme le lieu de l’espoir. Chez nous ou chez soi paraît être le lieu où l'on pense que l'on ne pourra rejeté même si on est au chômage. Chez nous est le lieu où, malgré la misère, on nous respecte et où la dignité revêt un sens. Malgré les difficultés économiques ou politiques, le lieu des origines devient le lieu du Salut.

 

Dans la nouvelle « Vengeance » comme dans toutes les autres, Guy Belizaire interprète la réalité de « l’immigration » non seulement comme possibilité de partir, mais aussi comme possibilité de rester au sens où celui qui part ne part jamais en réalité. En effet, dans le texte, chaque personnage de chaque nouvelle rappelle Haïti. Même celui qui a complètement bâti sa vie et qui occupe un poste assez important dans le pays qui l'a accueilli,  reste toujours tourné vers ses origines, vers des souvenirs d’enfance parfois cruels ou joyeux; vers sa famille.

 

Dans ces textes de l’exil, les personnages vont à la rencontre de la bêtise humaine où finalement on finit par se rendre compte que l’homme où qu’il soit reste homme. Revenant toujours dans la nouvelle « Vengeance », l’auteur montre comment en face de son désir de venger, le jeune adolescent se rend compte que le préjugé peut parfois faire commettre des bêtises.

 

La notion de préjugé ouvre ici directement à l'un des thèmes que soulève également l’auteur dans ce recueil : Le racisme.

 

Selon un constat et une expérience personnelle, le racisme dans les sociétés occidentales se fonde souvent sur un préjugé ou sur un complexe de supériorité. Plusieurs racistes sont souvent ignorants de la culture des personnes envers lesquelles ils posent des actes de racisme. Il y a environ deux jours un collègue me demandait si le racisme me choquait. Je lui ai répondu que non. Néanmoins avec l’habitude j’ai appris à repérer ceux que je considère comme inculte dans le sens des personnes en manque notoire de culture. Et ceux qui volontairement sont racistes, se prennent pour la race supérieure et ont tendance à ridiculiser les personnes différentes d'eux. Avec ceux-là, je réagis automatiquement pour ne pas qu’ils aillent au bout de leur logique de raciste. En général ce type de racistes portent des préjugés du genre : « Tous les noirs font des sales boulots et qu’ils ne peuvent jamais faire plus que ça » ou encore « les personnes issues des pays en voie de développement mangent beaucoup ».

 

Quelquefois on parle d’accent alors que tout être humain incarné dans une société est porteur d’un accent. Or lorsqu’on vous pointe par votre accent on vous classe déjà comme étranger, celui qui n’est pas « d’ici ». C’est aussi cette attitude qu’on retrouve dans la première nouvelle du recueil qui s’intitule « L’accent ». On y retrouve des expressions comme : « les regard qu’on lui jetait », « se sentant mal à l’aise dans ce quartier », « Dites-donc, madame, c’est la première fois que vous voyez un nègre ? », « Retournez donc chez vous ! », « Son accent lui avait joué un mauvais tour ».

 

Dans cette première nouvelle, le mot regard revient plusieurs fois. C’est pour montrer que si "au commencement est le regard" comme le souligne Bachelard dans la préface de « Je et tu » de Buber, dans le racisme aussi le regard occupe une place importante ; c’est un regard qui enferme et qui nie l’altérité et même l’existence d’autrui. C’est un regard discriminant qui empêche l’étranger de s’intégrer et de se faire une nouvelle existence.

 

L’ouvrage est très intéressant au niveau du genre, mais aussi d’un point de vue sociologique où l’auteur présente le fait social tel qu’il se vit réellement dans la société québécoise. Il replace la question du racisme au cœur des débats, car c’est une question qui est souvent éludée notamment avec les expressions comme « le racisme systémique ». Il donne la parole à des personnages qui décrivent bien le quotidien de certains immigrés :

 

« Il se souvenait qu’un jour, la fille qu’il avait voulu demander une information s’était sauvée en courant quand elle avait remarqué à qui elle avait affaire ».

 

En dehors des nouvelles citées plus haut, plusieurs autres sont intéressantes comme le Pardon, la haine, le dernier acte. Je recommande vivement ce recueil.

 

In fine, « À l’ombre des érables et des palmiers » permet de comprendre le regard sur l’immigré et tout ce qui va avec à l'instar du racisme, de la discrimination et du renfermement sur soi. L’auteur soulève les questions de l’identité et du multiculturalisme vécu au-delà des théories. La leçon que l'on pourrait retenir c'est que l’immigré est un Autre pour tous. Il est un étranger qui est appelé à s’intégrer au Nous qu’il trouve lorsqu’il arrive, mais le Nous local doit aussi s’ouvrir à lui au sens où il ne doit pas limiter le statut de l’immigré à un travail qu’il doit accomplir ou encore à sa couleur de peau, mais il doit l’accueillir comme un alter ego qui est un possible concitoyen différent dans son être.

 

Nathasha Pemba

 

Références de l'ouvrage

Guy Bélizaire, « À l’ombre des érables et des palmiers », Ottawa, Éditions l'interligne, 2018.

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Glad Amog Lemra, Réalisateur et écrivain: J'ai trouvé dans le cinéma la meilleure des façons de dire la pensée et les maux

15 Juillet 2018, 03:51am

Publié par Juvénale Obili

Né à Brazaville, Glad Amog Lemra est un réalisateur, écrivain et cinéaste franco-congolais. Il vit actuellement à Paris. Son film « Entre le marteau et l’enclume  »  a reçu le prix du meilleur film au festival de Ouidah au Bénin. Le même film a eu la mention du Jury au Festival international du film panafricain de Cannes et le prix  d'encouragement à Moscou. En 2015 le même film faisait partie de la sélection officielle du FESPACO au Burkina-Faso... Et bien d'autres encore.

 

 

Juvénale Obili l'a rencontré pour nous.

 

*****

 

1- Bonjour Glad, comment vas-tu ?

 

Je vais très bien, merci.

 

2- Parle-nous un peu de toi ?

 

Je ne sais pas parler de moi. En revanche, je sais quelquefois dire ce que je fais et ce que j'aime faire : je passe beaucoup de temps à écrire, dans mon lit, dans mon canapé, dans le métro, dans la rue... et dans ma petite cervelle. J'écris de la poésie, des nouvelles, du cinéma, du théâtre. Si c'est ça parler de moi ! Examen réussi alors !

 

3- Vers quoi s’oriente ta plus grande passion?

 

Je mange poésie, je dors poésie, je me lève poésie, je respire poésie, je pleure poésie, je me réjouis poésie... Tout en moi n'est que poésie.

 

4- D'où te vient cet amour pour les Lettres ?

 

Dès l'âge de dix ans ! De la beauté de l'humanité, de ses merveilles, du charme de la Femme... c'est de là que naît le fruit de la nécessité de dire, puis de lire avant que l'humain ne contraigne ma plume à voir l'obscurité que peut cacher la lumière. À la sortie de mon adolescence.

 

5- Comment appréhendes-tu l'inspiration en tant que poète et réalisateur ?

 

Poète, on y est sans le vouloir, ni le savoir ! Réalisateur je suis devenu par la force des choses, par le simple besoin de transcrire ma poésie à l'image. J'ai trouvé dans le cinéma la meilleure des façons de dire la pensée et les maux. Et cela pour avoir eu la chance de faire de la figuration dans les grosses productions américaines, comme "La chute du Faucon noir'' de Ridley Scott.

 

6- Peux-tu nous parler, en quelques lignes, de ton prochain film Djoli ?

 

Un scénario Hitchcockien où le rêve, le dilemme, le fantasme, l’amour, le jeu s'entremêlent dans une ville mystérieusement paisible au lever du jour et subversive à la tombée de la nuit. C’est dans les méandres de ce contraste que ce long métrage nous invite.

DJOLI est un film qui sera porté par Bruno Henry, Djédjé Apali, Hervé Pailler, Sorel Boulingui, Alnise Foungui, Mira Loussi, Joaquim Tivoukou, Maelia Martina… et bien d'autres talents.

Tout ceci se passe dans une ville côtière africaine qui est Pointe-Noire.

 

7- Quels sont les avantages de jouer un tel film au Congo ? As-tu eu des difficultés à trouver des acteurs ?

 

Les avantages, ce sont d'abord l'amour et la nostalgie que j'ai pour cette terre. L'énergie brute et son environnement à l'état naturel sont un plus. En ce qui concerne les acteurs, j'ai opté pour un métissage des acteurs internationaux et venus d'Europe et des talents qu'il a fallu dénicher au travers d'un casting préalable puis d'une préparation individuelle pour chaque personnage. C'est aussi cela la beauté et la magie de l'art.

 

8- En terme de financement, fonctionnes-tu sur fond propre ou une subvention du ministère de la culture (français ou congolais ) ?

 

Djoli a été réalisé sur fond propre, grâce l'assistance de bonne volonté et des passionnés de mon cinéma.

 

9- L’avenir du cinéma congolais…

 

Le cinéma congolais est une jeune et belle plante qui germe ; il faut juste veiller à ce qu'elle ne fane pas avant son éclosion. Pour cela, il est essentiel d’avoir de bons jardiniers et un jardin bien entretenu. Il faut surtout prêter attention au lien entre l'artisan et la politique et non celui entre le dénommé artiste et la démagogie.

 

10- Existe-t-il une école de cinéma au Congo ?

 

Ecole de cinéma ! J'ose espérer qu'on va y penser un jour.

 

11- Quels types de liens tisses-tu avec tes acteurs ?

 

J'ai besoin d'être amoureux des personnes qui incarnent un personnage, afin de pouvoir donner le meilleur de moi et recevoir une interprétation très proche de la crédibilité de l'acteur ou l'actrice. Construire une confiance totale dans l'exercice de direction du personnage. Sans acteur, il n'y a pas de cinéma. Avec un acteur en abandon absolu, l'histoire de ce cinéma devient une merveille émotionnelle.

 

12- Quel rapport peux-tu faire entre la littérature et le cinéma ?

 

Littérature/Cinéma est pour moi une communion de couple comme il n'en existe nulle part ailleurs. Tout part d'un écrit, et de l'écrit naît l'image. Même l'improvisation est une dérivée de l'écrit préalable.

 

13- Quel est ton film coup de cœur 2018 ?

 

En post prod depuis le mois de janvier, je n'ai pas eu le temps de regarder les sorties 2018, parce que je travaille sur les films que j'avais sélectionné pour aiguiller le montage de Djoli. Mais je suis curieux de voir le nouveau Spike Lee : Blackkklansman.

 

14-Merci Glad Amog Lemra…

 

Merci Juvénale

 

 

Propos recueillis par Juvénale Obili du Sanctuaire de la Culture

 

*****

 

Oeuvres de Glad Amog-Lemra

 

Bibliographie:

L'oreiller des lamentations, Paris, Éditions Langlois Cécile, 2015.

Franklin l'insoumis, (Co-auteur), Rungis, Édition La Doxa, 2016.

La Sève, Paris, Éditions Langlois Cécile, 2016.

 

Filmographie:

-La tombe d'un rêve, 2007

-Qui perd gagne, 2008 

-L'identité Malsaine, 2010.

-Entre le marteau et l'enclume, 2012.

-Mensonge légal, 2014

-Silence, 2016

-Djoli... à venir

 

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