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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

La danse congolaise contemporaine, par Juvénale Obili

16 Juin 2018, 13:04pm

Publié par Juvénale Obili

Marcher. Parler. Bouger. Courir. Tout constitue une danse dans la nature. Celle-ci est définie comme un mouvement du corps exécuté en cadence, à pas mesurés et au son d'instruments ou de la voix. Qu'en est-il donc de la danse dite contemporaine ?

 

Ce terme s’oppose à celui de danse classique. Pourtant, l'on peut dire que la danse contemporaine garde les techniques de la danse classique en y apportant une touche d'improvisation et donc la liberté d'expression du corps suivi de ses mouvements.

Ce type de danse voit le jour après la seconde guerre mondiale aux États-Unis et en Europe. Elle a été inventée principalement par l'américain Merce Cunningham.

 

Cependant, la danse contemporaine ne trouve pas une définition exacte, d'autant plus qu'elle se caractérise par différents styles comme le classique, le moderne, voire le jazz pour certains chorégraphes. Cette danse a fini par séduire plus d'un et a traversé les frontières. Elle s’est retrouvée en République du Congo il y a quelques décennies.

 

Nous sommes allé à la rencontre de Zeli Mbanzila au centre culturel Sony Labou Tansi du Congo pour connaître l'histoire de cette danse à Brazzaville.

Zeli Mbanzila est l'initiateur du groupe Échos de Brazza et en même temps directeur artistique du festival Mvukan'Art qui sera organisé en 2020 au Congo. Mvukan'Art est né d'un groupe de onze jeunes qui constituaient le groupe Balaie ''Tienri'' (une mouche qui pique ) : un grand et ancien mouvement de danseurs contemporains qui avait du succès. Ils ont d’ailleurs reçu le prix RFI en 2000.

 

Pour Zeli Mbanzila, la danse contemporaine est une passion à côté d'une profession qu'on a au départ même si plus tard il en a fait son gagne-pain. Il la définit comme une danse tradi-moderne très sophistiquée. Selon lui, cette danse s'accompagne de la musique au rythme varié : Kingoli, Moyi, Bembé, Kongo etc... Ce, pour valoriser la musique et la danse traditionnelles du Congo. C'est d'ailleurs la vision de ce danseur contemporain qui livre des prestations dans des spectacles occasionnels afin de faire vivre cet art au pays. Toutefois, cette vision est énorme, puisqu'elle regarde aussi le côté patriotique : participer aux grands festivals qui se déroulent à l'extérieur du pays afin d'envoyer le signal fort qui consiste à dire que cette danse existe bel et bien au Congo. Par contre, les danseurs contemporains rencontrent assez de difficultés vu le manque de soutien du ministère de la culture. Par exemple, certains d'entre eux ont des ambitions d'intégrer les écoles occidentales afin d'en apprendre d'avantage mais n'ont pas de moyens financiers pour réaliser leurs rêves.

 

Cet art méconnu par beaucoup de congolais vaut d'être considéré par les acteurs culturels car c'est une valeur ajoutée à la culture congolaise. Tout comme la musique trouve sa place dans la culture, la danse contemporaine la mérite une également.

 

Pour admirer cet art de près, il faut pouvoir assister à une performance que peut organiser des danseurs en tout lieu public comme en plein marché par exemple. Ainsi, la performance est à la danse contemporaine ce qu'est l'A capella à la musique ou encore l'extrait d'un film pour le cinéma.

 

Ce qui éblouit devant une scène de danse contemporaine c'est cette connexion que les danseurs créent avec le public. Celui-ci se retrouve emporté par ces expressions de corps mouvementés soit par la musique soit par une histoire racontée à travers la danse animant le moment précis. Cela invite souvent la sensualité sur la scène. Ce côté sensuel ne laisse pas indifférent l'esprit féminin. Les jeunes femmes se mettent aussi à la danse contemporaine avec une sensibilité énorme qui les connecte à leurs esprits ne demandant qu'à s'exprimer. Cela explique par ailleurs la question selon laquelle la danse contemporaine serait dite des esprits. En effet, celle-ci joue avec la communication spirituelle dans un silence époustouflant ou encore au son d'une certaine cadence à la base classique ou traditionnelle. C'est donc une danse qui émeut en tout premier lieu l'esprit.

 

La spécialité de cette danse réside dans son potentiel. Elle s'ancre dans le domaine de l'art avec n'importe quel artiste qui peut paraître sur scène. La plupart des spectateurs aiment ce genre de surprise. Pour ma part, ce qui séduirait le plus mon esprit, c'est une scène de danse contemporaine, accompagnée d'un slameur, au rythme du son d'un tam-tam, dans une salle aux lumières somptueuses.

 

Le souhait des danseurs contemporains aujourd'hui est de promouvoir la danse contemporaine au niveau national afin de trouver du soutien pour pouvoir aller représenter le Congo à l'extérieur.

 

Ce qu'il y a à retenir ici est qu'au milieu des artistes peintres, musiciens, écrivains et bien d'autres, la culture congolaise regorge également en son sein la danse contemporaine qui n'est le moindre dans le monde artistique.

 

Qu'en est-il du groupe Échos de Brazza de Zeli Mbanzila ? Pour leur multiple séances de répétitions, ils se retrouvent du lundi au vendredi dans une fourchette d'heures allant de 09h à 12h et de 12h à 14h au centre culturel Sony L.T situé dans l'arrondissement 2 à Brazzaville.

 

 

Juvénale Obili, Bloggueuse

 

 

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Un océan, deux mers, trois continents, Wilfried N'Sondé

5 Juin 2018, 05:29am

Publié par Juvénale Obili

 

Lauréat du prix Ahmadou Kourouma 2018, pour son ouvrage « Un océan, deux mers, trois continents » paru aux Éditions Actes Sud en janvier de la même année, Wilfried N'sondé est un écrivain et chanteur français d'origine congolaise.

 

Le récit de cet ouvrage tourne d'une époque : celle de l'esclavage, de la manipulation politique et du servage à travers un personnage principal Nsaku Ne Vunda ( fils de Vunda dans la langue Kongo ). Ce protagoniste est né en 1583 à Boko et a fait l'école missionnaire de Mbanza Kongo ( ville capitale du Royaume Kongo ), d'où il est sorti prêtre.

 

La scène s'inscrit au début du 17e siècle quand le protagoniste acquit le nom de Dom Antonio Manuel après son baptême. Il réussit, en outre, à convertir au catholicisme le roi Manzou a Nimi, appelé désormais Alvaro II. Ce fût un grand exploit à une époque où l'Homme, réduit au rang de simple objet de transactions commerciales, est considéré comme une marchandise tel qu'évoqué à la page 28 de l'ouvrage.

 

Le fait qu’Alvaro II devint catholique diminua sans nul doute quelques pratiques obscures au niveau d'un Royaume qui se voulait désespérément intègre et juste, à l'image des neuf femmes fondatrices de celui-ci. N’Sonde montre que ces dernières sont au cœur  d'une légende racontée à toutes les générations car ce sont elles qui ont donné le nom Kongo au royaume (le lieu où il ne faut pas se rendre).

 

Mystérieux dans son enfance et respectueux, le héros du roman était apprécié de ses aînés. Ses parents adoptifs pressentaient que Nsaku Ne Vunda aurait un destin hors du commun. Inspiré et assis dans ses valeurs de solidarité découlant du respect des ancêtres, surtout des traditions, il fut choisi par Alvaro II pour répondre à la sollicitation du pape Paul V en vue de représenter le Royaume Kongo à Rome en tant qu'ambassadeur en 1604.

 

Dans son livre, Wilfrid N'Sondé rappelle la définition de l'histoire comme le récit des événements passés. Il rappelle notamment le côté sombre de l’histoire ponctué de moments dramatiques entre enchantement, supplice et victoire. Ce qui donne à son livre un caractère non seulement fictif, mais aussi réaliste puisqu’en le lisant, on a l’impression de suivre un documentaire.

C’est l'histoire de l’humanité qui nous est contée sur des pages écrites en caractère métallique. En lisant, je me suis permise de penser que ce livre ferait un fon film, car à mon sens, il manque des images pour une illustration pertinente, en vue de l’apprentissage aux plus petits.

 

N’Sondé utilise un style d'écriture qui décrit le mieux possible chaque moment qu'a vécu le protagoniste. Conscient que le voyage de Mbanza Kongo à Rome serait long mais surpris de vivre un parcours pernicieux tant du point de vue physique et moral durant toute la période du voyage.

 

Ici, l'auteur tente de répondre aux questions suivantes : que s'est-il passé exactement lors de ce voyage ? Qu'avait subi réellement Dom Antonio Manuel ? Quel était son regard sur la réalité ignoble de cette époque ? Avait-il accompli sa mission pendant son séjour à Rome ?

 

Le navire qui permit à Dom Antonio Manuel d'effectuer ce long voyage est décrit comme un monstre de bois dans ce roman. Le prêtre qu’il est conscient que ce navire est un enfer à ciel ouvert. Les détenus soumis à une souffrance horrible lancent inlassablement des cris de détresse (cf p. 63). Ceci une illustration palpable de la bonne dose d'imagination dont fait preuve l'auteur.

 

Ainsi, le titre donné à cet ouvrage n'est autre que le chemin parcouru non seulement par l'ambassadeur Kongo vers le Vatican, mais aussi par les esclaves. Ce qui ouvre sur une réflexion contemporaine lorsqu’on essaie de se tourner sur ce qui se passe aujourd’hui avec les migrants qui quittent l’Afrique, volontairement et empruntent le chemin de la mer en quête d’une vie plus décente. L’analogie entre l’enfer et le navire reste le même aujourd’hui. Ceux qui partent aujourd’hui ne sont jamais sûrs d’arriver. Et Dieu seul sait ce qu’ils vivent comme supplice sur ce chemin de fortune.

 

Par ailleurs, Wilfrid N'Sondé évoque l'image de la femme aimante, forte, courageuse et battante à travers, entre autres, Thérèse, en qui Dom Antonio Manuel trouva l'amour. Un cœur à travers lequel il crut retrouver sa mère décédée juste après sa naissance.

 

Une fois arrivé au Vatican, Nsaku Ne Vunda eut pour priorité de remplir sa tâche bien qu'exténué physiquement par tout ce qu'il avait subi durant son voyage. Premier prêtre de sa communauté à avoir effectué tout ce voyage avec le privilège qu'il bénéficiât une fois arrivé à destination, cet ambassadeur Kongo garda ses principes et ses valeurs intactes.

 

Finalement, Nsaku Ne Vunda Dom Antonio Manuel  a rempli et  a accompli une mission qui semblait des plus impossibles : marcher sur les pas de ses ancêtres, parler de sa religion, en être un exemple et y faire adhérer principalement Alvaro II. Ce qui était un bon signe pour le peuple Kongo et son avenir. En outre, il était aussi conscient d’avoir la mission de promouvoir en tout temps et en tout lieu les valeurs humanistes afin de considérer l'Homme, le respecter et l'aimer. Il mourut en janvier 1608.

 

Nsaku Ne Vunda Dom Antonio Manuel serait-il le revenant selon la légende ? La réincarnation de l'astre au milieu des humains ?

 

Juvénale Obili 

 

Références :

 

Wilfried N'Sondé, Un océan, deux mers, trois continents, 272 pages, Éditions Actes Sud, France, 2018.

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