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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

À la rencontre du fleuve: Aimé Eyengué et le concept de Fleuvitude- Part 1.

25 Avril 2018, 17:59pm

Publié par Juvénale Obili

Juvénale Obili : Bonjour cher Aimé Eyengué. On commence par le commencement ? Comment est née la Fleuvitude ? Quelles étaient vos sources d’inspiration ?

 

Aimé Eyengué : Bonjour ! La Fleuvitude est née dans une dynamique portée par ma quête de la paix : la paix avec moi-même d’abord, la paix avec les autres ensuite ; qu’ils soient de ma terre de naissance ou d’ailleurs… Car l’Homme n’est humain qu’au milieu d’autres êtres humains, et tant qu’à faire, il est plus que souhaitable de vivre, en s’épanouissant les uns les autres, dans un environnement, sain, vivable et surtout apaisé… pour mieux se réaliser du reste… qu’on l’ait volontairement choisi ou non…

C’est donc cette quête qui m’incita, dès 2008 à m’intéresser plus sérieusement à la littérature produite par les écrivains de ma terre d’origine, pour y rechercher les nutriments pouvant servir à alimenter et faire aboutir cette quête ; car, la littérature, c’est un miroir pour l’être humain ; c’est le visage même d’un peuple, dit-on : et cela peut se vérifier si bien, que c’est devenu de notoriété publique de penser que si tu veux connaître un peuple il convient de lire sa littérature, qui le globalise bien en suivant dans le même temps sa diversité culturelle et enrichissante ; d’autant plus que l’on ne peut pas toujours tous avoir le temps ou les moyens de sillonner tous les pays de la terre pour vivre avec leurs différents peuples, quand bien même l’on serait très volontariste pour ce faire… Par contre, on peut voyager, selon Proust, en lisant des livres, sans même dépenser un seul sou, dans les bibliothèques publiques existantes…

 

Juvénale Obili : C’est ce qui vous a déterminé ?

 

Aimé Eyengué : Oui. C’est ce que j’ai fait, le plus naturellement possible, sans quelque calcul intéressé, puis j’ai voulu partager le fruit de ma quête avec les autres, en jetant l’ancre sur le premier livre littéraire écrit en français par un auteur originaire du Congo, mon pays natal, avant de me rendre compte que ce livre, que je ne connaissais que par culture générale n’a presque jamais été en circulation, ni dans mon pays ni vraiment ailleurs aussi, parce qu’il n’avait été publié que dans une revue des éditions Présence Africaine à Paris, en 1953…

Je ne puis vous expliquer ici ma joie quand j’ai pu tenir cette revue originale entre mes mains, comme un bébé ! C’était la renaissance, par le fleuve : la jouissance dans la quintessence, la plaisance dans le sens, la conquête dans la quête… J’étais comme un poisson dans l’eau… et je le suis depuis je pense… (Rire)

 

Juvénale Obili : J’imagine qu’il s’agit de Cœur d’Aryenne de Jean Malonga…

 

Aimé Eyengué : En effet. C’est à la suite de ma lecture de ce puissant texte fondateur que j’ai été motivé à partager ma trouvaille avec les autres en proposant la célébration de la littérature congolaise à tous ceux qui se sentaient portés par un tel projet… de retour aux sources, pour se rafraîchir la mémoire et rafraîchir la mémoire aux autres sur les valeurs de paix universelles pour un mieux-vivre-ensemble dans le respect des différences mais en union, par le biais des ponts culturels à bâtir entre les peuples, d’un même pays d’abord, puis de toute la terre habitée ensuite, en harmonie, dans l’entente, avec, au besoin, le retour à l’équilibre dans l’ordre naturel des choses partout… Et comme c’est l’imaginaire du Fleuve qui est prédominant, non seulement dans ce chef-d’œuvre fondateur de Jean Malonga, mais également, comme j’ai fini par le réaliser, dans l’œuvre des auteurs congolais les plus remarquables de l’Histoire, à savoir, Tchicaya U Tam’si, Tati Loutard, Sony Labou Tansi, il me fallait trouver un seul mot, mais un seul des plus expressifs, pour faire court mais pertinent, capable de rendre compte de toute cette immense réalité qui fait voyager dans le temps toute personne portée par l’enjeu de la mémoire et donc de la problématique du passé, d’un passé commun, ou simplement de son propre passé ou de son histoire…

 

Juvénale Obili : Quel était ce mot ?

 

Aimé Eyengué : Le mot qui a émergé avec force détail dans mon intellection, c’est bel et bien le mot Fleuvitude, qui l’on peut bien entendu définir en s’inspirant de tout ce que je viens de vous dire ici, ou tout simplement dans sa sémantique intrinsèque qui traduirait dans la réalité l’attitude ou l’habitude en relation avec le Fleuve, la vie de l’homme et la vie du Fleuve par analogie : ce qui veut dire aussi à la manière du Fleuve, comme le Fleuve, allant de sa source à son embouchure, donc à son accomplissement, la Fleuvitude, quoi !  Ainsi, à mon sens, la Fleuvitude est une quête de l’être. Et, de manière simplifiée, la Fleuvitude, c’est le retour aux sources. Le Fleuve étant devenu le miroir de l’Homme dans son voyage sur terre… jusqu’à son bout final, tout fleuve va de sa source à l’océan, pour accomplir son cycle : la Fleuvitude.

Et sur ce chemin, j’ai écrit les mots suivants quelque-part :

Je sème le fleuve

Pour récolter l’océan

Je suis sa source

Il est ma Fleuvitude

Vous savez, la littérature congolaise, avec Jean Malonga, a postulé à l’universalité, c’est-à-dire à l’esprit d’ouverture, dès sa première production littéraire, Cœur d’Aryenne ! Où l’on peut lire ce qui suit : ‘‘Va ! Cœur d’Aryenne. Va ! Solange, va vite, regagne les bords de la Seine, de la Loire, de la Marne… et dis à tes sœurs quand tu les verras que beaucoup de travail les attend ici.’’

C’est d’ailleurs de ces inspirations premières que découle l’œuvre livresque que mes mains ont produite depuis pour partager, mots après mots, flots après flots, les moissons de la Fleuvitude, comme des poissons et des boissons nourrissants, après avoir été éclairée par les lumières de la Fleuvitude, qui ne sont que bien trop nombreuses pour les citer tous ici ; entre autres, les plus significatives, dans l’ordre d’usage, Après Jean Malonga, Lomami Tshibamba, Césaire, Hugues, Proust, Senghor, etc. : tous mes écrits depuis n’ont pour sujet dynamique que la Fleuvitude, notamment mes trois livres publiés les plus récents, en partant de 2015, à savoir, ‘‘Par les temps qui courent…’’, ‘‘L’Appel du Fleuve’’ et ‘‘Boire à la Source’’, baignant tous dans les eaux de la mémoire et de la célébration culturelle…

 

Juvénale Obili : Vous semblez avoir un penchant naturel pour le lieu des origines ?

 

Aimé Eyengué : Mon credo a toujours été : Agir local pour émerger global… Autrement, que puis-je avoir à offrir à l’autre en échange, ou par reconnaissance, si je n’ai pas de terroir où puiser les fruits de mon labeur, si je n’ai pas de racines, donc, ne connais assez pour partager, ni ma propre histoire ni mes origines… C’est pourquoi, j’ai pour habitude de répéter à moi-même quelques proverbes du terroir comme : La Force du Baobab est dans ses racines ; Un arbre coupé de ses racines ne peut porter de fruits… Et l’être humain est assimilable à un arbre, ne serait-ce que par l’expression répandue de l’arbre généalogique… Ainsi : Qui veut fleurir doit prendre soins de ses racines ; je dis prendre soins de ses racines, et non se recroqueviller sur lui-même… Vous savez, l’arbre a besoin de soleil, de lumière et d’eau… et tout cela ne se trouve point en son sein propre : il a ainsi besoin de s’ouvrir à d’autres entités pour en avoir le bénéfice… quitte à surpasser son égo, autrement il est voué à mourir stérile. Voilà !... Nous vivons tous en interdépendance… et l’Homme dépend de la Nature… et la Nature ce n’est pas lui tout seul, la Nature c’est le Fleuve, les arbres, les mers, etc. L’Homme est dans la Nature, et même dans l’état de Nature selon Locke, qu’il doit maîtriser (Fleuvitude), pour vivre en équilibre avec son environnement (Fleuvitude), dans le respect mutuel (Fleuvitude)!

 

Juvénale Obili : Si vous devriez évoquer vos meilleurs souvenirs autour du concept de Fleuvitude…

 

Aimé Eyengué : Avec le concept de Fleuvitude, je n’ai que de beaux souvenirs, de sa conception à ce jour : parce ce que, tous se valent, pour moi, au même titre, mais pas forcément dans les mêmes contextes. Donc, vous pouvez comprendre, combien il me serait difficile de les énumérer tous ici. Les meilleurs sont contenus par les publications de livres essentiellement : aliments de la mémoire, donc outils de la Fleuvitude ; notamment, l’accomplissement, par exemple, de mon vœu le plus cher ; à savoir, la publication normale du premier livre congolais, Cœur d’Aryenne de Jean Malonga au cours de la célébration des 60 ans de la littérature congolaise ; la publication, de mon livre ‘‘Par les temps qui courent…’’, de ‘‘L’Anthologie des 60 ans de la Littérature congolaise’’, de ‘‘Négritude et Fleuvitude’’ par l’écrivaine et critique littéraire Liss Kihindou ;  la 3ème édition du Salon du livre de Brazzaville sur le thème de la Fleuvitude, … les échanges autour de la Fleuvitude dans un colloque universitaire en France pour la première fois… et, last but not least, la naissance dans cette foulée des éditions de la Fleuvitude… pour bien diffuser les œuvres concourant à la diffusion planétaire de ce courant de pensées universelles et sans frontières…

 

Juvénale Obili : Quel lien vous unit aux autres écrivains congolais ?

 

Aimé Eyengué : Comme lien, je dirais, la présence, sinon l’omniprésence, de l’imaginaire culturel du Fleuve, ou plus généralement de la Fleuvitude dans nos publications respectives, sans parler des écrivains ou des écrits qui émergent comme chantres et hymnes de la Fleuvitude par publications courantes puissantes portant la marque de la Fleuvitude sur leur portique. Nous avons donc forcément un lien, comme avec des écrivains d’autres nationalités d’ailleurs, par le simple fait, même sous-jacent, que la Fleuvitude est un courant de pensées universelles qui affluent dans une seule direction nommée la paix (avec soi-même et/ou avec les autres). Pas besoin d’être dans une organisation institutionnalisée pour cela. C’est donc ce même lien qui peut m’unir avec les écrivains africains, européens, latino-américains, américains ou asiatiques… l’écrit, avant tout, l’écrit envers et pour tous : la chose écrite, est en premier ce lien essentiel… le livre étant en soi, un pont culturel, à mon sens… ce qui me fait d’ailleurs soutenir, tout le temps depuis, que le livre est comme le Fleuve. Mieux : L’Anthologie des 60 ans de la littérature congolaise, sous ma direction, comportant 26 auteurs congolais réunis dans un seul et même livre de textes inédits sur tous les genres littéraires, exprimant le thème de l’Union, une grande première dans la littérature congolaise, atteste bien du lien qui m’unit aux autres écrivains congolais : le livre ! Oui, le livre est comme le Fleuve… dans toute sa nature ; allant de confluence en confluence, avec des affluences en nombre… C’est mon clin d’œil à la journée internationale du livre de cette année 2018… (Rire).

 

Juvénale Obili : Comment expliquez-vous le foisonnement des publications chez les écrivains congolais ?

 

Aimé Eyengué : Difficile de le savoir exactement ; et, c’est une belle énigme, ce me semble… Non ?... (Rire)! Un grand mystère d’ailleurs ! tiens, tiens (Rire)… Mystère, qui, toutefois, pour certaines intellections, n’en est pas un, parce qu’elles sauraient l’expliquer scientifiquement (Rire)… Vous savez, le Congo a été, des années durant au cours de l’Histoire des Etats indépendants africains, un pays très alphabétisé, donc très lettré, avec plus d’un seul auteur majeur dans le concert des nations ; ce qui tirerait probablement les autres Congolais vers ces modèles d’auteurs enthousiasmants à suivre en exemple sur les hauteurs des cimes… suivants les soleils des indépendances.

Pour ma part, et vous le comprendrez fort bien, j’ai tendance, après une quête bien approfondie, à plus attribuer ce ‘‘foisonnement’’ à l’influence du fleuve Congo sur les mœurs et l’agir des Congolais ; d’autant plus que, dans les premiers livres d’auteurs majeurs congolais, on retrouve, magistrale, même les yeux fermés, l’influence de ce fleuve monumental dans toute sa majesté. N’oubliez pas que le fleuve Congo est le fleuve le plus profond de tous les fleuves qui existent sur la planète Terre, et, de surcroît, c’est le plus puissant fleuve de toute l’Afrique, Berceau de l’Humanité. (Rire)

Le premier poète congolais, le puissant Tchicaya U Tam’Si, a d’ailleurs montré la voie aux écrivains congolais dans ce sens, en disant magistralement, dans son recueil de poèmes Feu de Brousse, une puissante poésie de Fleuvitude, d’une manière on ne peut plus claire :

Ce Fleuve

qui m’habite

me repeuple

Qui dit mieux ?... Et en roman et en poésie, le décor de la littérature congolaise a été planté sur le Fleuve !... Si bien que Sony Labou Tansi viendra dire que :

Le Fleuve c’est le Prince

C’est lui qui décide

Je pense que les Congolais (et pas seulement les Congolais écrivains !) savent prendre leur part de ce Fleuve, consciemment ou inconsciemment, et, chacun à sa manière, en cela… comme la vie de ce fleuve impacte littéralement la leur… : il n’y a qu’à relever la présence du Fleuve dans les chansons d’artistes-musiciens des deux rives du fleuve Congo, pour le comprendre. C’est même ce qui explique l’omniprésence de l’expression ‘‘comme le Fleuve’’ dans ma vie quotidienne depuis cette découverte-là (Rire)…

Par ailleurs, on n’est pas sans savoir que lorsqu’un peuple a connu plusieurs évènements malheureux dans un intervalle de temps relativement très court dans son histoire, il se saisit de tous ces instants pénibles, par l’écriture notamment, lorsqu’il en a les capacités linguistiques scripturales, pour témoigner de cette histoire douloureuse, de sorte que les générations à venir ne l’oublient pas… Et surtout quand il n’a pas les moyens d’en parler librement en son sein en dehors de l’écriture, l’écriture devient l’exutoire par excellence face à l’étouffoir de la réalité ambiante, en ce moment-là… Les Congolais sont actuellement dans cette situation, à ma compréhension : n’est-ce pas que la quasi-totalité de l’œuvre littéraire produite par les Congolais baigne dans un courant que l’on nomme le ‘‘réalisme critique’’ ?

Mais rassurez-vous : le Fleuve ne fait pas que des révoltés ; il y a à boire et à manger dans le Fleuve… et de tous les goûts ! Et, comme tous les goûts sont dans la nature, dit-on… à combien plus forte raison, dans le célèbre Bassin du Congo, que l’on nomme aussi poumon vert de la Planète comme un seul autre endroit sur terre, le Bassin de l’Amazone…

C’est dire que les raisons de ce ‘‘foisonnement’’ de publications bien évident chez les Congolais sont bien nombreuses… Et à raison d’ailleurs.

 

Juvénale Obili : Il y a quelques jours, vous avez rendu un hommage  public à la poésie de la Fleuvitude à partir de Gatien Lapointe, poète québécois, pourquoi lui et pas un autre ? Pouvez-vous nous citer quelques vers qui respirent la Fleuvitude ?

 

Aimé Eyengué : J’ai choisi Gatien Lapointe, parce qu’il m’a semblé être l’incarnation de la Fleuvitude québécoise, avec son livre historique Ode au Saint-Laurent, un recueil de poèmes qui l’a d’ailleurs fait entrer dans le patrimoine culturel québécois, qui s’est, du reste, tissé essentiellement autour du fleuve Saint-Laurent, une référence identitaire très forte comme je l’ai réalisé dans cette seule contrée foncièrement francophone de l’Amérique du Nord : Tout transpire Saint-Laurent sur les terres québécoises. Tenez : même Les Passants de Québec, livre de Nathasha Pemba, paru tout juste fin 2017 là, transpire la Fleuvitude… Influence environnementale oblige… (Rire)… Du Congo au Saint-Laurent… C’était le thème même de cet hommage à Gatien Lapointe (Rire)…

Au Canada, en général des Fleuves et des rivières sont plus personnifiés qu’ailleurs sur la Planète : ils portent les noms de personnes, qui plus est de saints, pour plusieurs d’entre eux… Dans l’ouest canadien, par exemple, pour ne citer que ce cas, on y croise Simon Fraser, nom de Fleuve et d’Université….

J’ai découvert que, sur l’île de Montréal, tous les chemins mènent au Fleuve… : vers, proses, avenues de la vie, histoires, etc. Les artères de la ville convergent toutes vers un boulevard central : le boulevard Saint-Laurent… Tiens, tiens : Fleuvitude ! (Rire) Une façon de vous dire que le Fleuve y rythme la vie… toute en poésie… paisiblement… dans une évolution tranquille… Tout comme j’aime dire Brazzaville est comme le Fleuve, avec le Congo impactant Brazzaville, je dis aussi, Montréal est comme le Fleuve… parce que la Ville est comme le Fleuve ; ainsi, Paris est comme la Seine, ainsi de suite : c’est ce que j’ai donné comprendre au cours d’un colloque organisé par l’université d’Orléans (en France) sur les ‘‘Villes-Fleuves du Monde’’.

Gatien Lapointe dit ceci  dans Ode au Saint-Laurent :

Le Saint-Laurent

Ô enfance cette main à cinq feuilles

Etendue en travers de mon pays,

Je remonterai par l’onde de ton poignet

Les villes en veilleuses de berceaux

Et déjà ton visage entier comme une mer !

 

Propos recueillis par Juvénale Obili...

La suite prochainement!

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J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles

21 Avril 2018, 07:39am

Publié par Juvénale Obili

« Jeune homme, jeune femme, si tu chavires,

Ne méprise pas ta jeunesse et va au bout de tes rêves.

À toi qui liras ce livre,

Ne vis pas une vie qui n'est pas la tienne. »

 

C'est sur cette note que Hem'Sey Mina débute son premier livre intitulé : « J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles : Parcours de jeunes auditeurs financiers ».

 

Paru aux Editions L'Harmattan, ce récit est subdivisé en trente-trois chapitres. On est tout de go curieux de savoir qui fait son entrée sur la scène littéraire francophone avec un ouvrage de 220 pages.

 

Hem'Sey Mina est un auteur Congolais résidant en France. Jeune diplômé d'école supérieure de commerce, il travaille dans la finance d'entreprise. Dans ce récit, il évoque le parcours des jeunes auditeurs financiers comme le précise le sous-titre.

Fiction inspirée de la vie quotidienne, ce livre est en quelque sorte le témoignage d'un groupe de jeunes diplômés d'école de commerce travaillant dans la finance. Ils nous parlent de leur vie professionnelle.

 

Ce récit est également une pensée à l'endroit des étudiants qui intègreront le monde du travail pour leur signifier que le choix professionnel est très délicat car il détermine notre mode de vie. Ne jamais ignorer ses rêves au profit d'un travail s'avère nécessaire. Pourtant, le rêve ici est vu comme un complexe et un désir de se retrouver quelque part sans l'idéaliser par soi-même. Y aurait-il une éventuelle distinction entre deux sortes de rêves que l'auteur nous présente ? Le rêve ''sûr'' qui naît d'une vocation profonde et le rêve ''douteux'' qui naît d'une conviction éphémère. Il se pose donc dans ce récit, une problématique sur l'intérêt qui guide l'homme.

 

Par ailleurs, on croirait que ce récit est une dédicace spéciale, pour ces étudiants, de la part de l'auteur qui joue un rôle de narrateur omniscient à travers Éden. Un personnage au centre de l'histoire. Ce protagoniste est un jeune de 26 ans qui trois ans plus tôt, a réalisé son rêve : celui de travailler dans une grande entreprise. Une aspiration qui lui vient de ses anciens professeurs à l'université qui leur exposait un monde tout à fait confortable en imaginant ce que peut être travailler avec une bonne rémunération. Épouser ce rêve va s'avérer être une belle erreur qui va conduire Éden dans une vie sous pression au quotidien. Tiraillé entre le travail, l'ambiance qui y règne avec ses supérieurs, ses collègues tout à fait perdus comme lui pour certains et surtout sa vie personnelle à laquelle il s'efforce de donner un peu d'attention afin de profiter de sa jeunesse. Chemin dur et rocailleux, le rêve acheté ne lui réussit pas tout à fait. Face à ses compétences, il reconnaît avoir brûlé une étape que les cendres réclament.

 

Pourquoi Hem'Sey M. choisit « J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles » pour titre ? Cette question nous renvoie automatiquement aux pages 33 et 34 sur lesquelles l'auteur nous explique non seulement la motivation mais aussi l'enthousiasme d'Éden et ses collègues à travailler en audit.

 

Il y a beaucoup de personnages que Hem'Sey M. peint dans ce récit et, chacun d'eux constitue la trame de celui-ci. Toute une histoire compilée d'après l'expérience de chaque personnage jouant sa partition. Le lecteur se trouve tout de suite une place de choix pour écouter l'auteur raconter ses expériences sur le plan relationnel et professionnel. Avec beaucoup de tact et une habileté à prodiguer des conseils au lecteur progressivement dans la lecture, cet aspect se décrit bien dans chaque chapitre, son intitulé, le proverbe ou la citation introduisant le sujet.

 

Dans ce récit, on retrouve deux poèmes respectivement sur les pages 19 et 207. L'un parlant de la réussite et l'autre du sacrifice. On décèle beaucoup d'imagination dans la description propre au goût de l'auteur, notamment sur la p. 84 où l'on découvre l'expression « envelopper le silence » et à la p. 87 où l'on se demanderait ce que c'est « un corps disponible » dans le contexte évoqué dans le texte.

 

Hem'Sey M. présente là un style d'écriture qui fait penser à Sony Labou T. qui disait sans cesse : « On n’est écrivain qu'à condition d'être poète. »

 

Juvénale Obili

 

Références du livre,

 

Hem'Sey Mina, J'AI RÊVÉ D'UNE ENTREPRISE "4 ÉTOILES", Parcours de jeunes auditeurs financiers, Paris, l'Harmattan, 2014.

 

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Polygamiques de Nathasha Pemba

2 Avril 2018, 06:02am

Publié par Juvénale Obili

Dans une société où la vie se peint en plusieurs couleurs, les histoires ne manquent pas. Il en va d'une saga de relations humaines qui vit au dépend de chaque personnage que Nathasha Pemba nous décrit dans ce receuil de nouvelles : « Polygamiques ». Un ouvrage qui contient huit nouvelles, chacune avec sa particularité. Pourtant, l'essence est le même : le thème de la polygamie ou le polyamour.

 

Qui est Nathasha Pemba ? C'est une écrivaine et essayiste née à Pointe-Noire en République du Congo. Passionnée de la philosophie et la littérature, elle s'intéresse également à la question du vivre-ensemble dans les sociétés multiculturelles. Co-auteur de l'anthologie des femmes « Sirènes des sables ».

 

« Polygamiques » est son tout premier ouvrage de fiction paru aux Editions La Doxa en Mars 2015. Il contient huit nouvelles sur 181 pages.

 

Avec un style limpide, l'auteur nous amène à la découverte des réalités africaines, notamment celles du Congo. Il est évoqué dans cet ouvrage des personnages tels que : Nathalie, Mbiyavanga, Odinga, Ismaël etc...

 

Ces personnages ont des rôles purement originaux mais rattachés au noyau du recueil qu'est la relation qu'on entretient avec autrui. Une relation qui va du complexe d'infériorité à la convoitise et à la ruse dans « Ma future belle-mère » ( première nouvelle ); ou encore, du trouble familial et du sacrifice avec Ismael dans « Le secret » ( dernière nouvelle ).

 

Ces histoires étalées ici nous rappelle le principe de la force et de la faiblesse dans les relations humaines. L'un pour mener le jeu et l'autre pour subir le jeu. Ceci est clair dans « Troisième bureau » avec Odinga. Un vrai ''macho'' qui a le contrôle sur tout dans sa vie, ou plutôt, ''ses vies'' maritales. L'avis d'une femme pour lui n'est que simple caprice dans le mariage. L'auteur l'illustre à la page 129 pendant la conversation entre Odinga et sa deuxième épouse :

 

          - Et si je dis non, que feras-tu ?

          - Mélanie, je ne suis pas venue te demander ton autorisation. Je suis juste venu t'annoncer une nouvelle. Je suis polygame. Donc même sans ton consentement temporel, je me marierai.

 

En effet, le thème de la polygamie que développe l'auteur pousse à faire s’imaginer que tous les hommes ont une âme de polygame. Mais, il y en a qui ont peur du regard des autres, de leur jugement. En effet, pour les polygames comme pour Odinga, l'amour a une autre définition.

 

La description des faits et des lieux dans cet ouvrage nous rapproche de la réalité. De façon brusque, on peut s'y perdre dans la stupéfaction, tout comme s'y retrouver dans une émotion forte. La couleur bleue revient plusieurs fois : bleu ciel ou encore bleue turquoise. Une touche d'humour ne nous laisse pas pantois lors de la lecture, tel que dans « L'intelectuel du quartier » avec Pater Bissila. Que dire de toute cette culture générale lorsque l'auteur nous situe Loudima ( Ville-district dans la Bouenza ) au Congo et nous retrace l'origine des ''Abacosts'' sur la page 88 ?

 

« Polygamiques » n'est pas que polygamie. Cet adjectif que Nathasha Pemba a choisi pour titre émane des faits qui sont des retombées de la polygamie dans certaines familles. Ceci éclaircit au mieux un certain impact sur la vie de ceux qui manquent une affection paternelle, celles qui cherchent une attention de ce genre dans leurs conquêtes amoureuses, ceux qui se sacrifient pour prendre les responsabilités dans leurs familles même étant jeunes...

 

La première de couverture de ce recueil de nouvelles dégage la tradition. Une afrique où des us et coutumes resteront le pilier et seront là en faveur des hommes comme toujours. Qui dit polygame, dit le sexe fort et donc le pouvoir, l'appel à la soumission auquel la femme doit forcement répondre même quand elle souffre dans son foyer. Mais quelle est cette femme aujourd'hui ?

 

Juvénale Obili,

 

Références,

Nathasha Pemba, Polygamiques, Rungis, La Doxa, 2015.

 

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