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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Désir d'enfant de Marc Bressant

16 Mars 2017, 06:58am

Publié par Nathasha Pemba

Désir d'enfant est un recueil de Nouvelles de Marc Bressant, écrivain français. J'aime beaucoup les nouvelles. C'est mon genre littéraire préféré. Dans la nouvelle, il y a ce côté chute, surprise et suspense que j'affectionne beaucoup. J'aime faire travailler les lecteurs et les imaginer en train de chercher la suite d'un texte .

Ce recueil nous conduit à la fois à Vienne, à Guernesey chez Victor Hugo, en Scandinavie, dans les grottes... mais aussi dans un pan de l'histoire: La préhistoire. 

Il est question d'une chose: Le désir de procréer. À travers les différentes nouvelles, l'auteur montre que désirer un enfant n'est pas que l'apanage de la gent féminine. Plusieurs hommes veulent avoir des enfants pour les aimer, pour laisser une trace, pour montrer leur virilité. Bref Tout humain semble être, selon Bressant, un désireux d'enfant. C'est ce que démontre l'attitude du Général Haudemain, personnage d'une nouvelle, lorsqu'il confie: "j'ai toujours rêvé d'être mère". Ou encore dans la nouvelle "Folles farandoles". L'auteur écrit : "Observer la soif de la maternité qui habite ses filles a toujours bouleversé Dolorès. Dès leurs premiers gazouillis, toutes les trois, chacune selon sa personnalité n'ont cessé de parler de leur bébé à venir".

L'auteur montre comment le désir d'un enfant donne des ailes et de la persévérance pour tenir même au milieu des vents contraires, pour braver ces interdits et tolérer l'infidélité. Il n'hésite pas non plus à parler de ceux et celles qui renoncent à leur désir de maternité en bravant le culte social de la maternité.

Ce livre est avant tout un livre sur le désir de maternité inhérent à tout être humain, sur la liberté et sur la féminité.

Quatorze nouvelles que vous aimerez certainement.

Nathasha Pemba

Références

Marc Bressant, Désir d'enfant et autres nouvelles, Paris, Éditions de Falois, 2016

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La maternité était mon lot

15 Mars 2017, 20:36pm

Publié par Nathasha Pemba

Le dernier coup de minuit vient de sonner. Je débute une autre année sur ce terroir humain. Un terroir aussi rocambolesque qu’euphorique. Je suis un peu fatiguée. Ou, pour être franche, je suis beaucoup fatiguée. Mais je ne peux pas décider de mon avenir. Cela dépend de ce qui me dépasse. De ce qui est au-delà de mon entendement. Je dirais même que c’est une question métaphysique.

Se réunir autour de moi est devenu le rituel familial depuis que j’ai atteint mes quatre-vingt-dix ans. Comme chaque année, mes enfants, mes petits-enfants, mes arrière-petits-enfants et leurs épouses viennent attendre le jour de l’an avec moi. À minuit, nous nous embrassons tous. Puis nous fêtons le jour de l’an. Cette année, ils sont tous arrivés. Pas seuls. Avec leurs amies. Avec leurs copines. La table est colorée. Ils et elles ont raconté leur expérience. L’histoire de leur rencontre ou de leur séparation. Je viens de tricoter trois bonnets aux couleurs différentes. Je ne sais pas qui les prendra. Je n’ai plus la force d’en tricoter plusieurs comme auparavant. Francis et Rodrigue, mes deux arrière-petits-fils m’ont fait sourire. Je pense que personne ne connaît mieux Francis que moi. Il est si différent de son jumeau Alfred. Francis me ressemble beaucoup. Il s’est marié trois fois. Moi je m’étais mariée plus de sept fois. Il veut se marier avec la fiancée de son jumeau. Je pense qu’il lui reste encore quelques mariages avant qu’il ne comprenne que le mariage n’est pas son lot.

Moi, j’enviais les copains de mes cousines. Je n’ai réussi à en dérober aucun. Je n’ai jamais osé.

Rodrigue a toujours été un esprit libre. Voilà une autre facette de moi. Oser emmener une fille différente dans cette famille ! Il faut le faire. Et c’est bien Rodrigue ça ! Bousculer les normes familiales. Faire différemment. C’est tout lui ça ! Il est tombé amoureux de cette fille. Personne ne sait où cela les mènera. Mais il ose l’inviter à une rencontre familiale de cette envergure. Un soir de la Saint-Sylvestre en plus. Il faut le faire !

Moi, j’ai toujours été libre. Née à une époque où la femme n’avait pas voix au chapitre, j’avais décidé d’avoir voix au chapitre. Mon père, ma chance, m’encourageait. J’étais le malheur de ma mère qui m’interpellait toutes les dix minutes. Elle m’imposait des robes. Des jupes et tout. J’aurais voulu qu’elle m’explique sérieusement pourquoi je devais exclusivement m’habiller en robe ou en jupe. Sa réponse, « Tu es une femme », ne me convenait pas. C’était trop terre à terre. Tu es une femme. Ça n’avait aucun poids à mes yeux. Mettre un pantalon ne pouvait pas être un frein à mon désir d’être mère. Je le savais, je le ressentais dans mes entrailles.

Moi ? La maternité a toujours été mon lot. Pas la dépendance. Pour moi la maternité n’est pas une servitude. Pas une pression de la religion. D’ailleurs, le baptême pour moi était une formalité. Je ne l’ai jamais choisi. La maternité pour moi est juste un choix réfléchi et assumé. Il n’y a pas de débats là-dessus. C’est pourquoi j’ai toujours jugé utile le travail de la femme. Car le travail est le grand moyen de l’indépendance. En ce qui concerne l’égalité dans les salaires entre l’homme et la femme, je pense que l’établir est juste une question d’honnêteté. Ne pas donner à la femme ce qu’elle mérite n’est rien d’autre que du vol déguisé en loi sociale. De la malhonnêteté.

J’ai choisi la maternité physique. La spirituelle ne relève pas souvent d’un choix. Elle surgit. On s’y fait. Mais la physique si. Je voulais des enfants. Je les ai eus. Je les ai aimés. Etre mère n’a pas fait de moi un être humain à moitié. Quand je suis née, ma mère voulait que je reste à la maison pour l’aider. Elle avait beaucoup d’ouvrage. Mon père voulait que j’aille à l’école. L’inégalité de l’époque m’a sauvée. Ma mère ne devait jamais contredire mon père. C’est mon père qui décidait pour elle car de lui, elle dépendait juridiquement. J’ai trouvé, sur mon parcours, des modèles comme Simone de Beauvoir, Edith Clara, Sophia Hemming ou Mariama Bâ. Elles faisaient partie de mes références. À la fin de mes études, j’ai travaillé quelques temps dans le domaine de la téléphonie, avant de me lancer dans le journalisme de rue. Je lisais du Laure Conan à l’époque. Normal, elle était l’une des premières femmes écrivaines du monde. Nous voulions tous la lire malgré la rareté des livres. Après le journalisme de rue, je suis repartie étudier les arts à l’université. J’étais parmi les pionnières. Puis je me suis lancée dans l’enseignement. J’ai encore le souvenir des « femmes courages » dont nous parlaient les enseignants. Je révérais Harriet Tubman. J’avais lu dans un livre qu’elle était une militante en faveur de l'abolition de l’esclavage Afro-Américain. Grâce à ses actions, elle avait été surnommée Grand-mère Moise. Elle, c’est la libératrice.

En 1970, j’ai exercé pour la première fois mon droit de vote aux élections locales. Avec mes sept maris, je peux dire que je n’étais pas stable. Pas digne de confiance selon les curés. Mais je recevais personnellement les allocations familiales de ma progéniture. Je pense que c’est le mariage qui n’était pas mon lot, car la campagne de retour au foyer qui a succédé à la guerre ne m’a pas touchée. Je n’étais ni une frustrée ni une révoltée. Je vivais et je revendiquais ma liberté. J’avais déjà assez de force et de volonté pour vivre seule. J’ai été excommuniée. Pour le clergé, le travail des femmes avait plusieurs conséquences. Maltraitance. Délinquance juvénile. Alcoolisme et prostitutions. Balivernes tout ça. J’ai élevé mes enfants. Ils ne sont jamais passés par là. À côté de mes combats féministes, j’ai construit une vie. Une famille. Et je n’en suis pas peu fière.

Ça me fait du bien d’écouter tous ces jeunes. Les folies de leur temps ne sont pas si différentes des nôtres. J’aime bien Gabriella. Je pense que mon Alfred sera heureux avec elle. Elle est si simple. Sans artifice. Et puis, décider de partir avec son père a dû être dur pour sa mère. Mais c’est courageux. Quand plus rien n’unit deux personnes ou une famille, il faut partir. Même pour un temps. Laisser au temps l’opportunité de travailler les cœurs. Partir pour ne pas stagner. Partir pour ne pas être hypocrite. Partir est toujours dur, mais partir peut être nécessaire pour apporter un nouveau souffle. Moi-même, j’ai résisté parce que je suis souvent partie lorsque plus rien ne me retenait, lorsque je sentais ma liberté menacée.

Gabriella. Quel beau prénom ! Elle est là. Assise juste à côté d’Alfred. Quand elle a fini de parler, elle s’est faite petite pour pouvoir écouter les autres. Elle ne lâche pas son bonnet Vert Jaune Rouge à la Bob Marley. J’ai connu l’histoire du chanteur jamaïcain. J’ai beaucoup aimé No Woman no cry. Mon côté féministe certainement. Mais pour moi, si pleurer est humain, les pleurs de la femme ne doivent pas découler de la maltraitance de qui que ce soit. Gabriella est jolie avec ce bonnet. Elle porte un pull dont les manches dépassent ses petites mains. Un pantalon jeans. Et ses lunettes. Une intello rebelle. Sûre d’elle. J’aime cette petite.

Je regarde Gabriella. Alfred me surprend en train de la regarder. Son regard est bienveillant. Ce n’est pas celui qu’il a porté sur son jumeau quand sa fiancée a dit que lui aussi lui avait demandé sa main. C’était un regard de personne déçue. Francis avait esquissé un sourire. Faisant croire à une blague. Je le connais parfaitement pour croire qu’il blaguait. C’est un fauteur de troubles qui tire sur toute féminitude qui vibre.

La porte s’ouvre. C’est ma fille, la grand-mère de Rodrigue, Guy-Arsène, Alfred et Francis, qui entre. Elle est suivie des enfants de Guy-Arsène qui portent le gâteau traditionnel de la Saint-Sylvestre. Le chiffre 90 trône sur l’immense gâteau. Les deux enfants de Guy-Arsène viennent se mettre autour de moi. Je les aime ces petits. La perte de leur maman doit être un coup dur pour eux, j’imagine. Je ne portais pas beaucoup la femme de Guy-Arsène dans mon cœur, cependant une mère reste une mère pour ses enfants, quel que soit son caractère. Moi-même, je n’ai jamais été une femme facile. J’espère que cette nouvelle femme saura leur donner son amour. Ce serait tellement bien qu’elle arrête de parler à la deuxième personne pour se désigner. Elle a l’instinct maternel… C’est déjà ça ! Guy-Arsène devrait très vite tourner la page de son ancienne épouse. Si j’étais lui, je le ferais. Quelle génération ! C’est énervant, mais c’est beau à la fois.

J’avoue que la beauté de notre rencontre familiale cette année, c’est qu’on visite les cultures. Il y a quelques années, j’avais quarante cinq ans. Ça ne s’oublie pas. Pourtant aujourd’hui, il y a encore des choses que l’on peut ignorer sur soi. Et sur les autres. Surtout sur les autres. Et beaucoup sur soi. Nous ignorons parfois la valeur de nos origines. Nous ignorons la richesse de l’origine de l’autre. Nous pataugeons dans le cloisonnement. Par exemple, cette histoire de Polyamour. Ça me fait sourire. Ça me semble intéressant. Mais il y a cent ans, qui aurait pu y penser ? Je sais une chose, c’est qu’en voulant imposer au monde le modèle unique de la pensée et de l’existence, beaucoup se sont trompés. Imposer au monde un modèle unique. Voilà la folie des Anciens. Notre folie à nous. Nous avons vu où cela a conduit Hitler.

Quand je pense à cette histoire de Polyamour, je souris. J’en ai des larmes aux yeux. Mais tout le monde croit que je suis muette. Je ne peux donc pas éclater de rire. Le mythe va être détruit. Je ne peux que rire dans le fond de mon cœur. Et mon regard trahit quelque chose. Une seule personne dans la famille sait que je parle. Marianne, ma petite-fille. Celle qui s’est fourvoyée avec cette histoire de Facebook. Elle m’a surprise un jour en train de réfléchir à haute voix. Elle a eu peur. Je l’ai calmée. Je lui ai dit que je n’avais plus envie de parler et je voulais qu’elle respecte mon choix. Elle a éclaté de rire. Puis elle m’a dit que le contrat était trop dur pour elle. Sauf si je lui versais une somme de 300. 000 francs tous les mois. Cela fait dix ans que ça dure. Heureusement que j’ai assez épargné dans la jeunesse !

Je ris dans mon cœur. J’ai des larmes aux yeux. Elle se lève de sa chaise.

« Je pense que Grand-maman a quelque chose à nous dire.

-Comment le sais-tu ? lui demande Guy-Arsène.

-L’habitude. Elle a des larmes aux yeux. Je vais lui donner un papier pour qu’elle écrive son message.

-Vas-y, fais-le ! »

Marianne se lève et m’apporte un stylo plus un bloc-notes. J’essaie de me souvenir. J’écris : Polyamour? Marianne récupère le mot et le lit à haute voix. Tout le monde éclate de rire. Ils se lèvent. D’autres courent dans la salle de bains. D’autres vont vers la fenêtre. D’autres encore tombent à terre de rire. Tous rient. Sauf Marianne. Elle se tourne vers Fidèle, l’expert en Polyamour.

«Eh ! Fidèle peux-tu répondre à Grande maman ? »

Fidèle est un ami de Marianne. Un voisin ou quelque chose comme cela, je crois. C’est elle qui l’a emmené ici. Il rit lui aussi et me dit qu’il ne sait pas comment l’expliquer.

« Ça se vit ce genre d’expérience », dit-il en riant. Encouragé par les autres, il s’approche de moi pour me faire un câlin. Ça me fait un bien fou. Avec moi, il ne court pas le risque de tromper sa chère et tendre épouse qui l’attend à Orléans. J’espère qu’elle le rejoindra ici chez nous. À Orléans, il n’y a qu’une seule pucelle.

Ma fille vient d’entrer. Elle vient avec un autre gâteau. Au coco cette fois-ci. Chacun regagne sa place. La soirée continue. Ma fille a l’étoffe d’une bonne mère de famille. C’est elle qui nous a toujours rassemblés. C’est elle qui a insisté pour que je vive chez elle, quand j’ai commencé à perdre mon autonomie. Ses frères et sœurs voulaient m’envoyer chez les Petites sœurs des pauvres. Elle s’y est opposée. J’espère qu’on saura lui donner cette chance à elle aussi. C’est grâce à elle que ces rencontres autour de moi sont devenues un rituel. Pourtant elle n’est pas l’aîné de mes enfants. Tout le monde ne vient pas. C’est sûr. Comme les parents de Guy-Arsène. Ils ne viennent plus depuis bien longtemps.

Si j’ai toujours eu un principe dans ma vie, c’est celui de respecter la liberté des autres. La liberté chez moi est sacrée. Il y a l’esprit de famille à entretenir certes, mais cela n’est pas un impératif catégorique. On doit toujours laisser les gens réaliser leur bonheur selon leurs objectifs. Leurs moyens. Il y a aussi l’humilité. Qui n’est pas l’humiliation. L’humilité est au croisement du surnaturel et de l’émotion. L’humilité qui permet à l'humain de revenir sans cesses aux choses simples. L’humilité est différente de la résignation, car ce n’est par dépit qu’on choisit d'être humble; ou encore parce qu’on n’a pas d’autres choix. L’humilité est une sagesse et une disponibilité. Elle nous permet d’accueillir l’avenir avec sérénité. C’est ce qui m’attire chez Gabriella. Quand je l’ai entendue parler de son expérience, elle m’a fait penser à Pierre Reverdy, le poète, qui rêvait qu’il était sur une longue planche en bascule sur la rive d'un grand fleuve bordé de sable éblouissant, et à chaque bout de la planche, c’était lui, tantôt en l'air, tantôt en bas. Mais à l'un des bouts, c'était lui déjà mort, à l'autre encore lui, mais vivant. Et tous les deux à chaque montée et à chaque descente, de rire aux éclats et de pleurer alternativement. C’est en lisant Reverdy que j’ai compris que la féminité n’était pas une malédiction. C’est une grâce à vivre avec beaucoup d’humilité. Comme la vie d’ailleurs.

Les principes ? Couteau à double tranchant. Un jour, on se donne des principes… Un autre jour, notre idéal de départ se voit englouti par un petit glissement… Et l’infidélité aux principes s’installe. « J’ai toujours eu peur des principes, car j’ai toujours l’impression que leur caractère obligeant peut m’être fatal », m’a dit un jour un de mes maris sur le point de me quitter. Il est vrai que le principe, lorsqu’il devient extrémiste et absolu, peut détruire, mais en même temps, il est clair que l’on ne peut pas vivre sans principe. Je pense que c’est dans l’équilibre des jeux que la vie peut se faire. On se réveille un matin et on voit que notre ami, homme de principe est devenu un guerrier, un tueur, un raciste, un misogyne et l’on se demande comment est-ce possible. Il y a un moment où, comme le disait Morin, « nous devenons à la fois irresponsables et responsables », où nous sommes incapables de condamner ni de pardonner. C’est ce que m’inspire la situation de Calypso, mon arrière-petite-fille par alliance. Sa mère, une grosse hypocrite, a épousé mon petit-neveu. Elle a toujours été mal dans sa peau. Elle a passé son temps à le tromper avec son soi-disant cousin et coach de hand-ball. Calypso, fruit d’un inceste que notre famille a toléré. Et j’espère pour Calypso qu’elle ne va pas repartir vers sa mère pour connaître la vérité sur son père. Ce serait se faire mal inutilement. Cette femme ne l’a jamais aimée.

Quand je grandissais, certains mariages entre cousins se toléraient encore. Mais de nos jours, c’est difficile. Et pour un enfant, c’est une blessure profonde. Je souhaite de tout mon cœur que Calypso comprenne que tant qu’on vit, il faut avoir en soi l’audace de l’espérance. À quatre-vint-dix ans, s’il y a un conseil que je peux donner à une personne, c’est l’espérance, l’amour et la volonté. Il y a eu des moments dans ma vie, où j’ai eu l’impression que tout s'arrêtait… Quelque fois même il arrivait que je me dise : « cette semaine… ce n’est pas ma semaine » ou simplement « ce n’est pas mon jour ». Curieux! Car souvent ce petit souci, cette vilaine étincelle qui prenait alors le nom de malchance ou de misère effaçait tout le bonheur que j’avais connu auparavant… J’oubliais alors que j’avais été heureuse. Quelques fois même je me traçais déjà un avenir sombre… C’était fichu. J’étais convaincue que jamais ça ne marcherait… Pourtant il y a toujours eu, quelque part, l’expérience et l’espérance qui me faisaient un clin d’œil et me disaient : il y a du bonheur, de la joie… Au bout… Encore un peu d'effort.

Vas-y, fonce, me disait mon arrière-petite-fille au début des années 90. Je pensais à Franco, à Aznavour et à Polnareff. Elle me chantait Joe le taxi de Vanessa Paradis. Sa mère était française et elle est partie avec un Chilien. J’avais compris que tous les murs étaient humains… Que les portes et les fenêtres l’étaient également… Que l’espoir était toujours permis. Que nous reste-t-il si nous perdons l’espérance? Qui peut prévoir un malheur ? « Quand croît le péril, croît aussi ce qui sauve », disait Hölderlin. Chacun de nous sur terre, à un moment de son existence, se sent toujours confronté à quelque chose de difficile: la mort d’un être cher, le rejet d’un fils ou d'un frère. Une déception, refus de financement… Traquenard… Mais… Il nous reste toujours quelque chose… Cette chose, c’est l’Espérance. Je l’ai compris ainsi. La vie se fait, se défait. Elle se construit. Elle continue. Il nous faut espérer. Surtout en tant que femme. Chaque femme, à un moment de sa vie, se rend compte que la vie autour d’elle, autour de l’idée que certaines peuvent se faire de son sexe, mérite une lutte. L’émancipation par l’exercice de la liberté ne peut plus demeurer un choix. C’est un impératif. Chez nous, ici, les femmes ont toujours été combattantes. Il a fallu se battre. Espérer. Batailler. Résister. Subir, pour que les femmes bénéficient de tous les droits aujourd’hui. Alors, qu’une femme maltraite une autre femme, sous prétexte qu’elle a gâché sa vie, est difficile à accepter, notamment lorsqu’il est question d’une relation entre une mère et sa fille. Calypso n’a pas demandé à naître. Un enfant qui vient au monde ne gâche pas la vie de sa mère, parce que personne n’a obligé la mère à tomber enceinte.

Puisque le mariage n’était pas mon lot, j’ai dit non au seul homme que j’ai aimé. Il m’a demandé en mariage, j’ai dit non. Je ne voulais pas gâcher mon amour pour lui, sachant que le mariage n’était pas mon lot. Charles-Joseph était son prénom. Il était marin. De lui, je n’ai gardé que ma fille comme souvenir palpable. C’est cette fille qui m’est restée fidèle. Puis mes arrière-petits-fils. Guy-Arsène a quelque chose de lui, en effet. Il est parti un jour. Il n’est jamais revenu. La marée avait été très haute ce jour-là. De lui, il ne me reste que l’amour. Et l’amour, c’est à peu près tout, il me semble. Que dis-je ? L’amour, c’est tout.

Avec ma fille ici, la fête commence dès le lendemain d’Halloween et ses grosses citrouilles qui changent quelque peu le visage de la ville et des boutiques. En novembre, les guirlandes électriques commencent déjà à envahir la ville. Même si elles sont électriques, elles ne sont pas là pour nous figer. Elles apportent un peu de sourire dans la vie des habitants de chez nous. C’est beau. Tous nos exotismes s’y mêlent. Nos larmes deviennent des larmes de bonheur. Les vitrines du centre-ville brillent d’excitation. Même l’Armée du salut vibre de bonheur. A notre époque, quand arrivait décembre, les carillons boudaient le silence qu’on leur avait imposé. J’aimais beaucoup cette période de l’année. Les rues étaient pleines de touristes. On avait l’impression que le monde s’était arrêté là. Que Dieu avait créé Noël et n’avait plus créé autre chose après. C’est une période illustre pour les hôteliers. C’est là aussi que j’avais rencontré Charles-Joseph. Je faisais les boutiques avec une amie. J’avais juré que je ne devais plus faire des enfants. J’en avais déjà six. Encore moins me marier. Il portait un costume bleu-nuit qui mettait en valeur ses épaules carrées. Il avait de beaux cheveux. Il était grand de taille. Très beau. Beau comme un dieu grec. Il nous a invitées, mon amie et moi, à prendre un verre. J’avais trente ans. Nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre. Son regard m’a hantée pendant quelques jours avant que je me résigne à lui ouvrir la porte de mon cœur. Le port était devenu ma maison. J’y allais tous les jours. Quand notre fille Joséphine est née, l’année qui a suivi notre rencontre, il m’a demandé en mariage. Je lui ai dit non. Le mariage n’était pas mon lot.

Quand j’écoute les existences de mes petits-enfants, j’ai l’impression d’écouter des expériences de ma vie répartie dans des compartiments à l’air libre.

Je suis assise sur mon fauteuil électrique qui me sert désormais de chaise permanente. Ils forment tous un cercle autour de moi. À l’occasion de cette célébration de fin d’année, ma fille a fait venir ma coiffeuse. Elle tient toujours à ce que je sois impeccable. « C’est ton jour maman », dit-elle souvent. C’est vrai. Tout le monde me regarde. Moi, je les écoute. Je ne sais pas ce que je suis exactement au milieu de cette jeunesse. Je pense que pour quelques uns d’entre eux, je suis quelque chose. La mémoire peut-être. Je suis si fière d’eux. Je leur souhaite tout le bonheur possible. Il fait beau dehors. Je pense à ma vie. Une vie faite d’ombre et de lumière. Une contradiction quotidienne. Pourtant une vie dont la lumière a toujours dominé l’ombre. Cela me fait quelque chose de voir toute cette postérité dont je serai peut être l’ancêtre dans quelques mois. Je suis un peu fière de moi. Je pense à tous ces drames que le monde a connus. Je réalise l’immense chance que j’ai.

Ma mère n’a même pas vu mes enfants. Quand elle était partie, j’avais décidé de doubler ma lutte. Je n’avais plus droit à l’erreur parce qu’elle n’était plus là pour me crier dessus. Il m’arrive encore de penser à elle. De penser qu’elle a beaucoup sacrifié pour que j’existe librement. Qu’elle a dû veiller sur moi de là-haut, tout ce temps-là. D’espérer la voir un jour. D’ici quelques mois certainement. Je pense que, elle aussi, la maternité était son lot.

J’ai élevé mes enfants avec joie. Je ne regrette rien. J’en suis même très fière. Je souhaite beaucoup de bonheur à toute cette jeunesse. J’aimerais qu’elle comprenne que l’espérance n’est pas une idéologie. Que l’espérance, c’est la possibilité que l’on a de choisir d’exister, de vivre et d’être dans le monde, pour soi et pour autrui. Je souhaite aux femmes de comprendre que la féminité n’est ni un produit commercialisable ni une idéologie. C’est une manière d’être. Tout simplement.

 

Nathasha Pemba

 

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Rosette Pipar: L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon

13 Mars 2017, 16:46pm

Publié par Nathasha Pemba

Née en Belgique, Rosette Pipar réside au Québec depuis plus de trente ans. Trois décennies qui correspondent à son engagement dans le domaine des communications. Elle a été tour à tour Journaliste, Agent d’artiste, Recherchiste, Animatrice de télévision, Organisatrice d’évènements et de campagnes promotionnelles. Entre autres engagements, Rosette a aussi dirigé la Fondation des arts des Laurentides. Fondatrice de Phoenix3 alliance, elle est aujourd’hui Consultante en communication et en développement stratégique et personnel. Depuis 2007, elle collabore à la direction des nouvelles collections au sein de la maison d’édition Marcel Broquet-La nouvelle édition. Nous l’avons rencontrée pour la Rubrique « Femmes Inspirantes » du Blog Le Sanctuaire de Pénélope.

Écrire la vie…

Même si, à l’âge de cinq ans, je trouvais les premières lectures idiotes… je me souviens, comme si c’était hier, des premiers textes qui s’éternisaient sur de longues pages monotones: Rémi a ramé avec sa rame… J’éprouvais des problèmes de lecture au point de devoir suivre des leçons privées… Aujourd’hui, je sais que je m’ennuyais, tout simplement. Mais, très vite, j’ai commencé à dévorer tous les livres que je trouvais… J’étais fascinée.  J’ai tout de suite aimé écrire. Le monde du livre était le seul espace où mon imaginaire galopait avec bonheur, jamais rassasié. Plus tard, je suis devenue un rat de bibliothèque. À chaque moment libre, je m’infiltrais dans l’immense et imposante bibliothèque de l’école. Mes premiers poèmes virent le jour vers l’âge de 14 ans.

Comment s’est tissée, au fil du temps, votre relation avec l’écriture ?

Ce n’est que vers l’âge de 30 ans que j’ai recommencé à écrire pour moi. Le processus s’est accéléré alors que mon corps et mon âme percevaient un début de vide existentiel, alors que j’avais, apparemment, tout pour être heureuse et comblée. L’écrit devint alors l’expression de mes questionnements, de ce trop plein inexplicable.

Écrire, de ce fait, peut-il être considéré comme un exutoire ?

Plus tard seulement, le livre devint l’exutoire viscéral de la crise de mon couple. Des carnets, écrits à l’encre turquoise, d’une main docile malgré le bouillonnement intérieur, en témoignent. Je croyais les utiliser pour en faire un livre. À part quelques poèmes extraits de ces amis fidèles, les écrits sont restés figés dans ces cahiers de douleurs. D’autres mots, issus de mes rêves, ont aussi rempli quelques carnets. J’y inscrivais les signes de la nuit et les signes du jour, tentant de remettre de l’ordre dans mon cœur brisé et de trouver la force d’avancer en me délestant d’un peu de chagrin et en me gonflant d’objectifs et de nouveaux rêves, vivante que j’étais, malgré tout.

Comment expliquez-vous cela ?

Toujours, je considérais ces écrits comme une extension de l’expression de mes émotions. J’avais du mal à prendre ces « fragments » trop au sérieux. À force d’offrir des poèmes à mes amies, à des connaissances, j’ai bien dû admettre que mes mots, écrits spontanément, avaient un certain écho auprès d’autres.

Et aujourd’hui, Que dites-vous de votre relation à l’écriture ?

Ce n’est que très récemment, malgré les 11 livres écrits, que j’ai réalisé à quel point l’écrit est ma mission actuelle. Je lui dois la Vie. L’Univers me l’a confié et lorsque je m’accorde un espace libre, la connexion se fait, miraculeusement. Je peux affirmer que je suis écrivaine, surtout poète. Ah, si quelqu’un m’avait dit, comme à Duras : « Ne faites rien d’autre qu’écrire… », peut-être me serais-je commise plus rapidement. Et, en même temps, ne faut-il pas un certain vécu, voire une certaine castration, pour que jaillisse, plus fort encore, le flux de l’émotion parfois trop longtemps macérée.

« Écrire, ce n’est pas, pour moi, orchestrer savamment un plan d’écriture, même si une certaine organisation est nécessaire. C’est surtout un acte impulsif, une force qui demande à vivre. Le texte, bien sûr travaille par la suite, conserve, presque toujours, sa forme brute, pulsion de l’instant capté à même la vie »

Vous parlez de mission. Pensez-vous que chaque humain a une mission sur terre ? Comment prendre conscience de cette vérité ?

Certains frémissent lorsqu’on leur parle de « mission ». Personnellement, j’ai pressenti que je devais nécessairement en avoir une. C’est sans doute un grand malheur qui m’a incitée à revoir mes objectifs de vie. Lorsque mon château de sable s’est écroulé, je me suis demandé ce que je faisais sur terre. J’ai donc fait le bilan de ma vie à 40 ans, tant du point de vue professionnel que personnel. Au niveau de ma carrière, ce fut assez facile. Quelques tests d’orientation, d’évaluation de mes habiletés, de mes désirs me confirmèrent la route à suivre. J’étais bien dans mon élément mais je pouvais y ajouter quelques formations et outils. J’entamai alors une dizaine d’années d’études universitaires, à temps partiel.

Comment définirez-vous la mission ?

Pour moi, la mission de la vie est bien de faire ce que l’on aime naturellement, être dans sa passion. À quoi reconnaît-on une passion ? Simple. Tout ce que vous feriez même si vous n’étiez pas payé pour le faire car cela vous semble facile et, surtout, car cela vous procure de la joie. Parfois, cela nous paraît trop simple et nous cherchons ailleurs au lieu d’irriguer le champ de nos talents naturels.

Vous êtes Coachdans quel domaine précisément ? En développement personnel ? En quoi consiste exactement votre travail de Coach ? Êtes-vous satisfaite ?

J’ai été coach dans divers domaines. Lorsque je gérais la Fondation des arts des Laurentides (1996 à 2008), j’ai notamment conçu Horizons artistiques, un programme de réinsertion sociale par les arts pour les décrocheurs scolaires durant quatre ans. Trois cohortes de 20 jeunes âgés entre 15 et 25 ans ont été encadrées par une équipe d’intervenantes sociales durant près de 4 mois à raison de 30 heures par semaine.

En quoi consistait ce projet ?

L’essentiel de ce projet consistait à tenter de provoquer une étincelle chez ces jeunes désœuvrés. Pour ce faire, j’ai invité une vingtaine d’artistes professionnels dans diverses disciplines que ce soit le théâtre, l’écriture, la musique, la sculpture, la peinture, la danse, la photographie, la vidéographie, le cinéma et même un chef de chœur et un chef d’orchestre à présenter leur passion à ces jeunes. Il fallait leur démontrer à quel point ce qui nous anime nous rend vivant. Tous ces jeunes ont participé à de nombreux ateliers de développement personnel, des ateliers créatifs de groupe. Je leur ai personnellement montré comment créer un plan d’affaires sommaire incluant un positionnement personnel, un slogan, un dépliant, une carte d’affaires.

En dehors de ce projet de la réinsertion par les arts, avez-vous une autre expérience à évoquer ?

Au niveau corporatif, grâce à mon entreprise Phoenix3 alliance, j’ai également accompagné de nombreux entrepreneurs dans leur développement commercial dans divers secteurs d’activités : tourisme, santé, agroalimentaire, culture, sport. J’ai présenté de nombreux dossiers aux Grands prix du tourisme des Laurentides et obtenu 13 grands prix dont deux au national. Aussi, le Grand prix de la culture en 2000 pour le Festival des jeunes musiciens. J’ai conçu également un programme-pilote « Art et affaires » pour le Conseil de la culture des Laurentides soutenu par les Partenaires du marché du travail (Emploi Québec).

« Dernièrement, je faisais mes courses et l’emballeur à la caisse m’interpella. Comment allez-vous madame Pipar ? Interloquée, je le regardai en lui répondant : « Vous me connaissez ? » Il me répondit avec un large sourire : « Tout le monde devrait connaître madame Pipar ! » Soudain, je me souvins du grand gaillard qui participait à Horizons artistiques et qui voulait absolument faire des bijoux avec des micros pièces de vieux ordinateurs »

Les gens vous font-ils confiance sans hésiter ?

En général, les gens me font assez rapidement confiance. J’ai une bonne capacité d’écoute et d’empathie. J’agis souvent comme une « mère », ce qui n’est pas toujours l’idéal pour un coach d’affaires. Ce qui est particulier, chez moi, est le fait que lorsque j’ai réalisé un diagnostic d’entreprise doublé d’un plan de commercialisation, je suis tellement convaincante que les clients m’ont souvent confié la réalisation de mes propres plans. Je les ai donc accompagnés durant 2 à 4 ans. Une des raisons qui m’a poussée à cesser ces activités est que j’étais un peu trop imprégnée des enjeux des entreprises que je « portais » littéralement à bout de bras. Expérience exaltante mais quelque peu éreintante.

Pensez-vous que l’écriture est avant tout un acte de liberté ?

Pour moi, l’écriture est certes un acte de liberté, mais elle est surtout la voix de l’inconscient qui se manifeste, celle du corps et du cœur, celle qui veut communiquer à sa manière. Une sorte d’écho de l’expression humaine brute en ce qu’elle a de pur, d’authentique, d’essentiel.

Quel est votre rapport à l’écrit ?

En ce qui me concerne, l’écrit m’est devenu vital. C’est ma voix, c’est mon feu, c’est ma vie. Pire, c’est ma seule raison d’exister. J’ai longtemps craint la parabole des talents. Elle me hante encore… « Qu’as-tu fait de tes talents ? » Souvent, je pense à la mort en me demandant si j’ai fait fructifier les talents reçus. Sans prétention, la bonne fée m’en a affublé de quelques-uns. De plus, ma curiosité naturelle m’entraine à me disperser. Je n’évoquerai même pas en détail l’ampleur de mes activités professionnelles qui me poussent dans l’idéation, la création, l’organisation, les communications… qui me tiennent très occupée. Entre le théâtre, la danse, le dessin, la couture, la cuisine, premières amours que j’adorais, j’adore et j’adorerai… il me reste, l’écrit, outil qui, à lui seul, peut exprimer toutes ces envies à peine comblées. L’écrit est donc devenu un devoir, dans le sens non contraignant de l’acte. Au plus, je lui laisse le champ libre, au plus il se déverse tel un torrent me confirmant que « quelqu’un écrit » … il y a tant à dire. J’écris intuitivement. Je ressens le flot qui se manifeste à travers ma plume singulière. Ce devoir est donc de le servir pour qu’il puisse susciter chez celui qui lit, l’envie, l’élan vers soi, peu importe son médium d’expression. Oser ce qui nous fait vibrer, il n’y a rien d’autre ici-bas. Car si je rayonne de joie, j’éclairerai l’autre qui me le rendra.

Vous êtes Poète… Quel rapport la poésie entretient-elle avec le monde ?

La poésie se fait l’extension impulsive, intuitive, de tout ce qui m’habite. Que ce soit une émotion, une impression, une rencontre, un fait divers. Les mots jaillissent naturellement avec une fluidité déconcertante qui m’a souvent portée à croire que « ce » n’étaient que bribes imparfaites de souffles qui me traversaient. Une sorte d’exutoire simplet. Cependant, à les relire, je dois bien me rendre à l’évidence que ces mots n’ont rien d’anodin. Ils reflètent l’instant vécu, sorte d’instantané photographique de ce que je vis. Ils me renvoient à ces souvenirs, ces réflexions qui m’interpellaient comme un album photos dans lesquels on revit les moments de notre existence. Un songe, un constat, un témoignage, une revendication, une plainte… dans une approche humaniste. La vie, l’amour, la mort, la vieillesse, la douleur, la trahison, la joie, les amis, la nature … Le sujet de l’humain est déjà assez vaste pour que je me perde dans des conjonctures sociales ou politiques qui me désarment. Par contre, certains poètes excellent à dessiner des images parfois virulentes, parfois hautement philosophiques et aussi étrangement censées sur leur vision du monde. En ce sens, la poésie est essentielle.

Quels sont les thèmes de vos recueils ?

Un thème, cependant, est récurrent chez moi. L’écrit ou, comme dirait un de mes amis : le cri. En effet, l’écrit a longtemps été cette voix qui revendiquait sa place dans ma vie. Il piaffait… attendant dans l’antichambre de ma vie. De nombreux poèmes en témoignent. D’ailleurs, « Désir d’écrire », mon premier essai intimiste, est l’accouchement de l’écrit. C’est Lui, l’écrit qui me parle. Voulant comprendre pourquoi je procrastinais, je lui ai laissé sa voix. Je lui ai répondu. Je sens que, bientôt, il prendra la place qui lui revient.

Pensez-vous que l’espérance est un ingrédient nécessaire pour sortir des misères que nous impose, quelques fois, la vie ?

L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon. En 2010, le vide existentiel s’étant fait omniprésent, ayant réalisé beaucoup de mes rêves, je décidai de suivre le programme « Sens et projet de vie » destiné, initialement aux gens désireux de « re-traiter » leur vie, de préparer leur retraite et de trouver un nouveau sens à leur existence. Outre les merveilleuses lectures, les rencontres avec un groupe de 20 personnes avec lesquelles j’ai cheminé durant deux ans et demi, j’ai appris que le sens de la Vie est celui qu’on lui donne. Ouf. Quelle responsabilité ! Quelle soudaine liberté. Impossible, dès lors, de se cacher. Pour ce faire, il est vital de bien ou enfin, de mieux se connaître, d’identifier nos valeurs, nos passions et de nous y dédier.

Comment un adulte traumatisé par ses parents, durant toute son enfance, peut-il s’en sortir ?

Chacun d’entre nous porte ses propres blessures qui génèrent un lot de souffrances. Même si le traumatisme d’un enfant battu ou violé peut sembler pire qu’un enfant incompris de ses parents, il n’en reste pas moins que la souffrance, elle, est à son paroxysme pour chacun de nous. Je crois sincèrement que l’on peut apprendre à mieux vivre. Personnellement, je suis en quête existentielle depuis l’âge de 15 ans. Sans doute un désir de comprendre et de dépasser les sentiments de mal-être m’ont motivée à rester cette chercheuse de l’infini.

Le risque de replonger dans l’angoisse existentielle semble toujours présent…

C’est un chemin difficile. Se remettre en question me semble essentiel, toujours dans le but d’arriver à être de plus en plus en cohérence avec ce qui nous anime. Parfois, il faut des années pour comprendre les décisions prises à notre détriment. Pourtant, toutes, elles nous servent de terrain d’apprentissage vers soi. En même temps, comme on peut lire dans L’Ecclésiaste ou le désir infini de trouver un sens à la vie … «Va, mange ton pain… vis, simplement. » Pourquoi l’être humain est-il si torturé ? Sans doute cette cassure avec la divinité en nous, cette mémoire d’un au-delà plus grand que nous et duquel nous avons été amputés pour vivre l’expérience terrestre dans ce terrain de jeu qui nous offre des leçons de vie.

À ceux qui demeurent pessimistes dans la vie, que leur conseillez-vous ?

J’ai lu beaucoup de théories au sujet des gens naturellement optimistes et ceux dont le tempérament penche souvent vers le négativisme. On pourrait donc avoir tendance à être défaitiste en se disant que notre ADN est blanc ou noir et que nous n’avons aucun pouvoir sur notre personnalité. Je crois qu’il s’agit, avant tout, d’apprendre à être conscient de nos pensées, d’identifier les sources négatives, de muscler notre façon de penser et surtout de s’entourer de gens positifs ou du moins de tenter d’éviter les autres. L’être humain a tendance au mimétisme et s’il n’est pas vigilant, il peut facilement tomber dangereusement dans des habitudes néfastes. Sans verser dans l’attitude « rose » de certaines personnes qui prétendent ne jamais vivre de problème, il est possible de relativiser et lorsqu’on apprend la gratitude, l’habileté à reconnaître les petits instants de bonheur de chaque jour, on développe un espace plus grand pour la joie. Un des exercices que je faisais avec mes enfants était d’identifier toutes les choses positives de la vie et les négatives aussi. On est alors surpris du nombre de bons éléments que nous pouvons trouver au quotidien. Au plus on remplit son cœur de points positifs et de lumière, au moins il reste d’espace pour le sombre.

Quel est votre philosophe de cœur ? Pourquoi ?

Philosophie de cœur ? Quel programme ! Existe-t-il une philosophie du cœur ? Tout ce que je puis en dire c’est que j’ai découvert, justement lors du séminaire « Découvrir sa mission » animé par Thérèse Landry, élève de Jean Montbourquette, que j’étais une femme de cœur. C’est du moins ce qu’elle m’a dit. J’en suis restée totalement surprise. Il est vrai que j’ai toujours beaucoup d’attention pour les amis, la famille, sans doute parce que j’aimerais qu’on m’en accorde autant moi qui en ai tellement manqué. Aujourd’hui, je donne sans attente, juste pour le plaisir de faire plaisir. Mais le cœur est bien autre chose que le simple fait d’offrir quoi que ce soit. Le cœur est le pouls de l’être humain. Il devrait être au centre de nos décisions. Malheureusement, on, je, le relègue encore bien trop souvent au second rang au profit du mental qui, effrayé, s’emballe et prend le contrôle de la zone de confort, même inconfortable.

Bachelard écrit: « Au commencement est la relation», Que vous inspire cette phrase ?

J’ai lu un merveilleux livre « Le courage de créer[1] » qui parle de rencontre avec soi. Rencontre avec ce qui naît de soi et que l’on accueille. Sorte de découverte. Un peu comme lorsque j’écris et que je lis cette autre moi qui existe aussi. J’ai lu Bachelard mais je ne me souviens pas de cette expression chez lui. Par contre, l’« instant », chez lui, évoque pour moi l’attention à l’essentiel, le vital… Il y a la rencontre avec soi, en toute lucidité et toute empathie pour la personne qu’on découvre en soi, pas nécessairement l’idéal que nous nous plaisons à tenter d’atteindre et qui, souvent, est la cause de souffrances, de déceptions. La rencontre avec soi est importante. L’écoute profonde, l’alignement avec nos valeurs. La rencontre avec l’autre est essentielle. En lui accordant une place attentive, nous le faisons exister. Nous apprenons[2]. C’est notre écho, notre miroir, celui qui nous renvoie notre image humaine. Nous n’existons que dans le regard de l’autre. Double perception, à la fois intimiste en ce qui a trait à la capacité de nous voir et à celle d’être avec l’autre.

C’est le mois de la femme : Quel est votre REGARD sur la femme du XXIe siècle ?

Plutôt mitigée cette position de femme. Ne devrions-nous pas parler des Amazones ? Ce que je vois est surtout cette fébrilité d’avoir envahi les bancs des universités, de s’être taillée une place dans pratiquement toutes les sphères de la société et pourtant d’être encore le sujet de groupes de féministes. Je compatis avec elle. Combien immenses, voire inhumaines, sont les tâches qu’elle s’est imposée pour revendiquer son statut d’égale à l’homme. Ce faisant, elle n’a fait qu’accumuler la lourdeur de sa vie car elle n’a pu évacuer son talent naturel maternel, fut-elle maman ou non, ses capacités d’empathie, d’organisatrice, de gestionnaire. Tout cela doublé d’une volonté farouche de se conformer aux standards physiques, de rester belle et désirable, séductrice… se laissant quand même, malgré tous ces talents, supplanter par certains mâles en quête de beauté juvénile, soucieux de ne pas vieillir aux côtés d’une femme de leur âge.

Je recommande la lecture « La gloire d’une femme » de Marianne Williamson. Un bijou que l’on ne trouve pratiquement plus en librairie. Je l’ai offert à bien des femmes.

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[1] Rollo May, Le courage de créer, Marcel Broquet-la nouvelle édition, 2010

[2] Lire à ce sujet Le bonheur d’être soi… selon Sœur Angèle , Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2014.

 

Visiter le Site de Rosette Pipar: http://www.rosettepipar.com

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Charline Effah: Le féminisme est un humanisme

7 Mars 2017, 19:29pm

Publié par Nathasha Pemba

Écrivaine, Artiste, Entrepreneure, Éducatrice et Féministe, Charline Effah est titulaire d'un Doctorat en Littérature de l'Université Charles de Gaulle de Lille. Nous l'avons rencontrée dans le cadre du mois de la femme pour notre rubrique "Les femmes inspirantes".

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J’ai lu N’Être. Je vous ai aperçu quelques fois sur Facebook, assez discrètement, avec des photos de votre mère ou de deux petites filles (votre fille et votre nièce). Vous parlez aussi de votre grand-mère dans une interview. C’est donc par-là que je voudrais commencer notre causerie : La famille ?  Quelle place la famille occupe-t-elle dans votre vie ? Quelle idée vous faites-vous d’une famille normale ?  Quels souvenirs gardez-vous de votre famille ?

J’ai grandi au sein d’une grande famille dans laquelle plusieurs générations cohabitent depuis toujours.  J’ai eu la joie d’être élevée par ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. La population de ma famille est majoritairement féminine, ce qui fait que de façon naturelle, la femme est une figure imposante et un tantinet autoritaire. Et les hommes (c’est assez drôle) se sont presque éclipsés pour laisser la scène et même une grande  partie du pouvoir aux femmes de ma famille. Ils se sont mis en retrait sans s’exclure de la gestion des choses familiales. Bien que leur implication soit plus discrète, les hommes sont toujours sollicités pour les grandes questions, notamment pour trancher sur des sujets sérieux comme le mariage. Mes souvenirs sont ceux d’une famille heureuse, soudée, parfois traversée par des orages mais qui en ressortait plus forte et plus unie. Et pour moi, une famille normale c’est celle qui sait garder son socle malgré les différences et les individualités qui la composent.

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Si j’étais un homme, j’épouserais une femme Gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre

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Charline Effah, vous êtes Féministe, Écrivaine, Éducatrice, Entrepreneure, Mère de famille… Comment arrivez-vous à concilier tous ces costumes ?

Je ne me pose pas la question de la conciliation de tous ces costumes. Et d’ailleurs, je n’aime pas trop le terme de costume car il m’évoque l’image d’un comédien qui jouerait plusieurs rôles  sur une même scène. Ces attributs font partie de moi et c’est à travers eux que je trouve mon équilibre. Il ne s’agit pas de rôles que je joue. C’est tout simplement moi.

Quel est votre style Charline ? Femme talon aiguille, petite jupe ou femme ballerine jeans ou les deux… Ou un peu de tout ?

Je suis plutôt ballerine jeans.

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Quand l’art triche, il ne touche pas

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N’Être est un roman puissant. Il dit tout à fait le contraire de son format. Il me fait penser à ces livres de petit format qui, bien souvent ne le sont pas, parce que simplement grand par leur contenu. Je pense à L’Existentialisme est un humanisme de Sartre ou encore au Contrat social  de Rousseau. Ce sont des livres d’éternité. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a inspiré ce souffle de liberté existentielle que l’on rencontre entre les lignes de N’Être ?

J’ai une âme d’artiste. Je chante, j’écris, j’ai commencé récemment à prendre des cours de guitare. Et ma sensibilité artistique m’a enseigné une chose : quand l’art triche, il ne touche pas. Et pour moi, la meilleure façon d’être authentique en écrivant, c’est de prendre toujours un peu de moi pour parler des histoires de tout le monde. J’ai écouté ma musique intérieure pour écrire N’être. J’ai cherché la corde sensible dans ma vie personnelle qui serait un élément déclencheur autour duquel j’allais écrire le roman par la suite.

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Je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme

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Charline Effah, militante féministe… J’ai été un peu surprise de le lire l’autre jour sur votre page. Quelle est votre définition du féminisme ? Et qu’entendez-vous par féminisme militant ? Pour quoi militez-vous donc ? (Pour reprendre la question)

Le Larousse définit le Féminisme comme  un « mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».

C’est une définition on ne peut plus claire et à laquelle j’adhère complètement. Les choses vues ainsi, je dirai que « Le féminisme est un humanisme »

Nous sommes nombreux, hommes et femmes, à nous insurger contre les violences faites aux femmes, contre les violations de leurs droits, contre les mariages précoces des jeunes filles… Rien que pour ça, si on part de la définition du Larousse, c’est que nous sommes tous féministes. Là où les choses se gâtent, c’est quand on oublie l’essence première d’une pensée et qu’on s’arrête sur les manifestations azimutées des brûleuses de soutiens-gorge ou des apologistes de la castration. Ce militantisme extrême fait que les vraies questions sont passées sous silence. Et moi, je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme.

 Votre rapport au masculin…

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai grandi dans une famille où les femmes ont toujours été en surnombre. Cela n’a pas influencé mon rapport au masculin, bien au contraire, car j’ai compris très jeune que tant que les rôles sont définis, il n’y a aucune raison que la cohabitation se passe mal. Je sais être à ma place de femme. Je ne revendique pas de porter la culotte, ça m’est égale.  J’exige juste le respect  de mes droits et de ma personne. Je pense que ce sont des aspirations universelles.

Vos compatriotes gabonais vous estiment beaucoup en tant qu’auteure et femme engagée. Que pensez-vous du statut de la femme en général et de la femme gabonaise en particulier ? Quel effet cela vous fait-il d’être reconnue et estimée par vos pairs ?

Si j’étais un homme, j’épouserais une femme gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre. Elle a vite acquis son indépendance financière et elle s’affirme sans tapages. Sa posture actuelle est à l’image de nombreuses femmes dans le monde même si dans plusieurs pays, il y a encore du travail à faire au niveau de l’accès à l’éducation pour les jeunes filles.

La famille littéraire gabonaise est assez soudée. C’est une chose que j’apprécie énormément et je pense que, vu la jeunesse de notre littérature, l’une de nos forces réside dans cette fraternité que nous avons intérêt à entretenir.

Je vous définis comme Entrepreneure, mais je vois en vous une éducatrice aussi. J’imagine que si le seul souci était le lucre, vous auriez pu vous lancer dans autre chose, comme ouvrir une boutique par exemple. Cependant vous avez choisi d’œuvrer dans le domaine éducatif et social, d’aider en quelque sorte les jeunes mais aussi les femmes plus âgées à donner un sens à leur vie.

C’est joliment me définir en me voyant comme une éducatrice. J’ai travaillé dans un Institut de formation qui accueillait majoritairement des femmes issues de l’immigration. Vous savez, sur les terres hexagonales, il y a comme un parcours professionnel de l’immigré qui est tout tracé. On sait dans quels genres de métiers on veut retrouver les mêmes personnes sans se demander si elles ont des rêves, sans écouter leurs histoires personnelles.

Quand avez-vous ressenti le besoin de rajouter cette corde à votre arc ?

Je me souviens d’une femme d’origine algérienne qui était Kinésithérapeute dans son pays et, en arrivant en France, elle a multiplié les petits boulots pour vivre pendant des années. Elle était touchée dans son amour-propre, elle a pleuré devant moi, elle m’a dit : Charline, j’avais un cabinet de Kinésithérapeute à Alger. J’avais des salariés, deux associés et je gagnais bien ma vie. Aujourd’hui, je suis réduite à faire du baby-sitting. J’aimerais faire autre chose car j’ai honte de ce que je suis devenue ». Elle m’a demandé de l’aider à sortir de cette situation professionnelle peu épanouissante pour elle. D’autres témoignages de ce genre se sont ajoutés. Entre temps, j’ai démissionné de l’Institut de formation en question, car je voulais me consacrer à l’écriture de mon prochain roman. Mais cette femme m’a recontactée pour me demander si j’étais prête à l’accompagner dans son projet d’évolution professionnelle. J'ai, bien entendu, accepté de la revoir et ensemble nous avons travaillé pour la validation de ses acquis. Et comme les résultats étaient positifs et motivants pour elle, elle en a parlé à deux autres de ses amies, qui ensuite en ont parlé à d’autres. Je suis passée de cinq à deux cents demandes.

Pouvez-vous nous parler de l’Institut Diadème ? De ce qu’on y réalise ? De vos joies, de votre manière, à vous, de mettre en confiance les personnes qui viennent vous rencontrer…

Face à cette floraison de demandes, il était donc urgent que je donne un cadre légal à cette activité. J’ai donc créé l’institut Diadème. Pour mettre ces personnes en confiance, je vais comprendre leur histoire personnelle, leur parcours et surtout leurs rêves et ambitions. Je leur explique ce qui est réalisable à moyen et à long terme.  Ce qu’il faut, c’est être honnête, ne pas leur vendre des chimères, car certaines sont déjà assez désillusionnées. Il ne faut pas non plus les mettre dans des cases.

La vision de l’Institut... (Dans l’espace et dans le temps).

La vision de l’institut Diadème est de les accompagner sur plusieurs années de sorte de travailler par étape leurs projets.

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Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

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Dans le contexte de votre engagement, peut-on parler d’entreprenariat social ?

Je pense que oui.

Dans sa note sur votre roman, Alain Mabanckou a parlé de Mariama Bâ. Je n’ai pas encore lu toutes vos œuvres, mais je ne douterais point de la virilité féminine visible et tantôt invisible qu’il y a en vous. Alors, quelles sont les cinq femmes qui vous ont le plus influencée, en dehors des membres de votre famille ? En quoi vous ont-elles influencée ?

Elles sont nombreuses les femmes qui m’ont influencée et les femmes qui m’influencent encore. Mais dans un cadre strictement littéraire, il y a Ananda Devi que je recommande à toute jeune femme écrivaine de lire au même titre que Mariama Bâ, car ce serait vraiment passer à côté d’un monument littéraire. Ananda Devi est de ces auteurs qui ont un univers.  Calixthe Beyala. Elle a un style vif, vivant, saisissant en parfait accord avec sa personnalité. Honorine NGou, écrivaine gabonaise. Elle a été mon enseignante à la Faculté des Lettres modernes de Libreville. Elle écrit de bons textes. Même si elle n’est pas très connue en France, au Gabon elle jouit d’une estime et d’une notoriété indéniables.

Où situez-vous votre féminité ? Qu’entendez-vous par féministe assumée?

Féministe assumée, car à l’heure des débordements et des polémiques autour de cette question, quelques voix se taisent, de peur d’être taxée de "tête en l’air" de "femme frustrée" et de bien d’autres attributs qui dévoilent les interférences au sein de la cause féministe.

Aujourd’hui, pour demain, que vous suggère votre engagement féministe ?

J’espère avoir assez d’énergie et de temps pour monter une association qui aiderait à favoriser la scolarisation des jeunes filles en Afrique.

Pour le mot de la fin, je vous suggère de dire en quelques mots à nos lectrices et lecteurs, le lien que vous faites entre féminisme et liberté : Jusqu’où le féminisme ?

Féminisme et liberté pour évoquer le combat des suffragettes qui obtinrent le droit de vote pour les femmes en 1918. Féminisme et liberté pour évoquer qu’il y a seulement cinquante ans que les femmes eurent l’autorisation de travailler sans accord de leurs maris.  Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

 

Charline Effah et Nathasha Pemba

 

Institut Diadème:  http://www.institutdiademe.com/

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L'idée de réciprocité

1 Mars 2017, 04:40am

Publié par Nathasha Pemba

Dans l'idée de réciprocité, il n'y a ni grands ni petits, ni dominateurs ni dominés. On vit une relation humaine équilibrée où l'autre a sa place et où j'ai aussi ma place. Dans beaucoup de relations, quelques fois l'un des amis ou encore l'époux ou l'épouse crée un univers de soumission ou de domination qui n'a pas de sens. C'est pourquoi, dans chaque relation humaine, il faut toujours savoir distinguer la soumission du respect. Un ami qui tyrannise son semblable ne le considère pas comme un égal.

Il en est de même d'un frère envers son jeune frère ou un oncle envers son neveu ou sa nièce.

Le oui de l'amitié ou du mariage, par exemple, implique nécessairement la réciprocité. On est dans et avec l'autre. De ce fait, on n'est pas au service de l'autre. La relation humaine est par essence libre. Lorsqu'il est est question des relations, mon regard se tourne toujours vers Bachelard qui, commentant "Je et tu" de Buber a écrit: "Au commencement est la relation". Voici une vérité incontestable et évidente qui déboussole toute tendance égocentrique.

De nos jours, il y a encore certaines personnes qui pensent que certains attributs leur donnent le pouvoir sur autrui. Il y a la jalousie, la rivalité, le désir de dominer, le mépris. Il y a ce désir en nous de nous prendre pour le centre du monde. Croyant être libres, nous sacrifions sur l'autel de notre suffisance à la fois notre liberté et notre sens humain. La grandeur n'a de sens qu'en fonction de la petitesse. C'est l'humilité qui donne du sens à la grandeur. Être humain est un privilège... Il ne faut jamais l'oublier.

Voilà ce qu'écrit encore Bachelard: "La réciprocité n'apparaît vraiment que sur l'axe ou oscille, où vibre, le je-tu...L'être rencontré se soucie de moi comme je me soucie de lui; il espère en moi comme j'espère en lui. Je le crée en tant que personne dans le temps même où il me crée en tant que personne... Il faut dire "tu" pour dire nous... Oeil pour oeil, souffle pour souffle, âme pour âme. Je te vois et je comprends, donc nous sommes des âmes...Le "Je" n'arrive pas à Dieu en évitant le "tu"...Le je est responsable du tu et le tu est responsable du je (Préface de Gaston Bachelard)

 

Nathasha Pemba

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