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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Carrefour des veuves de Monique Ilboudo

3 Novembre 2020, 12:45pm

Publié par Nathasha Pemba

«Pandore, Eve, Vera, la liste des femmes à qui l’on attribue l’origine des maux de l’humanité est sûrement plus longue! Dans la vie réelle, pourtant les femmes sont plus victimes que bourrelles»

Monique Ilboudo, Carrefour des veuves.

 

La femme… toujours la femme.

D’ailleurs Adam n’a-t-il pas répondu à Dieu : «La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé.» (Gn 3, 14)

 

Universitaire et femme de lettres burkinabé, Monique est engagée dans la promotion de la citoyenneté des femmes dans son pays. Après une éclipse dans le monde littéraire, elle revient avec un troisième roman : Carrefour des veuves.

À travers ce livre, l’auteure pose un regard lucide sur le terrorisme et les conflits qui endeuillent la région du Sahel, mais plus encore sur le courage des femmes qui constituent depuis plusieurs années le socle des luttes intellectuelles et sociales au cœur des cités.

 

«Les crevettes naissent mâles et deviennent femelles à la moitié de leur vie. Le rêve! Connaître les deux genres! Je naitrais petit, garçon, attendu.»

 

 

Deux questions fondamentales sous-tendent ce roman : le terrorisme et la part des femmes dans cette lutte sans merci. À la suite d’une attaque terroriste, Tilaine perd son mari qui était en poste dans le nord du pays. Entre angoisses, tristesses et afflictions, elle décide un jour, soutenue par un groupe de femmes, de créer une association pour soutenir les femmes victimes du terrorisme. C’est au cours de l’une de ses missions qu’elle rencontre Noura, une petite fille, à la fois victime du terrorisme et de la tradition. Noura a soif de connaissances, elle veut aller à l’école, mais pour sa survie, elle a dû arrêter ses études en classe de CM1. Vivre oui, mais à quel prix?

 

 

«Le pouvoir d’enfanter constitue la force des femmes, mais c’est peut-être aussi ce qui a engendré leurs malheurs depuis la nuit des temps. La gloire de la mère contient, aujourd’hui encore, le germe de la soumission de la femme à la nature de l’homme.»

 

 

Pendant près de 160 pages de prose cadencée, limpides et remplies de substances sociologiques, culturelles, humanitaires et humaines, le lecteur chemine avec l’auteure. Révoltant, mais réaliste, l’ouvrage propose une autre réflexion sur le terrorisme en Afrique subsaharienne, la vulnérabilité des populations, le traitement des femmes et les désordres de la politique politicienne. Chemin faisant, Tilaine comprend que, quand la vie doit être préservée à tout prix, il est important de lutter. Sa mission : aider les femmes victimes du terrorisme non pas de manière informelle, mais en profondeur. Sa rencontre avec Noura la questionne et l’interroge sur le sort de la femme. À quel avenir peut prétendre une petite fille dans un tel contexte? Parmi les portraits de femmes, Noura est le personnage phare de ce roman. Comme Tilaine, on s’attache à son tempérament, mélange d’innocence et de détermination, on souhaite lui offrir l’avenir qu’elle se dessine. On déplore la part d’insouciance de l’enfance qui lui est arrachée par les circonstances. On peste contre la fatalité, l’obscurantisme et la barbarie.

 

On peut lutter contre tous ces fléaux, mais sait-on seulement ce qui se passe dans le cœur humain?

 

Je vous invite à découvrir ce roman plein de rebondissements qui nous plonge au cœur de l’actualité de notre monde.

 

Nathasha Pemba

Références:

Monique Ilboudo, Carrefour des veuves, Pointe-Noire, Lettres mouchetées, 2020.

 

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