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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

À la foire de Maud Chayer

22 Novembre 2020, 15:29pm

Publié par Nathasha Pemba

Y aurait-il à la foire, où se rend ce père de famille, quelque chose de particulier? On pourrait, de prime abord, le penser, tant l’insistance de son épouse et de ses filles réussit à le convaincre que c’est le lieu à visiter.

Rappelons tout d’abord ce que c’est qu’une foire de ce type, car effectivement, il existe plusieurs types de foires. Il s’agit en effet de la foire agricole. Une foire plus riche en odeurs spécifiques qu'en toute autre chose et où l'on est parfois obligée de se boucher le nez lorsque l’on s’y trouve et notamment lorsque l’on se considère comme quelqu’un de la ville : «L’odeur dominante de l’herbe sèche couvrait partiellement celle de la bouse et de l’urine»

 

Il avait à endurer cela, mais pas seulement. Il devait aussi se montrer galant et patient, même si sa femme n’avait pas du mal à déceler son indifférence habituelle. Après tout, il était le seul homme de la famille!

 

Petit livre (normal, c’est un micro roman!) vivant et contextuel, À la foire est le récit de vie d’une famille qui décide un jour de canicule, d’aller visiter une foire agricole. C’est aussi le récit d’un homme, un père de famille cadre dans une firme importante, avec son épouse et ses deux filles, qui vivent toujours ensemble et font presque toujours tout ensemble, mais qui a besoin de sa liberté tout en restant attaché à sa famille «On devrait faire une sortie en fin de semaine» avait-elle déclaré, et son air annonçait que le programme état déterminé à l’avance».

 

Faire des concessions est aussi une des conditions de l’être avec même lorsque l’un des protagonistes semble mener le bateau en ignorant les autres.

 

Ce récit qu’on lit d’une traite en 30 minutes saisit le lecteur de manière évolutive parce qu’il présente l’histoire d’une famille, l’histoire d’un homme et l’histoire des personnes, notamment les fermiers. Il condense à la fois, le temps et l’espace avec une précision remarquable et exemplaire sur le plan de l’intrigue.

 

Très opportunément, ce roman de Maud Chayer paraît au moment où confinée par la pandémie de la Covid-19, les gens ont besoin de retrouver une certaine sensibilité liée aux foules. La description et le détail qui en font la force sont justement cela : sans être en contact avec cette nature, on la sent, on l’imagine et on la touche par son esprit. Le père de famille fin observateur de la nouveauté ou, disons du spectaculaire, donne au lecteur de la matière à penser, un lieu pour exister.

 

Et comme dans tout récit, il y a forcément quelque chose de sous-entendu, ce que j’appellerai  le presque prétexte de l’œuvre. L’existence parfois monotone que mène ce père de famille qui n’est pas encore affranchi de certaines contraintes extérieures montre qu'il a besoin d’exister en tant que lui et non pas seulement en tant que père de famille ou époux. Il fait l’expérience de la routine familiale qui pèse quelque peu, mais il sait qu'il a toujours besoin de faire plaisir à sa famille, quitte à être juste là sans pour autant participer. Sans doute, une manière de rappeler aux lecteurs que la vie de famille est une belle expérience qui a aussi ses contraintes, mais que c’est toujours ensemble qu’on peut tenter de lui donner une belle teinte.

 

 À la foire est donc, de mon point de vue, un beau récit de la vie ordinaire entre les gens de la ville et les gens de la campagne, une vie où certaines personnes peuvent se permettre des vacances et d’autres, non.

 

La grande pertinence de ce roman réside autant dans le sujet — la vie dans toute sa splendeur et les relations humaines en quelques lignes — que dans le style, enjoué, vital, fluide et libre de toute marginalisation. La joie et l’étonnement y résonnent comme une note musicale. Maud Chayer qui, rappelons-le, après Plan vaudou et Cœur de zombie e revient avec ce micro roman et s’attelle, à partir de la vie ordinaire d’une famille à souligner l’importance de la rencontre, peu importe le milieu et la possibilité de mener une vie libre sans être désintégré de l’esprit de famille.

 

Je vous le recommande

 

Nathasha Pemba

 

 

Maud Chayer, À la foire, Montréal, Éditions Annika Parance, 2020

 

 

 

 

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