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Le Sanctuaire de la Culture

L’humanisme n’est pas une question de genre : Kelly Yemdji

16 Juillet 2020, 07:04am

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Kelly YEMDJI. Le Sanctuaire de la Culture est heureux de vous faire découvrir à ses lecteurs. Qui êtes-vous ?

Bonjour à tous les inconditionnels du Sanctuaire de la Culture, c’est un réel plaisir pour moi de m’ouvrir à vous. Alors pour être brève, je dirais simplement que je me nomme Kelly YEMDJI, jeune auteure ayant à son actif un roman : Le secret de mon échec. Je suis activiste en faveur de l’égalité des chances.

 

Vous avez 22 ans et vous êtes non seulement auteure d’un pavé de plus de 300 pages, nous y reviendrons, mais aussi titulaire d’une licence en mathématiques-informatique et bientôt titulaire d’une autre licence en communication. Doit-on y lire une ambition ou un défi ?

(Rires) Je dirais que c’est une combinaison des deux ; la licence en mathématiques-informatique c’est pour me prouver que je peux devenir ce que je veux avec un tout petit peu de volonté et d’effort, et la licence en communication pour réaliser le rêve de ma tendre enfance, celui de devenir journaliste ou communicante.

 

Malgré votre jeune âge, la cause féminine vous passionne et vous préoccupe. Est-ce simplement parce que vous êtes femme ou y a-t-il d’autres raisons qui expliquent votre intérêt pour cette problématique ?

L’humanisme n’est pas une question de genre. On n’a pas besoin d’être d’un sexe particulier pour s’indigner face à une injustice. Je milite pour la cause des femmes parce que j’ai la conviction que le progrès, quel qu’il soit rime avec l’épanouissement de la femme.

 

En tant que féministe et africaine, ne pensez-vous pas que le féminisme africain devrait se réinventer pour mieux s’adapter aux réalités africaines ?

Absolument ! Je crois que nous, féministes africaines devrons tenir compte de notre contexte pour mener des actions efficientes, parce que nos réalités diffèrent de celles des femmes de l’autre côté de la méditerranée. L’excision, le mariage forcé et les vilains rites de veuvage entre autres sont de violents maux qui ne touchent que nous en Afrique si je ne m’abuse. Notre champ d’action est vaste, on a besoin des femmes sur tous les fronts.

 

Vous venez de publier votre premier roman « Le secret de mon échec ». Veuillez nous aider à élucider les mystères qui entourent ce livre au titre bouleversant.

Je crois personnellement que Le secret de mon échec est un livre ordinaire qui raconte la société avec une fixation particulière sur tout le mal qu’elle fait à la gent féminine, parce que je me veux ambassadrice de la femme. J’aime bien ce titre, « ambassadrice de la femme », (rires).

 

Quel est le secret pour écrire un roman aussi volumineux ?

Observer religieusement les différentes fluctuations de la société, reconnaître ses travers, éprouver ses douleurs, écouter ses appels à l’aide et prendre la résolution de voler à son secours. C’était ma recette pour le premier. J’espère qu’elle marchera encore pour mon prochain roman (rires).

 

Vous abordez tellement de thématiques qu’on ne saurait déceler avec précision l’idée principale de l’œuvre. Quelle est selon vous, l’idée générale de ce roman ?

Elle est vraiment difficile à définir, cette idée générale. Néanmoins, je pense, en ce qui me concerne, que le nœud de Le secret de mon échec c’est l’irresponsabilité parentale. La famille étant le socle de la société, on peut lui reprocher tous les maux dont cette dernière souffre.

 

On pourrait dire que vous avez écrit un livre qui a pour cible la jeunesse. Dans cette optique, il plait de vous demander quel est l’impact de la télévision et de l’internet sur la vie sexuelle des jeunes en cette ère des réseaux sociaux ?

L’impact, ce sont toutes les déviances à vau-l’eau que nous observons aujourd’hui. Grossesses précoces, maladies sexuellement transmissibles, dépravation, prostitution, etc. Les parents devraient parler de sexe à leurs enfants avant qu’Internet et la télévision ne les surprennent.

 

Pourquoi n’est-il pas toujours aussi aisé de parler,  en Afrique, de sexualité à la maison, malgré le fait que certains parents soient des intellectuels ?

Je pense que c’est plus une affaire de culture que tout autre chose. L’Africain à la base est très prude ; voilà pourquoi dans nos langues maternelles on use très souvent des métaphores pour parler de sexe. Pour les parents qui n’ont jamais appris à leurs enfants à parler leur langue, comment voulez-vous que la communication se fasse sachant que certains mots en langue n’ont pas d’équivalent en français ? C’est compliqué n’est-ce pas !?

 

Dans votre livre vous abordez la question épineuse des grossesses précoces. Pourquoi les cas sont de plus en plus nombreux malgré les méthodes contraceptives vantées à cor et à cri ? Que préconisez-vous pour venir à bout de cela ?

Pour les grossesses précoces, je n’ai qu’une seule solution à proposer : allons à l’école ! Je ne sais pas quel autre contraceptif je peux recommander à des élèves si ce n’est l’abstinence.

 

On a le sentiment que dans vos écrits les femmes sont les seules victimes. Qu’en est-il du harcèlement des enseignants par des jeunes filles élèves ou étudiantes qui préfèrent se livrer pour passer en classe supérieure ?

Ah non ! J’ai matérialisé à travers mon roman le harcèlement dont sont victimes les enseignants. Maryam, l’un de mes personnages, n’a plus aucun secret pour ceux qui ont lu le livre. Les hommes sont eux aussi victimes de harcèlement et croyez-moi, c’est tout aussi condamnable !

 

Puisque les enseignants de Daphy n’ont commencé à la draguer qu’au moment où elle s’est habillée de manière ostentatoire, pensez-vous cela puisse justifier le harcèlement dont elle a été victime ?

Bien sûr que non ! Ce serait comme justifier le viol à cause de la tenue de la victime. Les femmes ont le droit de bien se mettre et de s’habiller sexy. Les hommes ont le droit de les courtiser s’ils se sentent attirés. Les femmes ont le droit de les envoyer valser. Toutefois, les hommes ont le devoir de respecter cette décision parce que justement le consentement est là où le bât blesse ; mais ça certains hommes peinent à le comprendre.

 

Selon vous, pourquoi est-ce que le mariage ne fait plus rêver de nos jours ? Pourquoi le taux de divorce va grandissant ?

Parce que nous ne savons plus ce que c’est que le mariage, perdus entre tradition et modernité. Le mariage autant que la parole a perdu sa sacralité. Aujourd’hui on se marie pour faire plaisir, pour narguer des prétendus jaloux, pour profiter d’un héritage, pour fuir le célibat, pour voir ce que ça fait d’être marié, etc ; Sauf que même là, on le fait mal parce qu’il n’y a aucun respect de la personne humaine, de la parole donnée, de la dignité de l’autre, … Bref L’Afrique noire est mal partie !

 

Que pensez-vous de ces parents qui choisissent les métiers et les conjoints pour leurs enfants ?

Je pense qu’ils croient faire du bien à leurs enfants. Je préfère utiliser le vocable croire parce que quelquefois les parents croient tout savoir, de ce qui est bien à ce qui ne l’est pas. Quelquefois, ils ne consultent même pas leurs enfants pour savoir ce qu’ils auraient aimé ou pas. Quelquefois, ils font ce qui leur chante, ça marche et ils se glorifient d’avoir toujours la solution à la loterie de la vie. Et ainsi va la vie !

 

Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait pousser un homme à battre sa femme ?

La lâcheté ! Quoi d’autre sinon ? Y a-t-il plus lâche sur cette terre qu’un homme qui lève la main sur la femme qui prend sur elle de lui faire une descendance ? Ma foi non !

 

Vous êtes très critique à l’égard du système éducatif actuel. Que lui reprochez-vous exactement ?

Sa légèreté croissante au jour le jour ! Me croiriez-vous si je vous avouais qu’il y a en classe de première des élèves incapables d’écrire leur propre nom !? C’est triste de voir la médiocrité planétaire dans laquelle le système enrôle la jeunesse.

 

Puisque vous prônez à travers votre livre l’indépendance financière des femmes, ne pensez-vous pas que l’éducation des enfants qui est assurée à plus de 60% par la femme va en prendre un sacré coup ?

Le monde lui aussi a pris un sacré coup, vous savez !? Voulez-vous que je vous donne le nombre de pères qui ont démissionnés ? Voulez que je vous dise à quel point l’inflation s’en est mêlée ? Voulez-vous que je vous dise à quel point un emploi est important pour l’épanouissement de bon nombre de femmes ? Mais bon laissons les statistiques et disons-nous simplement que le tout réside dans l’organisation.

 

Daphy votre personnage principal n’est-elle pas un peu trop jeune pour toutes les actions que vous sa créatrice avez bien voulu lui faire faire ?

Trop jeune vous dites !? Suis-je donc la seule à avoir remarqué que les enfants grandissent plus vite que leur âge dernièrement ? Ne parlions-nous pas plus haut des papas qui ont démissionné et de l’éducation des enfants assurée à beaucoup de pourcentages par la télévision et l’internet ? Bah voilà des choses auxquelles s’attendre, des enfants qui ne font plus leur âge !

 

La succession en pays Bamiléké, on en parle ?

Si ça vous dit ! Je crois que la succession en pays Bamiléké est juste la preuve que le problème de l’africain c’est avant tout l’Africain et que les Africains ne sont pas prêts à accueillir le progrès. Ce n’est que mon point de vue.

 

Penser que l’ailleurs soit plus productif, l’immigration à tout prix. Qu’est-ce qui pousse la jeunesse africaine à un tel degré de désespoir ?

Un système qui a légendairement échoué, des « ex-colons » qui pensent que décoloniser c’est déstabiliser, une jeunesse qui pense à tort qu’un champ en  moisson offre plus d’opportunités de travail qu’un champ où tout est à faire.

Le résultat n’est autre que l’image macabre des milliers de cadavres au fond de la Méditerranée et une Afrique qui bientôt ne s’appartiendra plus si rien n’est toujours fait.

 

Où et comment peut-on se procurer votre livre ?

Le livre est disponible pour le moment au siège d’Élite d’Afrique Éditions à Dschang au Cameroun et au carré des artistes à Douala au prix unique de 5000 FCFA.

 

Votre mot de la fin.

Je voudrais remercier Le sanctuaire de la culture pour ce travail formidable de promotion. Je voudrais ici remercier également mon éditeur Brice Kamdem pour m’avoir offert cette chance. À tous les ambassadeurs de mon livre, Gaëlle Manelo, Dim Mohamed, Noël Kazé, Fridolin Ngoué, Franck Bopda, Romel Ngouajio, Charly Guimfack, Xavier Djagbara et tous ceux qui croient en moi, je réitère ma gratitude. Enfin à ma famille que je porte en moi, pour l’amour inconditionnel, je vous aime !

 

Interview réalisée par Junior Gilles Gbeto

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Fridolin Ngoué 16/07/2020 23:21

Félicitations ! Interview très consistant

Nathasha Pemba 17/07/2020 03:42

Merci !