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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Confinement : Cinquantième jour par Anthony Mouyoungui

10 Mai 2020, 06:28am

Publié par Anthony Mouyoungui

En ce 50e jour du confinement, tous les regards, pleins d’espoir et d’incertitude, sont tournés vers le 11 mai, date du début du déconfinement. Espoir du retour à la vie normale qui ne sera pas aussi normale, car plusieurs personnes ont été emportées; incertitude quant à la manière où tout cela se déroulera sachant que le virus est encore là.  Le retour à un semblant de vie sociale sera accompagné de nouvelles habitudes. Les écoles et certains commerces vont rouvrir. Les travailleurs vont retrouver le chemin des bureaux. Certains parents n’envisagent même pas laisser leurs enfants repartir à l’école. Ce qui en dit long sur la peur et la psychose que ce virus a mis en nous. Après des semaines de confinement, le retour à la normale ne suscite pas d’enthousiasme. Personne ne veut se lancer dans les rues, malgré les protections, par peur d’être contaminé. Je n’ai rien de particulier à faire à l’extérieur le 11 mai, je vais observer tout cela de ma fenêtre. L’envie de revoir Paris ou de monter à nouveau dans un train peut attendre encore quelques jours. Ce n’est pas de la peur, mais uniquement de la prudence. Ne serait-il pas stupide d’attraper le virus à la sortie alors qu’on a résisté pendant des semaines? J’attendrai alors les bonnes nouvelles de l’extérieur. Je suis dans l’incertitude également.

 

En période difficile, l’incertitude, le doute et la peur révèlent notre propre fragilité. Oui, l’être humain est fragile quand il se retrouve face à une situation qui le dépasse. Depuis le début de la pandémie, beaucoup de théories de toutes sortes ont été élaborées et diffusées, mais une chose est sûre, aucun traitement jusqu’à ce jour n’a été trouvé. Quant au vaccin, il faudra attendre encore plus longtemps. En un claquement de doigts, des êtres humains, même très forts, s’effondrent comme des châteaux de cartes une fois atteints.

 

Alors que plusieurs pays européens procèdent au déconfinement, j’essaie de suivre à travers les médias l’effectivité de ce déconfinement afin de m’enquérir de leur expérience, et de me convaincre que ce sera possible de reprendre un semblant de normalité. Mais, au fond de moi, je suis certain que ce ne sera plus pareil. Un nouveau mode de vie nous attend avec des distanciations physiques, le port du masque, plus d’accolades amicales. La joie de retrouver la liberté, sinon un semblant, se mêlant à l’incertitude de cet avenir, avec la peur de la deuxième vague annoncée. Tous les secteurs d’activités ne reprendront visiblement pas le 11 mai, les terrasses, les théâtres, le cinéma et autres loisirs attendront leur déconfinement semble-t-il. À ce moment-là, nous ressentirons le manque des personnes proches emportées par le Covid-19, et ce n’est qu’à partir de cette période que débutera le deuil, la suite me paraît confuse.

 

Ces dix derniers jours, je suis sorti un plus souvent et j’ai pu observer que la distanciation physique est très difficile à appliquer dans les supermarchés, j’imagine, donc dans les trains et bus surtout aux heures de pointe. Tout le monde veut rentrer et qui voudra rester sur le quai? Personne. Si, je n’ai pas attendu devant le supermarché, ce n’est pas le cas pour d’autres. Des amis n’ont rapporté avoir attendu plus d’une heure devant un supermarché. C’est peut-être un avant-goût du monde après Covid-19.

 

Quand j’étais étudiant à Brazzaville dans les années 90, avec mon ami Hugues nous avions l’habitude de dire, lorsque la situation était difficile, que «ce n’est qu’un mauvais moment à passer». C’était notre façon de nous remonter le moral et de garder espoir. Ceux qui ont connu la vie d’étudiant à Brazzaville à cette époque savent que ces moments difficiles ont été plus que nombreux. Dans mon incertitude, je me remémore cette phrase. Hugues est certes loin, mais il vit également la même situation. Je serai alors tenté de dire, non pas à Hugues, mais à toute la planète que ce n’est qu’un mauvais moment à passer. La preuve c’est que nous allons bientôt en sortir. Seulement, la configuration est différente. Les difficultés de la vie d’étudiant n’ont rien à voir avec cette difficulté qui touche la terre entière. Une chose en revanche n’a pas changé au moment où j’écris ces mots, c’est la même force qui me porte vers l’avenir. Cette force qui permet de garder toujours espoir et de se dire que le lendemain sera toujours meilleur. Cet optimisme m’a aidé à traverser les situations difficiles sans perdre mon humanité, ma foi en l’autre. Cette force est toujours en moi malgré l’incertitude du futur.

 

Anthony Mouyoungui

 

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