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Le Sanctuaire de la Culture

Longue est ma route de Paterne Ngoulou

8 Mai 2020, 00:54am

Publié par Nathasha Pemba

Dans ce premier roman Longue est ma route, Paterne Ngoulou livre un récit familial entre les deux Congo (Komono, Pointe-Noire, Brazzaville et Kinshasa) et la France. Il présente ce récit dans une langue fluide, tendre, vraie et perspicace. Parmi les questions soulevées dans le roman, il y a la question de la prolifération des églises, il y a celle de l’immigration et celle du deuil (perte de la mère).

 

Après le décès de sa mère à Komono, Ngouaka, sa petite sœur et son petit frère rejoignent la famille de Pointe-Noire pour y vivre désormais, car le père affaibli par la disparition de sa femme n’a pas une santé de fer et ne pourra pas s’occuper seul de ses enfants.

 

De Komono à Paris, en passant par Brazzaville et Kinshasa, l’auteur plonge le lecteur dans les péripéties d’un orphelin qui doit se débrouiller après l’obtention de son baccalauréat.

 

Les premières pages nous placent au cœur d’un quartier de la ville de Pointe-Noire au Congo-Brazzaville, Tchimbamba. Ngouaka se trouve dans la cour, comme il est de coutume à Pointe-Noire. Il observe la nature et l’environnement fait de vendeurs de pains chauds qui crient dans toutes les rues, des passants de toute sorte.

 

Notons qu’il y a aussi la dimension de la mémoire qui demeure importante, car dans cette posture matinale, le narrateur se souvient d’une époque… l’époque où il a fallu partir…

 

“Un peu plus loin, dans les souvenirs, j’avais entendu dire que le destin n’était qu’une destination, non un chemin unique qui serait définitivement tracé. L’essentiel c’est d’arriver, dit-on très souvent. Ceux qui arrivent n’ont pas forcément le vent en poupe. Ce sont ceux qui bravent des obstacles, ceux qui gravissent des marches, et surtout ceux qui osent choisir un chemin parmi tant d’autres.

 

Je m’étais fait le devoir de m’inspirer du parcours de quelques-uns de ces grands hommes; ceux dont les expériences ont été rapportées par ceux qui peuvent écrire et relayer les faits du passé. Ceux-là ont marqué leurs temps et écrit leurs époques/leurs voix continuent de nous faire entendre raison, nous rappeler le passé pour mieux décrire demain.”

 

 

Sur la question de la prolifération des églises, le narrateur fait mention de la présence d’églises dans toutes les rues de Pointe-Noire.

 

“Les églises ici, il y en a de toutes les origines et de tous les renoms. Dans chaque coin de la rue, il en existe au moins une; celle qui se fait appeler Philadelphie en référence aux origines de la foi protestante enseignant aux hommes la conversion et la nouvelle naissance suivie du baptême par immersion, et celle dont la dénomination la dernière chance suffit pour attirer des adeptes en quête de bénédictions”

 

Les descriptions de la ville de Pointe-Noire qui figurent au début du roman pourraient nous faire croire que le récit se limite dans la ville océane, mais on constate que le narrateur va bien au-delà en sillonnant quelques régions du Congo. Il se constitue ainsi un espace entre la mémoire et l’identité. Les voix qui se relayent au gré des parties du roman ouvrent à une intériorité essentielle qui permet de comprendre que, quel que soit notre passé, l’avenir nous appartient toujours.

 

En outre, on rencontre dans les lignes du roman des auteurs comme Victor Hugo, Alain Mabanckou, U’Tam Si… ainsi que les Bantous de la capitale.

 

L’un des moments les plus importants c’est la vie d’étudiant à l’université Marien Ngouabi où Ngouaka, naïf, se heurte à toutes sortes d’habitudes qui vont de la débauche intellectuelle à la débauche corporelle. Demeure aussi le souvenir de son oncle diplomate qu’il va visiter à Kinshasa et dont la femme n’inspire aucun désir d’y demeurer.

 

Le récit se clôture avec l’arrivée en France de Ngouaka .

 

“La vie est un combat, et ne s’en sortent que ceux qui luttent sans s’arrêter”

 

Après de rudes démarches, Ngouaka arrive enfin en France et il est reçu par un cousin, Ngolo, qui lui avait donné la garantie qu’il serait toujours là pour lui. Malheureusement et, comme cela arrive souvent, quelques jours plus tard, il se rend compte que sa vie en France ne dépend que de lui et qu’il doit devoir vivre, se battre pour s’en sortir. Au début, le cousin le loge à l’hôtel parce que sa femme ne peut pas supporter qu’il prenne en charge d’autres personnes. Cependant, Ngouaka demeure conscient que cela ne pourra pas durer indéfiniment. C’est finalement au cours d’une longue méditation nocturne qu’il décide de se donner les moyens de prendre un nouveau départ.

 

Le récit est écrit à la première personne. La rencontre des personnages est mise en scène par le narrateur. La narration est certes subjective, mais réaliste.

 

Longue est ma route sonne comme un message de rédemption. La plupart des personnages du roman, y compris le narrateur lui-même, sont confrontés à des réalités difficiles comme le deuil, l’incompréhension et la solitude. Le narrateur parle du décès d’abord de sa mère, ensuite de son père. Il soulève aussi la précarité des étudiants congolais à Brazzaville. Quitter sa ville d’origine et débarquer dans la capitale économique pour y étudier, parfois sans aucun soutien. Il évoque aussi la question de la dégradation de l’éducation au Congo, ce qui finalement est à la base de l’immigration massive vers la France où l’on espère se réaliser.

 

Ce roman est une véritable ode à l’espérance que je vous recommande de lire.

 

Nathasha Pemba,

 

Références :

 Paterne Ngoulou, Longue est ma route, Paris, L’Harmattan, 2019, 20 euros

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