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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

C'est la quarantaine- Anthony Mouyoungui

26 Avril 2020, 10:34am

Publié par Anthony Mouyoungui

C’est la quarantaine.

Nous avons atteint cette barre symbolique. La quarantaine, terme à la mode depuis l’apparition du virus.

40 qui ramène à la somme de l’addition 20 +20 de cette année. 

Cela fait 40 jours que nous sommes en confinement, repliés sur nous-mêmes.

40 jours que je n’ai pas pris le train, ni le métro ni aller chez le coiffeur, j’ai laissé mon épouse me tondre les cheveux et je me suis occupé de la barbe. Ce n’était plus possible de les garder.

40 jours que je fais tout de chez moi, allant de la chambre à la salle de bain en passant par le salon, la cuisine et les toilettes.

Le quarantième jour tombe un samedi. Il fait beau et le thermomètre affiche 20°. Temps idéal pour aller dehors. Mais, j’ouvre juste ma fenêtre pour profiter du soleil. Quelques oiseaux chantent, des véhicules et des personnes, plus nombreux que d’habitude, circulent. Certaines personnes portent des masques et des gants, d’autres rien du tout.

40 jours que je n’ai pas mis un pantalon ni des chaussures. Je passe mes journées en short et t-shirt et des tongs (la gomme comme on dit chez moi). Quand, je sors je mets un jogging. Sur ce point, je ne suis pas le seul. Les amis avec qui je discute sur les réseaux sociaux sont également dans le même cas. Un m’a d’ailleurs dit qu’il a un jogging pour la maison et un autre pour aller chez le buraliste. Je me rends compte que l’habillement est lié juste à la vie sociale. Puisque nous ne sortons plus, il devient aléatoire. Je me demande comment font les femmes habituées à être bien habillées et bien maquillées. Mais, en observant mon épouse, j’ai eu une partie de la réponse. C’est service minimum [rires] sauf quand elle va travailler (deux fois par semaine depuis le début du confinement).

 

40 jours que je vois circuler sur le Net des informations en tout genre. Certaines plus fausses que vraies. Il ne se passe jamais un jour sans que je reçoive un audio et une vidéo parlant soit des vraies origines du virus soit du traitement. La tendance est plutôt pour le complot. Un complot ourdi par je ne sais qui et visant à réduire la population du monde. Toutes ces informations au lieu de rassurer ne font qu’alimenter la peur et la psychose. J’avais pris la résolution de ne plus faire attention.

Pendant ces 40 jours de confinement, les fake news, la peur et la psychose ne sont pas les seuls dangers auxquels nous sommes confrontés. Il y a un danger, plus sournois, qui nous guette : l’ennui. La monotonie et le désœuvrement peuvent avoir des conséquences graves. Les jours se suivent et se ressemblent. Ils paraissent plus longs que d’habitude; on n’arrive même plus à faire la différence entre un jour ordinaire et le week-end. Le calendrier ne me sert que pour compter les jours du confinement. J’ai aussi le regard tourné vers le 11 mai. Pas uniquement pour célébrer le roi du reggae.

 

J’essaie de me montrer très créatif, mais j’avoue qu’il y a des jours où je n’ai envie de rien faire. Rester là à regarder sans vraiment voir les heures s’écouler lentement. Le réveil est souvent autour de midi et le coucher à 2 h ou 3 h du matin du lendemain. Entre temps, je m’occupe comme je peux (je me suis même remis au sport [rires]). Animer des émissions sur Ziana TV me permet d’agrémenter mon confinement. Rendre hommage à Tchicaya U Tam’Si, le jour des 32 ans de sa disparition, a été sans nul doute le meilleur moment de ces dix derniers jours. Je ne suis jamais aussi heureux que quand je fais ce qui me passionne. M’occuper, peu importe ce que je fais, est mon arme contre l’ennui. Je n’ai pas envie de déprimer et de finir dans l’unité psychiatrique d’un hôpital. J’ai vu un reportage sur le sujet dans le dernier numéro de «Complément d’enquête» sur France 2 et cela m’a laissé un goût amer. Mais, à la différence de certaines personnes interviewées dans le reportage, je ne suis pas seul et angoissé. J’ai une famille et je profite au maximum d’elle. Je passe du temps avec elle, je regarde même les programmes télé que je ne supportais pas habituellement. Juste pour être avec mes proches. Je passe aussi beaucoup de minutes en communication vidéo avec les membres de la famille qui sont loin.

 

Mais, au bout de 40 jours, je sens une certaine lassitude et je remarque autour de moi que je ne suis pas le seul. Les gens sont fatigués et moins vigilants. De ma fenêtre, je vois le nombre des gens qui passent dans la rue augmenter. J’ai l’impression que certains Franciliens ont anticipé leur déconfinement. Beaucoup de parents avec des enfants profitent du beau temps qu’il fait sur l’Île-de-France. Je regarde tout cela avec circonspection, je ne pense pas que cela soit une bonne idée. Cette insouciance face au virus m’étonne. Certains voient cette maladie de loin, pas encore confrontés personnellement comme d’autres. Il y a deux jours, une de mes voisines est décédée après plusieurs jours dans le coma. Emportée par le virus.

 

En ce quarantième jour, qui n’est pas la fin de la quarantaine, je regarde le calendrier et je compte les jours qui nous séparent du 11 mai. Plus les jours passent, plus le déconfinement à cette date se précise à cette date. J’étais pourtant sceptique à l’annonce. L’espoir d’un possible déconfinement est accompagné d’inquiétudes liées à celui-ci. Quelles sont les modalités pratiques? Faut-il sortir le même jour ou attendre? Ce sont autant des questions que je me pose.

 

Si l’avenir immédiat est certain avec son lot de questions sans réponses, le passé paraît, en revanche, très loin. Qu’ils sont loin les bruits d’avions, les cris des enfants dans les écoles voisines, les trains bandés, les longues heures d’attente sur les quais, l’obscurité d’une salle de cinéma ou de tout autre spectacle, les causeries sur les terrasses, les journées de travail à Aulnay-Sous-Bois avec l’équipe de Ziana TV. Tout cela me semble très loin. Pourtant, il ne s’est écoulé que 40 jours. Un mois et dix jours. Il faut remonter en début d’année pour se rappeler des instants de pur bonheur et d’insouciance. L’année de tous les espoirs qui correspondait à la note parfaite 20/20, qui nous présageait de bonnes choses et la réalisation de beaucoup de projets. Mais, c’était avant que le Covid-19 ne rentre en scène et renvoie tout le monde chez lui.

 

Le compte à rebours est lancé, plus que seize jours à tenir. Restons vigilants, cet ennemi invisible qui a emporté des milliers d’êtres humains est encore là. Et sera sûrement encore là après le déconfinement.

 

Anthony Mouyoungui

 

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