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Le Sanctuaire de la Culture

Anthony Mouyoungui : Aimons-nous...

11 Avril 2020, 20:14pm

Publié par Anthony Mouyoungui

Et de vingt !!!

 

Vingt comme le nombre de jours passés en confinement. Vingt comme le chiffre doublé dans cette année que j’espérais exceptionnelle. Avec l’Euro de football, la Copa America et les Jeux olympiques de Tokyo, 2020 ne devait être qu’une bonne année pour un passionné de sport. Puis, le Covid-19 est arrivé. Ce n’est plus dans les stades que le combat se déroule, mais dans la vie de tous les jours. Les gestes les plus anodins sont devenus à risque. L’humanité fait face à un adversaire coriace. Un adversaire qui pousse au confinement un peu plus de 2 milliards d’humains.

 

Dix jours se sont écoulés depuis ma dernière publication. Que s’est-il passé ? Le monde est toujours au ralenti et le nombre des victimes ne fait qu’augmenter. Le désarroi aussi. Les infos et les vidéos de toutes sortes pullulent sur le net. J'en reçois des quantités et j'ai pris la résolution de ne plus faire attention. J'estime que ces documents ne font que renforcer le sentiment d'incertitude quant au futur. C’est le chacun pour soi entre les nations. Il ne se passe pas un jour sans qu’on apprenne qu’une cargaison de masques destinées à un pays détourné par un autre. Les alliances politiques et économiques sont mises à mal. Le Covid-19 est en train de redessiner la carte géopolitique du monde et il ne sera plus le même après cette pandémie. Le Congo aussi est en confinement avec un couvre-feu pour 20 jours alors que le président avait initialement annoncé 30 jours. Un oubli constitutionnel qui illustre la communication cacophonie de l’administration congolaise. Je pense au pays et je me fais du souci pour mes compatriotes parmi lesquels des personnes que j’aime. Non seulement le pays n’est pas armé pour faire face à cet adversaire (une majorité de citoyens dépendent du secteur informel, délestage d'électricité, coupures d'eau et hôpitaux sous-équipés), ils s’y prennent très mal. Aucune stratégie, tant dans la prise en charge que dans la communication et la sensibilisation. Je regarde tout ça de loin et mon cœur saigne.

 

Je m’habitue au confinent (je suis un peu casanier à vrai dire) et, outre, la lecture, la télé, les films, les séries ou internet, je me suis remis au puzzle. Et oui ! Un petit retour vers les plaisirs simples et ça fait du bien. À vrai dire, je n’ai pas encore fini de reconstituer la photo du voilier ‘’Sea Cloud’’. Ce n’est qu’une affaire de temps. Je suis confiant.

 

Vingt jours que je ne me suis pas rasé ni coiffé. Quand je me regarde dans le miroir, je découvre un visage mangé par la barbe et une touffe de cheveux. Ça me fait tout bizarre, j’ai l’air d’un maquisard (rires). Je m’en suis rendu compte en revoyant la vidéo de mon interview avec Philippe N. Ngala, l’auteur de ‘’La ronde des ombres’’. C’était la seconde interview réalisée via l’application zoom depuis que le confinement a commencé. La première était un hommage à Aurlus Mabélé et Manu Dibango, victimes du coronavirus, avec Ballou Canta, Mav Cacharel et Guy Fabrice Tshiela. Ce dimanche, vingtième jour du confinement, le temps nous a nargués. Il a fait très beau. Un temps très printanier qui, en temps normal, aurait poussé des gens à l’extérieur de leur domicile. Et malgré le confinement, nombreux ont pris le risque surtout à Paris. J’ai vu les images à la télé et j’avoue que, je suis choqué de voir autant d’insouciance et d’irresponsabilité. Courir le risque d’être contaminé juste pour pouvoir profiter du beau temps me dépasse. Je ne comprends rien ! C’est ça l’Occident, paraît-il !!! Je suis sorti faire quelques pas dans la rue. Comme je pouvais m’en douter, il n’y avait pas beaucoup de gens et mes pas m’ont conduit vers l’épicerie de mon quartier. Habituellement, la place est le théâtre des jeux d’enfants ; ils crient et courent partout. Mais, aujourd’hui, la place est déserte, à peine deux ou trois adultes. Une fois ma course effectuée, j’ai passé mon après-midi à discuter avec ma sœur, mes frères et mon oncle. Nous avons parlé de tout et de rien, du présent et du passé. Nous avons ri de ses anecdotes du passé, nous avons évoqué ceux qui ne sont plus là. Cet instant m’a fait penser aux moments passés ensemble quand nous habitions tous la même maison. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous sommes dispersés et la magie de la technologie nous permet de communiquer et de garder le lien. Ce fut un moment intense et je crois que l’un des avantages de cette situation est de nous rappeler ce que nous avons de vraiment essentiel, ce qui compte vraiment dans nos vies. L’absence de stress et de rendez-vous professionnel, nous oblige à regarder différemment notre entourage, les membres de notre famille.

 

Nous nous sentons incapables, incapables d’agir, car l’instinct de survie prime, sur notre humanisme. Finalement, on fait l’effort d’être serein malgré nos fragilités, car nos entourages familiaux et amicaux, ont aussi besoin de nous voir sereins, dans le fond, nous sommes inquiets du devenir du monde, et de l’après…. Éphémère est la vie, on le savait, mais on ne le voyait pas aussi prêt.

 

Aimons-nous…

 

Anthony Mouyoungui 

 

 

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