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Le Sanctuaire de la Culture

Dix jours déjà ! Par Anthony Mouyoungui

28 Mars 2020, 14:42pm

Publié par Anthony Mouyoungui

Dix jours déjà!!!

Dix jours que je suis confiné dans mon appartement.

Dix jours que je regarde le monde à travers ma fenêtre et les écrans de mon téléphone, de ma tablette et de mon téléviseur.

 

En dix jours, j'ai vu et entendu toutes sortes de choses sur ce virus qui a mis l'arrêt le monde entier. Pourtant la terre, elle, continue à tourner. Les heures à passer et les jours aussi.

 

J'ai remarqué que la majorité de l'humanité a passé avec brio ses diplômes en infectiologie, en épidémiologie ou en virologie. Tout d'un coup, tout le monde est devenu spécialiste et donne son point de vue. Ces différents messages ne font qu'augmenter la peur et la psychose. J'ai décidé de ne plus trop y faire attention.

 

Bizarrement, le Coronavirus est venu avec les beau temps. Ce qui rend encore plus insupportable ce confinement. De ma fenêtre, je vois le soleil luire, le beau ciel bleu et les fleurs magnifiques de printemps. J'entends les chants des oiseaux qui ne doivent pas bien savoir ce qui se passe chez les humains. Quelques-uns circulent comme cette jeune femme qui tire son chariot. Elle doit aller faire ses courses. Je m'imagine marchant dans un parc ou dans les rues de Paris. Il y aurait eu foule et les belles parisiennes allaient rendre poètes tous les hommes.

 

Dix jours que je n'ai pas mis pieds dans la rue. Même pas pour aller vérifier mon courrier. A quoi ça sert tout ça. Je me rends compte que dans une telle situation, certaines choses qui faisaient notre quotidien ne sont que dérisoires. Je vérifiais ma boîte à lettres presque tous les jours, j'attendais des livres. Ce n'est plus le cas. Je n'attends rien. A part la fin du confinement.

 

En dix jours, je me suis réinventé: entre le temps passé en famille pour discuter de tout et de rien, j'ai lu "La Ronde des ombres" de Philippe N. Ngalla et je m'attaque à "Heurs et malheurs de deux africains à Paris" de Noël Kodia-Ramata. Les deux derniers livres reçus. J'espère réaliser des interviews par vidéo.

Je ne me suis pas contenté de lire, j'ai aussi regardé des séries (j'en raffole): "Hunters", "Self Made" "The English Game" ou "Luther" (un ami en a parlé en bien). Pour passer le temps, j'ai même revu des vieux matchs de football (l'épopée du Nigeria aux J.O d'Atlanta et celle des Bleus en Allemagne). C'est vous dire que tout est mis à profit pour ne pas tomber dans l'ennui et surtout céder à la panique. La cloche de l'église est là pour me rappeler que je ne suis pas seul, d’autres humains sont là. L’internet me permet d’interagir avec certains. Ce n'est pas encore l'univers post apocalyptique des films.

 

C’est dans ce contexte particulier que j’ai appris les disparitions de deux dignes fils d’Afrique, le congolais Aurlus Mabélé et le camerounais Manu Dibango, emportés en l’espace de quelques jours par cet impitoyable virus : le 19 mars pour le roi du soukouss à 67 ans et le 24 mars pour le roi du makossa à 86 ans. Deux pertes immenses pour la musique africaine. Du premier, je garde en mémoire ses danses endiablées et ses titres ‘’Femme ivoirienne’’. Je ne sais pas pourquoi mais il m’est revenu tout naturellement. Peut-être parce que je l’ai entendu des milliers de fois sur les antennes de Télé Congo pendant mon adolescence. Du second, je pense tout naturellement à ‘’Un soir au village’’ et ‘’Soul makossa’’ qui rappelle au congolais que je suis la victoire des Diables Rouges lors de la 8e édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football au Cameroun. Mais, Aurlus et Manu ne peuvent être résumés à ces titres tellement ils ont apporté à la musique africaine. Bon voyages les artistes et merci pour tout !!!

Le virus fait des ravages mais il n'a pas encore vaincu l'humanité entière. L'espoir est encore là. Voilà pourquoi la polémique autour du traitement du savant marseillais ne semblait vaine. L'humanité n'était plus à se quereller pour savoir qui la sauver mais comment la sauver. Le fait que le gouvernement français ait revu son attitude montre qu'il a encore son bon sens. Espérons simplement que ce traitement guérisse tous les malades.

 

C'est en tout cas ce que je me dis assis sur ce banc devant ma résidence. C'est la première fois en dix jours que je m'aventure dans la rue. Une rue si inhabituellement calme. En temps normal, un vendredi en fin d'après-midi, la rue est pleine de voitures des parents qui viennent chercher leurs enfants à la sortie des écoles. Dans mon secteur, il y en a deux. Imaginez l'embouteillage.

 

Aujourd'hui, rien de tout ça. La rue semble tout d'un coup immense à ce jeune homme qui fait son jogging et à cette dame qui promène son chien.

 

Derrière mon banc en brique, le parc est silencieux, orphelin des cris de joie des enfants. Je regarde mon téléphone et je me rends compte que ça plusieurs minutes que je suis assis là. Je dois bouger sinon je pourrais me faire contrôler par les gendarmes. Bien sûr que j’aie ma fiche bien remplie, bien sûr que je suis devant ma résidence. Mais, on a plus le droit de traîner dans la rue comme bon nous semble. J'ai la sensation d'être dans une grande prison à ciel ouvert dans lequel j'ai le droit de tout faire tout en respectant les consignes. Ce n'est pas Sona (seuls les initiés comprendront, rires) donc je ne me plains pas. C'est pour mon bien et pour tout le monde.

 

Depuis dix jours que je tiens le coup et j'espère être là également dans dix jours même si les nouvelles ne sont pas très bonnes. Aujourd'hui, à la télé, ils ont dit que "la situation va être difficile dans les prochains jours". Et le confinement est prolongé jusqu'au 15 avril prochain. Notre demande de mise en liberté a donc échouée (rires).

 

Anthony Mouyoungui

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