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Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Le View-Master de Louis-Philippe Hébert

14 Octobre 2019, 05:43am

Publié par Nathasha Pemba

Louis-Philippe Hébert est un écrivain québécois qu’on ne présente plus. Auteur de plus de trente livres et récipiendaire de plusieurs prix du Québec et du Canada, Louis-Philippe Hébert est une mémoire vivante dont l’écriture fait parler d’elle-même. Le View-Master est son tout dernier livre publié aux Éditions de La Grenouillère.

 

Dans ce long poème narratif, l'auteur pose un regard sur la société d’hier mais aussi de la société d’aujourd’hui.

 

Le View-Master est le produit d’une expérience et d’une observation de la société des années 60.  C’est un imaginaire qui trouve son ancrage dans la réalité et s’inscrit dans l’actualité. En font partie les questions de folie, de vieillissement, de jugement, de la mort, du genre, de l’amour…

 

La vie est l’élément central de cette œuvre, la vie dans ses diverses manifestations. En vue de matérialiser cette œuvre dans ses diverses épiphanies, l’auteur s’est appuyé d’un personnage : Maxime parent.

 

Comme une légende, l’histoire se laisse dérouler et  tente de convaincre les lecteurs que dans la vie, dans la société d’hier et d’aujourd’hui, il y  a des choses qui n’ont pas tellement changé même si on note une certaine évolution dans la manière de poser le regard sur autrui ou encore sur la manière de vivre notre liberté dans les relations avec autrui.

 

Entre souvenir et hommage à tous ceux qui portent les mêmes noms, à Louis Philippe Hébert le sculpteur l’homonyme de l’auteur, l’auteur soulève des questions pertinentes qui ramènent au vivre ensemble dans toutes ses dimensions.

 

En effet oui, Le View-Master est le roman de l’humanité. Il y a au cœur de l’intrigue, une femme, Maxime Parent, qui vit le souvenir de sa jeunesse. Jeune, jolie et pleine de vie à l’époque de sa jeunesse, elle vit son temps avec ses contemporains. Malheureusement, souvent dans certaines histoires, on cherche un bouc émissaire, celui ou celle sur qui il faut faire reposer la faute. Ici c’est Maxime parent qui est désignée. On veut lui faire payer pour une faute qu’elle dit ne pas avoir commis. À travers son monologue, elle soulève plusieurs thématiques. La tolérance, l’écoute et l’amour sont celles qui ont le plus retenu mon attention.

 

Maxime Parent veut être écoutée. Et les deux policiers devront l'écouter pour connaître la vraie histoire de l'histoire.

 

À certains endroits, il m’a semblé me trouver en face de la femme adultère de l’évangile de saint Jean qui a failli être lapidé par les aînés, les anciens, les voisins qui avaient eux-mêmes certainement aussi une expérience sur la question de l’adultère. Et cette parole de Jésus de Nazareth : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Ce qui est intéressant dans la suite de cette histoire de l’évangile, c’est que tout le monde va se retourner, en commençant par les plus anciens.

 

C’est cette dimension qui m’a paru intéressant car Maxime Parent qui se sent rejetée, critiquée et même humiliée, est une femme ; la femme d’une génération et d’une culture différente de celle de la femme adultère. Elle a le droit de parler, de demander qu’on l’écoute, de répondre à cette accusation. Maxime se sent indexée accusée. Elle veut être écoutée, elle veut se justifier sur cette accusation portée sur elle. Parfois elle préfère le mystère du silence, mais elle pense qu’elle a quand le droit de se défendre. Elle veut un autre regard, un autre traitement.

 

Dans ma lecture, je me suis un peu perdue entre la folie et la vieillesse. Il m’a semblé que l’auteur souligne une question sur le traitement dans les asiles. Il m’a semblé à la fois reconnaître un asile de fous et une résidence de personnes âgées. Maxime a-t-elle perdu la raison ? Ou bien est-elle dans le vieillissement profond ?

 

Tenant compte de mon regard j’ai choisi de parler du vieillissement. On pourrait parler de l’éloge de la vieillesse si on veut être positive, mais il apparaît clairement que pour l’héroïne du roman, il y a un malaise, un malaise dans le traitement des personnes en résidences, qu’elles soient des personnes âgées ou des personnes dépourvue temporairement de leur raison aujourd’hui, que ce soit dans leur ordinaire familiale ou dans les résidences. Elle dénonce le comportement de certains préposés s’occupant de personnes seules. : leur manque d’empathie, leur intérêt pour l’argent seul.

Mais alors : devrait-on poser un regard marginal sur les personnes en asile ou en résidence ? Il semble que ce soit non pour la narratrice dont le raisonnement semble tout aussi  clair et ferme. Sauver l’humain en chaque homme et sauvegarder la différence de chacun. Mais pourquoi sauver et sauvegarder ? Et que sauve-t-on et que sauvegarde-t-on ? Sauver l’humanité, d’abord, parce que c’est l’essentiel c’est le cœur. En ce sens, l’œuvre de Louis-Philipe Hébert transcende non seulement l’espace, mais aussi le temps. On ne peut pas dire qu’il a écrit ce roman poème exclusivement pour une période donnée ou pour une catégorie de personnes. L’auteur s’adresse à l’humain au sujet de l’humaine condition.

 

Le problème de la maltraitance des personnes âgées que la narratrice soulève paraît, à mon sens, comme l’un problème que pointe l’auteur : On reconnaît une société à la manière dont elle traite ses aînés, pourrait-on conclure. Telle est la véritable question au niveau sociétal. Au niveau individuel, c’est la question même de l’humanité et de l’amour du travail.

 

 Pourquoi choisit-on d’exercer un emploi qu’on n’aime pas ?

 

Madame chose on ne rajeunit pas

On l’entend souvent celle-là

Chez les gens qui viennent ici

Même s’ils ne pensent jamais à eux autres quand ils disent ça

Parce que c’est  toujours les autres qui sont vieux 

 

Il y a aussi la question du genre. L’idée d’une famille dont les parents s’appellent tous les deux Maxime de même que l’enfant qu’ils mettront au monde rappelle que le prénom peut être asexué et intergénérationnel. Maxime, catégorisé comme un prénom pour hommes… suscite des questionnements dans le livre et dans le milieu de l’héroïne.

 

Je suis Maxime Parent

Drôle de nom pour une fille !

Et toi donc drôle de nom

Pour un garçon mon gars ! 

 

Ce roman est aussi une histoire d’amour entre Maxime et Maxime. De cet amour naîtra Maxime. Une histoire normale qui suit tous les codes de l’amour en partant de l’attrait à l’acte. Un amour très fort.

 

On retrouve aussi la thématique de la mort… La mort, c’est comme l’amour, c’est comme la vieillesse… Tous sont des passages obligés.

 

On meurt si facilement

de nos jours

en prenant son bain

ou en glissant sur le trottoir

ou en se séchant les chevaux

il vaut mieux faire attention

la vie c’est si dangereux

mais on se dit qu’on serait mieux mort des fois 

Alors, Le View-Master prend d’autres significations. L’amour, pour Maxime Parent, est quelque chose de fondamental. Ce qui reste, un peu comme la culture, lorsqu’on a tout oublié. L’amour c’est désormais le lieu, l’existence, le souvenir, la mémoire, la vie, la liberté, l’humanité. La narratrice narre son quotidien en réfléchissant sur l’autre. Si le monde pointe le doigt sur elle, Maxime Parent démontre qu’elle n’est pas une déracinée, une criminelle. Elle montre que l’émotion est le lieu de la vie car c’est elle qui est au fondement de la relation. Elle peut prendre plusieurs couleurs, complexes, radicales et ouvrir à une quête de l’existence profonde sur soi, sur les autres et sur la société. L’amour, l’enfance des lieux parfois d’où nous devenons des exilés.

 

Le View-Master de Louis-Philippe Hébert est une école de la vie qui n’impose pas le passé, mais qui invite à regarder l’avenir. La force, à mon sens, de ce roman-poème, c’est qu’elle intègre à la fois l’individualité et l’altérité.

Je recommande la lecture de ce roman-poème.

 

Nathasha Pemba

 

 

 

 

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