Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Nathasha Pemba- Le Sanctuaire de la Culture

Immatériel de Dieudonné Niangouna

9 Décembre 2018, 03:07am

Publié par Juvénale Obili

 

« Immatériel » est une pièce de théâtre parue aux Éditions Cana en juin 2016. Son auteur est le créateur du Festival International de Théâtre de Brazzaville Mantsina sur scène. Dieudonné Niangouna, fils du Congo, a été fait chevalier des Arts et des Lettres de la République Française en 2015.

 

Dans cette pièce, Dieudonné Niangouna invite son lecteur à visiter son imaginaire. Il est en train de bâtir une histoire et son lectorat l'assiste dans son cerveau. Même si d'un moment à l’autre, il revient dans le réel sans trop savoir ce qu'il a déjà retenu comme histoire à écrire. L'œuvre en elle-même n'est que simple imagination où l'auteur se donne l'exercice de concevoir le matériel et donc sa pièce de théâtre. La mise en scène est jusqu'à lors insaisissable et immatérielle. En effet, il est en lui-même l'imaginaire, l'acteur, le metteur en scène et le public dans l'œuvre.

 

En parcourant l'ouvrage, le lecteur entre donc dans le cerveau de Dido, soit le surnom de Dieudonné Niangouna, où il s'adonne à son travail d'artiste dans lequel il veut confectionner une œuvre matérielle. Mais, il s'avère que cela reste immatériel jusqu'à la fin. Pourtant, tout au long de la lecture, le lecteur est témoin de tout ce que raconte une troupe d'acteurs qui constituent l'ensemble des protagonistes de la pièce. Sylvain, Armelle, Doris, Hermione, Becky, venus de l'imaginaire, dans le but de créer une histoire en partant des éléments puisés dans une, deux, trois autres histoires commentées et soumis à un tout nouveau exercice de ''performance théâtrale'' inspirée du bouquin de Joseph Danan « Entre Théâtre et Performance : la question du texte ». On peut croire que la création de l'auteur part de cette idée embrouillée, artistique et audacieuse. Dido, assis dans son bureau se sert des œuvres immatérielles d'autres auteurs pour s'inspirer dans la narration de sa pièce qui jusque-là se passe dans sa tête, où se trouve Dieudo, sa muse et son interlocuteur.

 

Par ailleurs, cette pièce livre une thématique tant soit peu surréaliste. Elle aborde des questions sur  la violence faite aux femmes naïves, le narcissisme aigu exprimé par les hommes pervers, le racisme et toute la désolation que fabriquent les sociétés, suivi de l'esprit cynique affecté à l'être humain.

 

En réalité, l’œuvre est un bouillon de l'environnement social qui s'est servi des faits sociaux quels qu'ils soient comme condiments afin d’exposer la consistance de la bêtise au milieu des sociétés où la politique polititicienne constitue un poison chronique.

 

À la page 31, par exemple, l'auteur écrit suit :

 

  « La science moderne n'a rien avili de cette Afrique mystique du début à la fin. On a juste changé les interprétations des choses. Mais les choses ne se sont pas déplacées. Nous avons déplacé notre regard. Nous avons regardé ailleurs. Le tableau des ancêtres est resté intact. Les choses sont bien à leur place. Sauf que ça n'intéresse aucun enfant. Aucun jeune ne pense s'y frotter. Aucun parent ne veut enterrer son fils dans un passé dont il a honte parce que le civilisateur lui aurait fait croire que sa science est une espèce animale dépassée depuis peu. Sauf que le civilisateur est resté un être avancé sans avancement dans sa vie : sa science a les bras liés autour du cou et les fesses à l'air. »

 

La couverture de cet ouvrage montre un homme qui semble être à la recherche de quelque chose qui lui est vital. Chercherait-il une source d'eau ? Est-il plutôt à la quête d'un idéal ? Que cherche t-il ? Lorsqu'une personne réalise une course dans le temps et dans l'espace en mettant en jeu toute son énergie et son effort physique, c'est qu'il va à la recherche ou à la capture du réel, du matériel... sans quoi, il se serait perdu.

Au-delà de tout, quel serait le but principal ou encore le message dont l'auteur a voulu faire véhiculer à travers cette pièce de théâtre immatérielle ?

 

« Rendre au Théâtre son territoire de langage déserté par l'imaginaire et trop nourri par un B.A BA de faux réalisme quotidien. Dire que le Théâtre est ivresse des matières. Il est choc et éclaboussement des mondes. Faire en sorte que le je de l'auteur disparu dans le soupçon des personnages soit le fil brisé de la dramaturgie. Par association d'idées, par invention de la mémoire, par provocation de sens. Voilà en quelques pauvres lignes ce qui m'a emmené à écrire IMMATÉRIEL ». Dixit, Dieudonné Niangouna.

 

Dans l'épilogue de la pièce, Monsieur Niangouna est tenté de faire naître une pensée pointilleuse, pour ne point mentionner une philosophie qui serait, à mon sens, sans forme au travers de ce qu'il appelle par l'homme du petit h et la femme de la petite f. Tous deux influencés par l'Homme, puissant, intelligent et manipulateur. Lui, être supérieur qui maîtrise toute la géographie du monde et croit en donner une partie à qui veut en posséder. D'où naquit l'autorité, les conflits armés et la célèbre théorie du dominant-dominé... Le désordre social tient donc ses origines de quelque part...

 

                 Juvénale Obili

Références:

Dieudonné Niangouna, Immatériel, Paris, Éditions Cana, 2016.

Prix : 12 Euros.

Commenter cet article