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Le Sanctuaire de la Culture

Café Sarajevo de Josip Novakovich

25 Septembre 2020, 06:47am

Publié par Nathasha Pemba

C’est une merveille littéraire que viennent de me faire découvrir les Éditions Hashtag, à travers Café Sarajevo. Josip Novakovich est un écrivain canadien, d’origine croate qui a, à son actif, plusieurs publications. Après avoir lu ce recueil, je reste convaincue que le mouvement de la traduction de ses œuvres majeures en français amorcé il y a quelques années déjà poursuivra son chemin.

 

Les récits qui encadrent Café Sarajevo sont des récits de l’exil, de questionnement, d’hésitation, d’amitié, de retrouvailles. Je me résume en disant que ce sont des récits de la rencontre, parce que toute transcendance de soi est toujours à la faveur d’une rencontre, de tout type de rencontre. Et dans le recueil, il s’agit précisément de cela.

 

Dans la nouvelle qui donne au recueil son titre, la question de l’altérité au cœur de la rencontre occupe une place essentielle. Il y a, par exemple, la rencontre avec Sobaka, le chat, qui épouse toutes les couleurs d’une rencontre fraternelle. Les personnages de différentes nouvelles sont des gens qui considèrent les autres, des gens qui pensent que la vie n’est possible qu’avec les autres, des gens faits de désirs et de certitudes.

L’histoire autour du Café Sarajevo qui a fermé ses portes est à la mesure du contexte actuel où la pandémie oblige certains propriétaires de Cafés à fermer; fermer, parce que ces lieux ont perdu leurs vocations premières : la rencontre. Un Café est d’abord un lieu de rencontre et si la pandémie oblige à la société une certaine forme d’isolement, le Café comme lieu de vivre-ensemble n’a vraiment plus sa raison d’être. Toutefois, la spécificité même de ce Café qui a fermé ses portes, c’est d’avoir été un lieu de ressourcements… un lieu de réenracinement, un lieu de prise en charge des souches diverses. C’est tout le regret, il me semble, du narrateur de cette nouvelle. Il déplore, par ailleurs, une tendance commune aux différentes Amériques côtoyées : tuer l’ancien pour laisser place au nouveau. Il évoque le souvenir de ce Café qui l’avait influencé dans le choix de son logement. Il parle d’une boulangerie appelée Balkan et d’un autre Café, Adria. Un Café qui lui rappelle ses origines. Il évoque sa rencontre avec les propriétaires de ce Café, leurs origines. Des origines qui le ramènent à sa propre histoire, l’histoire des origines ethniques de l’ex-Yougoslavie. Le narrateur se remémore la présence des membres de sa communauté dans la ville de Montréal. Il évoque le communisme… l’histoire, comme pour signifier que le déracinement n’est pas pour l’humain. Personne n’oublie jamais d’où elle vient, peu importe la force des politiques d’intégration, de son pays d’accueil.

 

L’évocation des origines par le narrateur porte une dimension intime très essentielle, car même s’il soulève certains revers, il ne tombe jamais dans le pathos de l’immigrant aigri, alors que Branko, ancien chanteur d’Opéra à Sarajevo, qu’il rencontre à plusieurs reprises peut lui en donner l’occasion. La discussion qu’ils entament est intéressante, car tous les deux cherchent à se partager leurs origines, même s’ils sont conscients qu’ils sont tous deux originaires de l’Europe de l’Est.

 Chez Branko, l’exil est vécu comme une cassure, une mort, une blessure. Il évoque le souvenir de la guerre qui l’a emprisonné (dans tous les sens de l’expression). Il n’a pas complètement fait son deuil, parce que même s’il est heureux de se retrouver sur une terre dite de liberté et de paix, il pleure encore ses origines malgré leurs imperfections. Il lui reste encore quelques bribes de son ancienne vie :

 

(…) Je ne peux rester tranquille pendant longtemps, j’ai été enfermé si longtemps pendant le siège à Sarajevo que maintenant je dois déambuler partout. J’ai peur d’être pris au piège.

 

Malgré la trahison de ses origines, qui lui ont fait endurer une guerre qui l’a rendu fou, il n’oublie pas qu’une partie, voire l’essentiel de sa vie s’y trouve. Obligé de se soumettre aux jugements et aux verdicts des personnes de sa terre d’accueil, il pense néanmoins que ce qu’il vit ou a vécu est injuste :

 

Je suis arrivé ici comme exilé et invalide de guerre. Le trouble de stress post-traumatique, qu’on l’appelle ici. À mon avis, c’est pas une question de trouble. Quand on vit ce que j’ai vécu, on devient fou, pas troublé. Cinquante grenades sont tombés dans mon appartement, à différentes occasions, ce qui m’a fait passer des semaines au sous-sol, dans le noir.

 

Café Sarajevo souligne le caractère à la fois éphémère et nécessaire de la vie, les difficultés et les cicatrices de guerre, des lieux communs pour tous les humains. On vit parfois dans un conditionnement libre alors qu’au fond, on reste emprisonné comme l’est Branko qui, tout en vivant un drame personnel, reste ancré dans une origine et tente, malgré tout de quêter sa liberté tout en étant soumis à la condition humaine.

Ce regard sur les origines et les souvenirs de l’exil me paraît nécessaire pour comprendre le recueil de nouvelles de Josip Novakovich. On ne peut pas le comprendre hors du contexte de l’exil toujours en tension entre le lieu des origines et la terre d’accueil, parfois marqués par l’idée de retour. C’est l’existence de tous les personnages du recueil, même lorsque ces personnages sont des animaux : trouvailles, retour, retrouvailles.

 

Dans la nouvelle intitulée «Un chat appelé Sobaka», le narrateur évoque les réalités russes de la gestion de l’animal, le chat notamment. Un chat abandonné dans la rue est recueilli par Éva et son père qui réfléchissent sérieusement sur la possibilité de lui donner un toit, de lui donner une identité, une existence. Cependant, à travers toute l’histoire de la misère de ce chat, il y a l’histoire de la misère de certains chats en Russie. D’un point de vue symbolique, ces chats peuvent aussi représenter des humains, des humains que l’on rejette parce qu’ils sont étrangers, différents ou parce qu’ils constituent des charges supplémentaires pour la nation.

 

Ce que je trouve fascinant dans ce recueil, bien au-delà du style que j’apprécie hautement, c’est que Josip Novakovich veut traduire la réalité humaine telle qu’elle se vit un peu partout dans le monde, notamment en contexte d’exil. Il décrit la rencontre, le souvenir, les aises de la vie, mais tente de maintenir le côté esthétique et éthique de la rencontre. Il nous présente parfois un individu libre, parfois un individu craintif ou encore une famille normale où tout n’est pas toujours idyllique. C’est ce qu’il peint merveilleusement comme dans la nouvelle «Barre transversale» qui est l’une de mes nouvelles préférées. Josip y brille de son art. Il décrit cet épisode sportif avec la passion d’un féru de football. Il décrit la hargne et l’excitation parfois malsaine des fans lorsque leur équipe est vaincue. Il décrit aussi l’insécurité des stades. Cette nouvelle est aussi le tableau de la représentation du spectateur sportif lorsqu’il est assis dans les gradins : Joie, manque de jugement, suivisme maladif et folie.

Les vies des personnages qui parcourent ces nouvelles — vie simple, vie rude, vie fougueuse, vie fraternelle — incarnent l’étrangeté même.

 

D’une certaine manière, tous les humains sont des exilés. La simplicité des attitudes, parfois banales, retrouve sous la plume de Josip une vie, une histoire, un lieu, une densité, une aspiration. Les personnages sont en mouvement.

 

J’ai relu plusieurs fois la nouvelle : Réservation d’avance. Elle est, de mon point de vue, celle qui obéit le plus fidèlement aux règles de la nouvelle. Elle est traversée par une chute pérenne, présente, mais curieusement évanescente, car au moment où l’on veut la saisir, elle s’éclipse. En lisant cette nouvelle, j’ai songé à Tom Barbash. La force mêlée à la simplicité des nouvelles ne pouvait pas me conduire ailleurs. Il en est de même pour la dérision, l’exigence délicate et innée, la présence de l’humour discret, l’émotion, l’espoir. Ces propriétés m’ont fait songer à Kafka. Pourtant, il s’agit de Josip Novakovich avec son style et son authenticité, qui évoque les durs moments de la guerre et les habitus de la vie en prenant soin d’éluder les artifices de l’histoire comme représentation.

 

En somme, je dirais qu’en lissant Novakovitch, le sourire est présent et l’interrogation est immanente. S’il est vrai que son œuvre est une fiction, le regard de Novakovitch est celui d’un sociologue qui ne change rien du cours de l’histoire ni de celle de la réalité de la vie, mais qui invite à un questionnement, à un engagement. Saint Augustin a écrit que pour trouver Dieu, il faut l’avoir perdu, et c’est au-dedans de soi qu’on le trouve. Peut-on dire la même chose pour l’exilé?

 

Je remercie sincèrement les éditions Hashtag de m’avoir permis de découvrir ce grand auteur. Je recommande la lecture de ce recueil. Il est essentiel.

 

Nathasha Pemba

 

Josip Novakovitch, Café Sarajevo, Montréal, Éditions Hashtag, 2020, 25 $.

 

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Ce que le chien a vu à Nzeng Ayong

15 Septembre 2020, 11:24am

Publié par Nathasha Pemba

L’initiative d’écrire un ouvrage collectif entre écrivains gabonais est déjà en soi, un acte louable. J’ai toujours remarqué qu’au sein des écrivains gabonais, il y a comme une conscience de la relève qui conduit les aînés dans l’écriture à soutenir les plus jeunes et à les encourager à publier leurs textes. Cette attitude  rappelle ce qu’exprimait et encourageait déjà, il y a plus de quarante ans, l’écrivain congolais Sylvain Bemba, lorsqu’il parlait de la fratrie (fraternité littéraire) dans le monde des lettres.

 

Extrait de la quatrième de couverture:

"Ce recueil de nouvelles est né d’une curiosité sociale. Une expression s’est popularisée au Gabon ces dernières années, qui promet à un indélicat qu’il va voir ce que le chien a vu à Nzeng Ayong. Personne ne vous dira avec précision ce que le chien a réellement vu dans ce quartier populaire de Libreville, pourtant presque tous les Gabonais connaissent le sens immanent de cette phrase"

 

Ce qui est essentiel et marquant, lorsqu’on lit les nouvelles de ce recueil, ce n’est pas tant la fidélité au thème principal, mais c’est la qualité des contributions et la richesse stylistique que l’on retrouve chez les uns et les autres. C’est ce qui constitue, à mon sens, l’originalité de ce recueil. Rodrigue Ndong, à travers sa nouvelle Le Don, fait montre d’une créativité très rare et sans phare. Sa nouvelle respecte tous les critères du genre littéraire et son écriture est magistrale. De son rapport à la création littéraire, on peut tout de suite dire qu’il maîtrise l’art de la nouvelle et qu’il met les notes qu’il faut à la place qu’il faut. Rodrigue Ndong a écrit un texte court et puissant, un texte qui a de l’allure et du style, un texte qui introduit la dimension mystérieuse de la vie et celle de la situation de la femme dans la société.

 

Les nouvelles chantent comme une symphonie et portent dans leur déroulement, le mystère de ce titre même qui consiste à pointer du doigt ce que le chien a réellement vu à Nzeng-Ayong. Telles sont par exemple, les nouvelles de Rosny Le Sage Souaga (Quand s’étoile l’arnaque), de Hamidou Okaba (La villa Elizia), d’Omer Ntougou (Les turpitudes de Mouketou), de Tanguy Privat Nguimbi (Une journée agréable).

 

De mon point de vue, ces auteurs sont ceux qui traduisent fidèlement la dimension mystérieuse et mystique du thème proposé.

 

«Une journée agréable» de Tanguy Privat Nguimbi

Voulant profiter de la présence de la fille dont il tombe amoureux, Schealtiel est confronté au père de celle-ci, reconnu comme sévère, voire méchant, au sein du camp militaire où elle réside. Mis à rude épreuve, il se confronte à ce que le chien avait réellement vu à Nzeng Ayong. Le démontre, le dialogue qui clôt la nouvelle :

 

«C’est donc toi qui as décidé de sortir ma fille du droit chemin?

— N… Non… Non Monsieur!

(…)

— Tu sais quel châtiment on réservait aux insolents comme toi qui déshonoraient les enfants mineurs des propriétaires terriens au temps de l’esclavage aux États-Unis. Hein, tu le sais?

 N… Non… Non Monsieur!

— On les castrait! On leur coupait les bijoux de famille! Et c’est ce qui va t’arriver, petit morveux. Tu vas sortir d’ici sans cette chose avec la quelle tu voulais souiller ma fille.»

 

Ce dialogue traduit la peur qui habite le jeune homme qui s’est aventuré là où personne ne s’aventure en général. Et la conclusion en est plus qu’éloquente :

 

«Jusque-là, aviez-vous Scheatiel Kassa courir? Je suppose que non. Ce jour-là, je vous l’assure : il écrasa le record du 200 m de Usain Bolt.»

 

J’ai retrouvé, par ailleurs, des sujets, lieu de concrétisation de la thématique centrale chez des écrivains comme Denise Landia Ndembi, Myril Eteno, Emery Hervais Sima Eyi. Des thématiques sociétales familiales qui traitent de l’éducation, de la violence envers les femmes, des conflits au sein des familles; des thématiques qui nous questionnent sur une certaine dimension du mystère ou encore qui remettent au goût du jour la question de l’initiation et ses mystères à travers les notions de secret et de silence (Denise Landria).

Les nouvelles de ce recueil sont dotées de plusieurs propriétés, dont la plus grande à mes yeux réside dans la capacité à transmettre avec simplicité le message qu’elles portent. Pulchérie Abeme Nkoghe l’affirme très bien dans sa préface : «Chacun d’eux nous a murmuré à l’oreille une histoire croustillante, étonnante, actuelle et dynamique».  

Les nouvelles, en effet nous font voir ce que les auteurs avaient d’essentiel à partager, de profondément intérieures et poétiques. Finalement Ce que le chien a vu à Nzeng Ayong, c’est aussi le mystère, le non-dit, la mystique, la lutte, mais aussi la dynamique qui stimule certes, mais qui accable aussi, qui fait prendre conscience, qui engage d’une certaine manière. Au-delà de la subjectivité qui est la mienne ou celles d'autres lecteurs, c’est tout cela qui fait la beauté de ce recueil. Ce recueil est un hymne au Vivre-ensemble.

 

Je vous recommande la lecture de ce recueil.

 

Nathasha Pemba,

 

L’Union des écrivains gabonais, Ce que le chien a vu à Nzeng Ayong, Libreville, Collection UDG, 2020.

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Emmanuel Dongala en douze citations

28 Juillet 2020, 19:02pm

Publié par Nathasha Pemba

Citations Emmanuel Dongala
Photo: LABC

heart​​​​​​"Dans ce monde où tu grandis et voyages, il ne faut rien prendre pour argent comptant. Souvent, beaucoup de choses se cachent derrière l’apparence des choses. Un décor a toujours son envers, n’oublie jamais cela.”

(La sonate à Bridgetower)

heart"Entre retrouver le bonheur de son foyer et vivre dans le mensonge, il fallait choisir, hélas. La réalité est que, parfois, un mensonge peut mieux sauvegarder un mariage que la vérité toute."

(La photo de groupe au bord du fleuve)

 

heart"- Mais papa, à quoi va servir la démocratie?
- A vivre pleinement sa vie!
- Super. Vivre pleinement sa vie. Il y n'y aura donc plus de soirs où on dormira sans manger?
- Euh... ce n'est pas tout à fait ça... On pourra lire les livres qu'on veut, entreprendre ce que l'on veut. Etre libre Michel, être libre!
- Mais c'est quoi être libre papa?
- Ecoute Michel... ... ...de questionnement en questionnement, il arrive un moment où les questions n'auront plus de sens. C'est quoi être libre? Comment expliquer pleinement la liberté à un gosse de quatorze ans ?"

(Les petits garçons naissent aussi dans les étoiles)

 

heart"Il n’y a pas plus dure contre une femme qu’une autre femme, déclare Laurentine, sentencieuse. La solidarité entre femmes s’arrête là ou commence la jalousie."​​​​​​

(Photo de groupe au bord du fleuve)

 

heart"J'ai donc demandé à mon cerveau de se taire. De faire autre chose. Lire par exemple. Lire un livre sous les sifflements de roquettes comme on lit un roman avec de la musique en arrière-fond. Un livre peut vous faire oublier la mort. Cette pensée m'a fait sourire."

(Johnny chien méchant)

 

heart"Ces hommes qui ont volé nos cailloux pensent que nous sommes femmes et que nous allons nous taire comme d’habitude. Quand ils nous battent au foyer, nous ne disons rien, quand ils nous chassent et prennent tous nos biens à la mort de nos maris, nous ne disons rien, quand ils nous paient moins bien qu’eux-mêmes, nous ne disons rien, quand ils nous violent et qu’en réponse à nos plaintes il disent que nous l’avons bien cherché, nous ne disons toujours rien et aujourd’hui ils pensent qu’en prenant de force nos cailloux, encore une fois, nous ne dirons rien. Eh bien non ! Cette fois-ci ils se trompent ! Trop, c’est trop !"

(Photo de groupe au bord du fleuve)

 

heart"Ah ! J.C ; tu étais plus sincère que nous, tu avais une foi désintéressée ; la nôtre, l'était-elle ? Que voulions-nous dire vraiment, dans la turbulence de ces années soixante, quand nous parlions de libérer l'homme noir, de cesser l'exploitation de l'homme par l'homme ?"

(Jazz et vin de palme)

 

heart"C'est avant le départ de l'enfant pour la danse qu'il faut lui donner des conseils et non pas à son retour."​​​​​​

(Photo de groupe au bord du fleuve)

 

heart"La vie c’est de nombreux petits nuages gris dans un grand ciel bleu. Efforce-toi de toujours écarter ces nuages pour que le monde soit toujours un grand ciel bleu."

(Les petits garçons naissent aussi dans les étoiles)

 

heart"Jusque-là, comme tous les opprimés, il savait ce que voulait dire ne pas être libre, mais il ne savait pas ce qu'était la liberté. Ne pas être libre était quelque chose de physique que l'on ressentait en soi, dans sa chair. La liberté se définissait en creux."

(La sonate à Bridgetower)

 

heart"Étonnant comment la bonté et la solidarité pouvaient se manifester spontanément chez des gens inconnus lorsque les circonstances s'y prêtaient. Peut-être qu'après tout, le monde n'était pas si méchant que ça."

(Photo de groupe au bord du fleuve)

 

heart"Père, comment cela a-t-il pu arriver ?"
Son père bougea à peine ; ses yeux éclairés faiblement par les lumières de la nuit étaient comme tournés à l'intérieur de lui-même. Il murmura :
" Mon fils, c'est toujours trop tard quand on comprend. Prends une forêt touffue, coupes-en un arbre, personne ne s'apercevra de rien ; continue à en couper et, au bout d'un moment, on aura le sentiment diffus que cette forêt n'est plus tout à fait ce qu'elle était sans vraiment savoir pourquoi ; continue encore et un beau jour, brusquement, on réalise : tiens, cette forêt a vraiment changé ! C'est alors trop tard."

(Le feu des origines)

 

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Katherine Pancol : Pensées inspirantes

27 Juillet 2020, 05:48am

Publié par Nathasha Pemba

Pensées inspirantes Katherine Pancol
Crédit photo : Wikipédia

heart"Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Qui ne vous éclairent pas, ne vous nourrissent pas, ne vous donnent pas d'élan. Encore heureux qu'ils ne vous détruisent pas à petit feu en s'accrochant à vos basques et en vous suçant le sang. Et puis... Il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demie-heure et changent le cours de votre vie".
 

(Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi)

 

heart"La vie avait continué après, la vie continue toujours. Elle te donne des raisons de pleurer et des raisons de rire. C'est une personne, la vie, une personne qu'il faut prendre comme partenaire. Entrer dans sa valse, dans ses tourbillons, parfois elle te fait boire la tasse et tu crois que tu vas mourir et puis elle t'attrape par les cheveux et te dépose plus loin. Parfois elle t'écrase les pieds, parfois elle te fait valser. Il faut entrer dans la vie comme on entre dans une danse. Ne pas arrêter le mouvement en pleurant sur soi, en accusant les autres, en buvant, en prenant des petites pilules pour amortir le choc. Valser, valser, valser. Franchir les épreuves qu'elle t'envoie pour te rendre plus forte, plus déterminée."

(Les yeux jaunes des crocodiles)

 

heart"Pour bien vivre, il faut se lancer dans la vie, se perdre et se retrouver et se perdre encore, abandonner et recommencer mais ne jamais, jamais penser qu'un jour on pourra se reposer parce que ça ne s'arrête jamais... La tranquillité, c'est plus tard que nous l'aurons."

(Les yeux jaunes des crocodiles)

 

heart"On a souvent tendance à croire que le passé est le passé. Qu'on ne le reverra plus jamais. Comme s'il étais inscrit sur une ardoise magique et que l'on avais effacé. On croit aussi qu'avec les années, on a passé à la trappe ses erreurs de jeunesse, ses amours de pacotille, ses échecs, ses lâchetés, ses mensonges, ses petits arrangements, ses forfaitures. On se dit qu'on a bien tout balayé. Bien fait tout glisser sous le tapis. On se dit que le passé porte bien son nom : passé. Passé de mode, passé d'actualité, dépassé."

(Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi)

 

heart"Il y a des gens dont le regard vous améliore. C'est très rare, mais quand on les rencontre, il ne faut pas les laisser passer.​​​​​​"

(Les yeux jaunes des crocodiles)

 

heart"J'ai compris que le Bonheur, ce n'est pas de vivre une petite Vie sans embrouilles, sans faire d'erreurs ni bouger. Le Bonheur c'est d'accepter la lutte, l'effort, le doute, et d'avancer, d'avancer en franchissant chaque obstacle."

(Les yeux jaunes des crocodiles)

 

heart"On maudit une épreuve, mais on ne sait pas, quand elle nous arrive, qu'elle va nous faire grandir et nous emmener ailleurs. On ne veut pas le savoir. La douleur est trop forte pour qu'on lui reconnaisse une vertu. C'est quand la douleur est passée, qu'on se retourne et qu'on considère, ébahi, le long chemin qu'elle nous a fait parcourir."

(Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi)

 

heart"C'est vrai quoi ! On n'est pas obligé d'être heureux tout le temps, ni comme tout le monde... On invente son bonheur, on le fait à sa manière, y a pas un modèle unique. Tu crois que ça les rend forcément heureux, les gens, d'avoir une belle maison, une grosse voiture, dix téléphones, une télé grand écran et les fesses bien au chaud ? Moi, j'ai décidé d'être heureuse à ma façon...​​​​​​"

(Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi)

 

heart"On a tous besoin de croire, d'avoir confiance, de savoir qu'on peut donner tout son coeur à un projet, une entreprise, un homme ou une femme. Alors, on se sent fort. On se frappe la poitrine et on défie le monde.
Mais si on doute...
Si on doute, on a peur. On hésite, on chancelle, on trébuche.
Si on doute, on ne sait plus rien. On est plus sur de rien.
Il y a soudain des urgences qui n'auraient pas dues être des urgences.
Des questions qu'on ne se serait jamais posées et que l'on se pose.
Des questions qui, soudain, ébranlent les fondements même de notre existence."

(Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi)

 

heart"La vie, c'est souvent un chemin de plaies et de bosses. C'est rarement une promenade tranquille. Ou alors c'est qu'elle s'est endormie et quand elle se réveille, elle n'arrête plus de vous secouer !"

(La valse lente des tortues)

heart"_My boy, retiens ceci : on est seul responsable de sa vie. Il ne faut blâmer personne pour ses erreurs. On est soi-même l'artisan de son bonheur et on en est parfois aussi le principal obstacle. Tu es à l'aube de ta vie, je suis au crépuscule de la mienne , je ne peux te donner qu'un conseil : écoute, écoute la petite voix en toi avant de t'engager sur ton chemin... Et le jour où tu entendras cette petite voix, suis-la aveuglément... Ne laisse personne décider pour toi. N'aie jamais peur de revendiquer ce qui te tient à coeur."

(Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi)

 

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L’inspiration c’est le déclic de toute création littéraire : Cyrille Sofeu

23 Juillet 2020, 07:03am

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour, M. C. Sofeu, merci d’avoir accepté cet interview. Pourriez-vous brièvement nous parler de vous et de votre parcours d’auteur?

Merci pour cet honneur que vous me faites de m’exprimer sur votre blog. Je suis Cyrille Sofeu, licencié en Lettres modernes françaises de l’Université de Dschang. Actuellement, je suis à Yaoundé où j’exerce dans le domaine informatique d’une entreprise commerciale. Les Douleurs cachées est ma première œuvre littéraire.

 

De quelles sources vous inspirez-vous?

Un rien du tout peut inspirer un écrivain. Il en est de même pour tout artiste à mon avis. Observer minutieusement la nature, la vie, les faits de société, lire un bouquin, être attentif en regardant un film, en écoutant une musique ou une conversation, voilà autant de facteurs qui meublent mon inspiration. Et tout cela dépend de mon état d’esprit, car il faut avoir l’esprit ouvert, être réceptif pour pouvoir capter puis extraire de ces facteurs la substance de votre écriture.

 

Quelle appréciation portez-vous sur cette formule d’Edison selon laquelle le génie serait «1 % d’inspiration et 99 % de transpiration»? En avez-vous fait l’expérience dans votre entreprise de création littéraire?

Edison avait vu juste dans sa formule. En réalité, lorsqu’une idée ou simplement une inspiration surgit, le plus dur est de la matérialiser : penser aux personnages, au cadre spatial et temporel ainsi qu’aux idées secondaires qui graviteront autour de votre idée première qu’est le thème central. Évidemment que j’ai fait cette expérience pour mon livre, mais laissez-moi vous dire, peut-être paradoxalement que, 1 % d’inspiration semble peu, mais sans ce pourcentage-là, les 99 % de transpiration ne seraient qu’un cri dans le désert. L’inspiration c’est le déclic de toute création littéraire.

 

Quel est votre livre de chevet?

Actuellement comme livres de chevet, je peux citer Le secret de mon échec de Kelly Yemdji, Trois petits cireurs de Francis Bebey, Tu diras ces douleurs de Zango Achille Carlos d’où je tire d’ailleurs le titre de mon recueil de nouvelles.

 

Considérez-vous votre casquette d’écrivain comme un métier ou une passion?

L’écriture est avant tout une passion, car elle permet à l’écrivain de s’évader tout en transmettant des émotions. Toutefois, sous d’autres cieux je l’aurais considérée comme un métier, mais dans notre contexte au Cameroun, il est difficile de ne vivre que de l’écriture. C’est la raison pour laquelle bon nombre d’écrivains font autre chose en parallèle, question de joindre les deux bouts, car parler des droits d’auteurs au Cameroun c’est comme lancer des cris vains dans le vide.

 

Les Douleurs cachées constitue votre premier jet sur la scène littéraire. Ce recueil de nouvelles sonne tel un cri de détresse. La thématique constante à forte connotation péjorative de ce livre cache-t-elle un malaise personnel que vous voulez extirper par le biais de l’écriture?

 

J’ai écrit ce livre dans le souci premier de dire au monde les peines et les misères des jeunes au Cameroun. Je l’ai écrit pour refuser de cautionner l’injustice dont la jeunesse semble être la principale victime. J’ai écrit ce livre pour rendre publics les non-dits qui résonnent comme des mystères et l’officieux qui se cache derrière la stagnation des jeunes dans mon pays. Je l’ai écrit pour me mettre de leur côté pour qu’ensemble, nous fassions bouger les lignes actuellement raidies depuis des décennies par un système de gérontocratie abjecte et «jeunocidaire » étouffant les ambitions des jeunes en les réduisant sans état d’âme dans les ruines sombres du silence.

 

Au sortir de la lecture de votre œuvre, une critique déclare : «L’auteur s’est résolument acquitté de ses responsabilités sociales. Il invite les autorités à une prise de conscience sur l’impérieuse nécessité de reconnaître, de valoriser et d’encourager le mérite […] Les jeunes sont conviés à développer le culte de l’effort, à se méfier de la vie de débauche et du libertinage universitaires». Sous le prisme de cette assertion, quel regard portez-vous sur le rôle de l’écrivain?

 

Je ne saurais répondre à cette question sans convoquer Aimé Césaire pour qui l’écrivain doit être le porte-étendard des âmes qui n’ont point de bouches, selon sa fameuse citation qui résonne comme le credo véritable de l’écrivain. Il est un éclaireur pour ses semblables, un guide quand ils se perdent, un berger lorsqu’il est question de protéger ceux-ci, leur porte-parole quand le mutisme les muselle dans les méandres de l’inaction. Mon livre c’est l’écho d’une jeunesse embastillée dans les profondeurs labyrinthiques de l’impuissance; c’est le désir ardent d’une jeunesse prête à se rendre disponible à servir la nation. Si en écrivant, on considère que je me suis acquitté de mes responsabilités sociales, c’est tant mieux.

 

Le parcours tragique du personnage typique de Les Douleurs cachées est-il un choix scriptural ou le reflet d’une jeunesse véritablement condamnée par le système établi et sans lueur d’espoir?

Le système en place chez nous est fermé, verrouillé par une gérontocratie qui réduit le jeune à la débrouillardise au risque des incidents qu’il encourt. Je dirai donc qu’il s’agit d’un choix scriptural imposé par le vécu désastreux des jeunes sous mes yeux. Allier les deux, m’a permis justement d’aboutir à ce résultat qui, j’ose croire, traduit en symphonie la douloureuse situation des jeunes dans mon pays.

 

Le cadre universitaire est évoqué dans la plupart des nouvelles qui meublent Les Douleurs cachées. Pourquoi le choix de cet univers? Recommanderiez-vous ce recueil de nouvelles à une catégorie de lecteurs en particulier?

On ne saurait décider d’écrire sans faire des choix. Le contexte socioculturel de mon pays m’a permis de faire le choix du cadre universitaire comme creuset de mon projet d’écriture. Aussi, c’est pendant mon cursus à l’Université de Dschang que m’est venue l’idée de ce livre. Et tout naturellement, j’ai construit mes péripéties dans ce cadre qui m’était familier, l’université étant de plus en plus le lieu où les jeunes affluent abondamment. Jeune que je suis, m’engager à écrire pour la jeunesse, c’est espérer d’avoir un lectorat plus important, car en moi tout lecteur jeune s’y reconnaîtra et plus aisément le livre passera.

 

Dans les nouvelles » Mésaventures universitaires » et «Réalités estudiantines », vous mettez en scène deux personnages de sexes opposés. Quelle intention se cache derrière une telle démarche?

L’après-Baccalauréat chez nous est une situation sans cesse difficile à gérer. La plupart du temps, l’université est presque toujours l’option par défaut qui se présente. Alors, l’idée d’écrire deux nouvelles avec des personnes de sexes différents part de mon souci de mettre en garde ces jeunes nouvellement bacheliers de ce qui les attend dans cet univers dont ils ignorent les méandres. «Mésaventures universitaires » c’est l’histoire tragique de la jeune Gabine que j’ai écrite pour m’adresser aux filles tandis que «Réalités estudiantines » c’est un appel au discernement des garçons par l’expérience fâcheuse de Kennedy, quant aux filles rencontrées au hasard d’un jour et qui s’accrochent telles des sangsues au peu de moyen que nous avons au pont de nous détourner de l’objectif : les études

 

Quelle démarcation faites-vous entre le caractère autobiographique et le pan fictionnel du récit de «Un avenir en noir»?

Un avenir en noir c’est assurément le point de départ de mon projet. C’est la nouvelle qui d’ailleurs m’a inspirée le titre du recueil. La fiction y occupe une grande part, mais l’écriture n’étant jamais ex nihilo j’ai dû m’appuyer sur l’expérience d’une personne qui m’est proche pour rédiger ce texte qui sonne comme un «J’accuse » d’Émile Zola en France. Je qualifierais donc cette nouvelle d’«alter-biographie » dans le fond et qui puise dans la fiction pour agrémenter la forme.

 

Pensez-vous qu’il suffit de dénoncer les pouvoirs politiques dans les livres pour que la donne change? Que faut-il faire d’autre pour que l’écrivain quitte cette posture de chien qui aboie et pourtant la caravane passe?

Aborder cette question m’a toujours semblé délicat. C’est une évidence pour tous que l’écrivain n’a pas le pouvoir du politique, encore moins les moyens dont dispose ce dernier. Toutefois, la littérature en particulier et l’art en général ont ceci de particulier qu’ils touchent les âmes en passant par le cœur. Et Dieu seul sait qu’un cœur touché est capable de grande révolution. C’est cela qui rentre dans ce que j’appelle les «espérances de l’écrivain » puisqu’en réalité on n’écrit que pour espérer les lendemains meilleurs. Jamais un écrivain ne signera un décret ou un arrêté pour faire cesser le chômage, la guerre, éliminer dans les habitudes humaines le culte du viol, du vol, de la corruption, du tribalisme ou tout autre fléau. Il ne peut qu’écrire pour pointer du doigt puis espérer en retour qu’on suive son regard. Mais dire qu’il aboie la caravane passe me semble excessif. L’écrivain est comme un architecte. Il visualise; il conceptualise afin que le politique matérialise.

 

Quelles sont vos certitudes d’espérances en un lendemain meilleur pour la jeunesse africaine?

La jeunesse africaine a du potentiel à revendre. Elle a besoin, comme je l’ai dit dans un précédent entretien accordé à une autre plateforme, qu’on croit en elle, qu’on lui donne les moyens et qu’un terrain propice lui soit accordé afin de mieux se déployer et ainsi montrer de quoi elle est capable.

 

La Nouvelle est-elle votre genre favori? Pourquoi l’avoir choisie pour votre première publication?

Je n’ai pas de genres favoris, mais tout ce qui tourne autour de la narration me parle plus. La nouvelle a ceci de particulier qu’elle se caractérise essentiellement par sa concision. Quand on parle de concision, cela va ipso facto avec la densité dans la narration question de maintenir le lecteur en alerte jusqu’à une chute inattendue qui suscite en lui de fortes émotions savamment recherchées. J’ai fait le choix de me soumettre à la douce violence de ce genre extrêmement exigeant question de m’entraîner pour quelque chose de plus grand comme le roman, pourquoi pas.

 

Quel sentiment éprouvez-vous face à l’écho que fait retentir votre premier livre? Avez-vous reçu des remarques surprenantes de la part de lecteurs?

Le sentiment que j’éprouve ne peut être que celui de la joie, vu qu’il est toujours agréable d’être chez soi et penser que quelque part dans le monde une personne lit ce que vous avez écrit comme legs à l’humanité. Un écrivain vit de son lectorat, un écrivain vit par son lectorat.

 

Parlez-nous de vos projets. Quels sont vos prochains chantiers? Votre lectorat devrait-il s’attendre à une publication imminente?

Pour l’heure, mon chantier majeur est la vulgarisation du livre. Les douleurs cachées a malheureusement vu le jour au moment où la planète entière fait face à la fâcheuse pandémie du covid19. Puisqu’il a été publié en France où il se vend déjà assez bien, je me bats actuellement pour faire venir des exemplaires au pays afin d’organiser, pourquoi pas, une soirée de dédicace. Par ailleurs, plusieurs travaux collectifs sont en cours avec des auteurs d’ici et d’ailleurs en vue de consigner dans des projets d’anthologies nos visions et espérances sur l’humanité.

En parallèle, je suis en pleine rédaction d’un roman dont je n’ose pas encore dire grand-chose pour la simple raison que je vais prendre tout mon temps là-dessus.

 

Où et comment se procurer votre livre?

Les douleurs cachées est déjà disponible sur Amazon.fr et sur le site de l’éditeur depuis sa sortie. On peut également le commander en version papier et numérique à l’adresse ci-dessous : https://www.edilivre.com/les-douleurs-cachees-cyrille-sofeu.html

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui hésite de se lancer dans l’écriture?

Le seul conseil que je donnerai ici est de beaucoup lire. Comme on lit, c’est comme ça qu’on écrit. En lisant, on se cultive; en lisant, on acquiert des automatismes.

 

Votre mot de la fin.

Merci à votre blog, le Sanctuaire de la Culture, pour le soutien, l’accompagnement et la promotion de la littérature en particulier et la culture en général. Ça a été un immense plaisir d’échanger avec vous. Les jeunes africains ont besoin des plateformes comme celle-ci pour s’exprimer et se faire connaître. L’Afrique a un incroyable talent. Ne l’oublions jamais. Une fois encore, merci!

 

Interview réalisée par Pulchérie Mala Ndassi

 

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Hemley Boum : Les jours viennent et passent

20 Juillet 2020, 07:09am

Publié par Nathasha Pemba

À quel moment devient-on fidèle lectrice des œuvres d’un auteur? Certainement, lorsque son empreinte, son univers, ses visions, bref lorsque l’humus sur lequel se repose son œuvre retient notre attention et apporte quelque chose de plus à notre sérénité ou à notre anxiété…

 

La description, le détail, la place de la femme, les conflits internes ou externes, l’histoire de son peuple, la fidélité et la rigueur dans les petites choses, la culture, cette attention précise que Hemley Boum porte à ses personnages, la minutie avec laquelle elle les décrit, cette manière de questionner son monde et de se souvenir ou de nous faire prendre conscience d’une réalité contemporaine, cette manière de transporter le lecteur dans son histoire, cette manière particulière d’écrire m’a amenée à lire Les jours viennent et passent. Enfin, sans doute parce que de Hemley Boum, j’ai lu et aimé Les Maquisards et Si d’aimer. Que ce soit dans le premier, dans le second ou dans celui-ci, la femme occupe une place essentielle, la socialité et la reconstitution historique sont au cœur du sujet avec ses conflits, ses questionnements et ses réponses.

 

Hemley Boum a une maîtrise de la technique romanesque et on l’entrevoit au fil de la lecture. Elle jette dans le cœur de sa lectrice que je suis un trouble qui ne m’a quitté que lorsque j’ai lu la dernière phrase.

 

Les jours viennent et passent se distingue par son caractère polyphonique, hybride et par l’entrecroisement de trois destinées en une. Le roman assemble l’itinéraire de trois femmes, Anna, Abi et Tina aux prises avec une destinée autour de l’histoire du Cameroun faite de libertés et de captivités.

 

Le roman s’ouvre sur Anna et sa fille Abi. Chez la première, le souvenir et le désir de laisser un héritage immatériel prennent place. Chez la seconde, le désir de maintenir la génitrice en vie se fait pressant. Il y a donc ici une dualité entre la mort et la vie, car Anna, «cette femme n’est pas simplement un corps qui rend les armes, c’est une personne chérie, une vie précieuse qui prend fin en silence» (p. 14).

 

À travers Anna, l’une des narratrices principales du roman, le lecteur va à la découverte d’un univers fait de deux mondes : l’Ancien et le Nouveau. Atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, Anna se souvient… elle laisse couler le souvenir de sa mystérieuse naissance sans père, à la disparition de sa mère, à l’affection des religieuses à la base de son éducation jusqu’à la naissance de sa fille Abi. À partir d'un discours intérieur, intime et réfléchi, elle raconte ce qu’elle a vécu, ses difficultés et ses choix. À l’intérieur de ces deux mondes, c’est aussi l’histoire des conflits autour de la décolonisation au Cameroun qui se raconte; une histoire aussi bien heureuse que malheureuse, une histoire de luttes, une histoire ethnique, l’histoire d’une nation.

 

Anna se conjugue à la première personne.

 

Mourir et continuer de vivre, voilà qui, pour Anna semble essentiel. Car il s’agit bien de transmettre l’histoire du Cameroun et l’histoire de la famille, de la faire accepter telle qu’elle a existé ou continue d’exister. La voix d’Anna ici est le seul témoin de cette histoire. C’est d’ailleurs la suggestion que fait l’infirmière à Abi : «Peut-être aimeriez-vous enregistrer ses derniers mots (p. 58)».

 

Et, pour ma part, la beauté de ce roman tient aussi dans cela, dans cette mission de passeuse d’histoire que se donne Anna. En créant ce type de voie, Hemley Boum parvient à tisser quelque chose d’universel sans perdre de sa singularité. L’Afrique entière a connu des rébellions; elle a connu l’esclavage et la colonisation, mais à l’intérieur des péripéties africaines, il y a l’histoire particulière du Cameroun. Ainsi, le regard de l’écrivaine porté par son cœur apporte une touche particulière à cette histoire.

 

 

L’histoire portée par ce roman n’est pas désincarnée. Les lieux existent et les personnages mènent une vie normale avec des hauts et des bas, des périodes de fidélité et d’infidélité, des déchirements, des divorces et des choix difficiles.

 

Tel est par exemple le cas d’Abi qui vit une relation extraconjugale avec un sculpteur, jusqu’au moment où son conjoint découvre qu’il est trompé. Le cocu décide de partir, oubliant même que ce fut lui, le premier dans le couple à tromper son épouse. Il ne conçoit pas l’infidélité féminine. Moment très fort et féministe de ce roman où l’on se souvient encore de l’épisode biblique de la femme adultère que les plus grands adultérins décidèrent de lapider juste parce qu'elle était une femme (Jn 8, 4-14). Une injustice qui date de bien longtemps à l'égard de la femme : Or dans la Loi, Moïse nous a ordonnés de lapider ces femmes-là .

 

Cette thématique féministe rappelle aussi que le roman brosse des portraits de femmes fortes pour qui, si le mariage est une bonne chose, elle ne demeure pas une finalité en soi.

 

Samgali Awaya, Anna, Abi, Tina…

Tina qui, pourrait-on dire, réécrit l’histoire de l’engagement d’Anna, dessine l’histoire du Cameroun aux prises avec la secte Boko Haram où des jeunes à qui le gouvernement n’offre aucune issue n’ont parfois pas d’autres choix que de devenir membre de religions extrémistes ou encore de s’envoler par des voies illégales vers l’Occident, au péril de leur vie. Tina raconte l’histoire sur les extrémistes islamistes avec une puissance certaine. Comme Anna, elle raconte aussi l’histoire, pas une autre histoire, mais la même histoire qui continue, car, en fin de compte, depuis les indépendances, rien n’a vraiment changé. Tout se répète. Tina, de là où elle se trouve rappelle que l’humanité doit toujours être valorisée partout où elle se trouve. Elle montre que l’humanité où elle se trouve est malheureuse, maltraitée et sacrifiée.

 

Si le lien entre Anna et Abi est évident, on le croirait moins avec Tina. Pourtant, Anna est celle qui a forgé le caractère et la personnalité de Tina, elle est en quelque sorte sa seconde mère.

 

Sita Anna était le seul adulte qui se souciait de moi.

Si j’étais absente à l’heure de passer à table, elle envoyait quelqu’un me chercher (…). Elle ne me lâchait jamais (…). C’est elle qui m’a expliqué pour mes règles. (p. 233)

 

Hemley Boum réalise un travail de rattachement avec une habileté très raffinée. Par la bouche de Tina qui s’adresse à Max, elle rappelle ce triple agencement en insérant les récits les uns à l’intérieur des autres autour d’une forme de conscientisation où se mettre en face de sa conscience et s’exprimer devient une nécessité. Ce qui est certain, c’est que Max apprendra certainement à mieux connaître sa grand-mère par Tina que par Abi, sa mère.

 

Tantôt maîtresses de leur destin, tantôt soumises à des puissances plus fortes qu’elles comme le cancer, l’amour ou Boko Haram, les trois femmes s’appuient sur des souvenirs, mais aussi sur la lecture comme le fait Anna.

 

Les récits sont fractionnés par des épisodes interrogeant l’intériorité et toujours l’histoire. Le passé, qu’évoque Anna tout le long du roman apparaît comme une série télévisée faite de plusieurs saisons, pour permettre de ne pas oublier. Peu importe l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui, une chose est sûre pour Anna, c’est qu’elle est heureuse d’avoir vécu ou de vivre encore.

 

La colère de Tina se manifeste dans son récit, du moment de la radicalisation du mollah à l’enlèvement de sa sœur Jenny. Elle veut attirer l’attention sur cette partie du monde qui vit un drame au quotidien. Sa péripétie est psychologique et physique à travers un Cameroun qu’elle a du mal à reconnaître. Elle ne supporte pas la violence qui gagne du terrain dans son pays.

 

Dans ce roman, les événements passés s’imposent et rappellent que la vie peut parfois se répéter d’une certaine manière.

 

Hemley Boum donne une grande place aux figures féminines en leur accordant la possibilité de s’exprimer et d’exprimer leur quête de liberté, leur engagement pour la résistance afin de préserver leur dignité et celle de leurs proches. Awaya, Anna, Abi et Tina sont des femmes libres et le mouvement entre le passé et le présent, entre la France et le Cameroun s’inscrit dans le but de traduire l’origine, les valeurs et les luttes à venir.

 

Les voix d’Anna et Tina témoignent de l’effort de comprendre la condition camerounaise. Bien que, parfois, visiblement éparse, l’écriture de Hemley Boum se définit dans ce roman entre l’histoire, les origines, la culture, la dignité humaine et les libertés. Elle mélange monologue, dialogue, incises et intertextualité. C’est peut-être ce qui explique la densité du roman. Le titre, Les jours viennent et passent, rappelle, comme le disait déjà Héraclite que tout est en mouvement. À partir de trois destins individuels voguant autour d’un pays, ce roman cible d’abord une communauté.

 

Le recours à l’intertextualité permet de se rendre compte de la culture littéraire de l’auteure. Elle va, à partir du monologue d’Anna, dans certaines lignes jusqu’à l’analyse des textes, comme celui de Steinbeck, de Homère et de Mudimbe, par exemple.

 

In fine,

Les jours viennent et passent est, avant tout, un roman sur le Cameroun. Hemley Boum parcourt le cœur humain pour découvrir non seulement les tourments liés personnellement à Anna, mais aussi toute l’histoire d’un peuple, l’histoire sans laquelle il est possible d’avancer. De cette manière, par Anna, Abi et Tina, le roman se présente comme une prise de conscience sur le lien entre l’universel et le singulier, sur les crises qui brisent la société camerounaise, sur la place de la femme dans le processus de paix. Effectivement, il y a des sujets dont seule la littérature peut se faire l’écho, car elle seule offre la possibilité de réinventer le monde, d’assumer l’histoire et de préserver l’avenir. Une fois de plus, Hemley Boum vient de le prouver.

 

Écrire est aussi un art de vivre.

 

Je vous recommande la lecture de ce roman.

 

Nathasha Pemba

 

Références :

Hemley Boum, Les jours viennent et passent, Paris, Gallimard, 2019.

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L’humanisme n’est pas une question de genre : Kelly Yemdji

16 Juillet 2020, 07:04am

Publié par Nathasha Pemba

Bonjour Kelly YEMDJI. Le Sanctuaire de la Culture est heureux de vous faire découvrir à ses lecteurs. Qui êtes-vous ?

Bonjour à tous les inconditionnels du Sanctuaire de la Culture, c’est un réel plaisir pour moi de m’ouvrir à vous. Alors pour être brève, je dirais simplement que je me nomme Kelly YEMDJI, jeune auteure ayant à son actif un roman : Le secret de mon échec. Je suis activiste en faveur de l’égalité des chances.

 

Vous avez 22 ans et vous êtes non seulement auteure d’un pavé de plus de 300 pages, nous y reviendrons, mais aussi titulaire d’une licence en mathématiques-informatique et bientôt titulaire d’une autre licence en communication. Doit-on y lire une ambition ou un défi ?

(Rires) Je dirais que c’est une combinaison des deux ; la licence en mathématiques-informatique c’est pour me prouver que je peux devenir ce que je veux avec un tout petit peu de volonté et d’effort, et la licence en communication pour réaliser le rêve de ma tendre enfance, celui de devenir journaliste ou communicante.

 

Malgré votre jeune âge, la cause féminine vous passionne et vous préoccupe. Est-ce simplement parce que vous êtes femme ou y a-t-il d’autres raisons qui expliquent votre intérêt pour cette problématique ?

L’humanisme n’est pas une question de genre. On n’a pas besoin d’être d’un sexe particulier pour s’indigner face à une injustice. Je milite pour la cause des femmes parce que j’ai la conviction que le progrès, quel qu’il soit rime avec l’épanouissement de la femme.

 

En tant que féministe et africaine, ne pensez-vous pas que le féminisme africain devrait se réinventer pour mieux s’adapter aux réalités africaines ?

Absolument ! Je crois que nous, féministes africaines devrons tenir compte de notre contexte pour mener des actions efficientes, parce que nos réalités diffèrent de celles des femmes de l’autre côté de la méditerranée. L’excision, le mariage forcé et les vilains rites de veuvage entre autres sont de violents maux qui ne touchent que nous en Afrique si je ne m’abuse. Notre champ d’action est vaste, on a besoin des femmes sur tous les fronts.

 

Vous venez de publier votre premier roman « Le secret de mon échec ». Veuillez nous aider à élucider les mystères qui entourent ce livre au titre bouleversant.

Je crois personnellement que Le secret de mon échec est un livre ordinaire qui raconte la société avec une fixation particulière sur tout le mal qu’elle fait à la gent féminine, parce que je me veux ambassadrice de la femme. J’aime bien ce titre, « ambassadrice de la femme », (rires).

 

Quel est le secret pour écrire un roman aussi volumineux ?

Observer religieusement les différentes fluctuations de la société, reconnaître ses travers, éprouver ses douleurs, écouter ses appels à l’aide et prendre la résolution de voler à son secours. C’était ma recette pour le premier. J’espère qu’elle marchera encore pour mon prochain roman (rires).

 

Vous abordez tellement de thématiques qu’on ne saurait déceler avec précision l’idée principale de l’œuvre. Quelle est selon vous, l’idée générale de ce roman ?

Elle est vraiment difficile à définir, cette idée générale. Néanmoins, je pense, en ce qui me concerne, que le nœud de Le secret de mon échec c’est l’irresponsabilité parentale. La famille étant le socle de la société, on peut lui reprocher tous les maux dont cette dernière souffre.

 

On pourrait dire que vous avez écrit un livre qui a pour cible la jeunesse. Dans cette optique, il plait de vous demander quel est l’impact de la télévision et de l’internet sur la vie sexuelle des jeunes en cette ère des réseaux sociaux ?

L’impact, ce sont toutes les déviances à vau-l’eau que nous observons aujourd’hui. Grossesses précoces, maladies sexuellement transmissibles, dépravation, prostitution, etc. Les parents devraient parler de sexe à leurs enfants avant qu’Internet et la télévision ne les surprennent.

 

Pourquoi n’est-il pas toujours aussi aisé de parler,  en Afrique, de sexualité à la maison, malgré le fait que certains parents soient des intellectuels ?

Je pense que c’est plus une affaire de culture que tout autre chose. L’Africain à la base est très prude ; voilà pourquoi dans nos langues maternelles on use très souvent des métaphores pour parler de sexe. Pour les parents qui n’ont jamais appris à leurs enfants à parler leur langue, comment voulez-vous que la communication se fasse sachant que certains mots en langue n’ont pas d’équivalent en français ? C’est compliqué n’est-ce pas !?

 

Dans votre livre vous abordez la question épineuse des grossesses précoces. Pourquoi les cas sont de plus en plus nombreux malgré les méthodes contraceptives vantées à cor et à cri ? Que préconisez-vous pour venir à bout de cela ?

Pour les grossesses précoces, je n’ai qu’une seule solution à proposer : allons à l’école ! Je ne sais pas quel autre contraceptif je peux recommander à des élèves si ce n’est l’abstinence.

 

On a le sentiment que dans vos écrits les femmes sont les seules victimes. Qu’en est-il du harcèlement des enseignants par des jeunes filles élèves ou étudiantes qui préfèrent se livrer pour passer en classe supérieure ?

Ah non ! J’ai matérialisé à travers mon roman le harcèlement dont sont victimes les enseignants. Maryam, l’un de mes personnages, n’a plus aucun secret pour ceux qui ont lu le livre. Les hommes sont eux aussi victimes de harcèlement et croyez-moi, c’est tout aussi condamnable !

 

Puisque les enseignants de Daphy n’ont commencé à la draguer qu’au moment où elle s’est habillée de manière ostentatoire, pensez-vous cela puisse justifier le harcèlement dont elle a été victime ?

Bien sûr que non ! Ce serait comme justifier le viol à cause de la tenue de la victime. Les femmes ont le droit de bien se mettre et de s’habiller sexy. Les hommes ont le droit de les courtiser s’ils se sentent attirés. Les femmes ont le droit de les envoyer valser. Toutefois, les hommes ont le devoir de respecter cette décision parce que justement le consentement est là où le bât blesse ; mais ça certains hommes peinent à le comprendre.

 

Selon vous, pourquoi est-ce que le mariage ne fait plus rêver de nos jours ? Pourquoi le taux de divorce va grandissant ?

Parce que nous ne savons plus ce que c’est que le mariage, perdus entre tradition et modernité. Le mariage autant que la parole a perdu sa sacralité. Aujourd’hui on se marie pour faire plaisir, pour narguer des prétendus jaloux, pour profiter d’un héritage, pour fuir le célibat, pour voir ce que ça fait d’être marié, etc ; Sauf que même là, on le fait mal parce qu’il n’y a aucun respect de la personne humaine, de la parole donnée, de la dignité de l’autre, … Bref L’Afrique noire est mal partie !

 

Que pensez-vous de ces parents qui choisissent les métiers et les conjoints pour leurs enfants ?

Je pense qu’ils croient faire du bien à leurs enfants. Je préfère utiliser le vocable croire parce que quelquefois les parents croient tout savoir, de ce qui est bien à ce qui ne l’est pas. Quelquefois, ils ne consultent même pas leurs enfants pour savoir ce qu’ils auraient aimé ou pas. Quelquefois, ils font ce qui leur chante, ça marche et ils se glorifient d’avoir toujours la solution à la loterie de la vie. Et ainsi va la vie !

 

Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait pousser un homme à battre sa femme ?

La lâcheté ! Quoi d’autre sinon ? Y a-t-il plus lâche sur cette terre qu’un homme qui lève la main sur la femme qui prend sur elle de lui faire une descendance ? Ma foi non !

 

Vous êtes très critique à l’égard du système éducatif actuel. Que lui reprochez-vous exactement ?

Sa légèreté croissante au jour le jour ! Me croiriez-vous si je vous avouais qu’il y a en classe de première des élèves incapables d’écrire leur propre nom !? C’est triste de voir la médiocrité planétaire dans laquelle le système enrôle la jeunesse.

 

Puisque vous prônez à travers votre livre l’indépendance financière des femmes, ne pensez-vous pas que l’éducation des enfants qui est assurée à plus de 60% par la femme va en prendre un sacré coup ?

Le monde lui aussi a pris un sacré coup, vous savez !? Voulez-vous que je vous donne le nombre de pères qui ont démissionnés ? Voulez que je vous dise à quel point l’inflation s’en est mêlée ? Voulez-vous que je vous dise à quel point un emploi est important pour l’épanouissement de bon nombre de femmes ? Mais bon laissons les statistiques et disons-nous simplement que le tout réside dans l’organisation.

 

Daphy votre personnage principal n’est-elle pas un peu trop jeune pour toutes les actions que vous sa créatrice avez bien voulu lui faire faire ?

Trop jeune vous dites !? Suis-je donc la seule à avoir remarqué que les enfants grandissent plus vite que leur âge dernièrement ? Ne parlions-nous pas plus haut des papas qui ont démissionné et de l’éducation des enfants assurée à beaucoup de pourcentages par la télévision et l’internet ? Bah voilà des choses auxquelles s’attendre, des enfants qui ne font plus leur âge !

 

La succession en pays Bamiléké, on en parle ?

Si ça vous dit ! Je crois que la succession en pays Bamiléké est juste la preuve que le problème de l’africain c’est avant tout l’Africain et que les Africains ne sont pas prêts à accueillir le progrès. Ce n’est que mon point de vue.

 

Penser que l’ailleurs soit plus productif, l’immigration à tout prix. Qu’est-ce qui pousse la jeunesse africaine à un tel degré de désespoir ?

Un système qui a légendairement échoué, des « ex-colons » qui pensent que décoloniser c’est déstabiliser, une jeunesse qui pense à tort qu’un champ en  moisson offre plus d’opportunités de travail qu’un champ où tout est à faire.

Le résultat n’est autre que l’image macabre des milliers de cadavres au fond de la Méditerranée et une Afrique qui bientôt ne s’appartiendra plus si rien n’est toujours fait.

 

Où et comment peut-on se procurer votre livre ?

Le livre est disponible pour le moment au siège d’Élite d’Afrique Éditions à Dschang au Cameroun et au carré des artistes à Douala au prix unique de 5000 FCFA.

 

Votre mot de la fin.

Je voudrais remercier Le sanctuaire de la culture pour ce travail formidable de promotion. Je voudrais ici remercier également mon éditeur Brice Kamdem pour m’avoir offert cette chance. À tous les ambassadeurs de mon livre, Gaëlle Manelo, Dim Mohamed, Noël Kazé, Fridolin Ngoué, Franck Bopda, Romel Ngouajio, Charly Guimfack, Xavier Djagbara et tous ceux qui croient en moi, je réitère ma gratitude. Enfin à ma famille que je porte en moi, pour l’amour inconditionnel, je vous aime !

 

Interview réalisée par Junior Gilles Gbeto

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Citations sur Les vertus de l'échec de Charles Pépin

14 Juillet 2020, 11:12am

Publié par Nathasha Pemba

heartIl y a les échecs qui induisent une insistance de la volonté, et ceux qui en permettent le relâchement ; les échecs qui nous donnent la force de persévérer dans la même voie, et ceux qui nous donnent l'élan pour en changer. Il y a les échecs qui nous rendent plus combatifs, ceux qui nous rendent plus sages, et puis il y a ceux qui nous rendent simplement disponibles pour autre chose.

 

heartSans nos ratés, nos déconvenues, les satisfactions les plus profondes de l'existence nous resteraient inconnues. On le pressent: l'échec a un lien avec la joie. Peut-être pas le bonheur, mais avec la joie.

 

heartS'identifier à son échec, c'est se dévaloriser jusqu'à se laisser gagner par un sentiment de honte ou de l'humiliation. Toute identification excessive comporte une dimension mortifère, une fixation. Or, la vie est mouvement.

 

heartLorsqu'un sportif ose un coup de maître, c'est parce qu'il a appris une quantité de gestes simples. Il faut répéter encore pour s'autoriser à sortir de la répétition.

 

heartChaque artiste, à l’heure de tenter quelque chose de neuf, accepte la possibilité de ne pas y parvenir. La beauté de son geste tient à cela.

 

heartNos échecs sont des butins, et parfois même de véritables trésors. Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir, et les partager pour en estimer le prix.

 

heartRéussir ses succès, c'est comprendre qu'ils doivent être surmontés autant que des échecs.

 

heartLe succès c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme.

 

​​​​​​heartLes succès sont agréables, mais ils sont souvent moins riches d'enseignement que les échecs. Il est des victoires qui ne se remportent qu'en perdant des batailles.

 

heartLorsque nous manquons d'audace, nous souffrons peut-être d'un déficit d'admiration. Sans maîtres inspirants, l'expérience et la compétence risquent d'écraser notre singularité. L'admiration peut constituer un déclic, nous porter vers un usage audacieux de notre compétence.

 

heartApprendre à oser, c'est apprendre à ne pas tout oser, à oser quand il le faut, lorsque les nécessités de l'action exigent ce saut au-delà de ce que nous savons.

 

heartLa joie du combattant peut aussi revêtir le visage de la joie la plus prosaïque, la plus quotidienne: la joie de vivre. Lorsqu'on a traversé les épreuves, on sait le goût des plaisirs simples.

 

heartPour surmonter nos échecs, il faut donc aussi redéfinir le 'moi' : non plus un noyau fixe et immuable, mais une subjectivité plurielle, toujours en mouvement. Être existentialiste, c'est penser qu'une vie ne suffira pas à épuiser tous les possibles. Reste à ne pas passer à côté d'eux

 

heartExister, c'est vivre tendu comme un pont vers l'avenir, vers les autres, mais aussi vers ces dimensions de nous-mêmes que nous ne connaissons pas, vers ces chemins que nous n'avons pas encore empruntés, et que l'échec peut nous ouvrir. Nous souffrons davantage de nos ratés lorsque nous oublions cette vérité.

 

heartPour mieux vivre l'échec, nous pouvons déjà le redéfinir. L'échec n'est pas celui de notre personne, mais celui d'une rencontre entre un de nos projets et un environnement.

 

heartCroire que la fausse note existe dans l'absolu, c'est faire comme si le temps n'existait pas. C'est oublier que nous naviguons sur le fleuve du devenir, non dans le ciel des idées éternelles.

 

heartRéussir son succès, c'est se méfier de l'ivresse satisfaite et lui préférer une joie de créateur, plus profonde et plus soucieuse. C'est prendre le succès comme une invitation à persévérer dans l'audace- à conserver son courage- (...). C'est considérer que le succès oblige, qu'il donne une responsabilité nouvelle"

 

heartRéussir sa vie, ce n'est pas vouloir à tout prix : c'est vouloir dans la fidélité à son désir. L'échec peut être cet acte manqué qui nous rapproche d'une telle fidélité.​​​​​​

 

heartSi les victoires faciles sont des "triomphes sans gloire", elles offrent moins de joie que les succès difficiles, arrachés dans la douleur. La difficulté de la conquête nous permet d'en estimer le prix.

 

heartLorsque nous échouons, le roi en nous ne meurt pas. Il se peut même qu'il prenne conscience de sa puissance à cette occasion. Les grands rois le deviennent au combat lorsqu'ils se surprennent eux-mêmes et se révèlent aux autres. L'échec n'est certes pas agréable. Mais il ouvre une fenêtre sur le réel, nous permet de déployer nos capacités ou de nous rapprocher de notre quête intime, de notre désir profond: le roi est blessé, vive le roi !

 

heartNos échecs sont des butins, et parfois même de véritables trésors. Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir, et les partager pour en estimer le prix.

 

heartPrenons une situation au coeur de laquelle nous hésitons entre une option A et une option B. S'il apparaît, après examen rationnel, que l'option B est meilleure que l'autre, alors nous choisissons B. Ce choix est fondé, explicable : il n'y a donc rien à décider. Si, malgré l'examen, nous continuons à douter, manquons d'argument mais sentons néanmoins qu'il faut opter pour B, alors nous le décidons. La décision exige un saut au-delà des arguments rationnels, une confiance en son intuition. C'est précisément lorsque le savoir ne suffit pas que nous devons décider - du latin 'decisio' : action de trancher. Une décision est toujours audacieuse, : elle implique par définition la possibilité de l'échec.

Le Sanctuaire de la Culture

Charles Pépin, Les Vertus de l'échec, Paris, Allary éditions, 2016.​​​​​

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Ricardo Akpo : J’ai toujours pensé que la poésie, ce n’est pas de la grandiloquence

7 Juillet 2020, 19:58pm

Publié par La Rédaction

 

Ricardo AKPO, d'origine béninoise, est étudiant en Géographie. Passionné des lettres, il a publié son premier livre, Brin d'hysope, chez Solara Editions en 2019.

 

Qu’est-ce qui a fait germer en vous pour la première fois l’idée d’écrire un livre ?

Il faut avouer que l’idée d’écrire un livre ne m’avait jamais traversé l’esprit. J’aimais lire pour mon propre plaisir, améliorer mon style et découvrir d’autres horizons par le biais des livres. L’idée d’enfermer mes pensées dans ce vase public qu’est le livre découle de la lecture régulière et de l’envie de faire comme ceux que je lisais. Cette envie a pour genèse le partage de mes sentiments avec mon entourage, ma vision du monde et des choses, ma perception de mon prochain qui est un autre moi-même. Je m’essaie à tous les genres littéraires.

 

Pourquoi la poésie spécifiquement ?

J’ai opté pour la ‘’Poésie’’ parce qu’à mes yeux tout est Poésie. J’aime la contemplation. Je suis un rêveur et un grand admirateur de la nature. J’aime l’écouter, la cerner et pénétrer ses mots au travers de la brise, des feuilles, des arbres et tout le mystère qu’elle contient. Chaque jour, la nature parle et nous instruit, même si l’homme souvent l’ignore. J’apprécie encore le genre poétique, surtout le classique, parce qu’il impose la rigueur dans le style et te donne le pouvoir d’épancher ton cœur, ton esprit, ton âme. In fine, j’aime ce genre littéraire parce qu’il permet de traduire même l’intimité de la pensée et de l’exposer comme sur le van pour qui voudrait s’instruire sous l’égide de la curiosité intellectuelle.

 

On vous sait chroniqueur littéraire. Cependant, pour vous dévoiler et faire vos preuves dans le monde de la littérature, vous écrivez un recueil de poésie intitulé Brin d’hysope. Pourquoi ce livre pour débuter votre carrière littéraire ?

J’ai voulu débuter par ce livre parce qu’il contient tout mon moi. Ce livre est mon espace intrinsèque où se défilent la réflexion sur la condition humaine, la joie, les blues, la médiation, l’espoir et, comme une métamorphose de chrysalide, se libère de toute étreinte existentielle pour se vêtir d’une parure neuve et des ailes comme le papillon pour un nouvel envol. Brin d’hysope, c’est 20 ans d’existence, de péripétie, de vicissitude, d’obsécration, d’espérance et d’extase.

 

 

Pourquoi le titre Brin d’hysope ?

Brin d’hysope est une image métaphorique. Le ‘’Brin’’ qui arbore ici la fragilité et l’infimité de la vie humaine mais bien remplie de souillures et l’ ‘’Hysope’’, cette feuille dépuratrice, qui représente Dieu, le seul qui purifie. Le Brin d’hysope résume donc une vie entachée et qui cherche la purification près du créateur. Dans la tradition africaine, l’hysope joue un rôle crucial dans la sanctification du corps et de l’âme. Fors l’aspect littéraire, on peut arguer que ‘’Brin d’hysope’’ a un effluve religieux qui fait référence au psaume davidique 50 de la bible : «  Purifie-moi avec l’hysope et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige. »

 

Comment ont été les débuts du projet de rédaction de cet ouvrage? Y a-t-il eu de difficultés pendant le tissage du recueil Brin d’hysope ? Si oui lesquelles ? Et qu’est-ce qui vous a motivé à continuer ?

Je n’ai vraiment pas eu de difficultés dans la rédaction de ce livre. Je savais ce que je voulais partager, les pensées et les sentiments que je voulais y enfermer. Voyez-vous, le livre est le plus grand indiscret qui soit, c’est l’ami le plus infidèle. Vous lui racontez votre vie, vos émotions, vos secrets pensant qu’il les garderait. Mais il se met aussitôt à se prostituer avec en les divulguant un peu partout et à tout lecteur. Juste pour dire qu’il faut d’abord savoir ce que l’on voudrait transmettre au lectorat. Une fois que vous le savez, l’écriture devient toujours facile. Le livre est une propriété privée qui devient publique dès lors qu’il est publié puisqu’il tombe dans les mains d’un autre qui contemple vos silences, vos soupirs, vos peurs et votre pensée. Ce qui m’a motivé à lui consacrer du temps fut mon envie pressante de m’épancher.

 

Les thèmes développés dans ce chef d’œuvre proviennent-ils de la pure imagination ou du rationnel, ou encore peut-être du rationnel mélangé à de l’imagination ?

Je fais de la Poésie classique. Je suis notamment influencé par le romantisme qui diffère du classicisme par la prédominance du sentiment sur la raison. Il est donc possible au romantique de peindre l’intérieur de son cœur, d’exprimer ses peines sans trouble au visage et ses joies sans hypocrisie. En effet, le lecteur a parfois besoin qu’on lui parle de lui. Et quand le romantique épanche son cœur, il fait directement celui du lecteur aussi, car nous vivons tous la même chose. La vie humaine se résume au phénomène ambigu de la naissance, aux belles illusions de la jeunesse et au mystère du cercueil. Et dans Brin d’hysope j’ai parlé en faisant parler le lecteur qui veut qu’on lui parle de lui. Les envolées lyriques qui embrassent celles élégiaques proviennent d’un cœur sincère.  

 

Birago Diop affirme dans son poème Le souffle des ancêtres : « les morts ne sont pas morts ».  Vous avez abordé le thème de la mort dans votre œuvre avec une certaine particularité. Pensez-vous, en tant qu’Africain,  que d’une manière ou d’une autre les morts veillent sur nous les vivants ?

 

Dieu a créé l’homme en lui offrant tout bien nécessaire pour son épanouissement. Néanmoins, à côté il lui a fait un antagoniste qu’il n’arrive jamais à vaincre : la mort. C’est peut-être un moyen pour lui de montrer à l’homme sa faiblesse malgré son intelligence créative et de lui enseigner l’humilité, la source de toute grandeur. Mais ceux qui sont morts veillent-ils vraiment sur leurs proches ? Des polémiques rôdent souvent autour de cette question. Car devant certaines situations de la vie, la voix lance : ‘’Son père ou sa mère n’est plus de ce monde, et pourquoi permet-il (elle) que ce genre de chose lui arrive, à lui son fils ? Ne peut-il (elle) pas le protéger ? ‘’. Dans ce cas, ceux qui soutiennent que les morts n’écoutent plus rien des vivants de ce monde semblent avoir raison. Mais quand c’est le contraire qui se produit, la voix dit toujours : ‘’C’est son père mort ou sa mère morte qui l’a sauvé et l’a assisté dans son ascension’’. Et à ce niveau, ceux qui pensent que ‘’les morts ne sont pas morts’’ l’emportent sur les autres. Toutefois, me basant sur mes propres expériences, je voudrais bien répondre à cette question à travers cette assertion de Victor Hugo : « L’Hymne de l’orphelin est écouté des morts ».

 

Qu’est-ce qui vous inspire dans votre projet d’écriture? Un ou des auteurs? Un esprit ? Ou quelque chose d’autre ?

 

Tout de la vie m’inspire. Ma plus grande source d’inspiration reste la nature  qui est un livre dans lequel Dieu écrit et que je prends plaisir à lire au quotidien. Mais avant, il faut avouer que Dieu reste la meilleure des sources d’inspiration, car tout ce que nous écrivons vient de lui. Pour parler des auteurs qui m’inspirent dans mon projet littéraire poétique, je citerai les classiques et romantiques comme  Lamartine, Théophile Gautier, Sully Prud’homme, André Chénier, Nietzsche (qui avant tout, est un grand poète)  et surtout le plus admiré Victor Hugo qui est juste un monument de la littérature.

 

Quel est le message principal que vous transmettez à travers Brin d’Hysope ?

Brin d’hysope est aussi une invite à une réflexion commune sur la condition humaine sous toutes ses formes et sous toutes ses conditions. L’écrivain ne fait qu’écrire, il revient au lectorat d’en juger et d’en tirer ses propres conclusions. Je laisserai donc chaque lecteur découvrir le message contenu dans ce livre et qui lui parlera certainement de lui-même.

 

Vous développez maints types d’amour dans le livre, surtout le sujet de Dieu revient un nombre considérable de fois. Les sujets de l’amour et de Dieu doivent être d’une très grande importance pour vous ?

Saint Jean écrit : « Dieu est amour ». Chanter l’amour revient à chanter l’essence même de tout sentiment. Le Poète romantique ou classique prend Dieu comme la source de toute chose. Son œuvre n’a de valeur que quand elle chante Dieu à travers ses créations dont la plus grande reste la nature. Je me suis plié à cet exercice dans Brin d’hysope qui est aussi un livret de prière d’un pécheur qui reconnait Dieu comme artisan de sa vie. Dieu est donc ma vie. Et ma vie m’est importante.

 

Plusieurs lecteurs se plaignent souvent de l’hermétisme des œuvres poétiques qu’ils jugent de pédantisme maladroit. Mais en lisant votre œuvre, ce qui frappe en premier, c’est le style poétique qui est très ouvert, très fluide et qui donne facilement matière à compréhension.  Pourquoi cette différence à votre niveau ? 

J’ai toujours pensé que la poésie, ce n’est pas de la grandiloquence. Mais juste de petits mots emboîtés les uns aux autres pour transporter le cœur et l’esprit vers des sphères émotionnelles.

 

Pensez-vous que la poésie doit seulement s’atteler au Beau et au cliquetis des vers pompeux ?

Le Beau sans le Bien, c’est de l’Oripeau. La poésie, au-delà des images qu’elle peut refléter et qui flairent le beau, le suave, l’exquis, c’est d’abord une hampe qu’on lance et qui peut même en filigrane tracer des sillons pour louer le bien, le bon, et au besoin, répandre la braise ardente sur la tête du mal, du mauvais.

 

Après Brin d’hysope, que réservez-vous à votre lectorat. Un roman ? Une pièce de théâtre? Un recueil de nouvelles? Ou encore un livre poétique ?

Beaucoup d’autres choses, un peu comme tout ce que vous venez de citer.

 

Voudrez-vous bien nous faire lire un petit texte de votre plume ?

 

Bien sûr. Avec plaisir.

 

heart« La paix est juste un mot, mais c’est une puissance.

C’est le reflet du cœur sans peur et sans méfiance.

C’est elle qui pare d’ailes la liberté.

C’est elle qui ailleurs fait d’un pays la fierté.

Elle fait la démocratie, l’âme vivante

D’une nation qui veut sa pensée savante,

Qui fait rayonner de mille feux son maint rêve,

A travers unité, amour, travail sans trêve.

Défendre la vraie paix, c’est laisser l’âme humaine

Se mutiner contre le mal, le faux et la haine.

C’est bien débarrasser de souillures l’esprit,

Comme alors le fit aux pécheurs Jésus-Christ.

C’est s’unir, s’entendre, c’est s’aimer, se comprendre,

C’est se mettre ensemble, travailler, se surprendre.

L’esprit uni, c’est le sourire de la paix.

Celui qui éclaire et qui sort du gouffre épais. »heart

 

Où peut-on se procurer Brin d’hysope ?

Brin d’hysope est en vente sur le site suivant :

 

Il est aussi disponible dans les librairies ‘’Notre-Dame’’ et ‘’SONAEC’’ à Cotonou. Pour l’avoir, on peut aussi contacter les numéros : 00229 9410404, 00229 97783463, +1 9179132414.

 

Le mot de la fin ?

 

Je vous réitère mon merci. Je vous souhaite aussi beaucoup de détermination pour tout ce que fait le blog pour le rayonnement de la littérature. Ce fut un plaisir de partager ce moment littéraire avec vous. Vive la littérature ! Vive la poésie !  

 

Propos recueillis par Junior AVINOUMON

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Brazzaville, Ma mère de Bedel Baouna

4 Juillet 2020, 07:12am

Publié par Clémentine Mansiantima

Brazzaville, ma mère, roman de la quête de soi

Brazzaville, ma mère, un titre énigmatique, ambigu quant à la relation entre les deux mots-clefs qui le composent. Deux homonymes homophones (et/est) peuvent se disputer le rôle de les unir en lieu et place de la virgule qu’utilise l’auteur. D’une part, s’il fallait privilégier le lien de coordination entre les deux composantes (Brazzaville et ma mère), on serait tenté de dire que la formulation du titre renvoie distinctement au cadre spatial (Brazzaville) et au personnage (ma mère). D’autre part, s’agirait-il d’une personnification de la ville (Brazzaville est ma mère), la mère du locuteur de cet énoncé ? Ce sont là les deux questions que peut se poser le lecteur avant de découvrir le texte proprement dit.

 

Selon la modalité énonciative dans le récit fictionnel de Brazzaville, ma mère, force est de noter que l’auteur se place du point de vue d’une femme pour traiter de la quête de l’identité vi(o)lée. Défini donc par son niveau narratif et sa relation à l’histoire, le statut de Florence est celui d’un « je-narrateur » autodiégétique, principal personnage de la diègèse. Journaliste en poste à Paris, Florence revient à Brazzaville, lieu de sa nouvelle affectation, mais aussi pour s’entretenir avec sa mère, Jeanne Diawa, professeure d’université dont la fonction essentielle rivalise avec celle de la narratrice, tant qu’elle dicte l’évolution de l’histoire et ses diverses péripéties.

 

Du point de vue formel, Brazzaville, ma mère se donne à lire comme un roman, mais par le fait du caractère protéiforme de ce genre, la fiction de Bedel Baouna emprunte aussi au carnet, à la chronique, au journal intime qui s’étend sur une période de plus ou moins onze mois (décembre 2009 - octobre 2010). Le récit à la première personne, avec la prédominance du présent de l’indicatif, est celui d’un « je-narrateur », bien entendu, féminin, car il s’agit de Florence qui raconte son séjour à Brazzaville, chez sa mère. Toute la narration reste simultanée à la perception des faits. Le séjour auprès de sa mère est une opportunité pour résoudre l’énigme, combler le vide, clarifier le doute sur l’identité de la narratrice. À ce titre, le récit de Florence traite de la quête de soi.

 

Après la formulation du titre avec sa particularité de l’usage du déterminant possessif « ma », s’ajoute la déclaration de la narratrice qui exprime ses sentiments vis-à-vis de la ville :

 

Brazzaville, mon amour ! Oui, Brazzaville, je t’aime. Et dire que je ne t’ai rendu visite que deux semaines dans toute ma vie. Aux côtés de ma mère et de certains de ses amis, qui plus est… Et quels amis ! Mais cela ne signifie pas que je connais davantage ma mère, non

(p. 22).

 

Brazzaville et la mère sont indissociables dans le récit. L’objet de sa quête dans la fiction se construit autour du retour symbolique à la mère patrie.

 

La parole de Bedel Baouna, comme analyste politique et critique littéraire, s’inscrit dans son roman. La vision idéologique de l’auteur se dégage du discours de la narratrice. L’aspect sociopolitique traverse tout le récit par le biais du rôle attribué à la mère, personnage influent dans le milieu politique. Le recours à l’intertextualité est très manifeste. La parole de la narratrice est nourrie de références littéraires, philosophiques, politiques, musicales ou culturelles, etc. La technique de mise en abyme métatextuelle se lit à travers l’insertion des réflexions, des sous-textes ou des fragments, ainsi que la figuration de l’écrivain par lui-même en train d’écrire dans le texte pour servir de mise en évidence le thème central du roman. S’y ajoutent de fréquents commentaires sur l’écriture, la vocation ou le rôle de l’écrivain.

 

Tous ces éléments parsèment le texte et permettent à la narratrice de réfléchir sur sa propre condition existentielle et sur la société en général. Le récit de Florence témoigne du bagage intellectuel de son auteur. Tous les deux, le « je-scripteur » et le « je-narrateur » ont une bonne connaissance des œuvres littéraires. À un certain niveau du récit, on note comme un désir pour la narratrice, journaliste et romancière, de vouloir s’assurer que son interlocuteur (le lecteur) partage avec lui les mêmes repères ou références et surtout les mêmes connaissances littéraires et philosophiques. On observe aussi l’allusion à la fonction conative, notamment -« Que celui qui a compris me le dise » (p. 12) - car la narratrice attire l’attention du lecteur, et la communication est réussie.

 

Dans Brazzaville, ma mère, à un parcours en apparence déjà stable se substitue un univers confus dans lequel Florence a l’impression d’être à la fois épanouie et manipulée dans sa propre sphère familiale. Dans l’extrait ci-après, elle fait allusion à son oncle, Tonton Al :

 

Il m’a soustraite à l’influence néfaste de ma mère. Et il m’a bien élevée. Bien élevée ! Cependant, ça a changé quoi à ma vie ? Depuis que je suis grande, aucune étoile lumineuse sur mon chemin. J’ai le don du travers, de la boue. Puis-je échapper à mon destin ? 

(p. 163).

 

Ce paradoxe a un effet d’autant plus pernicieux qu’il motive la femme à décoder ce mystère.

 

En effet, Florence, 35 ans, vit en France où elle exerce avec talent sa profession de journalisme. Cependant, sa propre histoire, encore floue, semble lui échapper. Ses entretiens avec sa mère et les autres gens  sont une tentative pour mieux se connaître et connaître son entourage. Diverses scènes reprennent en écho la figure de la mère et les questions que se pose la journaliste : Qui suis-je ? Pourquoi suis-je moi ? Qui est mon père ? Quelle est la vraie identité de ma mère ? D’où vient la fortune de ma mère ? Pourquoi m’avoir caché l’existence de ma sœur ? etc. L’énonciation pose le problème de l’absence de repères individuels dans une société qui semble démissionnaire.

 

Les entretiens avec la mère et les actions mises en œuvre ne permettront pas d’aborder facilement le noyau central des préoccupations de Florence. Les retrouvailles réveillent de petites crises individuelles et collectives, ne garantissent pas l’harmonie entre les trois principaux membres de famille. Ce qui accroît l’anxiété de Florence et son impatience d’obtenir des réponses claires et nettes. Écrire un roman sur sa mère est une façon de régler ses comptes avec elle-même. Un long extrait dévoile ses sentiments :

 

Écrire sur ma mère constituait plus qu’un souhait, c’était un point de départ. Erreur. Illusion. Aujourd’hui, c’est un point de rupture. Une rupture totale. Elle m’a trop menti. (…) J’ai le sentiment que je suis Persée, elle la Méduse. Il faut combattre un monstre. Je vais rassembler toutes mes forces pour cet ultime combat. (…) La mission d’écrire, en tout cas, je la mènerai à son terme. (…) Le roman de ma mère prend donc une autre direction. Le ton change. Désormais j’y suis impitoyable. Je règle mes comptes avec l’autre moi-même. Par les mots j’ai porté Jeanne, par les mots je vais la descendre.

(p. 169-170.)

 

Pour Florence, le comportement de la mère est répréhensible. Et le séjour dans la maison familiale est une source d’inspiration, la meilleure stratégie, pour combler le vide de son existence, pour se reconstruire soi-même et pour mieux rechercher la vérité sur sa mère, cerner le mystère autour de son identité. Florence se rend compte que, jouissant d’un capital symbolique, sa mère est une femme puissante, influente, incontournable ; une figure énigmatique, insaisissable, imperturbable. Jeanne ne mérite que des attributs péjoratifs : monstre, criminelle, impulsive, femme à plusieurs facettes, partisane des rituels non orthodoxes, etc. Finalement, Jeanne est une mère désavouée, comparée à Agrippine, Messaline, Méduse, etc. Nombreux individus lui font des courbettes pour solliciter ses faveurs. Pour la fille, le capital financier de la mère reste d’origine douteuse.

 

Trois cas retenus comme base du traumatisme émotionnel pour lequel Florence accuse sa mère : la séparation d’avec sa mère à deux ans pour être confiée à son oncle ; le secret sur l’existence de sa sœur cadette ; l’ignorance de son père. Les événements malheureux qui émaillent son parcours ont détruit sa personnalité, l’ont rendue étrangère à elle-même. Son angoisse existentielle est due au fait d’être considérée comme vivant dans un monde qu’elle ne maîtrise pas du tout. Mais ses actions et réactions garantissent la nouvelle identité de Florence.

 

Je viens te voir pour me retrouver : dis-moi qui je suis .

C’est en ces termes que nous pensons saisir et résumer l’objet de quête de la narratrice de Brazzaville, ma mère. Notre énoncé souligne l’état d’esprit de la narratrice, la certitude de n’être pas soi. Même si Florence se sent un peu vulnérable, déstabilisée psychologiquement, démunie socialement, la même expérience lui suggère les voies et moyens de s’en sortir. Elle pose l’acte de revendication en affrontant sa mère. C’est ici qu’interviennent sa personnalité et son activité professionnelle face au monde qui l’entoure. De cette remise en question survient la recherche de soi. Florence estime que la cohésion, l’harmonie dans les communautés, l’égalité des droits humains; tout cela demeure crucial pour l’épanouissement de tout homme. La thématique de la quête de soi renvoie aux limites que s’impose la narratrice dans le contexte d’un système politique dictatorial dans lequel est impliquée sa mère. Que sont devenues les vraies valeurs humaines ? Se demande-t-elle implicitement. Sa propre mère est une criminelle au profit des politiques.

 

 À l’image de l’antagonisme qui oppose gouverné et gouvernant, politique et peuple, Jeanne et Florence métaphorisent respectivement les institutions gouvernementales, toutes tendances confondues, et les minorités visibles dont l’identité est souvent v(i)olée. Grâce à l’habilité de l’auteur, la naissance de ces deux personnages renvoie à l’histoire de leur pays dans la fiction : « Dois-je pour autant nous considérer comme deux figures allégoriques du Congo ? » (p. 105), s’interroge la narratrice. Les propos d’un personnage du texte, considérés, à notre avis, comme la réponse aux réflexions de la narratrice, constituent également la base de la vision du monde de l’auteur :

 

Votre mère est à l’image du Congo. Un mystère. Mais un mystère qui masque en réalité une histoire falsifiée. Une brouille. N’est-il pas temps d’écrire enfin de belles pages ? Votre mère a contribué à cette falsification et je pense que la postérité, dont vous êtes des maillons, a le droit de savoir.

(p. 113).

 

Somme toute, la fiction de Bedel Baouna voudrait montrer que la recherche de soi ne peut se concevoir en dehors de la référence à un groupe social donné. C'est une aspiration légitime de tous, une nécessité pour vivre et survivre dans toute société humaine. Se positionner par rapport à sa sphère sociale immédiate représente l’un des mécanismes fondamentaux d’ajustement de la recherche de soi. Florence renaît ainsi des zones sombres de son existence. En plus, la femme est enceinte. Elle porte en elle un être humain. Elle donnera la vie. De la sorte, l’avenir de l’humanité est certain et garanti…

 

De même, l’avenir de la plume de Bedel Baouna est assuré. Car, après Brazzaville, ma mère (2019), son premier roman, il a signé une pièce de théâtre, La vie des hommes (2020). L’écrivain tient en tiroir d’autres textes que nous attendons impatiemment…

Clémentine Mansiantima,

 

Références du livre:

Bedel Baouna, Brazzaville, ma mère, Paris, Ed. Le Lys bleu, 2019

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